Lettre

Blason   Abbaye Saint-Joseph de Clairval
21150 Flavigny-sur-Ozerain
France


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18 octobre 2020
fête de l’Évangéliste saint Luc


Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

Canonisée le 14 septembre 1975 par le Pape Paul VI, Élisabeth Anne Seton est la première fleur à illustrer le calendrier des saints d’Amérique du Nord. Mère de famille devenue veuve, elle a fondé une congrégation religieuse qui compte aujourd’hui environ 14 000 membres répartis dans quatre-vingt-dix pays.

Donner de la nourriture aux pauvres

Élisabeth Anne Bayley est née à New York le 28 août 1774, deuxième enfant du docteur Richard Bayley, chirurgien, et de Catherine Charlton. Tous deux descendent de familles qui sont à l’origine du peuplement britannique de la ville. Principal officier-médecin du port de New York, Richard s’occupe des immigrants qui passent un contrôle médical et demeurent en quarantaine sur l’île de Staten. Il soigne aussi les citadins, notamment lors des épidémies, comme celle de la fièvre jaune. Le grand-père maternel d’Élisabeth a été recteur de l’église épiscopalienne Saint-André-sur-Staten, pendant trente ans. La jeune fille est éduquée dans l’église épiscopalienne (forme américaine de l’anglicanisme) dans les années qui ont suivi l’indépendance des États-Unis. Elle n’a que trois ans lorsqu’elle perd sa mère, en 1777. Quelque temps après, son père épouse en deuxièmes noces Charlotte Amelia Barclay. Celle-ci participe aux œuvres charitables de son église et emmène parfois la jeune Élisabeth avec elle pour donner nourriture et vêtements aux pauvres. Après la naissance de leur cinquième enfant, le couple se sépare. M. Bayley décide d’aller à Londres pour perfectionner ses études. Recueillies au foyer d’un oncle maternel, Élisabeth et sa sœur vivent des moments difficiles, en l’absence d’une mère. Dans son journal, la jeune fille note pourtant ses réflexions sur la beauté de la nature et de la musique. On y trouve aussi des aspirations spirituelles et religieuses. Elle monte volontiers à cheval, et devient une bonne pianiste.

En 1794, Élisabeth épouse William Seton, riche armateur-commerçant, âgé de vingt-cinq ans. Du fait de sa profession, il a voyagé en Europe et compte des amis jusqu’en Italie. Peu après leur mariage, les jeunes époux emménagent dans une belle maison de Wall Street, un des quartiers les plus riches de New York. La famille de William professe la foi épiscopalienne, et Élisabeth continue, en compagnie de sa belle-sœur Rébecca, les tournées charitables commencées jadis avec sa belle-mère, allant jusqu’à assister les mourants pauvres dans leurs derniers instants. Elle devient la trésorière de l’œuvre de bienfaisance. Cinq enfants naissent aux époux Seton, et ils accueillent de plus chez eux les six jeunes frères et sœurs de William. Mais les conflits entre la France et l’Angleterre, puis entre les États-Unis et l’Angleterre, leur occasionnent de sérieux revers de fortune, et ils en viennent à perdre leur maison. La santé de William, qui souffre depuis longtemps de tuberculose, se dégrade, et les médecins lui conseillent un séjour en Italie. Élisabeth et sa fille aînée, Anne, âgée de huit ans, l’accompagnent. Arrivés à Livourne, le 18 novembre 1803, en provenance de New York où sévit la fièvre jaune, ils sont mis en quarantaine dans un lazaret misérable. Élisabeth écrit dans son journal : « Non seulement je suis résolue à porter la croix, mais je l’ai baisée. Et à ce moment, tandis que je rendais gloire à Dieu pour ses consolations, William a été pris d’une crise presque au-dessus de ses forces. » Et plus loin : « Après que tout a été endormi, j’ai récité seule notre petit office, ce que William n’a pas pu faire aujourd’hui. » Cet office comportait des prières du matin et du soir que les époux avaient composées en puisant dans les rares livres anglicans à leur disposition. Élisabeth vit cette quarantaine dans une oraison consolée : « Je regarde ma position comme un trésor. Si mon corps est en prison, mon âme est en liberté, en un tel état de liberté que tant que ce corps et cette âme seront unis sur cette terre, je ne goûterai peut-être rien de pareil. » La petite Anne elle-même semble transportée spirituellement en des régions qui ne sont pas de son âge, mais elle comprend fort bien que son père est en train de mourir. Lisant l’épisode de l’emprisonnement de saint Jean Baptiste, elle lui dit : « Oui, papa, Hérode l’a emprisonné, mais madame Hérodiade lui a donné la liberté. – Non, ma chérie, elle lui a fait couper la tête. – Eh bien, oui, papa, elle l’a fait sortir de la prison et l’a envoyé chez Dieu ! »

Un profond désir du Christ

Le 17 décembre, la quarantaine s’achève, mais William est épuisé. La beauté du paysage, lors du voyage vers Pise, lui rend toutefois le sourire. Des amis, les Filicchi, leur ont préparé une maison confortable dans cette ville. Mais bientôt le mal de William reprend le dessus, et il demande à recevoir le “sacrement”. Les Seton n’ont pas le bonheur d’avoir les sacrements de l’Église catholique, Eucharistie et Onction des malades, mais ils suivent les pratiques reçues dans leur église : avec toute sa dévotion, Élisabeth verse un peu de vin dans un verre en récitant des prières, puis ils boivent l’un après l’autre cette coupe d’action de grâces, tournant leurs regards vers l’éternité. Ce geste évoque la première coupe d’action de grâces que Jésus donna à ses apôtres (Lc 22, 17-18). Un profond désir du Christ jaillit des cœurs d’Élisabeth et de son mari. Le capitaine du vaisseau qui les avait emmenés les visite le jour de Noël, et William lui confie sa femme pour qu’il la ramène aux États-Unis. Cette sollicitude de son époux moribond émeut profondément Élisabeth. William remet son âme à Dieu, le 27 décembre, sur ces paroles : « Mon Christ Jésus, ayez pitié de moi ! Et recevez-moi ! Mon Christ Jésus… »

Les frères Filicchi, Philippe et Antoine, associés de William en affaires, sont de vrais amis : spontanément, ils se chargent de toutes les formalités pour les obsèques, et prennent chez eux Élisabeth et sa fille. Ce premier contact avec des familles catholiques impressionne vivement la jeune veuve. Les Filicchi les emmènent à Florence, ville d’art incomparable dans son écrin de nature toscan. Au contact des trésors de la nature et de l’art, Élisabeth reprend goût à la vie, sans pour autant oublier son époux bien-aimé. En même temps, elle se surprend à éprouver un attrait profond pour le recueillement d’une assemblée catholique : « Je tombai à genoux à la première place libre et je versai un flot de larmes. » Trop intelligente et sincère avec elle-même pour étouffer ces sensations nouvelles, elle questionne les Filicchi sur la différence entre les confessions catholique et épiscopalienne. Antonio lui répond avec simplicité : « Une seule est véritable, et sans elle on ne peut plaire à Dieu. » Cette claire affirmation fait, en peu de temps, un long chemin dans l’âme d’Élisabeth. Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, affirme saint Paul (Ep 4, 5). De fait, « le Seigneur Jésus, unique sauveur, n’a pas simplement établi une communauté de disciples mais il a constitué l’Église comme mystère de salut… Les fidèles sont tenus de professer qu’il existe une continuité historique – fondée sur la succession apostolique – entre l’Église instituée par le Christ et l’Église catholique : c’est là l’unique Église du Christ » (Congrégation pour la doctrine de la Foi, document Dominus Jesus, 6 août 2000). Antonio a rempli le devoir des laïcs chrétiens : être les coopérateurs de la vérité (3 Jn 8). Comme l’affirme saint Thomas d’Aquin, « enseigner quelqu’un pour l’amener à la foi est la tâche de chaque croyant », qui accomplit ainsi une œuvre de miséricorde spirituelle (cf. Catéchisme de l’Église catholique, CEC, nos 904 et 2447).

Faire le signe de Croix

Le 18 février 1804, la jeune veuve et sa fille s’embarquent pour leur voyage de retour en Amérique. Élisabeth porte l’habit des veuves toscanes, qui, par la suite, deviendra celui des religieuses qu’elle fondera. Les Filicchi les accompagnent jusqu’au quai ; avec une grande délicatesse, ils lui ont fait accepter l’argent dont elle aura besoin dans le proche avenir. Mais Anne, puis sa mère, atteintes par la scarlatine, doivent retarder leur départ. Les Filicchi mettent à profit ce délai pour parler de religion avec la jeune femme qui perçoit de plus en plus la solidité de la foi catholique : « Ils possèdent Dieu dans le Sacrement, se dit-elle… Il demeure dans leurs églises. L’autre jour, dans un moment de détresse extrême, au moment où passait le Saint-Sacrement, je suis tombée à genoux… j’ai crié à Dieu qu’Il me bénisse, s’Il était là. » Elle fait aussi l’expérience de la maternité de la Sainte Vierge : « Que, par sa Mère, nous puissions plus sûrement Le trouver ! » Les frères l’accompagnent, émerveillés des grâces que Dieu lui donne : « Antonio, dit-elle, m’apprit à faire le signe de la croix et dans quel esprit le faire. »

Lors de l’arrivée à New York, le 4 juin, toute la famille est là sauf la belle-sœur Rebecca, qui se meurt de la tuberculose. Élisabeth lui explique sa foi en l’Église catholique, que Rebecca accueille pleinement avant de mourir, remplie de joie, le 18 juillet. En revanche, Élisabeth déclenche une tempête dans le milieu épiscopalien, pour lequel la foi est liée à une sorte de patriotisme religieux. Dans cette phase douloureuse, Élisabeth est aidée par le Père Cheverus, prêtre attaché à la mission de Boston. Au retour d’un voyage en Irlande, celui-ci trouve un mot d’Élisabeth qui se dit prête pour le grand pas : « Je ne cherche que Dieu et son Église ; j’attends la paix de ce côté et nullement du côté des hommes. »

En février 1805, Élisabeth entre pour la première fois dans la modeste église catholique de New York, alors la seule dans cette ville, dédiée à saint Pierre. Les lois anticatholiques, héritées de l’Église d’Angleterre, n’ont été abolies que peu d’années auparavant, et la communauté catholique est fort restreinte, composée surtout d’émigrés irlandais. Devant le tabernacle, la jeune femme s’épanche : « Ah ! mon Dieu, laissez-moi rester ici ! » Elle fait son adhésion formelle au catholicisme le 14 mars suivant, entre les mains du Père Matthew O’Brien, dominicain irlandais ; aussitôt elle reçoit l’Eucharistie, qui devient sa nourriture quotidienne. Elle qui avait ressenti en Italie le cuisant regret de ne pouvoir communier, se réjouit : « Comme le soleil est radieux à cette heure matinale où je sors chaque jour pour me préparer à cette sainte Communion ! » Un an plus tard, elle reçoit le sacrement de Confirmation des mains de Mgr John Caroll, premier évêque du premier diocèse érigé aux États-Unis, à Baltimore en 1798. À cette occasion, la jeune veuve confie à l’évêque son désir d’une vie complètement dédiée au Seigneur.

Comment enseigner les autres ?

Peu à peu Élisabeth se sépare de ses anciens amis épiscopaliens, qui n’admettent pas sa conversion ; quelques-uns toutefois se convertissent, parmi lesquels plusieurs enfants de sa belle-famille. Lors de sa conversion, une jeune fille doit même quitter le foyer parental et se réfugier chez Élisabeth. Celle-ci a fondé une académie pour jeunes filles, mais sa conversion au catholicisme lui vaut la perte de toutes ses élèves. Elle envisage d’émigrer au Canada où les catholiques sont plus nombreux. Toutefois, Mgr Caroll et le Père Cheverus, qui désirent fonder des établissements catholiques, ne l’oublient pas. En 1807, le Pape a érigé quatre nouveaux diocèses aux États-Unis, faisant de Baltimore la métropole. Devenu archevêque, Mgr Caroll décide de créer le premier séminaire américain à Mont-Sainte-Marie. Le Père Louis Du Bourg, prêtre sulpicien français, qui fonde alors une école catholique auprès du nouveau séminaire, s’entretient avec la jeune veuve de l’établissement d’une école pour filles dont elle pourrait prendre la direction. Après réflexions et consultations, Élisabeth accepte et se rend à Baltimore.

Dès septembre 1808, l’école ouvre ses portes, avec les filles de Mme Seton et quatre pensionnaires. En janvier 1809, d’autres enfants lui sont confiées pour préparer leur première Communion. Le Père Du Bourg, cependant, a des vues plus profondes ; répondant aux désirs d’Élisabeth, il l’initie à la vie religieuse. Des jeunes filles se joignent à l’œuvre naissante, et une vie régulière s’établit. On commence même à appeler Élisabeth “Mère”. S’agenouillant devant le petit groupe de ses nouvelles filles, Mère Seton leur dit : « Comment pourrais-je enseigner les autres, moi qui me connais si peu moi-même, qui suis si misérable et imparfaite ? » Mais se confiant dans la puissance de la grâce de Dieu, elle dira : « Nous savons avec certitude que Dieu nous appelle à une vie de sainteté. Nous savons qu’Il nous donne toutes les grâces nécessaires en abondance. Alors, bien qu’en nous-mêmes nous soyons si faibles, cette grâce peut nous porter à vaincre tous les obstacles. »

Les Sœurs adoptent un habit uniforme, celui que la fondatrice porte depuis son retour d’Italie. Le Père Du Bourg est nommé supérieur ecclésiastique. Le 2 juin 1809, quatre Sœurs en habit paraissent pour la première fois en public, avec Mère Seton qui émet, seule, ses premiers vœux d’obéissance, chasteté et pauvreté entre les mains de Mgr Caroll. La première congrégation féminine sur le sol américain est née. Sa devise réunit trois phrases du Nouveau Testament : La charité du Christ nous presse (2 Co 5, 14) – La bonne nouvelle est annoncée aux pauvres (Mt 11, 5) – Un seul cœur, une seule âme (Ac 4, 32). Convertie au catholicisme, la jeune belle-sœur d’Élisabeth, Cecilia Seton, se présente alors pour entrer dans la communauté. Elle est accueillie avec joie, malgré sa santé défaillante. Son arrivée hâte la réalisation du projet de déménager la communauté dans une propriété acquise en montagne, où l’air est plus sain, à Emmitsburg, dans le Maryland, à soixante-quinze kilomètres de Baltimore. Le transfert a lieu en 1809. La maison n’est pourtant pas prête pour accueillir les Sœurs qui s’entassent provisoirement dans le logement du Père Dubois, un autre sulpicien, responsable de la mission locale. En ces débuts, il faut descendre à la rivière pour faire la lessive. Mais l’important pour la Mère est l’accomplissement de la volonté de Dieu : « Le but premier que je vous propose dans nos tâches quotidiennes est de faire la volonté de Dieu ; ensuite de la faire comme Il veut. Enfin, de la faire parce que c’est la volonté de Dieu. » En effet, Dieu, qui nous aime infiniment, dirige tous les événements par sa Providence et fait tout concourir au bien de ceux qui L’aiment (Rm 8, 28). Mère Élisabeth s’active pour la construction d’une école, avec pensionnat et logement pour les Sœurs. Depuis l’Italie, les Filicchi subventionnent généreusement ses œuvres ; elle leur écrit souvent, et va jusqu’à leur demander un jour en toute simplicité sur quelle somme d’argent elle peut compter. Elle reçoit aussi l’aide d’un riche converti, M. Samuel Cooper, qui par la suite entrera au séminaire du Mont-Sainte-Marie et deviendra prêtre. Un an plus tard, la petite école est devenue l’Académie Saint-Joseph, dédiée à l’éducation des jeunes filles catholiques.

Des portes basses

Pendant toute sa vie religieuse, Mère Élisabeth bénéficie du soutien de ses confesseurs successifs, des prêtres sulpiciens. Cette aide lui est particulièrement précieuse lorsqu’en 1810, un nouveau supérieur ecclésiastique, le Père David, lui aussi sulpicien, est donné à son Institut. Durant plusieurs mois, la fondatrice se heurte à l’incompréhension de ce prêtre qui en vient à vouloir provoquer son départ de la maison mère. Mais il sera bientôt remplacé par le Père Dubois, au grand soulagement des Sœurs. En 1811, la communauté prend le nom de Sœurs de la Charité de Saint-Joseph et adopte la règle des saints Vincent de Paul et Louise de Marillac. Comme les filles de saint Vincent, les Sœurs ont « pour clôture l’obéissance et pour grille la crainte de Dieu ». La Mère les encourage à la prière : « Nous devons prier sans cesse, dans toutes les occurrences et les tâches de notre vie ; cette prière est l’habitude d’élever notre cœur vers Dieu, en une communication constante avec Lui. » Elle les porte aussi à l’humilité : « Les portes du Ciel sont basses. Seuls les humbles pourront entrer. »

La fondatrice doit porter bien des croix, dues à des incompréhensions internes, à la mort de deux de ses filles et de plusieurs jeunes religieuses. En présence de ces épreuves, elle reconnaît : « La foi relève l’âme. L’espérance la soutient. L’expérience dit que cela doit arriver. Et la charité nous dit… qu’il en soit ainsi ! Ainsi soit-il ! » Malade depuis longtemps, elle-même affirme s’en aller « par une pente très douce et imperceptible vers la chère éternité. Déjà la destruction de la nature a tellement raccourci la perspective devant mes yeux que je ne puis rien voir au-delà du moment présent… Je fais ce que je peux pour me tenir sur l’étroit sentier qui conduit à Dieu seul. » Intérieurement, Mère Seton traverse une profonde crise d’aridité, de sécheresse et même d’angoisse. Rien n’apparaît au-dehors, mais les lettres à son directeur spirituel le révèlent. Cette souffrance ne l’empêche pas d‘écrire : « Je tâche de faire de chacune de mes respirations une incessante action de grâces. » Se souvenant de ses amies, elle leur écrit : « Les circonstances de la vie nous séparent de nos amis les plus chers, mais ne désespérons pas, Dieu est comme une longue-vue qui permet aux âmes de se voir entre elles. Plus nous sommes unies à Lui par l’amour, plus nous sommes près de ceux qui Lui appartiennent. »

Enfants de l’Église

Mère Seton s’occupe aussi de catéchiser les enfants du voisinage. Certaines fillettes pauvres viennent à l’école, mais, en 1812, la majeure partie des élèves est issue des classes aisées qui subviennent aux frais du pensionnat et de la scolarité. Bientôt, les proportions s’inverseront, et il y aura jusqu’à quarante filles pauvres recevant gratuitement leçons, livres et repas. D’autres œuvres, comme le soin des pauvres et des malades, sont réalisées occasionnellement par les Filles de la Charité. Mais bientôt, l’archevêque de Baltimore demande une fondation dans sa ville épiscopale. En 1814, Mère Seton envoie un essaim à Philadelphie. En 1817, le diocèse de New York accueille aussi des Sœurs qui prennent d’abord soin des nombreux orphelins de la ville.

A

u début de l’été 1820, la santé de la Mère se détériore : toux, migraines, fièvre. Devant l’insistance du Père Dubois, on commence la construction d’un nouveau bâtiment au couvent-école, et la Mère doit supporter la fatigue de la surveillance du chantier. Bientôt, elle est contrainte à garder le lit, mais elle se montre fidèle à suivre la règle le mieux possible et à encourager les Sœurs. À la mi-septembre, elle reçoit le sacrement de l’Extrême-Onction. Toutefois, un mieux se produit. La fête de Noël est célébrée avec une certaine angoisse car chacune sait que la supérieure est mourante. Le premier janvier, celle-ci communie pour la dernière fois. Après avoir encore remercié toutes les Sœurs présentes, elle leur dit : « Soyez enfants de l’Église ! Soyez enfants de l’Église ! » Une nuit, une Sœur qui la veille l’entend prononcer les paroles d’une prière que le pape Pie VII vient de composer : « Que la très juste, très haute et très aimable volonté de Dieu soit en toutes choses louée, accomplie, exaltée, par-dessus tout et pour toujours ! » Peu avant l’aube du 4 janvier 1821, à l’âge de quarante-six ans, elle rend son âme à Dieu. On l’enterre au cimetière de la communauté. Là, se trouve maintenant le Sanctuaire national Sainte Élisabeth-Anne-Seton. Auprès de Mère Seton était présente sa dernière fille, Catherine Seton (1800-1891), qui se fera religieuse dans la Congrégation irlandaise des Sœurs de la Miséricorde. En 1821, vingt maisons existent aux États-Unis. Par la suite, plusieurs d’entre elles, dont celle de New York, deviendront des instituts distincts.

Sainte Élisabeth Seton a souffert dans sa quête de la vérité, et pour rester fidèle à cette vérité reconnue. L’appartenance à l’Église du Christ a revêtu pour elle une importance toute spéciale. Qu’elle nous obtienne, à nous aussi, une grande fidélité à l’Église, Épouse du Christ, et un dévouement toujours plus intense à son service !

Dom Antoine Marie osb, abbé

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