Blason  Abbaye Saint-Joseph de Clairval

21150 Flavigny-sur-Ozerain

France


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28 d├ęcembre 2011
fête des saints Innocents


Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

Le visiteur qui entre dans l'église de San Valentino di Castellarano, en Italie centrale, y remarque la tombe d'un adolescent mort à quatorze ans, sur laquelle il peut lire l'inscription: Io sono di Gesù. «J'appartiens à Jésus»: c'est une phrase que Rolando Rivi répétait à temps et à contretemps. Cette appartenance inconditionnelle à Jésus-Christ, confirmée par la mort sanglante, constitue une réponse forte aux idéologies du xxe siècle, qui prétendaient que l'homme appartient à la race ou à l'État; c'est aussi une réponse chrétienne à la mentalité selon laquelle l'homme n'a pas d'autre maître que lui-même et ses désirs.

Rolando est né le 7 janvier 1931 à San Valentino, au diocèse de Reggio-Emilia, dans une famille nombreuse d'agriculteurs, unie et soutenue par une vive foi chrétienne. Son père, Roberto, consacre l'enfant dès le jour de son baptême à Notre-Dame du Mont-Carmel. De sa grand-mère, Rolando apprendra la dévotion du Rosaire. À l'école élémentaire, il est confié à l'institutrice Clotilde Selmi, chrétienne fervente qui puise sa force dans la Communion quotidienne. Une année, au temps de Noël, l'enfant apporte à la crèche un petit sac, et dit à haute voix: « Ô bon Jésus, voilà mes péchés; il y en a cent, je les ai comptés. Mais je Te promets qu'une autre année, je T'apporterai un sac de vertus!» Rolando fait sa première Communion le 16 juin 1938. Il sera décrit par ses camarades comme un garçon plein de vitalité, d'un caractère enthousiaste, déchaîné pendant les jeux, le plus rapide à la course, mais également le plus assidu à la prière. Intelligent, doué d'un ascendant naturel, c'est un «meneur», qui sait organiser les distractions, mais aussi, l'heure du jeu passée, amener ses camarades à l'église. Il leur apprend à réciter le chapelet, les incite à servir la Messe avec lui et leur enseigne la charité fraternelle: «Si tu aimes le Seigneur, alors aime tout le monde». Pour Rolando, la charité à l'égard des pauvres est inséparable de l'amour de Dieu; quand un pauvre vient à frapper au foyer paternel, il est le premier à l'accueillir, à lui apporter du pain et des couvertures.

La confession fréquente

Excellent chanteur à la chorale paroissiale, Roberto  Rivi apprend cet art à son fils. Bientôt passionné pour la musique, Rolando chante et joue de l'harmonium. Plus tard, au séminaire, il sera un excellent choriste. Dès son lever, il s'agenouille et fait sa prière du matin. Comme son père, il prend l'habitude d'assister chaque jour à la Messe. La vocation sacerdotale mûrit rapidement dans son coeur avec la rencontre d'un prêtre exemplaire: le curé de San Valentino, don Olinto Marzocchini. Celui-ci exerce une grande influence sur Rolando par sa profonde vie intérieure et ses qualités d'organisateur. Il invite les jeunes à se confesser fréquemment, afin de vivre dans l'amitié de Jésus.

Le Catéchisme de l'Église Catholique enseigne: «Le sacrement de la réconciliation avec Dieu apporte une véritable «résurrection spirituelle», une restitution de la dignité et des biens de la vie des enfants de Dieu dont le plus précieux est l'amitié de Dieu» (CEC, 1468). La confession des péchés véniels est, elle aussi, bienfaisante: «Sans être strictement nécessaire, la confession des fautes quotidiennes (péchés véniels) est néanmoins vivement recommandée par l'Église. En effet, la confession régulière de nos péchés véniels nous aide à former notre conscience, à lutter contre nos penchants mauvais, à nous laisser guérir par le Christ, à progresser dans la vie de l'Esprit» (CEC, 1458). C'est pourquoi le Pape Benoît XVI affirmait, le 7 mars 2008: «Si, tout en étant animés par le désir de suivre Jésus, on ne se confesse pas régulièrement, on risque peu à peu de ralentir le rythme spirituel jusqu'à l'affaiblir toujours davantage et peut-être même de l'éteindre.»

En septembre 1939, la guerre est déclarée. Deux oncles de Rolando sont mobilisés et seront tués au front. Confirmé en 1940, l'enfant veut, quant à lui, devenir «un parfait chrétien et un soldat de Jésus-Christ ». Au printemps de 1942, il annonce à son curé sa ferme décision de devenir prêtre; encouragé par don Olinto, il en parle à ses parents qui acquiescent avec joie. En octobre 1942, à onze ans et demi, Rolando entre au petit séminaire de son diocèse, à Marola; à cette occasion, il revêt la soutane – comme c'était alors la coutume. On peut aujourd'hui être surpris par un geste aussi prématuré. La prise de soutane n'équivalait pas à un engagement définitif, qui serait pris plus tard en toute liberté. Mais pour un enfant aussi mûr que Rolando, porter la soutane signifiait déjà être consacré à Dieu pour toujours.

Son rêve: être missionnaire

Au séminaire, la journée voit se succéder à un rythme  intense les exercices de piété et les cours, équilibrés par des temps de détente. Rolando, qui n'est pas le dernier à profiter des moments de récréation – sa chère soutane en sortira plus d'une fois effilochée – se soumet avec enthousiasme à ce règlement austère qui, pour plusieurs de ses camarades, est difficile à supporter. Il lit beaucoup de récits de missions; en particulier, l'exemple alors tout récent du bienheureux Miguel Pro, Jésuite mexicain fusillé en 1928 par ordre d'un gouvernement anti-chrétien, le fascine. Le jeune homme souhaite partir dans les missions lointaines afin d'évangéliser ceux qui n'ont pas encore entendu parler du Seigneur Jésus ; ce projet missionnaire, il le confiera en 1944 au vicaire de San Valentino, don Camellini. Pour le moment, Rolando s'unit de tout son coeur, avec les autres séminaristes, à la consécration du monde au Coeur Immaculé de Marie, faite le 8 décembre 1942 par le Pape Pie XII, en réponse à la demande de Notre-Dame de Fatima.

Dans un discours prononcé à Aparecida, au Brésil, le 13 mai 2007, le Pape Benoît XVI a proposé quelques réflexions qui aident à mieux comprendre l'amour passionné que de nombreux jeunes ont eu pour Jésus : «Que nous donne réellement le Christ? Pourquoi voulons-nous être disciples du Christ? La réponse est: parce que nous espérons trouver dans la communion avec Lui la vie, la véritable vie digne de ce nom, et c'est pourquoi nous voulons Le faire connaître aux autres, leur communiquer le don que nous avons trouvé en Lui. Mais en est-il véritablement ainsi? Sommes-nous réellement convaincus que le Christ est le chemin, la vérité et la vie?

Devant les priorités de la foi dans le Christ et de la vie «en Lui»... pourrait également être soulevée une autre question: cette priorité ne serait-elle pas, par hasard, une fuite vers l'intimité, vers l'individualisme religieux, un abandon de la réalité urgente des grands problèmes économiques, sociaux et politiques du monde, et une fuite de la réalité vers un monde spirituel?... Nous pouvons répondre à cette question par une autre: qu'est-ce que cette «réalité»? Qu'est-ce que le réel? La «réalité», est-ce seulement les biens matériels, les problèmes sociaux, économiques et politiques? C'est précisément là que réside la grande erreur des tendances dominantes de ce dernier siècle, une erreur destructrice, comme le démontrent les résultats tant des systèmes marxistes que des systèmes capitalistes. Ils faussent le concept de réalité en l'amputant de sa vérité fondatrice et pour cela décisive, qui est Dieu. Celui qui exclut Dieu de son horizon fausse le concept de «réalité» et, par conséquent, ne peut finir que sur des chemins erronés et avec des recettes destructrices.»

En 1943, à la suite du débarquement anglo-américain en Sicile, le «Duce» Benito Mussolini est destitué, et le gouvernement italien signe un armistice avec les Alliés. Cette dénonciation de l'Axe Rome-Berlin provoque l'occupation d'une grande partie de la péninsule par l'armée allemande; l'Émilie-Romagne, en particulier, devient le théâtre d'affrontements dramatiques entre les troupes allemandes et les résistants, qu'on appelle «partisans». Le 22 juin 1944, une compagnie de soldats allemands perquisitionne au séminaire de Marola, accusé d'être un repaire de partisans, et s'empare des vases sacrés de la cathédrale de Reggio, déposés là en prévision d'un éventuel bombardement. La gravité des circonstances oblige les supérieurs du séminaire à fermer l'établissement en attendant des jours meilleurs.

Un choix courageux

Rentré chez lui, Rolando s'efforce de poursuivre  autant qu'il le peut sa vie de séminariste. Il continue à porter habituellement sa soutane. Ce choix est dangereux dans une zone où les maquis de partisans, très actifs, sont contrôlés par les communistes. Pour les adeptes du marxisme-léninisme, l'Église catholique ne saurait trouver place dans la société d'après-guerre; le clergé figure au premier rang des ennemis à abattre. Selon une circulaire interne diffusée par le parti dans la région de Modène, il faut «libérer l'humanité du concept de religion et de l'esclavage que des siècles de barbarie chrétienne ont créé». Dans le diocèse de Reggio, quatre prêtres ont déjà été assassinés par des partisans. Une nuit, don Olinto, le curé de San Valentino, attiré dans un piège, est frappé et dépouillé; menacé d'assassinat, il doit s'éloigner temporairement. Son remplaçant, don Alberto Camellini, visitant la paroisse en compagnie de Rolando, rencontre un jour deux partisans qui lui lancent: «Désormais, nos ennemis, ce ne sont plus les allemands ni les fascistes, qui sont aux abois; ce sont les riches et les prêtres.»

Au séminaire, Rolando a entendu parler de l'encyclique Divini Redemptoris sur le communisme athée, publiée le 19 mars 1937 par le Pape Pie XI, conjointement avec une autre encyclique sur le national-socialisme. Le Pape écrivait: «Là où le communisme a pu s'affirmer et dominer... il s'est efforcé par tous les moyens de détruire la civilisation et la religion chrétiennes jusque dans leurs fondements, d'en effacer tout souvenir du coeur des hommes, spécialement de la jeunesse. Évêques et prêtres ont été bannis, condamnés aux travaux forcés, fusillés et mis à mort de façon inhumaine; de simples laïcs, pour avoir défendu la religion, ont été suspectés, malmenés, poursuivis et traînés en prison et devant les tribunaux» (n° 19).

Rolando est conscient de la violence antireligieuse qui est intrinsèque au communisme; il sait que les partisans sont puissants dans sa région. Toutefois, il ne consent pas à retirer sa soutane, comme sa famille le lui conseille et comme l'ont fait d'autres séminaristes du voisinage. «Je ne fais de mal à personne, dit-il, je ne vois pas pourquoi j'enlèverais ma soutane qui est le signe de ma consécration à Jésus.» Le garçon exerce une influence déterminante sur les petits-séminaristes retirés à San Valentino, qu'il encourage à étudier comme lui le latin, grâce aux leçons privées données par une institutrice. Par sa maturité, le jeune homme fait figure, dans la commune, de chef de file de la jeunesse catholique. Il n'entend nullement céder à une intimidation; ce serait décevoir les jeunes catholiques qui, à son exemple, entendent résister à la contagion communiste.

Le temps de faire une prière

Le 10 avril 1945, dans la semaine de Pâques, Rolando  assiste à la Sainte Messe à San Valentino. Rentré à la maison, il se retire près d'un petit bois, à un endroit où il vient souvent pour étudier en toute tranquillité. Comme il n'est pas rentré à l'heure du déjeuner, son père va le chercher. Mais au lieu de trouver son fils, Roberto voit les livres de classe de son fils éparpillés à terre; sur un feuillet déchiré d'un de ses cahiers, il peut lire: «Ne le cherchez pas. Il passe un moment avec nous. Les partisans.» Craignant de mettre en péril la vie de leur fils, les parents Rivi différeront pendant 24 heures de signaler sa disparition, permettant ainsi aux ravisseurs de s'éloigner comme ils l'escomptaient.

À pied, Rolando est emmené à Monchio, à 25 km de San Valentino, dans une ferme qui sert de refuge à un groupe de partisans communistes, le bataillon Frittelli. Dès son arrivée, le prisonnier est traité avec brutalité et en dehors des règles de discipline appliquées par les partisans (selon lesquelles un accusé devait être jugé par le tribunal de district). Emprisonné dans la porcherie voisine de la ferme, il y est soumis à plusieurs interrogatoires visant à lui extorquer des aveux. On l'accuse d'être un espion au service des Nazis, d'avoir volé aux partisans un pistolet et de s'en être servi pour tirer sur eux. Il a sur lui une petite somme d'argent, gagnée en raison de ses services comme sacristain: on veut y voir le prix de sa trahison, payé par l'occupant. Rolando nie tout. Ses agresseurs l'insultent et le frappent à coups de ceinture et à coups de poing. La propriétaire de la ferme, qui a tout entendu, rapportera des détails sur les tortures subies par l'adolescent. Celui-ci, cependant, persiste à nier ce dont on l'accuse. Le séminariste est dépouillé de sa soutane, et celle-ci, froissée, est traitée avec dérision; les partisans ne permettent pas au garçon de la remettre. Le vendredi 13 avril, à trois heures de l'après-midi, ils portent leur prisonnier, blessé et épuisé par les sévices subis pendant deux jours et demi, dans un petit bois proche de la maison. Quand il voit la fosse creusée juste à côté, Rolando comprend le sort qui l'attend; en pleurant il demande: «Laissez-moi le temps de faire une prière pour mon papa et ma maman.» Ce garçon qui vit sa dernière heure ne pense pas à lui, mais à ses proches, ceux qu'il aime le plus au monde. Il s'agenouille à côté de la fosse. À cet instant, un partisan tire deux coups à bout portant sur le jeune homme, qui tombe, mortellement atteint à la tempe et au coeur. Le meurtrier, un commissaire politique, sera décrit, dans l'arrêt du tribunal qui le condamnera en 1952, comme «un homme fanatique, tenant à outrance de la lutte des classes». Des partisans, qui avaient tenté de sauver le jeune homme, diront que l'assassin leur avait fermé la bouche en criant, pour justifier son acte: «Demain, il y aura un prêtre de moins!»

Pie XI, dans l'encyclique Divini Redemptoris, avait expliqué l'absence totale de scrupules que l'on constatait souvent parmi les militants communistes: «Lorsque du coeur des hommes, l'idée même de Dieu s'efface, leurs passions débridées les poussent à la barbarie la plus sauvage. C'est, hélas! le spectacle qui s'offre à nous: pour la première fois dans l'Histoire, nous assistons à une lutte froidement voulue et savamment préparée de l'homme contre tout ce qui est divin. Le communisme est, par sa nature, antireligieux, et il considère la religion comme «l'opium du peuple», parce que les principes religieux qui parlent de la vie d'outre-tombe empêchent le prolétaire de poursuivre la réalisation du paradis soviétique, qui est de cette terre» (n° 21-22).

La vérité sur Dieu et sur l'homme

Dans l'encyclique Centesimus annus (1er mai 1991), le  bienheureux Jean-Paul II montre où prend racine le totalitarisme moderne dont le communisme a été la forme la plus meurtrière: «Le totalitarisme naît de la négation de la vérité au sens objectif du terme: s'il n'existe pas de vérité transcendante... il n'existe aucun principe sûr pour garantir des rapports justes entre les hommes. Leurs intérêts de classe, de groupe ou de nation les opposent inévitablement les uns aux autres... Il faut donc situer la racine du totalitarisme moderne dans la négation de la dignité transcendante de la personne humaine, image visible du Dieu invisible et, précisément pour cela, de par sa nature même, sujet de droits que personne ne peut violer, ni l'individu, ni le groupe, ni la classe, ni la nation, ni l'État» (n° 44).

Le Catéchisme de l'Église Catholique reprend cette doctrine: «Seule la Religion divinement révélée a clairement reconnu en Dieu, Créateur et Rédempteur, l'origine et la destinée de l'homme. L'Église invite les pouvoirs politiques à référer leurs jugements et leurs décisions à cette inspiration de la Vérité sur Dieu et sur l'homme: «Les sociétés qui ignorent cette inspiration ou la refusent au nom de leur indépendance par rapport à Dieu, sont amenées à chercher en elles-mêmes ou à emprunter à une idéologie leurs références et leur fin, et, n'admettant pas que l'on défende un critère objectif du bien et du mal, se donnent sur l'homme et sur sa destinée un pouvoir totalitaire, déclaré ou sournois, comme le montre l'histoire (cf. Jean-Paul II, Centesimus annus, n°s45-46)»» (n° 2244).

C'est en priant que Rolando a quitté ce monde. Comme son grand Ami, Jésus-Christ, il est mort un vendredi, à trois heures de l'après-midi, après une longue et douloureuse passion. C'est seulement ce même jour, 13 avril, que don Camellini, le vicaire de San Valentino, apprend l'endroit où a été emmené Rolando. Lui et Roberto partent aussitôt pour Farneta, ville proche où siège le tribunal des partisans de la région; mais personne ne sait rien. Finalement, ils rencontrent le commandant du bataillon Frittelli, qui leur annonce froidement: «Nous avons tué Rivi au Piane di Monchio, parce que c'était un espion.» Arrivés à la ferme du Piane, ils rencontrent le commissaire politique; celui-ci commence par nier, puis avoue: «C'est moi qui l'ai tué, mais j'ai la conscience parfaitement tranquille: c'était un espion au service des Allemands; il les avait conduits deux fois à nos campements.» Et à une question du prêtre qui demande si l'adolescent a souffert, l'assassin, mentant effrontément, répond par la négative en montrant son revolver: «Regarde, avec cela, on n'a pas le temps de souffrir.»

Dans la lumière

Le 15 avril, dimanche in albis, don Camellini et  Roberto procèdent au déterrement du corps du martyr qui est provisoirement enterré au cimetière voisin. Le 25 mai 1945, la dépouille mortelle est ramenée à San Valentino, entourée d'une foule comprenant des centaines de jeunes catholiques qui avaient connu le défunt. Sur sa tombe, son père a fait inscrire ces mots: «Repose dans la lumière et dans la paix, toi qui as été éteint par la haine et les ténèbres.»

Pendant de longues années, il sera impossible de rien  publier au sujet du meurtre de Rolando Rivi, comme sur l'assassinat de nombreux prêtres, considérés par les communistes comme des «ennemis de classe»; dans cette seule région de l'Émilie-Romagne, on estime à 15000 le nombre des victimes de cette épuration, dont 93 prêtres et séminaristes. Le procès des meurtriers de Rolando a mis en évidence les motifs de son exécution: «Le séminariste Rolando Rivi, par sa conduite pieuse et irréprochable, par son zèle pour la pratique de la foi..., constituait pour la jeunesse locale un exemple édifiant des vertus civiques et chrétiennes qui, par lui-même, devait nécessairement entraîner l'adhésion de beaucoup au catholicisme... Sa capture et sa suppression ont donc eu pour mobile et pour effet d'éliminer à jamais un obstacle efficace à la pénétration de la doctrine communiste dans la jeunesse... Le prétexte invoqué par les meurtriers, selon lequel Rolando aurait été un espion, a été inventé pour les besoins de la cause.»

En 1997, les restes mortels de Rolando ont été transférés dans l'église paroissiale de San Valentino. Le 4 avril 2001, un enfant anglais, James, a été guéri d'une leucémie incurable à la suite de l'application d'une relique (cheveux et sang) de Rolando sous son oreiller, accompagnée d'une neuvaine de prières de la famille et des amis du malade. Cette guérison, que les médecins ont déclarée inexplicable, a été présentée au Saint-Siège en vue de la béatification. Celle-ci pourrait intervenir bientôt, si l'Église juge opportun de reconnaître officiellement que Rolando a été martyrisé en haine de la foi.

«Si nous pouvions croire en Jésus-Christ avec la promptitude, la spontanéité, la simplicité, la docilité avec lesquelles Rolando Rivi a cru, notre foi deviendrait forte comme la sienne, et notre Église deviendrait forte comme cette Église qu'il avait dans son coeur et pour laquelle il n'a pas hésité à mourir» (Mgr Negri, évêque de Montefeltre). Nous pouvons demander, par l'intercession du serviteur de Dieu Rolando Rivi, la grâce d'appartenir à Jésus sans compromission ni partage; alors nous jouirons de la vraie liberté et nous régnerons à jamais avec le Christ.

Dom Antoine Marie osb, abbé

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