Blason  Abbaye Saint-Joseph de Clairval

21150 Flavigny-sur-Ozerain

France


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23 novembre 2011
fête de saint Clément, Pape et martyr


Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

«Les pauvres sont des chèques entre nos mains à l'ordre de la Providence  divine. Si vous compreniez bien Celui que les pauvres représentent  sur terre, vous les serviriez à genoux. Soyez sûres que la banque de la Providence ne fera jamais faillite», disait le Père Jacques aux Religieuses Franciscaines de la Croix du Liban qu'il avait fondées pour le service des malades et des pauvres. Ce Prêtre Capucin a développé une énergie extraordinaire en vue de parvenir à effacer les signes de la pauvreté, de la maladie et de l'ignorance, que des circonstances avaient imposées au Liban.

Khalil Haddad, qui deviendra le Père Jacques (Abouna Yaacoub), est né le 1er février 1875, à Ghazir au Liban, dans une famille qui comptera quatorze enfants, dont six mourront en bas âge. Ses parents sont couturiers. Sa mère lui enseigne: «Tu feras tout et supporteras tout par amour pour Dieu... Dans les moments difficiles, prie le chapelet.» Son père est un homme pieux mais sévère dans l'éducation de ses enfants. Khalil recevra de lui un grand bon sens, joint au sens de l'humour et de la détermination. L'enfance de Khalil se déroule tranquillement. Toutefois, un accident lui arrive la veille d'un 15 août: avec des amis, il monte sur la terrasse de l'église où, selon une coutume locale, l'on répand de la cendre imbibée de pétrole pour allumer un feu dans la nuit. Soudain, ses vêtements prennent feu. Il part en courant, mais sa fuite attise l'incendie et met sa vie en danger. Heureusement, on parvient à éteindre les flammes dont le jeune homme n'a reçu aucune brûlure. Il considère sa préservation comme une faveur du ciel.

«Non, non, pas moi!»

Khalil fait sa scolarité à Ghazir. Intelligent, travailleur, consciencieux, il ne rencontre aucune difficulté dans ses études. Un jour, à table, Mme El-Haddad ouvre son coeur à ses enfants: «Ah! Quel bonheur pour moi, si l'un de vous devenait Prêtre!», et son regard s'arrête sur Khalil. «Pourquoi me regarder, moi? s'exclame celui-ci; voyez les autres! Non, non, pas moi!» En juillet 1891, à l'issue de sa classe de littérature, Khalil reçoit le «Prix de sagesse», décerné par le suffrage des élèves avec l'approbation des maîtres. En 1892, Khalil est invité par un oncle lointain qui tient une hôtellerie à Alexandrie, en Égypte. Dès son arrivée, il est embauché par les Frères des Écoles Chrétiennes du collège Saint-Marc comme professeur d'arabe, langue qu'il maîtrise parfaitement. Après avoir réglé ses dépenses ordinaires, il fait parvenir le reliquat de son salaire à son père qui en est très satisfait. Pour garder sa foi et sa pureté, Khalil s'adonne à la prière et à la visite des églises. Un jour, sur les instances d'un ami, il accepte d'aller à un spectacle agrémenté de projections photographiques. Bientôt écoeuré par des images provocantes, il se voile les yeux de la main; il ne se laissera plus prendre ainsi.

La pudeur, dont Khalil donne l'exemple, est le refus de dévoiler ce qui doit rester caché. Elle préserve l'intimité de la personne. Elle est ordonnée à la chasteté dont elle atteste la délicatesse. Elle guide les regards et les gestes dans la conformité à la dignité des personnes. La pudeur est modestie; elle inspire le choix du vêtement, et maintient le silence là où transparaît le risque d'une curiosité malsaine (cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 2521-2523). Si, à l'heure actuelle, la pudeur est parfois tournée en ridicule, elle demeure indispensable et doit être enseignée à tous, parce qu'elle éveille au respect de la personne humaine et qu'elle garantit la liberté comme l'intimité de chacun. Il y a un rapport réel entre la perte de la pudeur et le bouleversement social: assassinats, pédophilie, avortement...

Le 28 février 1893, lors des obsèques d'un Prêtre franciscain de 42 ans, Khalil saisit le néant de la vie, ainsi que la beauté du détachement total dont ce Religieux avait donné l'exemple: «Oui, je me ferai Prêtre, se dit-il, je serai à Dieu et rien ne m'arrêtera.» Cependant, ses camarades le raillent pour ses fréquentes visites à l'église et lui racontent des grossièretés sur les ecclésiastiques, en particulier sur un malheureux Prêtre qui ne vit pas conformément à son sacerdoce. Profondément ému par l'état de ce Prêtre, Khalil passe des nuits à prier pour lui. Il déclare à ses compagnons: «Eh bien, je me ferai Prêtre, et je vous ferai voir comment sont les bons Prêtres! – On verra bien, saint homme!» lui rétorque-t-on.

Célébrer au moins une fois...

Lorsque M. El-Haddad apprend la résolution de son  fils, il s'y oppose vigoureusement. Mais Khalil demeure ferme dans son dessein et son père finit par céder: le 25 août 1893, il l'accompagne au proche couvent des Pères Capucins. Khalil est au comble de la joie. Lors de sa prise d'habit, il reçoit le nom de Frère Jacques. Le couvent compte de nombreux jeunes religieux chassés de France par la persécution. Après sa première profession, le 14 avril 1895, le Frère Jacques commence ses études de philosophie et de théologie. Les étudiants doivent assurer une bonne partie des travaux d'entretien: couture, balayage, jardinage, lessive. Durant les vacances, ils s'adonnent à de gros travaux de maçonnerie. Le Frère Jacques est en outre employé à diverses missions où sa connaissance de l'arabe et des moeurs du pays est mise à profit. Dès 1896, il rend des services apostoliques, en particulier par les exercices du mois de Marie. Il fait sa profession perpétuelle le 24 avril 1898 et aspire à l'ordination sacerdotale: «Mon Dieu, prie-t-il, donnez-moi de célébrer, ne fût-ce qu'une seule fois, le Saint-Sacrifice de la Messe, ensuite vous pourrez me prendre chez vous. Ce sera ma plus grande joie et ma plus grande consolation.» Le 1er novembre 1901, il est ordonné Prêtre. Son supérieur l'envoie célébrer une première Messe à Ghazir. Au cours du voyage, la voiture à chevaux qui l'emmène bascule dans un profond ravin. Le Père Jacques est bloqué, en sang, dans le véhicule. Il voit sa dernière heure arrivée et supplie la Sainte Vierge de l'assister. Enfin, on parvient à le dégager. Le lendemain, il peut célébrer la Messe dans son village.

Abouna Yaacoub est bientôt nommé économe des couvents des Capucins du Liban. Cette charge lui impose de longues marches sur les sentiers de la montagne. Il déclarera un jour: «Si on devait décerner un prix basé sur le nombre de kilomètres de marche, je serais le champion!» L'été, il ruisselle de sueur; l'hiver, il est transi par la pluie ou la neige. Ses courses incessantes l'exposent à de multiples dangers qui ne l'empêchent pas d'accepter des commissions pour les Frères ou les Soeurs rencontrés. Ses Supérieurs le prennent volontiers comme compagnon de route dans leurs déplacements, pour servir d'interprète ou de guide. En juillet 1910, le Père Jacques s'embarque pour la France. Pour le remercier de son labeur, ses Supérieurs lui offrent un pèlerinage à Lourdes, Rome et Assise. Après trois jours passés à Lourdes, il s'arrache à la grotte bénie et quitte la France qu'il ne reverra jamais. Il se rend à Assise, puis à Rome, où le Pape saint Pie X le reçoit en audience.

À partir de 1905, Abouna Yaacoub est responsable de la direction des écoles créées par les Capucins dans la montagne. Il refuse l'idée de grandes institutions pédagogiques et favorise celle de petites écoles gratuites dans tout le Liban, offrant l'éducation à tous, notamment aux enfants des pauvres. En cinq ans, il portera le nombre des écoles de 15 à 230. Cet apostolat exige de lui une inlassable patience pour trouver les locaux, les professeurs, le mobilier, les fournitures scolaires, les finances, pour écouter les doléances des familles et apaiser les querelles. Son désir profond est de consolider la foi des jeunes enfants. «Jusqu'ici, écrit-il, la foi simple et robuste était restée l'apanage de nos populations libanaises et elle y brillait de tout son éclat. Depuis quelques années, elle paraît s'obscurcir. La soif de l'or a été le premier mal. L'Amérique est apparue comme une mine, et les émigrants y sont allés et y vont encore par milliers pour tenter la fortune... Quand ils reviennent, ils ont perdu quelque chose, parfois la totalité de leurs convictions et surtout de leurs pratiques religieuses... Le remède à cela est le réveil de la foi dans les âmes et la préservation de l'enfance; c'est encore l'enseignement du catéchisme, en arabe surtout, la prédication des retraites, la préparation à la première Communion.»

Une exigence incontournable

Aujourd'hui encore, l'étude du catéchisme reste une  priorité pour tous les chrétiens. Lors d'une audience générale, le 30 décembre 2009, le Pape Benoît XVI faisait remarquer: «La présentation organique de la foi est une exigence incontournable... Le Catéchisme de l'Église Catholique, ainsi que le Compendium du même Caté–chisme, nous offrent précisément ce cadre complet de la Révélation chrétienne, à accueillir avec foi et gratitude. Je voudrais donc encourager chaque fidèle et les communautés chrétiennes à profiter de ces instruments pour connaître et approfondir les contenus de notre foi.» Il demandait aussi aux jeunes devant participer aux Journées Mondiales de la Jeunesse de Madrid: «Étudiez le catéchisme... Sacrifiez votre temps pour cela!... Vous devez connaître ce que vous croyez; vous devez connaître votre foi avec la même précision que celle dont use un spécialiste en informatique pour connaître le système d'exploitation d'un ordinateur... Oui, vous devez être bien plus profondément enracinés dans la foi que la génération de vos parents, pour pouvoir résister avec force et détermination aux défis et aux tentations de ce temps» (Osservatore Romano en langue française, 2 février 2011).

À l'occasion de la visite des écoles, le Père est souvent invité à donner un sermon ou une retraite spirituelle. Il s'exprime alors sans emphase mais avec conviction. Il nous reste, de sa main, vingt-quatre volumes de sermons et quantité de feuilles volantes. En présence de son auditoire, il parle de l'abondance du coeur, agrémentant sa prédication d'anecdotes piquantes et d'exemples tirés de la vie des saints. «Le prédicateur, dit-il, est le clairon de Dieu... Je suis une voix qui crie dans le désert, dans le coeur du pécheur car il ressemble au désert. Quelle ruine là où Dieu n'est pas!» Le Père Jacques s'adonne également au ministère du sacrement de Pénitence.

Abouna Yaacoub propage avec zèle le Tiers-Ordre franciscain. Il explique que saint François exhortait ses auditeurs à haïr le péché et à mener une vie de pénitence; plusieurs d'entre eux voulurent se ranger sous sa bannière et il leur traça une voie nouvelle, adaptée à la vie laïque: telle est la raison d'être du Tiers-Ordre. «L'esprit du monde actuel est en train d'ébranler les élus, affirme le Père. Seul l'esprit chrétien peut triompher de lui... Cet esprit est contenu dans les conditions d'admission du candidat (au Tiers-Ordre) dont les principales sont: une bonne conduite, l'amour de la paix, l'attachement à la foi catholique, la soumission à l'Église.» Il fonde sa première fraternité du Tiers-Ordre à Beyrouth, en 1906. Environ vingt ans après, les tertiaires seront plus de 10000. Le Père suit de près la bonne marche de ses fraternités qu'il confie à des Prêtres eux-mêmes Tertiaires, se réservant l'organisation des rassemblements régionaux ou nationaux. Le 1er janvier 1913, il lance une revue, L'Ami de la Famille, où paraissent des articles de spiritualité, de pédagogie, de poésie... Il publie aussi divers ouvrages, dont une petite vie de saint François, des pièces de théâtre religieux, des textes de chemin de croix.

Savoir s'accrocher

Pendant la première guerre mondiale, les Capucins  français devant quitter le Liban, Abouna Yaacoub reçoit la charge de Supérieur des Capucins Libanais. Sous l'occupation turque, il court des risques énormes pour sa vie, d'autant que la famine et le typhus s'abattent sur le pays. Il se cramponne à la Croix avec une foi inébranlable: «Nous considérons ce temps terrifiant où tous les malheurs se sont abattus sur nous: le présent nous fait peur, l'avenir nous fait trembler. Tomberons-nous dans le découragement et le désespoir? Ah! Non!... Le chrétien averti s'accroche au calme et à la patience car il sait que Dieu tient en mains le registre des événements... Les malheurs ouvrent les yeux que le bien-être a fermés.»

Depuis longtemps, Abouna Yaacoub prépare la construction d'un centre de réunion générale pour ses fraternités. Après la guerre, un autre objectif vient s'ajouter à ce dessein: ériger un monument où l'on viendrait prier pour les milliers de Libanais morts sans trouver quelqu'un pour dresser une croix sur leur tombe. Enfin, de là, on appellera la bénédiction de la Vierge sur tous les Libanais émigrés. En 1919, il achète un terrain à Jall-Eddib, sur une colline où il érige un petit couvent dédié à Notre-Dame de la Mer. En 1923, il inaugure un nouveau bâtiment ainsi qu'une statue de la Vierge portant Jésus, avec un navire à ses pieds. Deux ans après, une grande croix, de dix mètres de haut, est placée au sommet de l'édifice. Le Père Jaques exulte de bonheur. En 1929, il entreprend, à Deir el-Qamar, petite ville qui fut longtemps la capitale du Liban, l'érection d'une Croix monumentale de vingt mètres qui sera inaugurée en 1932. Chaque année, la fête de la Croix est comme une journée nationale où tertiaires et simples fidèles affluent par milliers. Bientôt un chemin de croix puis une illumination nocturne sont installés.

Dès juillet 1925, Abouna Yaacoub agrandit le bâtiment du sanctuaire de Notre-Dame de la Mer. Un jour de 1926, on l'appelle pour entendre la confession d'un Prêtre malade. Il s'agit d'un ancien moine sorti de son couvent et maintenant repenti, mais laissé à lui-même, dans le remords et le découragement. Le Père accueille ce pauvre Prêtre à Notre-Dame de la Mer, et commence ainsi une oeuvre d'assistance aux Prêtres âgés et à ceux qui sont atteints d'infirmités durables, physiques ou mentales. «Gardez-vous de refuser un Prêtre qui frappe à la porte de notre couvent, recommandera-t-il à ses Reli--gieuses. S'il n'y a pas une chambre disponible, donnez-lui la mienne... Le Prêtre c'est le Christ sur la terre. Il faut le respecter et l'honorer.» Par la suite, d'autres Prêtres ainsi que des malades et des handicapés de toute origine sociale et religieuse rejoindront les lieux. En 1948, le sanctuaire de la Croix (Notre-Dame de la Mer) hébergera 400 malades.

Autant que d'«Ave Maria»

Devant l'accroissement de travail que procure l'ac- cueil des Prêtres et des malades, Abouna Yaacoub envisage la fondation d'une nouvelle Congrégation religieuse, affiliée au Tiers-Ordre franciscain. Durant l'été de 1929, aidées par des Soeurs Franciscaines, un petit groupe de jeunes filles Tertiaires qui aspirent à la vie religieuse viennent s'occuper des Prêtres, prendre des cours et s'initier à toutes sortes de travaux. Leur vie est rude: il leur faut pétrir le pain, aller puiser l'eau à la source, chercher des fagots dans les bois, porter le linge à laver jusqu'au village de Jall-Eddib... Mais tout se passe dans la gaieté et l'enthousiasme, tant un feu intérieur dévore ces âmes ardentes. Le Père Jacques leur donne une formation spirituelle et insiste sur la bonne entente, la charité, le dévouement, la vie humble dans le silence. La communauté s'accroît rapidement. Un soir de 1936, lors d'une tournée de prédications en Palestine, le Père est dans l'église de Nazareth: « Ô Marie, prie-t-il, faites qu'à l'heure de ma mort, le nombre de mes Religieuses soit égal au nombre d'Ave Maria que j'arriverai à dire avant la fermeture de l'église.» Il se met à égrener son rosaire. Il termine juste le cent cinquantième grain quand le sacristain vient fermer les portes de l'église. Dix-huit ans plus tard, à la mort d'Abouna Yaacoub, la Congrégation comptera cent cinquante Religieuses.

Dès 1937, le gouvernement libanais accorde au Père Jacques une subvention pour chaque personne accueillie par les Soeurs. Dès lors, on voit arriver, envoyés par le gouvernement ou les municipalités, des infirmes, des personnes âgées, des aveugles, des handicapés mentaux... Abouna Yaacoub doit ouvrir d'autres centres d'accueil et de soins, agrandir les locaux et trouver un financement toujours plus abondant. À un ami qui l'interroge sur sa comptabilité, il répond: «Ne me parlez pas de comptabilité. Cela n'est pas de ma compétence. Moi, mon comptable c'est Dieu. Je ne garde rien avec moi. Ce qui m'arrive, je le dépense aussitôt pour les pauvres.» Mais sa confiance en Dieu ne lui fait pas perdre de vue la vertu de prudence et il veille à ne pas avoir de dettes dans la construction des quatorze centres (écoles, asiles, hôpitaux...) qu'il fonde. Ses multiples travaux le mettent en contact avec de très nombreuses personnes, notamment les gouvernants du pays; mais dans la complexité des relations qu'il lui faut entretenir avec les autorités civiles et religieuses, il reste toujours très juste vis-à-vis de chacun, et il n'aura jamais aucun procès.

La seule voie de salut

Le couronnement de ses travaux est le sanctuaire  qu'un appel intérieur le pousse à ériger au Christ-Roi, auquel il veut consacrer le Liban chrétien. Le Pape Pie XII avait affirmé dans l'encyclique Summi Pontificatus: «À l'entrée du chemin qui conduit à l'indigence spirituelle et morale des temps présents se trouvent les efforts néfastes d'un grand nombre d'hommes pour détrôner le Christ, l'abandon de la loi de vérité qu'Il annonça, de la loi de l'amour qui est le souffle vital de son règne. La reconnaissance des droits royaux du Christ et le retour des individus et de la société à la loi de sa vérité et de son amour sont la seule voie de salut» (20 octobre 1939). Abouna Yaacoub choisit pour emplacement la colline dite «Les Ruines des Rois», où les antiques conquérants avaient gravé sur le roc le souvenir de leurs armées victorieuses. Commencé en 1950, le sanctuaire comprend une basilique et des bâtiments destinés à l'accueil de Prêtres et de Religieuses, âgés ou malades. Une statue du Sacré-Coeur, de douze mètres de haut, couronne l'édifice. L'inauguration solennelle de ce centre a lieu le dernier dimanche d'octobre 1952, pour la fête du Christ-Roi. Lors des travaux, les ouvriers ont découvert une grotte souterraine. Plein de joie, le Père s'écrie: « Ça, c'est pour la Reine!», et il fait aménager un oratoire en l'honneur de l'Immaculée Conception de Marie.

Les oeuvres réalisées par Abouna Yaacoub ne lui font pas oublier sa vocation de Religieux Capucin. Toute sa vie est jalonnée par la prière. Il a une dévotion toute particulière envers l'Eucharistie et pour la Croix du Christ. Dans ses derniers jours, il ne cesse de répéter: «La Croix, c'est ma vie! Ô ma Croix, je te salue! Tu as toujours été sur ma poitrine, sur ma table, dans ma chambre, sur mes chemins lors de mes randonnées.» Une de ses dernières paroles est cet appel souvent répété: « Ô Croix du Seigneur, ô bien-aimée du coeur!»

Abouna Yaacoub a toujours bénéficié d'une santé robuste; toutefois, en mai 1954, il dicte ces lignes: «J'ai encore la tête libre, mais par ailleurs je suis plein d'infirmités: insomnie, cataracte, prostate, eczéma; toutes ces misères font de moi un hôpital ambulant, car je marche encore et fais mon travail de mon mieux.» Incidem-ment, un médecin découvre qu'il est atteint de leucémie: «Oh! que cela me réjouit et me réconforte, s'écrie le Père... Pour moi, la mort est une joie et une consolation parce que je vais à la rencontre de mon Père céleste.» Il dit à la Supérieure des Soeurs qui s'inquiète de son départ: «N'ayez pas peur. Si un homme passe d'une pièce à une autre, a-t-il pour autant abandonné les siens et cessé de les aider?... Je passerai au Ciel, et je ne cesserai de vous seconder.» Il affirme aux Soeurs: «Tant que vous serez en bon accord et que la charité régnera parmi vous, personne ne pourra rien contre vous. Je veux que chacune sacrifie sa vie pour sa Soeur.» De nos jours, les Franciscaines de la Croix du Liban continuent leur mission; elles sont 230 Religieuses réparties dans 6 pays (Maison généralice: Notre-Dame du Puits, Bkennaya. Jall-Eddib. BP 60-206 – Metn – Liban. En France: Beth Mariam, Étoile d'Orient, 62 route de Pau – 65100 Lourdes).

Le 26 juin, Abouna Yaacoub reçoit l'Extrême-Onction et l'Eucharistie en viatique, puis il rend son âme à Dieu à trois heures de l'après-midi, après avoir murmuré: « Jésus, Marie, Joseph ». Il a été béatifié le 22 juin 2008.

Avec le Pape Benoît XVI, demandons que «l'intercession du bienheureux Abouna Yaacoub, unie à celle des saints du Liban, obtienne que ce pays, aimé et martyrisé, qui a trop souffert, progresse finalement vers une paix stable!»

Dom Antoine Marie osb, abbé

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