Blason  Abbaye Saint-Joseph de Clairval

21150 Flavigny-sur-Ozerain

France


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13 avril 2005
Saint Martin Ier, Pape et martyr


Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

17 février 1903, en France. La guerre anticléricale et antireligieuse bat son plein. Georges Clemenceau, surnommé «le Tigre», reçoit dans sa bibliothèque Dom Jean-Baptiste Chautard, abbé de Notre-Dame de Sept-Fons. Au lendemain des lois expulsant les congrégations religieuses, celui-ci entend plaider la cause de son Ordre devant le très anticlérical président de la commission sénatoriale chargée de décider de leur sort. Après avoir essuyé un persiflage en règle où «le Tigre» tourne en ridicule les moines, le Père Abbé, manifestement inspiré, prend la parole: «L'Eucharistie est le dogme central de notre religion; elle doit avoir des moines voués à l'adoration. Le Christ est vivant; il est présent dans l'Eucharistie. À ce Roi divin, présent parmi nous, ne faut-il pas une cour pour l'adorer? C'est de tout notre être que nous chantons, de tout coeur que nous prions, car c'est à Celui que nous aimons que vont nos chants. La Messe, c'est le plus grand événement qui se puisse passer sur terre. Mystère encore que la Communion: c'est Dieu, amour infini, qui vient m'infuser sa propre vie. Vivant des grâces de la Communion, nous voulons en déverser les bienfaits sur l'humanité entière par une vie joyeusement austère, en union avec le divin Crucifié». Visiblement ému, le «Tigre» réplique: «J'ai compris qu'on peut être fier d'être moine quand on l'est profondément. Considérez-moi comme votre ami!» Les Trappistes ne seront pas expulsés. Dom Chautard ignorait qu'à ce moment il était soutenu par les prières d'un jeune moine de la Trappe de Sainte-Marie du Désert, le Père Marie-Joseph Cassant.

Un attrait pour la prière

Pierre-Joseph Cassant vient au monde à Casseneuil-sur-Lot, près d'Agen, dans le sud-ouest de la France, le 7 mars 1878; dès le lendemain, il naît à la vie de la grâce par le saint Baptême. Ses parents sont des cultivateurs aisés, travailleurs et profondément chrétiens. Un frère aîné, Émile, l'a précédé de neuf ans. L'enfant présente une apparence frêle. Très tôt, Joseph montre un attrait peu ordinaire pour la prière, et son jeu habituel consiste à ériger ici ou là des autels improvisés devant lesquels il esquisse les gestes du prêtre à la Messe. Sa mère affirmera qu'il «a pensé tout petit à être prêtre» et que dès lors, «il ne désirait plus que cela».

Joseph a tout juste six ans lorsqu'il commence sa scolarité chez les Frères des Écoles Chrétiennes; il y restera neuf ans. Il se montre excellent camarade, aimable, dévoué, sans orgueil, affectueux et simple. Cependant, la cohue des récréations, la turbulence des garçons et leurs bousculades l'effraient et lui font regretter la paix des champs. En classe, une épreuve l'attend: une grande lenteur d'esprit lui rend les études difficiles. Son imagination est pauvre, sa mémoire ingrate, son intelligence peu pénétrante. Cependant, son application lui vaut des résultats satisfaisants. Il en retire une connaissance expérimentale de l'adage classique: «Labor improbus omnia vincit: le travail acharné vient à bout de tout». En octobre 1889, Joseph est admis à faire partie de la Congrégation de la Sainte Vierge, association d'élèves qui s'engagent à honorer Marie. Il reçoit, quelques mois après, le scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel et, le 15 juin 1890, il fait sa première Communion. À l'issue d'une mission paroissiale, en 1892, il reçoit le sacrement de Confirmation.

Au printemps de 1893, le Curé de la paroisse que fréquente Joseph est perplexe: ni lui, ni son vicaire, ni le directeur des Frères des Écoles Chrétiennes ne doutent de la vocation du jeune homme, mais ils hésitent sur ses capacités et restent persuadés qu'il ne sera pas accepté au Petit Séminaire. La solution adoptée est de prendre Joseph comme pensionnaire au presbytère pour qu'il y fasse ses études sous la direction du vicaire. Joseph se montre studieux, heureux de pouvoir vivre près de l'église et de s'adonner fréquemment à la prière, un peu espiègle parfois avec le sacristain. Mais les difficultés rencontrées dans l'étude persistent et le Curé en conclut qu'il n'arrivera jamais au niveau requis pour un prêtre chargé de paroisse. Il lui conseille donc de se tourner vers la vie monastique qui répondrait mieux à ses aptitudes et à son attrait spirituel pour la prière et le silence; l'accès au sacerdoce dans des conditions plus adaptées à son tempérament lui serait ainsi ouvert. Cette manière de réaliser sa vocation sourit à Joseph. À l'automne de 1894, il se rend avec son Curé à la Trappe de Sainte-Marie du Désert, à trente kilomètres de Toulouse. Ce premier contact avec la vie monastique séduit le jeune homme. Le Père André Malet, alors Maître des Novices, écrira après sa première entrevue avec lui: «J'ai eu l'impression d'une âme très douce, très profonde, qui cherchait Dieu. Je lui ai fait un signe de croix au front en lui disant: «Ayez confiance, je vous aiderai à aimer Jésus». Des larmes lui montaient aux yeux».

Le départ de Joseph pour la Trappe, le 30 novembre 1894, ne se fait pas sans peine. La séparation de ses parents est une déchirure qui lui révèle la force des liens qui l'attachent aux siens. Mais bien vite, il entre pleinement dans cette vie nouvelle: «Il n'y a pas de quoi s'ennuyer, écrit-il à ses parents, car chaque heure est réglée... Les principaux travaux sont l'étude et le travail manuel; une grande partie du temps est aussi employée aux Offices de l'église». Quelques jours plus tard, il écrira: «Je me trouve très bien de cette nouvelle vie qui, lorsqu'on y est habitué, est douce». Cette vie est pourtant austère: lever à deux heures, régime exclusivement végétarien, six mois de jeûne par an, aucune récréation... Le jour de l'Épiphanie 1895, il reçoit l'habit monastique et le nom de Frère Marie-Joseph.

«Pleins de Jésus»

Aux yeux du Père André, la vie religieuse est un perfectionnement, un développement de la vie chrétienne, de la vie d'union avec le Christ Jésus. Lorsqu'il parle de l'idéal cistercien défini par deux mots: pénitence et contemplation, le Maître des Novices souligne la subordination de la première à la seconde. «Par la pénitence, le moine se dégage de l'emprise des sens; par la contemplation, il vit de la vie surnaturelle, il vit de Dieu». Pour lui, la Règle de saint Benoît est un apprentissage de l'amour de Jésus. «Suffira-t-il cependant, pour découvrir Jésus, d'avoir sous les yeux ou sur les lèvres le texte de la sainte Règle? Non; il faut que nous soyons «pleins de Jésus». Car Jésus n'est trouvé et goûté que par l'amour, et l'amour réclame l'union avec le Bien-Aimé». L'exercice de la vie surnaturelle ainsi conçu est une adhésion au Verbe incarné par le moyen d'une intense dévotion au Sacré-Coeur de Jésus, foyer de charité et symbole de l'amour de Dieu pour nous. Dans la mesure où nous nous conformons à la volonté divine, au milieu même des peines les plus cruelles, la paix et tous les biens célestes s'établissent dans notre âme. La marche vers la perfection est un travail de dépouillement, d'abord intérieur, réalisé dans l'obéissance.

Pendant son noviciat, Frère Marie-Joseph lit et étudie beaucoup, non sans mal, mais avec une inlassable persévérance. Son désir instinctif d'être soutenu par un cadre, de se fondre dans un ensemble organisé, lui facilite la vie communautaire et l'obéissance. Il agit dans la persuasion d'accomplir la volonté de Dieu, se soumettant à tous, comme le veut saint Benoît, et trouvant son contentement dans ce qu'il y a de plus commun et de plus humble. Mais sa vie ne va pas sans combats. L'amour-propre, la jalousie, parfois violente, qu'il éprouve, de la supériorité intellectuelle ou de la vertu des autres, lui font sentir leurs morsures secrètes. Très émotif, il est ébranlé par les événements même les plus minimes: une conjoncture fortuite, une parole désagréable, une bévue personnelle déclenchent un grand trouble. Les pensées contre la pureté ne l'épargnent pas. Il écrit: «Quand une pensée mauvaise me traversera l'esprit, si elle demeure malgré moi, je n'en suis pas responsable... Pour qu'il y ait péché et pour être obligé de le dire en confession, il faut que je m'y sois arrêté volontairement». Et encore: «Mettre à la place des mauvaises pensées l'amour de Jésus». Il répète souvent l'oraison jaculatoire: «Tout pour Jésus!»

Un travail d'apaisement

La profonde relation de confiance mutuelle qui s'établit entre Frère Marie-Joseph et son Maître des Novices assure l'équilibre du jeune moine qui aurait tendance à tomber dans le scrupule. La compréhension, la fermeté et la patience du Père André savent apaiser ses angoisses. Mais il faut parfois reprendre le travail d'apaisement plusieurs jours de suite, car le frère demeure troublé par l'incertitude du pardon de ses péchés, l'inquiétude sur la valeur de ses confessions, la peur d'offenser Dieu par des actes moins parfaits, de ne pas correspondre à la grâce, de ne pas faire une bonne mort, etc. Malgré ces alarmes sans cesse renaissantes, Frère Marie-Joseph se montre très docile aux sages avis de son directeur. D'année en année, il se sent de plus en plus profondément attaché à ce Père spirituel; mais cette affection même l'alarme. Le Père André lui affirme alors: «Je ne blâme pas ce sentiment, il est naturel dans le coeur d'un enfant. Dieu ne défend pas de s'attacher à ceux que l'on aime. Tout au contraire, c'est Lui qui a façonné notre coeur et Il l'a fait de telle nature que c'est une nécessité pour lui de s'attacher à ce qu'il aime. Si notre amour est légitime, saint, notre attachement sera donc légitime et saint. Il faut le régler, voilà tout. Que faire pour le régler? Il faut le maintenir, comme du reste tout notre être et toutes nos opérations, dans la dépendance vis-à-vis de Dieu...» La ferme direction du Père André a souvent recours au sacrement de Pénitence pour faire progresser le jeune frère dans l'union au Sacré-Coeur de Jésus. «Il serait illusoire de vouloir tendre à la sainteté, selon la vocation que chacun a reçue de Dieu, sans s'approcher fréquemment et avec ferveur de ce sacrement de la conversion et de la sanctification, affirme le Pape Jean-Paul II... Nous ne serons jamais saints au point de ne pas avoir besoin de cette purification sacramentelle: l'humble confession, faite avec amour, suscite une pureté toujours plus délicate dans le service de Dieu et les motivations qui le soutiennent... Progressivement, de confession en confession, le fidèle fait l'expérience d'une communion toujours plus profonde avec le Seigneur miséricordieux, jusqu'à la pleine identification avec lui, que l'on trouve dans cette parfaite «vie dans le Christ» en quoi consiste la véritable sainteté» (Discours à la Pénitencerie apostolique, le 27 mars 2004).

Le Frère Marie-Joseph émet ses premiers voeux monastiques (pour trois ans) le 17 janvier 1897. Après ce jour de joie, la vie quotidienne reprend dans la monotonie. La célébration des Offices le retient environ sept heures par jour à l'église. Il y trouve sa joie, mais aussi bien des souffrances. Plus d'une fois, on le reprend pour ne s'être pas incliné assez profondément; ce n'est que plus tard qu'on s'apercevra qu'une maladie de poitrine lui rendait ces flexions très pénibles. Sa voix fluette et fausse ne lui permet pas de chanter avec entrain. De plus, les fonctions à remplir lui pèsent du fait de sa timidité et de la persuasion de son incapacité.

Le livre, moyen d'oraison

Dans sa prière, il demande beaucoup, et avec persévérance. D'ordinaire, durant l'oraison faite en communauté, il lit: «Lorsque je n'ai pas de livre, explique-t-il, si je tiens les yeux ouverts je suis distrait, si je les ferme je m'endors». Il vit, en effet, dans un état de continuelle fatigue. Le Père André dira: «L'oraison du Frère Marie-Joseph n'avait rien d'extraordinaire. Il s'entretenait de préférence des mystères de la Passion de Notre-Seigneur lorsqu'il faisait oraison sans livre. Il suivait cette dernière méthode (lecture méditée) autant qu'il le pouvait, car, privé d'une bonne mémoire et pénétré de son incapacité à former lui-même de justes et saintes considérations, il préférait se servir de celles qu'il trouvait dans les livres de piété». L'oraison n'a pas d'autre but que de nous unir à Dieu. Pour certains, ce commerce d'intime amitié qu'est l'oraison s'établit facilement. Mais pour la plupart, il n'en va pas si aisément. Sainte Thérèse d'Avila elle-même a beaucoup souffert de cette difficulté et elle suggère un remède qui lui a fort bien réussi: «Il convient à ces âmes, affirme-t-elle, de s'adonner beaucoup à la lecture, puisqu'elles ne peuvent tirer d'elles-mêmes aucune bonne pensée» (Vie, ch. 4). Autant il est nécessaire de suivre l'action de Dieu lorsqu'Il veut élever à une oraison plus haute, où toute lecture serait inutile et même contre-indiquée, autant il serait préjudiciable de laisser notre pensée dans le vague, à la merci des distractions et d'une sécheresse qui n'aurait rien de surnaturel et de profitable. Le livre demeure cependant un moyen. On l'utilise pour tenter d'établir avec Dieu un contact qui ne se fait pas, ou qui s'est perdu. Il ne s'agit donc pas de transformer l'oraison en lecture ou d'essayer ainsi de «tuer l'ennui». Si donc la conversation avec Dieu s'amorce, il faut savoir arrêter la lecture, si passionnante qu'elle soit, pour s'adonner à l'échange intime avec Lui. Le livre choisi peut être la Sainte Écriture, l'écrit d'un Saint ou un autre livre de piété, selon l'attrait intérieur ou le besoin de l'âme. On peut aussi, pour entrer en oraison, s'aider d'une prière aimée ou regarder une image, le crucifix, le tabernacle, ou contempler la création. Frère Marie-Joseph se sert souvent, pour prier, des objets de piété, notamment des images. Il a une prédilection pour les oraisons jaculatoires: «Je me rappellerai toujours, note-t-il, qu'il vaut mieux une prière courte et du fond du coeur, si on ne peut faire davantage, et que c'est ce qu'il y a de plus agréable à Dieu». Son désir s'exprime ainsi: «O Jésus, j'espère obtenir cette grâce, que la conversation avec vous soit continuelle».

Le Frère Marie-Joseph est également rempli de sollicitude pour les âmes du Purgatoire; pour elles, il offre ses souffrances selon la formule permise par son Père spirituel au début de sa vie religieuse: «Mon Dieu, je cède volontiers de tout mon coeur aux âmes du Purgatoire, la partie satisfactoire de toutes les bonnes oeuvres que je ferai à l'avenir, les Indulgences que je gagnerai, ainsi que les suffrages qui seront offerts à mon intention après mon trépas et je dépose le tout entre les mains de la Vierge Immaculée».

Une expérience à faire

Depuis son enfance, Frère Marie-Joseph désire être prêtre, et, tout en acceptant l'éventualité de ne pas le devenir si ses capacités ne le lui permettent pas, il persiste avec ardeur dans ce dessein. L'Eucharistie n'est pas pour lui une dévotion banale. «Vivre, écrit-il, pour pouvoir communier chaque jour si je ne peux arriver à être prêtre, si Jésus le permet». Dans l'Eucharistie, Frère Marie-Joseph voit Jésus qui accueille avec tendresse tous ceux qui se confient en Lui pour être guéris de leurs maladies spirituelles: «O mon Jésus, que vous êtes bon de vous donner à moi si misérable, si chargé d'iniquités. Vous voulez que je vous reçoive dans mon coeur, quelque pauvre qu'il soit, parce que vous savez qu'en vous recevant on reçoit la vie, et que vous voulez me faire vivre». Dans son Encyclique sur l'Eucharistie, le Pape Jean-Paul II écrit: «Il est bon de s'entretenir avec Jésus et, penchés sur sa poitrine comme le disciple bien-aimé, d'être touchés par l'amour infini de son Coeur. Si, à notre époque, le christianisme doit se distinguer surtout par «l'art de la prière», comment ne pas ressentir le besoin renouvelé de demeurer longuement, en conversation spirituelle, en adoration silencieuse, en attitude d'amour, devant le Christ présent dans le Saint-Sacrement? Bien des fois, chers Frères et Soeurs, j'ai fait cette expérience et j'en ai reçu force, consolation et soutien!» (Ecclesia de Eucharistia, 17 avril 2003, n. 25). Le Frère Marie-Joseph ne sépare pas la Communion du sacrifice de la Messe, dans lequel il puise la force de porter la Croix. Évoquant les Messes célébrées dans le monde entier, il écrit: «La victime du Calvaire parcourant chaque jour l'univers entier, afin de s'immoler sans cesse pour la gloire de son Père et le salut du monde..., l'infirme, le malade, l'affligé pourront à toute heure du jour et de la nuit, pendant ces longues heures que la souffrance et l'insomnie rendent si pénibles, ces pauvres âmes pourront dire: à cette heure, à tel endroit, un prêtre monte à l'autel, offre la victime de propitiation, la victime d'expiation».

Prêtre et hostie

Le 24 juin 1900, Frère Marie-Joseph émet ses voeux perpétuels. Toutefois, dans la voie qui conduit au sacerdoce, ses difficultés dans les études constituent un obstacle d'autant plus redoutable que son professeur de théologie ne lui facilite en rien le travail, le traitant d'incapable et le jugeant inapte au sacerdoce. D'autres inquiétudes viennent s'y ajouter: de violents maux de tête et d'estomac l'empêchent de s'appliquer autant qu'il le voudrait. Cependant, le réconfort du Père Abbé et du Père André, tous deux d'avis qu'il pourra terminer ses études et être ordonné, le soulage. De fait, le 12 octobre 1902, il reçoit le sacerdoce des mains de Mgr Marre, ancien moine de Sainte-Marie du Désert, nommé en 1900 évêque auxiliaire de Reims. Le lendemain matin, il célèbre sa première Messe devant la communauté. Le voici devenu prêtre pour l'éternité! Désormais il s'efforce de mettre en oeuvre l'idéal qu'esquissera le Pape Paul VI: «Beaucoup de saints ont voulu unir sacerdoce et profession de vie monastique, parce qu'ils voyaient une harmonie entre la consécration propre au prêtre et la consécration propre au moine. En effet, la véritable solitude, où l'on ne s'occupe que de Dieu, le dépouillement total des biens de ce monde, le renoncement à sa volonté propre, auxquels sont exercés ceux qui entrent au monastère, préparent d'une façon toute spéciale l'âme du prêtre à offrir saintement le sacrifice eucharistique, qui est source et sommet de toute la vie chrétienne. Par ailleurs, lorsque s'ajoute au sacerdoce ce don total de soi par lequel le religieux se consacre à Dieu, celui-ci est d'une façon particulière à la ressemblance du Christ, qui est à la fois prêtre et hostie» (Paul VI, Lettre aux Chartreux, 18 avril 1971).

«Dans ma propre chair»

La santé du nouveau prêtre n'a jamais été très forte, mais depuis longtemps, il souffre de maux inquiétants: grande fatigue, douleurs à la poitrine. Timide et discret, il n'en parle quasiment pas, ne voulant pas attirer l'attention sur lui ni importuner ses supérieurs. Dès le début de cette année 1902 toutefois, il faut se rendre à l'évidence: le jeune moine dépérit. Le médecin ne diagnostique qu'une grande fatigue, mais il s'agit en réalité de la tuberculose. Aussi, le jour même de sa première Messe, le Père Joseph se rend, sur l'ordre de ses supérieurs, chez ses parents pour prendre un temps de repos et refaire ses forces délabrées. Malgré ce repos de deux mois, sa santé décline rapidement. De retour à son cher monastère, dans une parfaite lucidité, il se prépare à mourir. La célébration quotidienne du Saint-Sacrifice l'aide à unir ses souffrances à celles du Sauveur, à l'exemple de saint Paul qui disait: Ce qu'il reste à souffrir des épreuves du Christ, je l'accomplis dans ma propre chair, pour son corps qui est l'Église (Col 1, 24). «Quand je ne pourrai plus dire la sainte Messe, dit le Père Marie-Joseph à son Père spirituel, le Coeur de Jésus pourra me retirer de ce monde, car je n'aurai plus d'attache pour la terre».

Les dernières semaines de sa vie, le jeune prêtre souffre beaucoup. Couché, il étouffe; assis, il doit supporter la douleur de profondes escarres. Le Père André passe de longs moments avec lui pour l'encourager à avoir confiance dans le Sacré-Coeur. Le mercredi 17 juin 1903, pendant que son Père spirituel célèbre la Messe de la Très Sainte Vierge à son intention, le Père Marie-Joseph s'éteint dans son fauteuil d'infirmerie.

Lors de la béatification du Père Marie-Joseph, le 3 octobre 2004, le Pape Jean-Paul II le donnait ainsi en exemple: «Il a toujours mis sa confiance en Dieu, dans la contemplation du mystère de la Passion et dans l'union avec le Christ présent dans l'Eucharistie. Il s'imprégnait ainsi de l'amour de Dieu, s'abandonnant à lui, «le seul bonheur de la terre», et se détachant des biens de ce monde dans le silence de la Trappe. Au milieu des épreuves, les yeux fixés sur le Christ, il offrait ses souffrances pour le Seigneur et pour l'Église. Puissent nos contemporains, notamment les contemplatifs et les malades, découvrir à son exemple le mystère de la prière, qui élève le monde à Dieu et qui donne la force dans les épreuves!»

Dom Antoine Marie osb, abbé

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