Blason  Abbaye Saint-Joseph de Clairval

21150 Flavigny-sur-Ozerain

France


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6 juillet 2011
fête de sainte Maria Goretti


Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

Un jour de 1676, un guerrier iroquois entre sans prévenir dans la  tente d'une jeune Indienne devenue chrétienne afin de la forcer  à abandonner sa foi. Il lève son tomahawk (hachette) au-dessus de sa tête, comme pour la frapper. En guise de réponse, elle tombe à genoux, les bras croisés sur sa poitrine, priant de tout son coeur. Le guerrier est désemparé. Le tomahawk lui tombe des mains. Il est pris de honte devant sa propre faiblesse face à la vigueur d'âme de cette jeune femme nommée Kateri.

En l'an 1656, naissait en Amérique du Nord, dans l'actuel état de New-York, une petite fille dont la mère, Kahenta, une Indienne algonquine, avait été prise comme épouse par le chef Mohawk Kenhoronkwa. «Mohawk» vient du nom de la rivière qui traverse tout le pays des Iroquois. Le jeune couple vit dans le pays des Agniers, une branche encore païenne de la tribu des Iroquois, dans la bourgade d'Ossernenon, appelée aujourd'hui Auriesville. C'est là que, quelques années auparavant, les saints missionnaires jésuites Isaac Jogues, René Goupil et Jean de La Lande avaient souffert le martyre pour la foi. Kahenta est chrétienne, et son plus grand désir est de faire baptiser sa fille. Mais aucune femme indienne n'oserait baptiser son propre enfant: c'est le rôle des «Robes Noires», les jésuites, qui portent de grandes soutanes noires. Or, aucun missionnaire n'est passé dans ce village depuis deux ans. De plus, son mari est très hostile aux chrétiens. Elle doit se contenter d'instruire secrètement sa fille des mystères de la vraie foi.

«Interroge la beauté...»

La pureté brille sur le front de l'enfant qui aime écou- ter sa maman lui raconter l'histoire de Jésus, de Marie et des saints. «Maman, d'où viennent les oiseaux? – Dieu les a faits, ma petite. Dieu a fait toutes les belles choses du monde: Il a fait les arbres, les fleurs, les oiseaux et les lacs; Il a tout fait.»

Le Catéchisme de l'Église Catholique enseigne: «À partir de la beauté du monde, on peut connaître Dieu comme origine et fin de l'univers» (CEC 32). «Interroge la beauté de la terre, suggère saint Augustin, interroge la beauté de la mer, interroge la beauté de l'air qui se dilate et se diffuse, interroge la beauté du ciel... interroge toutes ces réalités. Toutes te répondent: «Vois, nous sommes belles». Leur beauté est une profession (un témoignage). Ces beautés sujettes au changement, qui les a faites sinon le Beau (Dieu), non sujet au changement?» (Sermon 241).

En 1660, un malheur s'abat sur le village: une épidémie de petite vérole (variole) emporte un tiers de ses habitants, et, parmi eux les parents et le petit frère de la fillette. Celle-ci ne meurt pas mais reste marquée au visage par les traces de la maladie, et ses yeux s'affaiblissent au point de ne plus supporter la forte lumière. Lorsqu'elle sort au grand jour, il lui faut se protéger les yeux de son châle. Elle avance grâce au tâtonnement de ses mains plus que par le regard de ses yeux, d'où le nom qui lui est donné: Tekakwitha, c'est-à-dire «celle qui s'avance en tâtonnant». Plus tard, en considération de ses nombreux miracles, on la nommera: «Celle qui meut tout devant elle».

Ses parents morts, elle est accueillie par son oncle qui la remet entre les mains de ses tantes, selon la coutume iroquoise. L'arrivée d'une fillette signifie l'aide de deux bras supplémentaires: chez les Iroquois, les soins du ménage, les travaux pénibles, l'eau à puiser à la rivière, la coupe du bois et son transport à la cabane, reviennent à la femme aussi bien que la charge de moudre le maïs, de confectionner meubles, étoffes et objets d'artisanat. L'homme se contente d'aller à la chasse et d'indiquer où se trouve le gibier qu'il a tué. La femme doit ensuite se rendre sur place et traîner le gibier jusqu'à la cabane puis le dépecer. Les tantes sont exigeantes et elles donnent à leur nièce tant d'occupations qu'il ne lui reste guère de temps pour ses loisirs. La jeune fille, qui aime le travail bien fait, se soumet avec générosité à tout ce qui lui est enjoint; elle se révèle d'ailleurs très habile de ses doigts.

Son désir de plaire à Dieu est très grand. À l'imitation de Notre-Dame, elle veut être toute à Lui et rester vierge; aussi refuse-t-elle les offres de mariage qui lui sont faites. Ce n'est pas chose aisée, car Tekakwitha est la fille d'un chef de tribu. Son oncle lui a destiné un fier guerrier qu'il estime. Mais tout est inutile. La volonté invincible de Tekakwitha jette son oncle et ses tantes dans une violente colère. Dorénavant, elle sera traitée pratiquement comme une esclave et chaque refus de mariage lui vaudra un surcroît de travail et de mépris.

Soif du baptême

En 1667, trois missionnaires jésuites arrivent au vil-  lage. Par une attention de la Providence, Tekakwitha est chargée de leur offrir l'hospitalité. Le Père Cholenec témoignera de la modestie de la jeune fille et de la douceur avec laquelle elle s'est acquittée de sa fonction d'hôtesse. Elle boit avec avidité les paroles des Pères ainsi que les bribes de conversations qu'elle entend dans l'intimité de la cabane, mais ne peut encore s'ouvrir de son désir du baptême. À l'automne de 1675, le Père de Lamber-ville est au village. Il reçoit les confidences de la jeune fille et se rend compte de la valeur spirituelle de cette âme déjà toute prête à recevoir le baptême; dans l'enquête qu'il ouvre sur la vie de Tekakwitha, il ne trouve personne qui ne fasse l'éloge de la jeune catéchumène, malgré le penchant des Indiens à médire, surtout sur les femmes. Même ceux qui l'ont persécutée le plus vivement ne peuvent s'empêcher de rendre témoignage à sa vertu. Connaissant la mentalité des Iroquois, le Père considère cela comme tout à fait extraordinaire. Prête à tout pour recevoir le baptême, Tekakwitha ose en demander la permission à son oncle qu'elle sait hostile au christianisme. Le ciel bénit sa détermination, car, contre toute attente, l'oncle ne s'y oppose pas. Le jour de Pâques, 18 avril 1676, Tekakwitha est baptisée sous le nom de Kateri, en l'honneur de sainte Catherine d'Alexandrie.

«Le saint Baptême est le fondement de toute la vie chrétienne, enseigne le Catéchisme de l'Église Catholique, le porche de la vie dans l'Esprit et la porte qui ouvre l'accès aux autres sacrements. Par le Baptême nous sommes libérés du péché et régénérés comme fils de Dieu, nous devenons membres du Christ, nous sommes incorporés à l'Église et faits participants à sa mission » (CEC 1213). Saint Grégoire de Nazianze explique: «Le Baptême est le plus beau et le plus magnifique des dons de Dieu... Nous l'appelons don, grâce, onction, illumination, vêtement d'incorruptibilité, bain de régénération, sceau, et tout ce qu'il y a de plus précieux. Don, parce qu'il est conféré à ceux qui n'apportent rien; grâce, parce qu'il est donné même à des coupables; Baptême, parce que le péché est enseveli dans l'eau; onction, parce qu'il est sacré et royal... illumination, parce qu'il est lumière éclatante; vêtement, parce qu'il voile notre honte; bain, parce qu'il lave; sceau, parce qu'il nous garde et qu'il est le signe de la seigneurie de Dieu» (Or. 40, 3-4, cf. CEC 1214).

Le baptême est pour Kateri l'aurore d'une vie nouvelle qui va avoir ses exigences: Si quelqu'un veut venir après moi, dit en effet Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu'il se renonce, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive (Mc 8, 34). Son oncle et sa tante veulent la faire travailler le dimanche «comme tout le monde», mais Kateri résiste, expliquant que ce jour est consacré au Seigneur. Elle a en effet appris que l'amour de Dieu et l'obtention de la vie éternelle passent par l'observation des Comman-dements: Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements, dit Jésus au jeune homme riche (Mt 19, 17). Traitée de paresseuse, la jeune fille s'entend dire que si elle ne veut pas travailler, elle ne mangera pas non plus. Ainsi, pendant de longs mois, elle passe ses dimanches dans un jeûne presque total. Alors que la famille prend son copieux repas, elle se tient assise près de son lit, prise de faiblesse et de vertiges à cause de la faim. Qui plus est, on encourage les autres enfants du village à lui jeter des pierres et à l'insulter quand elle passe. On l'appelle, d'un ton méprisant, «la chrétienne», ou «la sorcière».

Le jour du Seigneur

Le bienheureux Pape Jean-Paul II a expliqué le sens de  la sanctification et du repos du dimanche: «Si, dans la première page de la Genèse, le travail de Dieu est un exemple pour l'homme, son repos l'est également: Au septième jour, il chôma, après tout l'ouvrage qu'Il avait fait (Gn 2, 2)... Le jour du repos est tel, d'abord parce qu'il est le jour béni par Dieu et sanctifié par Lui, autrement dit séparé des autres jours pour être, entre tous, le «jour du Seigneur»... En réalité, toute la vie de l'homme et tout le temps de l'homme doivent être vécus comme louange et action de grâces envers le Créateur. Mais la relation de l'homme avec Dieu a également besoin de temps de prière explicite... Le «jour du Seigneur» est, par excellence, le jour de cette relation dans laquelle l'homme élève à Dieu son chant, en se faisant la voix de toute la création. C'est précisément pourquoi il est aussi le jour du repos: l'interruption du rythme souvent oppressant des occupations traduit la reconnaissance de la dépendance de la personne et du cosmos par rapport à Dieu. Tout est de Dieu! Le jour du Seigneur vient continuellement affirmer ce principe...» (Lettre apostolique Dies Domini, du 31 mai 1998, 11, 14, 15).

Le Catéchisme de l'Église Catholique explique comment le sabbat (le septième jour) a cédé sa place au dimanche (le premier jour): « Jésus est ressuscité d'entre les morts, le premier jour de la semaine (Mt 28, 1). En tant que premier jour, le jour de la Résurrection du Christ rappelle la première création. En tant que huitième jour qui suit le sabbat, il signifie la nouvelle création inaugurée avec la Résurrection du Christ. Il est devenu pour les chrétiens le premier de tous les jours, la première de toutes les fêtes, le jour du Seigneur, le dimanche» (CEC 2174).

Au milieu de ses épreuves, Kateri est seule et elle subit sans cesse des vexations. Son amie Anastasie et de nombreux Indiens chrétiens sont partis au Canada pour vivre dans un village fondé par les Pères jésuites: la mission Saint-François-Xavier sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent, face à Montréal. Kateri aspire à les rejoindre afin de pouvoir pratiquer sa foi librement, et le Père de Lamberville juge, lui aussi, prudent qu'elle parte. Profitant d'une absence du vieil oncle de Kateri, le missionnaire la fait partir avec deux chrétiens, et il écrit au P. Frémin, supérieur de la mission Saint-François-Xavier: «Je vous envoie un trésor, gardez-le bien!» De retour au village, l'oncle apprend la fuite de sa nièce et s'engage aussitôt à sa poursuite mais il ne réussit pas à la rejoindre. Après un long voyage, Kateri arrive à destination. Elle peut enfin mener une vie chrétienne, libre de toutes entraves. Les larmes coulent de ses yeux à la vue de la chapelle: c'est la première fois qu'elle voit une église.

Le plus agréable à Dieu

Le Père Cholenec ne tarde pas à admettre Kateri parmi  les néophytes qui préparent leur première communion. Voyant son zèle exceptionnel et apprenant avec quelle charité elle passe son temps à soigner les malades, à veiller sur les enfants et à rendre tous les services possibles, il la dispense de la règle qui oblige les nouveaux baptisés à attendre un an avant de faire leur première communion. Le jour de Noël 1676, Kateri reçoit en son chaste coeur pour la première fois Celui qu'elle aime par-dessus tout. Elle reste longtemps seule à l'église en action de grâces avec Jésus. Sa ferveur s'accroît ensuite de jour en jour. Dans son journal, le Père Cholenec notera: «À partir de ce jour, Kateri nous sembla différente, car elle demeura toute remplie de Dieu et d'amour pour lui.» Elle se demande: «Qui m'apprendra ce qui est le plus agréable à Dieu, afin que je le fasse?» Mais, comme en témoignent les missionnaires, sa grande union à Dieu ne lui fait nullement négliger son travail; elle l'accomplit, au contraire, avec un plus grand amour.

Noël, c'est aussi la veille du grand départ pour l'expédition annuelle de chasse. Pour les Iroquois, la chasse fait partie de la vie: c'est le grand événement de l'année. Elle constitue pour la bourgade tout entière et pour chacune des familles, une entreprise de ravitaillement. On rapporte de la viande en quantité abondante et surtout de riches pelleteries à troquer, auprès des Blancs, contre des armes et des denrées. C'est aussi la détente générale. Pour les femmes, c'est une fête. La vie en forêt est, pour elles, beaucoup plus libre. Sans doute, il leur faudra dépecer le gibier abattu et préparer les pelleteries, mais le riche butin acquis est l'occasion de fêtes et de danses bruyantes auxquelles tous, hommes et femmes, se livrent avec entrain.

Pour Kateri, cette période de chasse est une épreuve à cause de l'éloignement de l'église, de l'impossibilité d'avoir la Messe et les sacrements, et de la promiscuité. Un jour, un homme rentre à la hutte fort fatigué, se jette sur la première paillasse qu'il trouve et s'endort; or cette couche est près de celle de Kateri. Le lendemain, la femme de cet homme croit qu'ils ont couché ensemble; d'ailleurs elle a remarqué que Kateri part régulièrement pour aller seule dans la forêt, ce qui aiguise encore ses soupçons. Elle colporte à ses amies son doute et, de retour au village, s'en ouvre également au missionnaire. Celui-ci interroge Kateri. La jeune fille lui avoue qu'elle allait chaque jour prier Jésus dans la solitude des bois où elle s'était aménagé un petit oratoire avec une croix en bois. C'était pour elle une bonne façon d'échapper à l'oisiveté, aux jeux et aux conversations frivoles de ses compagnes. «Je voudrais que cela reste secret, ajoute-t-elle, et je vous demande de ne pas le dire aux autres femmes. Peu importe si elles me soupçonnent d'avoir fait le mal. Mon âme doit répondre à Dieu seul.» Ces paroles sereines convainquent le Père Cholenec de son innocence. Il affirme à la femme jalouse que ses soupçons n'ont aucun fondement. Cependant, durant quelque temps, Kateri continue à être surveillée, humiliation qu'elle offre à Dieu en union avec Jésus-Christ couronné d'épines.

Une profonde impression

Le jour de Pâques 1678, Kateri est admise dans la  confrérie de la Sainte-Famille, instituée en Nouvelle-France par l'évêque de Québec, Mgr de Laval, pour inviter les fidèles à reproduire dans leur vie individuelle et dans chaque foyer les vertus de Jésus, Marie et Joseph. Un jour, Kateri visite Montréal où elle rencontre les religieuses hospitalières de Saint-Joseph, de l'Hôtel-Dieu. Elle est impressionnée par ces femmes consacrées à Dieu par le voeu de chasteté. Avec deux amies, elle envisage de vivre en solitaire sur l'île aux Hérons, du Saint-Laurent, mais le Père Frémin lui objecte son peu d'expérience de la vie chrétienne et le danger que cela représente pour les trois femmes de vivre ainsi solitairement. Kateri se soumet et s'applique à conforter sa vie intérieure, tout en demeurant au milieu du monde. Mais elle garde le désir d'appartenir au Christ.

Le choix de la virginité pour l'amour de Dieu rend présent dès ici-bas le Royaume de Dieu, comme l'expliquait aux religieux le bienheureux Pape Jean-Paul II, dans l'exhortation apostolique Vita consecrata, du 25 mars 1996: « Où est ton trésor, là sera aussi ton coeur (Mt 6, 21): le trésor unique du Royaume suscite le désir, l'attente, l'engagement et le témoignage. Dans l'Église primitive, l'attente de la venue du Seigneur était vécue d'une manière particulièrement intense. Mais l'Église n'a pas cessé d'entretenir cette disposition à l'espérance au cours des siècles: elle a continué à inviter les fidèles à porter leur regard vers le salut dont la manifestation est proche, car elle passe, la figure de ce monde (1 Co 7, 31)... La doctrine constante présente [la vie consacrée] comme une anticipation du Royaume à venir. Le Concile Vatican II reprend cet enseignement lorsqu'il affirme que la consécration (des religieux) «annonce la résurrection future et la gloire du Royaume céleste» (Lumen gentium, 44). C'est ce que fait avant tout le choix de la virginité, toujours entendu par la Tradition comme une anticipation du monde définitif qui, dès maintenant, agit en l'homme et le transforme en tout son être» (n. 26).

Kateri a maintenant 23 ans, âge bien supérieur à celui où les jeunes Indiennes sont données en mariage. Toutes ses amies la poussent à se marier, car, dans ces jeunes chrétientés, la virginité embrassée par amour du Christ est totalement inconnue. Kateri n'est pas comprise et on la considère comme «excentrique». Elle en souffre, surtout quand Anastasie lui fait de durs reproches à ce sujet: «Il est inouï qu'une Mohawk ne se marie pas! Il faut obéir à tes aînées. D'ailleurs, qui va te soutenir? Tu seras à charge à tout le monde, si tu ne te maries pas. Il y a plusieurs jeunes gens qui voudraient ta main.» Mais tout cela ne sert qu'à la conforter dans son désir d'appartenir à Dieu seul. Elle consulte le missionnaire qui la renvoie prudemment à une décision personnelle: «Cela dépend de vous seule.» Mais sa résolution est inébranlable: elle n'aura que le Christ pour Époux. Le Père est étonné et ravi par une telle décision, jamais encore vue dans la tribu. Kateri lui demande la permission de faire le voeu de virginité. Voyant qu'il est en présence d'une âme choisie de Dieu, il donne son accord. Le 25 mars 1679, celle qu'on appellera le «lys des Mohawks», après s'y être sérieusement préparée, fait dans son coeur le voeu de virginité perpétuelle.

La virginité consacrée est un témoignage important de la puissance de l'amour de Dieu dans la fragilité de la condition humaine. Elle atteste que ce que la majorité tient pour impossible devient, avec la grâce du Seigneur Jésus, possible et source d'authentique libération. La virginité choisie par les consacrés rappelle à tous les fidèles la nécessité de la vertu de chasteté. «Tous les baptisés, suivant le Christ modèle de chasteté, sont appelés à mener une vie chaste, selon leur état de vie: les uns, en vivant dans la virginité ou dans le célibat consacré, manière éminente de se consacrer plus facilement à Dieu d'un coeur sans partage; les autres, s'ils sont mariés, en pratiquant la chasteté conjugale; s'ils ne sont pas mariés, en vivant la chasteté dans la continence» (Compendium du Catéchisme de l'Église Catholique, 491).

La nouvelle étoile

Kateri se dévoue envers les pauvres, les malades, les  personnes âgées. Elle porte régulièrement autour du cou son chapelet qu'elle récite en marchant pieds nus dans la neige. Elle multiplie les pénitences pour la conversion de son peuple. Le Père Cholenec essaye de la modérer un peu dans ses austérités, mais elle est bientôt au bord de la tombe et, au cours de l'hiver, elle est prise d'une toux violente, de maux de tête, et de fièvre. Elle passe ces jours d'agonie à prier et à parler du «Grand Esprit» à tous ceux qui veulent l'écouter; et ils sont nombreux, car tous ont bénéficié de sa charité. Le Mardi Saint, on lui apporte le Saint Viatique dans sa pauvre cabane. Le lendemain 17 avril 1680, entourée de tout le village, après avoir chuchoté: « Jésus ! Marie ! Je vous aime!», elle va rejoindre l'Époux éternel de son âme. Aussitôt elle paraît transfigurée et son visage devient lisse et d'une étonnante beauté, alors qu'elle avait toujours gardé les marques de la petite vérole.

Son culte se propagea rapidement parmi les populations, tant indienne que française, et les récits de guérisons miraculeuses opérées par son intercession se multiplièrent. Soixante ans plus tard, elle était universellement considérée comme la protectrice du Canada et comme la «nouvelle étoile du Nouveau Monde». Elle a été béatifiée par le Pape Jean-Paul II, le 22 juin 1980.

Lors des Journées mondiales de la Jeunesse à Toronto (Canada), le Pape Jean-Paul II s'adressait ainsi à des compatriotes de la bienheureuse: «Je salue le groupe de jeunes indigènes qui proviennent de la région de la bienheureuse Kateri Tekakwitha. Avec justesse, vous l'appelez kaiatano (c'est-à-dire très noble et très digne personne): qu'elle soit pour vous un modèle, vous montrant comment les chrétiens peuvent être sel et lumière de la terre!» (28 juillet 2002).

Dom Antoine Marie osb, abbé

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