Blason  Abbaye Saint-Joseph de Clairval

21150 Flavigny-sur-Ozerain

France


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8 d├ęcembre 2010
Immaculée Conception de la Vierge MARIE


Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

«Savez-vous qu'il y a une chose que je n'ai jamais pu comprendre?  C'est que Notre-Seigneur étant infiniment bon et nous aimant  sans mesure, les hommes l'aiment si peu!» Ces paroles nous révèlent le coeur d'un grand apôtre, saint Antoine-Marie Claret.

Venu au monde l'avant-veille de Noël 1807, dans la ville industrielle de Sallent, province de Barcelone, en Catalogne (nord-est de l'Espagne), Antonio Claret est baptisé le jour de la naissance du Sauveur. Ses parents, tisserands en coton, sont profondément chrétiens. Les premiers mots qu'ils apprennent à leurs enfants sont les saints noms de Jésus et de Marie. Le jeune Antoine en retire une grande dévotion envers la Très Sainte Vierge dont il aime à fréquenter les sanctuaires. Le jour de sa première Communion, il s'estime le garçon le plus heureux du monde. Il est très tôt attiré vers le sacerdoce, mais son père le destine au métier de tisserand et Antoine se passionne pour cet art dont il se rend vite maître. Garçon modèle, il n'en a pas moins à lutter pour être fidèle au Seigneur. La luxure et l'avarice se présentent à lui sous la forme de tentations séduisantes. Pour les vaincre, il s'applique à prier davantage, surtout la Sainte Vierge. Plus tard, dans son Catéchisme de la doctrine chrétienne, il donnera ce conseil salutaire: «Si tu es assailli par quelque tentation, invoque Marie à ce moment-là, vénère son image, et je t'assure que si tu l'invoques constamment..., elle t'aidera infailliblement et tu ne pécheras pas.»

Trop d'obstacles

Un jour, le jeune homme se rend compte qu'en dépit  de sa fidélité à la prière quotidienne, il rencontre dans le monde trop d'obstacles pour vivre en union avec Dieu. Étant à l'église, il se voit assailli de tant de distractions que, malgré ses efforts pour les chasser, il a «dans la tête plus de machines qu'il n'y a de Saints dans le Ciel». Lorsque son père lui fait part d'une offre qui permettrait d'agrandir leur usine, il se heurte à l'hésitation de son fils. En effet, depuis quelques temps, celui-ci entend résonner dans son coeur la parole de l'Évangile: Que sert à l'homme de gagner l'univers, s'il vient à perdre son âme? (Mt 16, 26). Peu après, un accident lui fait frôler la mort; alors, comprenant que Dieu l'appelle, il se résout à tout abandonner.

Sa première pensée est de quitter le monde pour se faire Chartreux; mais, après réflexion, il entre au séminaire de Vic. Sous la direction d'un prêtre oratorien, il fait de rapides progrès dans la vie intérieure, en particulier dans l'humilité. Si on le loue des dons naturels et surnaturels qu'il possède en abondance, il répond: «Oui, je suis comme un âne chargé de bijoux et de pierreries, mais qui n'en est pas moins un âne.» Il reçoit l'ordination sacerdotale le 13 juin 1835, puis est nommé vicaire dans sa paroisse natale dont il deviendra curé deux ans plus tard. Les habitants de Sallent sont édifiés par ce jeune prêtre, si exact dans les offices, et si attentif dans la célébration de la sainte Messe. Sa charité envers les pauvres et les malades se fait aussi remarquer, car don Claret donne sans compter, au point de ne rien garder pour lui-même. Son zèle à instruire est ardent, et il met ses loisirs à profit pour se replonger dans l'étude.

Autour du jeune prêtre, le monde est en train de perdre ses repères: beaucoup de ses contemporains ont une foi affadie; même dans les milieux catholiques, le libéralisme s'infiltre dans les esprits. «Le libéralisme en religion, soulignait le bienheureux John Newman, contemporain d'Antoine Claret, est la doctrine suivant laquelle il n'y a pas de vérité absolue en religion, mais un credo en vaut un autre... Il n'admet pas qu'une religion puisse être considérée comme vraie... Il enseigne que la religion révélée n'est pas une vérité, mais une question de sentiment et de goût, qu'elle n'est ni un fait objectif, ni miraculeuse.» Pourtant, Jésus nous a révélé qu'il est Lui-même la Vérité (Jn 14, 6). Don Claret travaille à lutter contre ce fléau du libéralisme philosophique et religieux, et à enraciner profondément dans les coeurs les principes de la foi et de la morale chrétiennes, la destinée finale de l'homme, et la vanité du monde.

En 1839, il se rend à Rome où il entre au noviciat de la Compagnie de Jésus. Cet essai ne dure que quelques mois, mais lui donne une nouvelle impulsion pour travailler au salut des âmes. «Dieu m'a fait une grande grâce, écrira-t-il dans son autobiographie, en me conduisant à Rome pour me faire vivre, bien que pendant peu de temps, avec ces religieux si fervents. Plût à Dieu que j'en eusse mieux profité! Mais si l'avantage a été assez mince pour moi, il a été considérable pour le prochain. C'est là que j'ai appris la bonne méthode de donner les Exercices de saint Ignace et de prêcher, de faire le catéchisme et de confesser avec grand profit pour les âmes. Soyez béni de tout, ô mon Dieu, faites que je vous aime et vous fasse aimer et servir par tous! Que toutes les créatures expérimentent combien vous êtes bon et miséricordieux!» Plus tard, il dira des Exercices : ils «sont un des plus puissants moyens dont je me sois servi pour la réforme du clergé».

À son retour en Espagne, en 1840, don Antoine est nommé curé de Viladrau. Là, il donne toute la mesure de son amour du prochain. «Étant installé dans la paroisse de Viladrau, notera-t-il, je veillais le mieux possible aux besoins spirituels des fidèles. Les dimanches et jours de fête, j'expliquais l'évangile pendant la grand'Messe, et le soir je faisais le catéchisme aux garçons et aux filles. Tous les jours, je rendais visite aux malades. Malheu-reusement, il n'y avait pas de médecin dans cette ville. Voilà comment je fus à la fois le médecin des âmes et le médecin des corps, utilisant mes connaissances générales et celles que je puisais dans des ouvrages de médecine... Le Seigneur a si bien secondé mon zèle qu'aucun des malades passés par mes mains ne mourut.»

Chercher les vraies causes

«À mon arrivée à Viladrau, révèlera-t-il encore, ceux  qui se disaient possédés (par le démon) étaient très nombreux et leurs familles me pressaient de les exorciser, car j'en avais le pouvoir. Je constatais qu'il n'y en avait guère qu'un sur mille qui fût vraiment possédé; le malaise des autres avait des causes physiques ou morales.» Pour y porter remède, don Claret donne quelques conseils appropriés: ayant remarqué que, souvent, les prétendus possédés se laissaient aller à la colère et à l'abus d'alcool, il leur recommande de prendre leur mal en patience, de ne se fâcher jamais, et de vivre dans la sobriété. Puis, il leur suggère de réciter trois fois par jour sept «Notre Père» et sept «Je vous salue Marie» en l'honneur des Sept Douleurs de la Très Sainte Vierge, de faire une bonne Confession de tous les péchés de leur vie et de recevoir ensuite la Sainte Communion. La plupart du temps, ceux qui suivent ses conseils viennent bientôt le remercier et affirmer qu'ils sont complètement guéris.

Une des occupations préférées d'Antoine Claret est l'enseignement du catéchisme: «Le catéchisme étant la base de l'instruction morale et religieuse des enfants, j'ai toujours pensé qu'il était le plus important des moyens d'apostolat. Comme l'esprit des enfants est plus malléable que celui des adultes, ils peuvent l'apprendre aisément et le garder, pour ainsi dire imprimé dans leur esprit... Ce qui m'a poussé le plus fortement à instruire les enfants, c'est l'exemple de Jésus-Christ et des Saints. Laissez les petits enfants venir à moi, a dit Notre-Seigneur; et ne les empêchez pas, car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent (Mc 10, 14). Il est certain qu'aux yeux de Dieu, un enfant dont l'innocence a été conservée par une bonne éducation, est un trésor plus précieux que toutes les richesses du monde.» Il ajoute: «Le catéchisme aux grandes personnes est, à ma connaissance, le meilleur moyen de leur faire du bien. Par le catéchisme, on les tire de leur ignorance, qui est plus grande qu'on ne l'imagine. Les prédicateurs se figurent parfois que ceux qui viennent écouter leurs sermons sont déjà instruits de la religion et de leurs obligations: ils se trompent lourdement... La matière de mon catéchisme était toujours basée sur les Commandements de Dieu que je commentais avec plus ou moins de développements... Jamais je n'attaquais les vices prédominants de mon auditoire dès le début; j'attendais, pour le faire, d'avoir mon public bien en main. Et alors, le devinant bien préparé, j'abordais les plus graves sujets; mes auditeurs, voyant que je démolissais leurs petites idoles, ne se révoltaient pas, et beaucoup se repentaient de leurs fautes.»

Un moyen d'action efficace

Outre les instructions catéchétiques, don Claret  s'applique à faire du bien à tous ceux qu'il rencontre: «Les entretiens familiers sont un autre moyen d'action sur les âmes, et combien efficace! Étant étudiant, j'ai lu que, parmi les premiers membres de la Compagnie de Jésus, il y avait un Frère laïc qui était chargé des achats. Il sortait tous les jours pour remplir les devoirs de son emploi, et dans ses conversations avec les séculiers, il était si édifiant et si aimable, qu'il a converti plus d'âmes que n'importe quel missionnaire. Cet exemple m'a fait une si bonne impression que je me suis toujours appliqué à l'imiter.»

Il entreprend également de donner des missions populaires où il n'hésite pas à prêcher sur les «fins dernières de l'homme»: la mort, le jugement, le Ciel, l'enfer. Déjà, dans son enfance, il avait été marqué par ces vérités fondamentales: «Les premières pensées qui aient occupé mon esprit enfantin, écrit-il, celles du moins dont le souvenir m'est resté, se rapportent à l'éternité. J'avais cinq ans; je me trouvais au lit et je ne dormais pas, et je songeais à ces mots: toujours, toujours, éternité! Je me représentais une distance énorme; à celle-là j'en ajoutais une autre, puis une autre, encore une autre, et jamais je n'arrivais au bout. Alors mon petit coeur frémissait et je me disais: ceux qui tombent dans l'enfer ne finiront-ils donc jamais de souffrir? Non, jamais. Souffriront-ils toujours? Toujours. J'étais pris d'une grande pitié pour ceux qui tombent dans ces flammes, et mon coeur se brisait de douleur, car je suis, par nature, très compatissant. Depuis lors, cette pensée est restée profondément gravée en moi, et je puis dire qu'elle m'est toujours présente. C'est celle qui m'a poussé à travailler à la conversion des pécheurs. Je me dis souvent en moi-même: il est de foi qu'il y a un Ciel pour les bons et un enfer pour les méchants; il est de foi que les peines de l'enfer sont éternelles; il est de foi qu'il suffit d'un seul péché mortel pour faire condamner une âme, à cause de la malice infinie du péché mortel, qui est une offense à un Dieu infini. Ces principes absolument certains étant posés, quand je vois la facilité avec laquelle on commet le péché, quand je vois la multitude des hommes qui sont continuellement en péché mortel, et qui marchent ainsi vers la mort et vers l'enfer, comment pourrais-je demeurer en repos? Il faut que je coure, que je crie. Je me dis: si je voyais quelqu'un tomber dans un puits, dans un brasier, certainement je me mettrais à courir et à crier pour l'empêcher d'y tomber; pourquoi n'en ferais-je pas autant pour empêcher les hommes de tomber dans le brasier de l'enfer?»

Comme un bon fils

Dans ses exhortations, don Antoine rappelle la néces- sité d'obéir aux Commandements de Dieu pour parvenir au bonheur éternel du Ciel: «Il est certain que Dieu est ton Père; Il t'a en effet créé, et Il a mis en toi son image et sa ressemblance, et Il veut te faire héritier du patrimoine du Ciel; c'est pour cette fin qu'Il t'a créé. Mais, Il veut aussi que tu te comportes comme un bon fils; et si tu ne le fais pas, c'est-à-dire, si tu violes ses Commandements, et si tu meurs sans repentance, tu ne pourras pas atteindre la fin pour laquelle tu as été créé... Dieu est ton Père et Il t'aime extrêmement. Cet amour qu'Il te porte l'a poussé à envoyer son Fils pour être ton Maître et Médecin; celui-ci, pour guérir ta maladie mortelle, a donné comme remède le sang de ses veines, disposant la dose de ce divin médicament dans les saints Sacrements.» Et pour aider les hommes à pratiquer les Commandements, qui peuvent leur paraître un fardeau trop lourd à porter, il écrit encore: «Cher Chrétien, tu dois savoir que c'est l'amour que j'ai pour toi qui m'anime à écrire ce que je vais te dire... Que Dieu me soit témoin que ce que je dis est la vérité, et que je désire uniquement ton bonheur. Veux-tu être heureux en ce monde et en l'autre? Il y a un secret: ne pèche pas, et tu l'obtiendras. Veux-tu ne point pécher? Il y a pour cela un remède infaillible: souviens-toi de la mort; pense que tu dois mourir, et tu ne pécheras pas... Prête donc attention aux conseils que me dicte le désir que j'ai de ton bien. Mets de l'ordre maintenant dans tes affaires et mets-toi dans l'état dans lequel tu voudras te trouver à l'heure de la mort. Fais une confession sincère et pleine de douleur pour tes fautes; fuis le mal; fais réserve de bonnes oeuvres, puisque ce sont les seules que tu pourras emporter avec toi de ce monde.»

Antoine Claret édite plus de 150 livres et brochures et fait imprimer des quantités d'images pieuses. Plus d'une démarche de conversion est provoquée par ce modeste moyen. Il fonde également de nombreuses confréries. Mais la grande oeuvre de sa vie est la fondation de la Congrégation des Missionnaires Fils du Coeur Immaculé de Marie, établie le 16 juillet 1849. Il s'agit d'un groupe de prêtres qui se dévouent à la prédication et à la catéchèse, tout en menant une vie religieuse fervente. Lui-même décrit ce que doit être un membre de cette congrégation: «Un Fils du Coeur Immaculé de Marie est un homme qui se consume d'amour et qui embrase tout sur son chemin. C'est un homme qui se dépense sans cesse en vue d'allumer dans le monde le feu de l'amour divin... Il ne pense jamais qu'à une chose: travailler, souffrir et chercher toujours la plus grande gloire de Dieu et le salut des âmes, afin d'imiter Notre-Seigneur Jésus-Christ.»

Cette imitation du Seigneur passe par la pratique de la vertu d'humilité. Don Claret écrit: «J'ai essayé d'imiter Jésus qui nous a dit: Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur et vous trouverez le repos de vos âmes (Mt 11, 29). Aussi, je le contemplais constamment dans la crèche, à son atelier, sur le Calvaire. Je méditais sur ses paroles, ses sermons, ses actions, sa façon de manger, de se vêtir, d'aller d'une ville à l'autre. Je m'encourageais toujours à suivre cet exemple et je me disais: dans la circonstance où je me trouve, comment Jésus agirait-il? Puis je m'efforçais de l'imiter et j'étais joyeux en pensant au plaisir que je lui procurais en l'imitant.»

Une charge redoutée

Tant de travaux et de vertus font remarquer Antoine  Claret. Au mois d'août 1849, il est nommé archevêque de Santiago de Cuba, aux Antilles espagnoles. Dans son humilité, il refuse énergiquement, mais doit céder aux instances du Nonce apostolique. Il reçoit la consécration épiscopale le 6 octobre 1850, à l'âge de 42 ans, et ajoute alors le nom de Marie à son prénom. Le nouvel archevêque arrive dans un diocèse vaste en superficie, mais pauvre matériellement et spirituellement. Son premier soin est de créer un séminaire qui formera de nombreux et saints prêtres. Mais il doit veiller également à la réforme du clergé existant. Aussi enjoint-il à tous les prêtres de passer un mois de l'année au séminaire pour y parfaire leurs études.

Le contexte politique de Cuba est difficile. Les esclavagistes locaux reprochent au nouvel archevêque sa mansuétude et le traitent de révolutionnaire, alors que les séparatistes lui reprochent d'être espagnol. Malgré ce contexte, le Saint demeure en paix: «Je resterai sur la croix jusqu'à ce que le Seigneur m'en décloue!» À ceux qui souhaitent le voir riposter à ses ennemis, il répond: «Laissez-les; je sais ce qui me convient. Les persécutions m'entretiennent dans l'humilité et la résignation. Je souffre, sans doute, de l'offense qu'ils font à Notre-Seigneur; mais ils m'aident à atteindre ma fin, et ils m'offrent l'occasion de souffrir pour l'amour de Dieu.»

Un grand désordre moral règne alors à Cuba: beaucoup de personnes cohabitent sans être mariées. Mgr Claret fait le tour du diocèse, prêche des missions, régularise les situations matrimoniales.

Ce soin pastoral du saint prélat en faveur du mariage chrétien est tout à fait compréhensible. En effet, la relation intime d'union corporelle entre un homme et une femme est un acte qui a une signification profonde. Elle indique le don total, exclusif et définitif de soi à l'autre. C'est pourquoi elle n'est légitime que lorsque les personnes se sont effectivement données l'une à l'autre par le mariage. «Que peut signifier une union dans laquelle les personnes ne s'engagent pas l'une envers l'autre et témoignent ainsi d'un manque de confiance, en l'autre, en soi-même, ou en l'avenir?» demande le Catéchisme de l'Église Catholique, qui poursuit en affirmant que le concubinage et «l'union libre» sont des situations qui «offensent la dignité du mariage; elles détruisent l'idée même de la famille; elles affaiblissent le sens de la fidélité. Elles sont contraires à la loi morale: l'acte sexuel doit prendre place exclusivement dans le mariage; en dehors de celui-ci, il constitue toujours un péché grave et exclut de la Communion sacramentelle» (CEC, 2390).

Rester à son poste

Au mois d'août 1852, Mgr Claret prédit un tremble- ment de terre qui secoue effectivement Santiago: pas un édifice n'y échappe, mais grâce aux prières du Saint, on ne compte pas de mort. Le 1er février 1856, il échappe de justesse à une agression perpétrée contre lui par un homme armé d'une lame de rasoir qui lui fait une profonde balafre au visage, du front jusqu'au menton. Après s'être remis de cet attentat, l'archevêque fait un voyage à Rome; le Pape Pie IX lui demande de rester à son poste. Dans un esprit de foi et d'obéissance, il retourne à Santiago. Mais un an plus tard, il est rappelé en Espagne par la reine Isabelle II pour lui servir de confesseur. Il continuera néanmoins, jusqu'en 1860, à administrer le diocèse de Santiago. À son arrivée en Espagne, la reine lui explique les raisons de son choix: elle veut à tout prix faire la volonté de Dieu et assurer le salut de son âme. Avant d'accepter ce ministère, Mgr Claret pose comme condition qu'il ne vivra pas au palais royal, et sera libre de s'adonner à la prédication et à la visite des hôpitaux. Pendant les douze années où le Saint exerce la charge d'aumônier, le couple royal mène une vie très chrétienne – fréquentation des sacrements, récitation quotidienne du chapelet, pratique de la lecture spirituelle – et se maintient en parfaite harmonie. Les dîners somptueux, les bals, le théâtre sont plus rares. Les tenues vestimentaires provocantes disparaissent: à plusieurs reprises, Mgr Claret avait menacé la reine de se retirer s'il n'était pas mis fin à ce scandale.

Isabelle II est particulièrement docile à son directeur. Mgr Claret a donné ce témoignage: «Je ne dis les vérités à personne aussi clairement qu'à la reine. Quand il s'agit d'autres personnes, j'étudie la façon de leur rendre les vérités moins amères, mais à cette dame je puis les dire complètes et sans fard, comme elles me viennent à l'esprit.» Les voyages de la reine sont l'occasion pour Mgr Claret de prêcher des sermons, des missions et des retraites à travers l'Espagne.

En novembre 1868, Isabelle II est chassée du trône par une révolution: elle doit s'exiler en France où son confesseur la suit. Celui-ci quitte donc définitivement l'Espagne. Malgré une santé de plus en plus précaire, Mgr Claret veille activement sur la colonie espagnole de Paris. Le 30 mars 1869, il se rend à Rome pour participer au premier concile du Vatican. De retour en France en juillet 1870, tandis que l'ambassadeur d'Espagne demande son arrestation, Mgr Claret, prévenu à temps par l'évêque de Perpignan, se réfugie à l'abbaye cistercienne de Fontfroide, en Languedoc. C'est dans ce cadre de paix monastique qu'il rend son âme à Dieu, le 24 octobre 1870. Il a été canonisé le 7 mai 1950 par le Pape Pie XII. Aujourd'hui, les Fils du Coeur Immaculé de Marie ou Missionnaires clarétains sont au nombre de 3000 environ dans le monde.

Que saint Antoine-Marie Claret nous obtienne le don d'un zèle renouvelé pour la gloire de Dieu et le salut du prochain, avec la force d'âme nécessaire pour prêcher par notre vie et nos paroles la vérité du Christ qui seul conduit au bonheur éternel!

Dom Antoine Marie osb, abbé

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