Blason  Abbaye Saint-Joseph de Clairval

21150 Flavigny-sur-Ozerain

France


[This letter in English]
[Dieser Brief auf deutsch]
[Deze brief in het Nederlands]
[Esta carta en español]
[Aquesta carta en català]
[Questa lettera in italiano]
18 octobre 2004
Saint Luc, Évangéliste


Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

Il a plu toute la nuit sur un camp de prisonniers de guerre près de Stuttgart, et, le matin du 2 octobre 1940, des gouttelettes restent suspendues çà et là aux barbelés. «Quel étrange chapelet, monsieur l'aumônier! Ce sont nos souffrances qui pendent immobiles, un peu stupides et toutes grises... un rayon de soleil, et vous les verrez éclater dans la lumière. – Vous êtes bien pieux, aujourd'hui, je vous félicite». L'aumônier regarde avec étonnement le lieutenant Darreberg, qui ajoute, après une pirouette: «Ce n'est que poésie et littérature... une manière élégante de vous dire bonjour».

Le lieutenant Darreberg, l'aumônier le connaît bien. Il a éparpillé aux quatre vents sa première éducation chrétienne, et il en est tout fier. Quand il déclare: «Je n'ai aucune envie de devenir un Saint, absolument pas, mais juste le contraire», on est frappé de son étrange sincérité. Au camp, il a pris pour tâche de distraire ses codétenus, sa vocation propre, dit-il. De fait, on ne s'ennuie pas avec lui.

Une pieuse blague?

Mais ce matin, Darreberg n'a pas son air habituel. «Ça ne va pas?» questionne l'aumônier. À sa deuxième demande, le lieutenant répond, comme à regret: «Voilà: au début de notre captivité, vous nous avez raconté l'histoire de La Salette. Évidemment, c'est une pieuse blague, mais tout de même, ça a remué pas mal de types dans le camp. C'est très chic d'imaginer des trucs de ce genre pour faire passer les jours moins bêtement. – Ce n'est pas une «pieuse blague», proteste l'abbé. – Je veux aller me rendre compte sur place de cette légende. Pour aller sur votre montagne de mystère, que dois-je faire exactement?... – Il faudra attendre des jours meilleurs, nous sommes «bouclés» pour des mois... – Eh bien moi, l'abbé, je me «déboucle» aujourd'hui! – Vous dites? – Je m'évade ce soir». Ce soir-là, en effet, le lieutenant Darreberg reprend sa liberté, adroitement caché sous la bâche du camion qui a livré le pain. L'aumônier lance une rapide bénédiction: «Notre-Dame de La Salette, Vierge qui portez des chaînes, symboles de nos âmes captives sous la puissance du péché, accompagnez dans son voyage votre audacieux pèlerin!» Dans chaque chambrée, la nuit venue, on discute de cette folle équipée. «Si Notre-Dame de La Salette l'attend sur sa montagne, pense l'aumônier, Elle n'a pas besoin de carte, de ravitaillement, de boussole, ni de méthode bien rationnelle. C'est plutôt le contraire».

Le 12 novembre, l'aumônier reçoit une lettre de Darreberg, datée de La Salette, 20 octobre: «Sachez d'abord que j'ai dû faire un assez long voyage sans trop connaître le confort». En effet, après avoir rejoint Stuttgart dans le camion de pain, il s'est rendu à la gare des chemins de fer et a réussi à s'installer sur les tampons extérieurs d'un wagon de train qui partait pour Constance. À chaque arrêt, il se glissait sous un des essieux du wagon pour n'être pas découvert. De la même manière, il a voyagé de Constance à Bâle. Désormais en Suisse, il était libre et a pu rejoindre Lyon, puis La Salette. «Je peux bien vous dire maintenant, continue-t-il, que je me sentais irrésistiblement appelé. Il fallait que je parte... Depuis cinq jours, je suis ici et je vis comme dans un rêve... Que j'ai été sot de parler de «pieuse blague»; il est vrai que déjà je ne le pensais pas. Au long de mon voyage, je comprenais déjà tant de choses. Ici, j'ai trouvé un prêtre qui m'a expliqué l'histoire de cette montagne».

Voici, en résumé, cette histoire. Le 19 septembre 1846, deux enfants ignorants, Maximin (onze ans) et Mélanie (presque quinze ans) gardent leurs troupeaux dans la montagne, au-dessus du village de La Salette, dans le diocèse de Grenoble. Une vive clarté leur apparaît, dans laquelle ils distinguent, dans l'attitude d'une profonde douleur, celle qu'ils appelleront «la Belle Dame», assise, la tête dans ses mains et la poitrine secouée de sanglots. Les deux petits bergers éprouvent d'abord une grande frayeur, mais la Belle Dame se lève et les appelle d'une voix très douce: «Avancez, mes enfants, n'ayez pas peur». Sans plus hésiter, ils se précipitent et se campent si près d'elle qu'ils la touchent presque. Elle porte sur les épaules et la poitrine deux chaînes retenant une croix sur laquelle saigne le Christ resplendissant de lumière.

Ses yeux sont remplis d'une immense tristesse: «Elle a pleuré tout le temps qu'elle nous a parlé, affirmera Mélanie; j'ai bien vu couler ses larmes». Elle leur dit: «Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils; il est si fort et si pesant que je ne puis plus le retenir... Je vous ai donné six jours pour travailler, je me suis réservé le septième et on ne veut pas me l'accorder... Ceux qui conduisent les charrettes ne savent pas jurer sans mettre le nom de mon Fils au milieu (de leurs jurons). Ce sont les deux choses qui appesantissent tant le bras de mon Fils». Après avoir parlé de récoltes désastreuses dues aux péchés des hommes, elle ajoute: «S'ils se convertissent, les pierres et les rochers se changeront en monceaux de blé...» Elle termine ainsi: «Allons, mes enfants, vous ferez bien passer ce message à tout mon peuple». Enfin, montant vers le sommet du plateau, elle s'élève au-dessus de terre et disparaît lentement.

Comme tant d'autres, à genoux

Le récit de cette apparition touche profondément Darreberg. Il continue ainsi sa lettre à l'aumônier: «À l'endroit exact où les événements se sont passés, c'est une page splendidement vivante, un mot d'ordre, une consigne sacrée, une invitation à se mettre tout de suite au garde-à-vous pour entendre des ordres qu'il faut exécuter, qu'il faut absolument réaliser jusqu'au bout. Aussi, le jeune pitre que vous connaissiez, eh bien! il a fait comme tant d'autres, il s'est mis à genoux et il s'est confessé comme un enfant, sauf qu'il en avait plus long à raconter. Le confesseur ne cessait de ponctuer avec des «bien» et des «très bien» un tas de choses que j'aurais préféré confier à un sourd, parce que ce n'était pas édifiant. Il est allé jusqu'à affirmer un «parfait» pour une chose qui, je vous l'assure, ne l'était pas du tout. Alors, j'ai protesté: «Mais non, ce n'est pas parfait», et il a eu cette réponse: «Oh si, mon brave petit, c'est parfait!... C'est parfait ce que la Sainte Vierge a fait pour vous, et de quelle façon vous acceptez cela». En somme, j'ai fait grande toilette... J'en étais tout léger et un peu fier».

«Marie, Mère pleine d'amour, écrivait le Pape Jean-Paul II, le 6 mai 1996, a montré à La Salette sa tristesse devant le mal moral de l'humanité. Par ses larmes, elle nous aide à mieux saisir la douloureuse gravité du péché, du rejet de Dieu, mais aussi la fidélité passionnée que son Fils garde envers ses enfants, Lui, le Rédempteur dont l'amour est blessé par l'oubli et les refus».

«Le péché est une offense à l'égard de Dieu: Contre toi, toi seul, j'ai péché. Ce qui est mal à tes yeux, je l'ai fait (Ps 51, 6). Le péché se dresse contre l'amour de Dieu pour nous et en détourne nos coeurs. Comme le péché premier, il est une désobéissance, une révolte contre Dieu, par la volonté de devenir comme des dieux, connaissant et déterminant le bien et le mal (Gn 3, 5). Le péché est ainsi «amour de soi jusqu'au mépris de Dieu» (Saint Augustin). Par cette exaltation orgueilleuse de soi, le péché est diamétralement contraire à l'obéissance de Jésus qui accomplit le salut... La variété des péchés est grande. L'Écriture en fournit plusieurs listes. L'épître aux Galates oppose les oeuvres de la chair au fruit de l'Esprit: On sait bien tout ce que produit la chair: fornication, impureté, débauche, idolâtrie, magie, haines, discorde, jalousie, emportements, disputes, dissensions, scissions, sentiments d'envie, orgies, ripailles et choses semblables - et je vous préviens, comme je l'ai déjà fait, que ceux qui commettent ces fautes-là n'hériteront pas du Royaume de Dieu (Ga 5, 19-21)» (CEC 1850, 1852).

À La Salette, Notre-Dame insiste spécialement sur les péchés contre Dieu par le manque de respect à l'égard de son Nom. Le Catéchisme de l'Église Catholique enseigne: «Parmi toutes les paroles de la Révélation, il en est une, singulière, qui est la révélation du Nom de Dieu... Le nom du Seigneur est saint. C'est pourquoi l'homme ne peut en abuser. Il doit le garder en mémoire dans un silence d'adoration aimante. Il ne le fera intervenir dans ses propres paroles que pour le bénir, le louer et le glorifier. La déférence à l'égard de son Nom exprime celle qui est due au mystère de Dieu Lui-même et à toute la réalité sacrée qu'il évoque... Le blasphème consiste à proférer contre Dieu – intérieurement ou extérieurement – des paroles de haine, de reproche, de défi, à dire du mal de Dieu, à manquer de respect envers Lui dans ses propos, à abuser du nom de Dieu... L'interdiction du blasphème s'étend aux paroles contre l'Église du Christ, les Saints, les choses sacrées. Il est encore blasphématoire de recourir au nom de Dieu pour couvrir des pratiques criminelles, réduire des peuples en servitude, torturer ou mettre à mort... Le blasphème est de soi un péché grave... Les jurons, qui font intervenir le nom de Dieu, sans intention de blasphème, sont un manque de respect envers le Seigneur» (CEC 2143-2144, 2148-2149).

Le septième

Par l'intermédiaire de la Vierge, Dieu dit aux enfants de La Salette: «Je vous ai donné six jours pour travailler, je me suis réservé le septième et on ne veut pas me l'accorder». Ainsi, nous est rappelé le devoir de sanctifier le dimanche. En 1998, le Pape Jean-Paul II a publié une Lettre apostolique pour rappeler le sens du dimanche chrétien: «Ceux qui ont reçu la grâce de croire au Seigneur ressuscité ne peuvent que percevoir la signification de ce jour hebdomadaire avec l'émotion vibrante qui faisait dire à saint Jérôme: «Le dimanche est le jour de la résurrection, le jour des chrétiens, c'est notre jour»... Si, depuis le début de mon pontificat, je ne me suis pas lassé de répéter: «N'ayez pas peur! Ouvrez toutes grandes les portes au Christ!», je voudrais aujourd'hui vous inviter tous avec insistance à redécouvrir le dimanche: N'ayez pas peur de donner votre temps au Christ! Oui, ouvrons notre temps au Christ, pour qu'Il puisse l'éclairer et l'orienter» (Dies Domini, 31 mai 1998, 2, 4, 7).

La participation à la célébration commune de l'Eucharistie dominicale est un témoignage d'appartenance et de fidélité au Christ: «La Messe est la représentation vivante du sacrifice de la Croix. Sous les espèces du pain et du vin, sur lesquelles a été invoquée l'effusion de l'Esprit, agissant avec une efficacité tout à fait unique dans les paroles de la consécration, le Christ s'offre au Père par le même geste d'immolation par lequel Il s'offrit sur la Croix... À son sacrifice, le Christ unit celui de l'Église: «Dans l'Eucharistie, le sacrifice du Christ devient aussi le sacrifice des membres de son Corps. La vie des fidèles, leur louange, leur souffrance, leur prière, leur travail sont unis à ceux du Christ et à sa totale offrande, et acquièrent ainsi une valeur nouvelle»(CEC 1368)» (Ibid., 43).

«L'Eucharistie étant vraiment le coeur du dimanche, on comprend pourquoi, dès les premiers siècles, les pasteurs n'ont cessé de rappeler à leurs fidèles la nécessité de participer à l'assemblée liturgique... Le Code de Droit canonique reprend cette obligation, disant que «le dimanche et les autres jours de fête de précepte, les fidèles sont tenus par l'obligation de participer à la Messe» (canon 1247). Cette loi a été normalement entendue comme impliquant une obligation grave... Si la participation à l'Eucharistie est le coeur du dimanche, il serait cependant réducteur de ramener à cela seul le devoir de le «sanctifier». Le jour du Seigneur est, en effet, bien vécu, s'il est tout entier marqué par la mémoire reconnaissante et active des merveilles de Dieu. Cela engage chacun des disciples du Christ à donner aussi à d'autres moments de la journée, vécus en dehors du contexte liturgique – la vie de famille, les relations sociales, les temps de détente –, un style qui aide à faire ressortir la paix et la joie du Ressuscité dans le tissu ordinaire de la vie» (Ibid., 32; 46; 47; 52).

Un ronronnement sans valeur?

Lors de son apparition à Mélanie et Maximin, la Sainte Vierge avait rappelé l'importance de la prière: «Faites-vous bien votre prière, mes enfants? – Pas guère, Madame. – Ah! Mes enfants, il faut bien la faire soir et matin, ne diriez-vous seulement qu'un Notre Père et un Je vous salue Marie.Et quand vous pourrez mieux faire, dites-en davantage». Le lieutenant Darreberg a compris cette nécessité de la prière. Passé en Angleterre où on l'a affecté dans l'aviation, il écrit dans son journal: «14 octobre 1941: J'ai fait connaissance avec l'aumônier catholique... Il m'a dit que la victoire ne faisait aucun doute. Je lui ai dit: La guerre pourrait se terminer demain; il y aurait seulement une chose à faire. – Allons donc, laquelle? – Se soumettre... Se soumettre à l'ordre de Dieu et prier. Au moins trois fois, je lui ai répété en appuyant: fréquent recours à la prière!» Darreberg lui-même se met à prier: «Je comprends mieux la récitation du chapelet pour assouplir l'âme et lui apprendre peu à peu la juste réaction. Il me semblait que c'était là prière de dévote et ronronnement sans valeur. Sottise! C'est un merveilleux truc. Dire cinquante fois de suite: «Je vous salue, Marie...», finit par vous faire baisser la tête convenablement... Quand on a dit cinquante fois: «Priez pour nous, pauvres pécheurs», on finit par croire, un peu, qu'on ne vaut pas très cher...» Il écrira encore: «Beaucoup plus que la pipe de l'aumônier, la récitation, même monotone et mécanique, du chapelet, est une harmonie pacifiante».

«Le centre de notre foi est le Christ, Rédempteur de l'homme, rappelait le Pape Jean-Paul II, le 16 octobre 2002. Marie ne l'obscurcit pas; elle n'obscurcit pas son oeuvre salvifique. Montée au ciel en corps et en âme, la Vierge, première à goûter les fruits de la Passion et de la Résurrection de son Fils, est celle qui, de la manière la plus sûre, nous conduit au Christ, fin ultime de nos actes et de toute notre existence... Pour contempler le visage du Christ avec Marie, y a-t-il un meilleur instrument que la prière du Rosaire? Nous devons pourtant redécouvrir la profondeur mystique renfermée dans la simplicité de cette prière, chère à la tradition populaire. Dans sa structure, cette prière mariale est, en effet, surtout une méditation des mystères de la vie et de l'oeuvre du Christ. En répétant l'invocation Ave Maria, nous pouvons approfondir les événements essentiels de la mission du Fils de Dieu sur terre, qui nous ont été transmis par l'Évangile et la Tradition» (Audience générale).

La prière, et spécialement le chapelet, nous ouvre à l'espérance. Le Pape Jean-Paul II écrit, au sujet de La Salette: «Notre-Dame demande que son message «passe à tout son peuple», par le témoignage de deux enfants. Et, de fait, leur voix se fera rapidement entendre. Les pèlerins viendront; bien des conversions auront lieu. Marie était apparue dans une lumière qui évoque la splendeur de l'humanité transfigurée par la Résurrection du Christ: La Salette est un message d'espérance, car notre espérance est soutenue par l'intercession de Celle qui est la Mère des hommes. Les ruptures ne sont pas irrémédiables. La nuit du péché cède devant la lumière et la miséricorde divines. La souffrance humaine assumée peut contribuer à la purification et au salut» (6 mai 1996).

Six pences d'amende

L'histoire de Darreberg relate plusieurs conversions. Celle du lieutenant lui-même, mais aussi celle de son mécanicien: «5 avril 1942: Pâques. Le mécano m'a dit: «Je vais toujours à l'église pour Pâques et Noël... Il y a aussi vous; ça fait quand même réšéchir, cette médaille (de Notre-Dame de La Salette), cette histoire que vous avez racontée aux camarades...» Il s'est confessé, il a communié... Cela faisait vingt ans... L'aumônier a avoué: cette Vierge de La Salette est formidable». Quelques jours après, le mécano vient chercher Darreberg: «Il y a quelque chose que vous devez voir. – Dans son grand atelier: une pancarte... Je lis: «Désormais, il est défendu de jurer pendant le travail. Amende: six pences pour la caisse qui réglera les tournées de whisky»». C'était sa manière de mettre en oeuvre la recommandation de la Très Sainte Vierge sur les jurons...

Plus étonnante encore est la conversion d'un autre pilote de chasse, Norton. «Norton est le grand as du groupe, écrit Darreberg. Mais c'est un esprit vulgaire et sceptique. Il m'a demandé: «Que signifie cette date du 19 (apparition de La Salette, le 19 septembre)?» Je voulais m'esquiver, mais j'ai pensé: «Vous le ferez passer à tout mon peuple». Brièvement, je lui ai expliqué. Il a déclaré, persišeur: «Je vous croyais moins bête». Un peu dur à encaisser. Je n'ai pas insisté... – 25 décembre 1941: Noël. Ce que devient un tel jour quand on a chassé l'Enfant-Jésus!... Norton a été plus odieux que jamais. J'ai quitté la table. Il a dit: «Les cafards s'en vont, le temps va changer». Je me suis forcé à fermer la porte sans bruit».

Le 14 avril 1942, profitant des hasards d'un combat aérien, Norton tire sur Darreberg; l'instant d'après, ce dernier lui sauve la vie en abattant son poursuivant. Le soir, à la base: «Norton s'approche de moi: «Darreberg, je vous ai tiré dessus. – Pourquoi? – Je vous haïssais. – Et maintenant? – Vous m'avez sauvé la vie. Pardon». Nous nous sommes serré la main... Merci, Notre-Dame de La Salette». Le 13 juin, Norton est atteint par des balles de l'ennemi. «14 juin: Norton est perdu. Amputation des deux jambes et du bras droit. Il a rassemblé ses dernières forces pour me demander: «Donnez-moi sa médaille... Pas pour guérir... Pour ne pas mourir comme un chien». Son visage était tout ridé par la souffrance. «Qu'a-t-elle dit, Darreberg, je veux savoir, maintenant, avant de mourir.» Il n'est jamais trop tard... «Je n'ai jamais prié, avoue Norton. Comment faire? Toujours je me suis moqué... – Vous avez été baptisé? – Non, mais je veux, je veux comme vous... Darreberg, j'ai voulu vous tuer... Je vous demande pardon. Dites que vous avez pardonné.» L'aumônier catholique est venu. Norton a reçu le sacrement de Baptême. Puis, l'infirmière a dit: «Je vais vous donner un peu de morphine. Vous pourrez dormir. – Non. Merci... Laissez-moi souffrir jusqu'au bout... Je dois payer, il faut que je paye». – À demain, mon cher Norton – «Peut-être... Dites aux camarades... Dites-leur pardon pour moi.» Le prêtre a eu cette réšexion: «La Sainte Vierge est une grande voleuse d'âmes. Vous avez vu: Elle est plus habile que le diable!» – 15 juin: Norton est mort ce matin. L'infirmière m'a dit: Il vous appelait toute la nuit. Il répétait: «Je crois, comme Darreberg... Je veux des montagnes de blé». Quand même, je lui ai donné de la morphine et il s'est endormi. Tout à l'heure, il a ouvert les yeux et il a encore murmuré: «Voici la Dame de la Montagne. Elle sourit. Elle ne pleure pas. Pourquoi Darreberg disait-il qu'Elle pleurait?» Ce sont ses dernières paroles. Il vient de mourir».

« J'attends une formidable joie!»

En mars 1943, Darreberg est blessé. Après plusieurs mois de convalescence, il reprend son activité. Le 19 janvier 1944, il ne rentre pas à la base. Plus tard, le mécanicien racontera: «Avant de décoller, ce jour-là, il m'a dit: «Adieu, mon cher ami!» – C'est votre 19! ai-je répondu, vous aurez de la chance! Sa réponse, je l'entendrai au-dedans de moi tant que je vivrai: «Aujourd'hui, mon vieux, j'attends une formidable joie!» Son regard šambait, et je n'ai compris qu'après ce que signifiait cette šamme... Il a eu un sourire très beau... J'ai écouté un moment ronšer ses moteurs. Tout allait très bien... D'ordinaire, il décollait un peu lentement, comme s'il hésitait. Ce jour-là, il est parti, happé par le ciel... On aurait cru qu'il était tiré en haut par une corde». Nul n'a jamais su quelle a été la mort de Darreberg. Mais cette question est-elle si importante? Pour lui, la mort n'était déjà plus la mort, mais la joie de l'enfant qui va retrouver sa Mère du Ciel, la joie du serviteur fidèle qui va recevoir de la Reine des Cieux la récompense de ses travaux: «Quand on travaille au service de la Sainte Vierge, avait-il noté sur son journal une semaine plus tôt, le 10 janvier, Elle sait payer ses dettes avec la magnificence d'une Reine et la délicatesse d'une Maman».

«À La Salette, Marie a clairement manifesté la constance de sa prière pour le monde. Elle n'abandonnera jamais les hommes qui sont créés à l'image et à la ressemblance de Dieu et à qui il est donné de devenir enfants de Dieu (cf. Jn 1, 12)» (Jean-Paul II, 6 mai 1996). La conversion de Darreberg manifeste la puissance de l'intercession de notre Mère du Ciel: ayons une entière confiance en Elle!

Source:
Le Capitaine Darreberg, par H. Perrin;
Association des pčlerins de La Salette,
38970 Corps. 6e édition 1973.

Dom Antoine Marie osb, abbé

Pour publier la lettre de l'Abbaye Saint-Joseph de Clairval dans une revue, journal, etc. ou pour la mettre sur un site internet ou une home page, une autorisation est nécessaire. Elle doit nous être demandée par email ou à travers http://www.clairval.com.

Index des lettres  - Page d'accueil

Webmaster © 1996-2017 Traditions Monastiques