Blason  Abbaye Saint-Joseph de Clairval

21150 Flavigny-sur-Ozerain

France


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13 mai 2017
Centenaire de la première apparition de Notre-Dame à Fatima


Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

Au début d’août 1847, le vicaire apostolique de Ceylan (Sri Lanka), cherche en France des missionnaires pour son diocèse. « Allez donc à Marseille ! lui recommande-t-on. Il y a là un évêque dont le cœur est grand comme celui de saint Paul : grand comme le monde… Faites bien valoir à ses yeux qu’il s’agit de sauver de pauvres âmes, pauvres, bien pauvres… Ce sera le mot irrésistible. » Le prélat se présente et expose sa requête : « Hélas ! Comment répondre à votre désir ? » réplique Mgr de Mazenod. L’évêque de Ceylan n’hésite pas : « Mais, Monseigneur, il s’agit de pauvres âmes, les plus pauvres, je vous l’assure… les plus malheureuses de la terre… Par pitié, donnez-leur des missionnaires. » Touché au cœur, Mgr de Mazenod ouvre ses bras, et embrasse son confrère en pleurant : « Vous les aurez tout de suite ! »

Fils de la noblesse provençale, Eugène de Mazenod naît à Aix le 1er août 1782 du mariage de Charles-Antoine, seigneur de Saint-Laurent du Verdon et Président de la cour des Comptes, avec Marie Rose Eugénie Joannis. Dès son enfance, Eugène fait preuve d’une force de caractère peu commune. Pour obtenir ce qu’il désire, il ne pleure pas mais il l’exige par un énergique « Je veux ! » Âgé de quatre ans, il assiste, avec ses parents, depuis le balcon, à une pièce de théâtre. Indigné par l’attitude d’un spectateur du parterre qui siffle abondamment les comédiens, il s’écrie en tendant le poing : « Tu vas voir, si je descends ! » Il a pourtant très bon cœur et n’hésite pas à payer de sa personne. Encore jeune, au cours d’une visite à des amis de la famille, au seuil de l’hiver, il s’étonne qu’il n’y ait pas de feu dans l’âtre. On lui répond qu’on est trop pauvre pour chauffer tous les jours. Ému de compassion, il quitte précipitamment la pièce et revient bientôt poussant à grand-peine une grosse brouette de bois qu’il renverse triomphalement devant la porte : « Voilà du bois, chauffez-vous maintenant ! » Un autre jour, il échange ses habits avec ceux d’un petit charbonnier qui grelotte. Sa mère le reprend : « Il ne sied pas au fils d’un Président d’être vêtu comme un charbonnier ! » La réponse fuse : « Eh bien, je serai un Président charbonnier ! »

Terminer par un prêtre

En 1789, Eugène est pensionnaire au Collège Bourbon d’Aix. La Révolution gronde : le Président s’enfuit à Nice (alors dans le Piémont) avec sa famille et ses frères, le Chevalier, capitaine de vaisseau, et le chanoine Fortuné, ancien vicaire général d’Aix. Eugène s’initie à l’italien. Dès la rentrée scolaire de septembre, le Président envoie son fils au collège royal de Turin. Malgré le handicap initial de la langue, Eugène tient la tête de sa classe. Bientôt, poussés par les armées de la Révolution, les Mazenod gagnent eux aussi Turin. Ils prennent part aux cercles de résistance que forme la noblesse émigrée dans l’espoir de restaurer la monarchie. Mais en 1794, il faut fuir de nouveau jusqu’à Venise. Pour vivre, les frères Mazenod se font commerçants. Eugène est alors livré à lui-même. Mais la Providence veille : un saint prêtre, don Bartolo Zinelli, lui fait continuer gratuitement ses études et l’introduit chez ses propres parents, qui le reçoivent comme un fils. L’alternance de l’étude, des exercices de piété et des récréations honnêtes tient le garçon éloigné des fréquentations dangereuses. Le prêtre lui donne ce mot d’ordre : « Rien contre Dieu, rien sans Dieu. » La vocation sacerdotale s’éveille chez Eugène. Pour l’éprouver, son grand-oncle, ex-vicaire général de Marseille, l’interpelle : « Ne sais-tu pas que tu es le dernier rejeton de la famille, et que tu dois en propager le nom ? » Un peu vexé, Eugène répond : « Eh quoi ! Ne serait-ce pas un honneur pour notre famille de terminer par un prêtre ! »

Les armées de la République, conduites par le général Bonaparte, avancent encore. En 1797, les Mazenod sont contraints de fuir vers Naples, puis Palerme. Pour Eugène, la vie est très agréable auprès de la noblesse sicilienne. Au milieu des fêtes et mondanités, il reprend des études littéraires et historiques ; mais à la fin de son séjour sicilien, des lectures romantiques ont sensiblement refroidi sa foi. Un concordat est signé en 1801 entre Napoléon et le Pape Pie VII. Eugène rentre en France l’année suivante. Là, des divertissements bruyants et mondains aggravent son malaise. Il tente de se marier, mais ce projet n’aboutit pas. En 1807, Eugène lit le “Génie du Christianisme” de Chateaubriand. Cet ouvrage lui paraît superficiel : « La foi chrétienne ne doit pas reposer sur le sable mouvant des impressions sentimentales, note-t-il, mais sur le roc stable des preuves classiques rationnelles. » C’est dans cette perspective qu’il s’adonne à l’étude pour répondre notamment aux arguments jansénistes d’un membre de sa famille. Un Vendredi Saint, une grâce de conversion lui est donnée : « J’ai cherché le bonheur hors de Dieu pour mon malheur, écrira-t-il dans des notes de retraite. Combien de fois, dans ma vie passée, mon cœur tourmenté s’élançait-il vers Dieu dont il s’était détourné !… Durant cette cérémonie, mon âme s’élançait vers sa fin dernière, Dieu, dont elle sentait vivement la perte. » Après mûre délibération, il s’oriente vers le séminaire Saint-Sulpice de Paris, et écrit à sa mère : « Le Seigneur veut que je renonce à un monde dans lequel il est presque impossible de se sauver, tellement l’apostasie y règne ; que je me dévoue pour ranimer la foi qui s’éteint parmi les pauvres, pour sa gloire et le salut des âmes qu’il a rachetées de son précieux Sang. »

Question insoluble

Sous la direction de Monsieur Émery, supérieur de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, Eugène fait de rapides progrès dans les sciences ecclésiastiques et dans la vie intérieure. Il s’astreint à une sévère ascèse, et ouvre son cœur aux classes sociales qu’il considérait hier encore comme inférieures, et dont sont issus nombre de ses condisciples. Son zèle pour les missions s’enflamme au contact de fervents compagnons comme Forbin-Janson, futur évêque de Nancy et fondateur de l’œuvre de la Sainte-Enfance. En raison des besoins du temps, les études sont réduites à trois ans, et l’accent est mis sur l’apologétique (exposé des fondements rationnels de la foi) et la morale. Tourné vers son futur ministère, Eugène ne cherche pas à acquérir la science pour elle-même. En marge d’un de ses cours sur les contrats, il note : « Tout cela m’ennuie » ; et à propos d’une controverse sur le mode d’efficacité des sacrements : « Question insoluble et inutilissime (tout à fait inutile). »

Durant la captivité imposée par Napoléon au Pape Pie VII et à la Curie romaine (1809-1814), Eugène sert d’agent de liaison au Père Émery, l’âme de la résistance catholique. Eugène confiera plus tard à un ami évêque : « Encore diacre, et ensuite jeune prêtre, il m’a été donné, malgré la surveillance la plus active d’une police ombrageuse, de me consacrer, dans des rapports quotidiens, au service des cardinaux romains, alors amenés à Paris et persécutés bientôt après pour cause de fidélité au Saint-Siège. Les dangers auxquels je m’exposais sans cesse étaient compensés dans mon âme par le bonheur d’être utile à ces illustres exilés et de m’inspirer de plus en plus de leur esprit. » Les maîtres sulpiciens, qui ne cachent pas leur opposition aux actes de l’empereur, sont expulsés du séminaire. Ils ne le quitteront qu’après avoir nommé en secret des remplaçants : parmi eux, Eugène remplira la fonction de directeur. Le jeune diacre refuse cependant d’être ordonné prêtre par l’archevêque de Paris, nommé par Napoléon sans l’accord du Pape, et s’adresse à un ami de son grand-oncle, le vieil évêque d’Amiens. Après l’ordination, le 21 décembre 1811, ce prélat lui propose de devenir son vicaire général avec droit de succession, mais le nouveau prêtre refuse l’offre afin de pouvoir assurer, pendant un an, la charge que ses maîtres lui ont confiée, et surtout de garder la liberté d’évangéliser les pauvres, selon la devise qu’il prendra plus tard : Pauperes evangelizare (cf. Lc 4, 18).

« Mes respectables frères »

L’abbé de Mazenod rejoint Aix-en-Provence un an plus tard. Il prononce son premier sermon en provençal afin d’être compris des plus humbles. Sa parole chaude embrase les cœurs : « Qu’êtes-vous selon le monde ? Des gens méprisés… Mes frères, mes chers frères, mes respectables frères, aux yeux de la foi, vous êtes enfants de Dieu, frères de Jésus-Christ, héritiers du royaume éternel. » Le jeune prêtre prend à cœur l’éducation des enfants, car il voit se lever une génération qui ignore le nom même de Dieu. « L’entreprise est difficile, avoue-t-il, je ne me le dissimule pas. Elle n’est même pas sans danger, puisque je ne me propose rien moins que de contrarier de tout mon pouvoir les vues sinistres d’un gouvernement soupçonneux, qui persécute et détruit tout ce qui ne le seconde pas. Mais je ne crains rien, parce que je mets toute ma confiance en Dieu. » Il se trouve bientôt à la tête d’une vingtaine de jeunes qu’il forme à la piété sous le couvert du jeu, et qu’il aime comme un père. Son dévouement auprès des prisonniers lui vaut de contracter le typhus. Pendant quarante jours, il frise la mort ; mais, grâce aux prières de ses “enfants” qui, avec leurs économies, font dire des Messes, se levant une heure plus tôt pour y assister sans nuire à leurs études, la santé revient.

En 1814, l’empire napoléonien s’écroule. Eugène peut enfin développer son œuvre en faveur de la jeunesse et donner des missions dans les paroisses rurales. Dans son cœur naît le projet d’une communauté qui se dévouerait aux missions populaires ainsi qu’à la formation du clergé. Le 25 janvier 1816, il fonde, avec quatre confrères, les Missionnaires de Provence, et il les installe dans un ancien couvent de carmélites. La nouvelle communauté est exempte de la juridiction des curés, ce qui suscite la réaction d’une partie d’entre eux : ils accusent l’abbé de Mazenod d’ingérence, car les jeunes qu’elle évangélise, et qui dépassent maintenant le nombre de trois cents, proviennent de toutes les paroisses. Mais l’abbé entend protéger ses garçons de la dissipation et de l’irrégularité qui règnent ailleurs.

Les missions paroissiales se multiplient : elles durent de quatre à cinq semaines. Le matin, on enseigne le Credo, les sacrements, les commandements de Dieu, le Notre Père. Le soir, on prêche sur la mort, le jugement, l’enfer, le purgatoire, le ciel. Les confessions occupent sept prêtres de cinq heures du matin à minuit pendant plus d’une semaine. En huit ans, quarante paroisses sont renouvelées. « La religion, affirme-t-il, était perdue dans ce pays sans la mission : elle triomphe. »

La pensée des fins dernières nous aide à saisir l’enjeu des actes que nous posons librement en ce monde. C’est maintenant le temps du choix entre le chemin de la vie et celui de la perdition éternelle, comme le souligne saint Paul : Ne vous y trompez pas : on ne se moque pas de Dieu. Car ce que l’on sème, on le récolte : qui sème dans sa chair, récoltera de la chair la corruption ; qui sème dans l’esprit, récoltera de l’esprit la vie éternelle… Ainsi donc, tant que nous en avons l’occasion, pratiquons le bien à l’égard de tous et surtout de nos frères dans la foi (Ga 6, 7-8, 10). Aussi, le Pape Paul VI affirmait-il : « L’un des principes fondamentaux de la vie chrétienne, c’est qu’elle doit être vécue en fonction de sa destinée future et éternelle » (Audience du 28 avril 1971).

Douloureuse inaction

Le jeune prêtre a gardé, malgré son humilité, ses grands airs d’aristocrate et une manière tranchante qui lui valent des inimitiés tenaces. Toutefois, il se préoccupe davantage d’affermir son œuvre, qui ne subsiste qu’à la faveur d’un vicaire général. Il tente donc d’obtenir une approbation royale, mais en vain. Il imagine alors de faire jouer ses relations parisiennes pour que son oncle Fortuné soit nommé à l’un des sièges épiscopaux de Provence, et puisse la soutenir. Mis devant le fait accompli, celui-ci n’oserait pas désobliger le roi par un refus. Alors que toutes les démarches semblaient vaines, Fortuné est finalement nommé à l’évêché de Marseille. Pendant cinq ans pourtant, il devra demeurer au couvent des carmélites d’Aix-en-Provence, car le gouvernement envisage la suppression du siège épiscopal de Marseille.

Le 16 août 1818, l’évêque de Digne appelle les Missionnaires de Provence à diriger le sanctuaire marial de Notre-Dame du Laus, dans les Alpes. Cette nouvelle mission provoque l’élévation de la Société en Congrégation liée par des vœux, afin de garantir l’unité des deux maisons. L’abbé de Mazenod en rédige les Règles. On peut y lire : « L’Église, ce bel héritage du Sauveur, qu’il avait acquis au prix de tout son sang, a été ravagée, de nos jours, d’une manière cruelle… À part le sacré dépôt qui sera toujours conservé intact jusqu’à la fin des siècles, il ne reste plus du christianisme que les traces de ce qu’il a été. Que fit Notre-Seigneur Jésus-Christ ? Il choisit un certain nombre d’apôtres et de disciples, qu’il remplit de son esprit… et il les envoya à la conquête du monde, qu’ils eurent bientôt soumis à ses saintes lois. Que devons-nous faire à notre tour pour réussir à reconquérir à Jésus-Christ tant d’âmes qui ont secoué son joug ? Travailler sérieusement à devenir des saints… avoir uniquement en vue la gloire de Dieu, l’édification de l’Église, le salut des âmes… et ensuite, pleins de confiance en Dieu, entrer dans la lice et combattre jusqu’à la mort pour la plus grande gloire de Dieu. Quelle noble entreprise ! »

En 1821, la communauté adopte les trois vœux de pauvreté, chasteté et obéissance, et, malgré une crise passagère, s’en trouve affermie. Une troisième maison est fondée à Marseille et des novices s’annoncent. En 1823, le maintien du siège épiscopal de la ville est décidé, et la nomination de Fortuné de Mazenod confirmée. Eugène et son plus proche collaborateur deviennent vicaires généraux du diocèse. Cette charge l’oblige à un grand travail de bureau qui le rebute, mais qu’il offre au Seigneur en réparation de ses péchés, dans l’amertume de se trouver loin des missions. Le 17 février 1826, les Règles reçoivent l’approbation du Pape Léon XII qui sanctionne le nouveau nom de la Société : “Oblats de Marie-Immaculée”. « Ce nom satisfait le cœur et l’oreille, écrit le supérieur à ses fils… Réjouissons-nous de porter le nom de Marie et sa livrée… Au nom de Dieu, soyons saints ! » En 1829, une grave maladie le conduit aux portes de la mort. Il s’en relève, mais doit passer sa convalescence en Suisse où la révolution parisienne de 1830 le contraint à prolonger son séjour. Les missions paroissiales étant alors complètement interdites par le nouveau gouvernement de la France, sa résolution est prise d’envoyer les Oblats travailler aux missions lointaines, car, affirme-t-il, « il faut un élément de zèle à une Congrégation naissante, l’inaction serait mortelle ».

« Mon bonheur et ma joie »

En mai 1831, le conseil municipal de Marseille et le conseil général votent la suppression du siège épiscopal dès qu’il sera vacant. Pour éviter cette mesure, Mgr Fortuné de Mazenod obtient du Pape Grégoire XVI l’élévation de son neveu à l’épiscopat, avec droit de succession. Eugène se rend à Rome où il est sacré évêque, le 1er octobre 1832. Il se tourne vers Dieu : « Il ne m’arrivera rien que vous n’ayez voulu, et mon bonheur et ma joie seront toujours de faire votre volonté. » De retour en France, il exerce son ministère sans avoir été nommé par le roi Louis-Philippe ; dès lors, il est attaqué par l’administration. Il se défend hardiment devant les tribunaux ; toutefois, le Saint-Siège juge préférable, et lui demande, de vivre provisoirement retiré. Le coup est rude : il se soumet cependant, dans la souffrance, et s’abandonne à la Providence. En 1837, Mgr Fortuné de Mazenod démissionne et Eugène lui succède comme évêque de Marseille.

Durant son épiscopat qui durera vingt-trois ans, Mgr Eugène de Mazenod se dévoue pour son peuple, qu’il instruit directement en provençal, et pour son clergé dont il surveille personnellement la formation. Il invite instamment les prêtres à vivre en petites communautés. De 171 au début de son épiscopat, leur nombre passera à 378 une vingtaine d’années plus tard. Le prélat fonde vingt-deux nouvelles paroisses, bâtit ou rénove quarante églises, construit une nouvelle cathédrale ainsi que, dominant la ville, la spectaculaire basilique de Notre-Dame de la Garde. Dix communautés religieuses d’hommes et seize de femmes sont accueillies ou instituées dans le diocèse. « Mon système est de seconder le zèle de tous ceux qui veulent se consacrer à une vie de perfection… Ces diverses associations ne dussent-elles avoir que la durée de la vie de ceux qui s’y consacrent à Dieu, ce serait toujours un grand avantage. »

Il favorise l’adoration eucharistique et restaure la liturgie romaine dans son intégralité. Mgr de Mazenod prend également une part active au combat pour la liberté de l’enseignement secondaire. Celui-ci, depuis la Révolution française, est monopolisé par l’Université, laïque et dominée par les anticléricaux. L’évêque estime « que si la jeunesse française continue à être élevée par l’Université, un jour viendra où la foi aura presque entièrement péri en France ». L’enjeu étant à ses yeux d’une importance capitale, il s’inscrit dans le mouvement pour la liberté de l’enseignement aux côtés d’évêques comme Mgr Pie et Mgr Dupanloup, de publicistes comme Louis Veuillot et Montalembert. Il tente de fédérer les évêques afin de les sortir de leur réserve et de les conduire à une action commune : « Pas de protestations isolées ; que toutes éclatent au grand jour ! Seul le recours de tout l’épiscopat à la publicité » peut attirer l’attention des autorités et les forcer à se prononcer définitivement. Les journaux, plus que jamais, sont « aujourd’hui le grand moyen de se faire entendre ». Il souligne que les évêques ne sont pas « des subordonnés qui réclament humblement auprès du pouvoir » une faveur, mais les « défenseurs » et les « gardiens, envers et contre tout, des droits et des intérêts de l’Église ».

Le Concile Vatican II a rappelé pour notre temps ce droit à une juste liberté de l’enseignement : « Les droit et devoir, premiers et inaliénables, d’éduquer leurs enfants reviennent aux parents. Ils doivent donc jouir d’une liberté véritable dans le choix de l’école. Les pouvoirs publics, dont le rôle est de protéger et de défendre les libertés des citoyens, doivent veiller à la justice distributive en répartissant l’aide des fonds publics de telle sorte que les parents puissent jouir d’une authentique liberté dans le choix de l’école de leurs enfants selon leur conscience… L’État doit donc développer l’ensemble du système scolaire sans perdre de vue le principe de subsidiarité, donc, en excluant n’importe quel monopole scolaire. Tout monopole de ce genre est, en effet, opposé aux droits innés de la personne humaine, au progrès et à la diffusion de la culture elle-même, à la concorde entre les citoyens » (Déclaration Gravissimum educationis, 6).

Les missions les plus difficiles

Par un patient travail sur lui–même, l’évêque de Marseille s’applique à discipliner son caractère difficile, et il gouverne son diocèse avec une sagesse éclairée et une ferme bonté. Restant le supérieur des Oblats de Marie-Immaculée, il saisit les occasions qui se présentent pour multiplier les établissements en France, en Grande-Bretagne et en Irlande. Entre 1841 et 1847, il envoie ses fils en Amérique du Nord, spécialement dans les régions encore inexplorées du Canada, en Asie (Ceylan) et en Afrique (Natal), son zèle pour le salut des âmes le poussant à accepter les missions les plus difficiles. Partout les Oblats font connaître l’œuvre missionnaire de leur Père, dans les paroisses comme dans les séminaires. Les sujets affluent : on compte cent quinze postulants pour l’année 1847-1848. En 1861, Mgr de Mazenod peut dénombrer 414 oblats dont 6 évêques, à l’œuvre sur quatre continents, malgré 69 décès déjà survenus. Le fondateur a donné l’élan à sa magnifique congrégation, sans omettre de la doter des cadres juridiques et humains nécessaires pour qu’elle subsiste sans lui. Il reste proche de ses fils par la correspondance et surtout devant le Saint-Sacrement : « C’est là que nous nous rencontrons », leur écrit-il, plein de reconnaissance pour leur dévouement. Il les aime chacun avec un amour immense qu’il ne s’explique que par un prodige du Cœur aimant de Jésus. Brisé par les ans et les travaux, l’évêque de Marseille supporte sa dernière maladie avec courage, avant de mourir le 21 mai 1861. Il a été canonisé par saint Jean-Paul II, le 3 décembre 1995.

Le testament laissé par saint Eugène de Mazenod à ses fils spirituels est aussi une lumière pour éclairer nos pas : « Pratiquez bien entre vous la charité, la charité, la charité, et, au-dehors, le zèle pour le salut des âmes ! » 

Dom Antoine Marie osb, abbé

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