Blason  Abbaye Saint-Joseph de Clairval

21150 Flavigny-sur-Ozerain

France


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15 septembre 2002
Notre-Dame des Sept Douleurs


Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

«Que ce soit sous une forme ou sous une autre, la souffrance est quasi inséparable de l'existence terrestre de l'homme... La souffrance humaine inspire la compassion, elle inspire également le respect et, à sa manière, elle intimide. Car elle porte en elle la grandeur d'un mystère spécifique... À travers les siècles et les générations humaines, on a constaté que dans la souffrance se cache une force particulière qui rapproche intérieurement l'homme du Christ, une grâce spéciale. C'est à elle que bien des saints doivent leur profonde conversion, tels saint François d'Assise, saint Ignace de Loyola, etc. Le fruit de cette conversion, c'est non seulement le fait que l'homme découvre le sens salvifique de la souffrance, mais surtout que, dans la souffrance, il devient un homme totalement nouveau...» (Lettre apostolique Salvifici doloris, SD, Jean-Paul II, 11 février 1984, n. 3, 4, 26). La vie de la bienheureuse Anna Schäffer illustre singulièrement cette constatation du Saint-Père.

Anna Schäffer naît à Mindelstetten, village de Basse-Bavière au diocèse de Ratisbonne (Allemagne du Sud), le 18 février 1882, dans une famille nombreuse dont le père est menuisier. Les Schäffer sont de bons chrétiens. Fidèles aux prières du matin, de midi et du soir, ils se rendent à l'église pour la Messe chaque dimanche et fête, mais aussi en semaine lorsque c'est possible. Anna est une enfant discrète, douce et timide, douée pour l'étude et habile aux besognes manuelles. En 1896, son père meurt à l'âge de quarante ans, laissant sa famille dans une grande pauvreté. Anna, qui désire devenir Religieuse, si possible dans une Congrégation missionnaire, doit travailler afin de constituer sa dot (contribution financière indispensable à l'époque, pour entrer au couvent). À quatorze ans, elle s'emploie comme «bonne à tout faire», d'abord à Ratisbonne chez une pharmacienne, puis à Landshut chez un conseiller auprès du tribunal d'instance. Là, elle reçoit pour la première fois, un soir de juin 1898, un message du Ciel: un Saint lui apparaît (elle ne saurait dire son nom) et lui dit: «Avant d'avoir vingt ans, tu commenceras à souffrir beaucoup. Récite le chapelet». Elle parlera plus tard des dangers pour sa pureté virginale qu'elle a pu surmonter dans ces années, grâce au saint Rosaire.

Dans la soirée du 4 février 1901, la jeune fille, employée à la maison forestière de Stammham, fait la lessive avec une compagne, Wally Kreuzer. Le tuyau de poêle qui passe au-dessus de la lessiveuse, s'est détaché du mur; pour réparer cette avarie, Anna monte sur un muret en saillie. Soudain, elle perd l'équilibre et tombe de ses deux jambes jusqu'aux genoux, dans l'eau de lessive bouillante. Affolée, Wally, au lieu de porter secours à sa compagne, court chercher de l'aide. Un cocher accourt et tire la blessée de la lessiveuse; on conduit la malheureuse dans une charrette à l'hôpital le plus proche, à sept kilomètres. À onze heures du soir, elle est enfin prise en charge par un médecin qui l'opère pendant deux heures. Les semaines qui suivent sont terribles: il faut sans cesse couper des morceaux de chair gangrenée.

Plus de trente interventions chirurgicales

Trois mois plus tard, l'assurance-maladie qui couvrait Anna cesse de rembourser les soins. Madame Schäffer ne peut pas prendre en charge l'hospitalisation; elle doit ramener sa pauvre enfant à la maison. Sur les instances du Docteur Wäldin, une institution pour invalides se charge de la malade; Anna sera hospitalisée d'août 1901 à mai 1902 à la clinique universitaire d'Erlangen (près de Nuremberg). Cependant, les traitements ne produisent aucun résultat. De retour à la maison, Anna est soignée avec compétence par le Dr. Wäldin. Par plus de trente interventions chirurgicales, ce médecin essaiera en vain de pratiquer des greffes de peau. À défaut de pouvoir soulager l'infirme, il se résigne finalement à entourer ses jambes de pansements stériles. Les soins se limiteront, pendant les vingt ans de survie d'Anna, au renouvellement hebdomadaire de ces pansements.

Le projet de vie religieuse d'Anna Schäffer est dès lors irréalisable. La jeune fille ne se résigne pas sans difficulté à son sort: elle crie sa souffrance et s'accroche à l'espoir de guérir. Cependant, son âme grandit à la rude école de la Croix. Le Curé de Mindelstetten, l'abbé Rieger, qui sera son père spirituel, témoignera n'avoir jamais entendu de sa bouche aucune plainte. Dans ses douleurs incessantes, Anna est fortifiée et consolée par le Dieu vivant et spécialement par la Sainte Eucharistie.

«C'est avec des dispositions différentes que les hommes abordent leur souffrance, écrit le Pape Jean-Paul II. On peut cependant affirmer d'emblée que chaque personne entre presque toujours dans la souffrance avec une protestation tout à fait humaine et en se posant la question: «Pourquoi?» Chacun se demande quel est le sens de la souffrance et cherche une réponse à cette question au plan humain. Il adresse certainement maintes fois cette interrogation à Dieu et il l'adresse aussi au Christ. En outre, la personne qui souffre ne peut pas ne point remarquer que celui auquel elle demande une explication souffre lui-même et qu'il veut lui répondre de la Croix, du plus profond de sa propre souffrance. Pourtant, il faut parfois du temps, et même beaucoup de temps, pour que cette réponse commence à être perçue intérieurement... Le Christ n'explique pas abstraitement les raisons de la souffrance, mais avant tout il dit: «Suis-moi! Viens! Prends part avec ta souffrance à cette oeuvre de salut du monde qui s'accomplit par ma propre souffrance! Par ma Croix!» Au fur et à mesure que l'homme prend sa croix, en s'unissant spirituellement à la Croix du Christ, le sens salvifique de la souffrance se manifeste davantage à lui» (SD, n. 26).

De 1910 à 1925, Anna Schäffer écrit ses pensées sur douze carnets; de plus, 183 de ses lettres ou billets nous sont conservés. Son langage est tout simple; cependant, l'originalité et le caractère personnel de ses écrits frappent le lecteur, qui y découvre une âme établie solidement dans la foi en Jésus-Christ mort et ressuscité, et dans la Communion vivante avec tous les élus de Dieu. Cette confiance indéfectible en Dieu, la certitude de son amour infini se manifestant à elle à travers ses souffrances, rayonnent sur ceux qui l'approchent pour lui confier leurs intentions ou lui demander encouragements et conseils. Ces visiteurs, d'abord en petit nombre, se multiplient peu à peu. Les personnes les plus prévenues contre Anna ne manquent pas d'être impressionnées par sa patience et sa bonté.

La «vengeance» d'Anna

Son frère Michel, pauvre garçon qui s'adonne à la boisson, n'est pas le dernier, lorsqu'il a bu, à se moquer de «la Sainte». Anna se «venge» en s'appliquant à le convertir à force de douceur. Toutefois, le comportement de Michel contraint Madame Schäffer à louer dans le village un petit appartement pour y déménager avec sa fille. À cette mère admirable qui assistera Anna jusqu'à la mort et lui survivra pendant quatre ans, Anna écrit: «Ô ma chère mère, quelle grâce de t'avoir sans cesse à mes côtés! Notre cher Sauveur envoie à ses enfants le secours au bon moment, quand nous le lui demandons avec confiance; et c'est souvent lorsqu'une épreuve ou une affliction nous accable le plus qu'Il est le plus proche de nous par son aide et sa bénédiction».

Accessible par un escalier fort raide, la chambre de la malade a pour seuls ornements un crucifix, un «Ecce Homo» et des images de saints. Anna ne quitte guère sa chambre et son lit (qu'elle appelle aussi son lit-croix). En de rares occasions, on l'emmène à l'église dans un fauteuil. Dès que le Pape saint Pie X autorise la communion quotidienne, l'abbé Rieger lui apporte chaque jour l'Eucharistie de laquelle lui vient sa force.

Anna n'aime guère faire parler d'elle. Ses journées s'écoulent entre la prière, le travail manuel et l'écriture. «J'ai trois clefs du paradis, dit-elle: la plus grande est de fer brut et pèse lourd: c'est ma souffrance. La seconde est l'aiguille à coudre, et la troisième, le porte-plume. Avec ces différentes clefs, je m'efforce chaque jour d'ouvrir la porte du Ciel; chacune d'elles doit être ornée de trois petites croix, qui sont la prière, le sacrifice et l'oubli de moi-même». Souvent, les enfants du village viennent visiter Anna. Ils se sentent attirés vers elle; la malade leur parle du Sauveur, de la Sainte Vierge, des Saints. Elle leur explique comment on va au Ciel. Dans l'ensemble, la population de Mindelstetten se comporte avec sympathie à son égard; on l'aime, on a pitié d'elle et on cherche à lui faire plaisir. Les jours de fête, une délégation du village vient la visiter; parfois toute la fanfare lui offre une sérénade en passant sous ses fenêtres.

C'est la charité envers le prochain, également souffrant, qui fait sortir Anna de son silence habituel. Dès qu'elle voit une personne éprouvée, elle trouve mille paroles gaies et amicales pour la réconforter et semble elle-même la plus heureuse des créatures. Elle conserve précieusement toutes les intentions de prière qu'on lui confie et les présente inlassablement à Dieu. Tous les écrits d'Anna manifestent une profonde soumission à la divine Providence et une joyeuse acceptation des croix. Bien souvent, ses lettres portent une petite enluminure dessinée à la plume en deux ou trois couleurs représentant la Croix, un calice entouré d'épines, ou encore quelque autre scène de la Passion. «Chère Fanny, écrit-elle le 14 décembre 1918 à une amie, nous devons considérer nos souffrances comme nos plus chères amies, qui veulent nous accompagner sans cesse, jour et nuit, pour nous rappeler de tourner nos regards vers le haut, vers la sainte Croix du Christ».

Job n'est pas coupable

De tout temps, les hommes ont recherché le sens de la souffrance. «Dans le livre de Job, la question a trouvé son expression la plus vive, remarque le Pape Jean-Paul II. On connaît l'histoire de cet homme juste, qui, sans aucune faute de sa part, est éprouvé par de multiples souffrances... Dans cette horrible situation, il voit arriver chez lui trois vieux amis qui cherchent à le convaincre que, puisqu'il a été frappé par des souffrances aussi variées et aussi terribles, il doit avoir commis quelque faute grave... Toutefois, Job conteste la vérité du principe qui identifie la souffrance avec la punition du péché... À la fin, Dieu lui-même reproche aux amis de Job leurs accusations et reconnaît que Job n'est pas coupable. Sa souffrance est celle d'un innocent, elle doit être acceptée comme un mystère que l'intelligence de l'homme n'est pas en mesure de pénétrer à fond... S'il est vrai que la souffrance a un sens comme punition lorsqu'elle est liée à la faute, il n'est pas vrai, au contraire, que toute souffrance soit une conséquence de la faute et ait un caractère de punition...

«Pour être en mesure de percevoir la vraie réponse au «pourquoi» de la souffrance, nous devons tourner nos regards vers la révélation de l'amour divin... Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle (Jn 3, 16)... L'homme périt quand il perd la vie éternelle... Le Fils unique a été donné à l'humanité pour protéger l'homme avant tout contre ce mal définitif et contre la souffrance définitive...

«Le Christ souffre volontairement, et c'est innocent qu'il souffre... La souffrance humaine a atteint son sommet dans la passion du Christ. Et, simultanément, elle a revêtu une dimension nouvelle et est entrée dans un ordre nouveau: elle a été liée à l'amour, à l'amour qui crée le bien, en le tirant même du mal, en le tirant au moyen de la souffrance, de même que le bien suprême de la Rédemption du monde a été tiré de la Croix du Christ... C'est dans la Croix du Christ que nous devons reposer la question du sens de la souffrance et trouver jusqu'au bout la réponse à cette question» (SD, n. 10, 11, 13, 14, 18).

Comme le temps passe vite!

Depuis longtemps, Anna était tertiaire de Saint-François. À partir du 4 octobre 1910 (fête de saint François d'Assise), elle porte quelque temps les stigmates de la Passion, mais elle prie Dieu de faire en sorte que ces blessures mystiques ne soient pas apparentes; ce qui lui est accordé. Il ne semble pas qu'elle ait beaucoup lu la Sainte Écriture, mais, fille de l'Église catholique, elle s'est appropriée sa doctrine et sa liturgie, qu'elle revit à l'aide de ses souvenirs d'enfance tout au long de l'année. «Prier pour la sainte Église et ses pasteurs, est pour moi le plus important», affirme-t-elle. Elle comprend sa vie de malade comme une participation à la Croix du Christ. «Dans les heures de souffrance et dans les nombreuses nuits sans sommeil, j'ai la plus belle occasion de me placer en esprit devant le tabernacle et d'offrir au Sacré-Coeur de Jésus expiation et réparation. Oh! comme le temps alors passe vite pour moi! Coeur-Sacré de Jésus, caché au Saint-Sacrement, je vous remercie pour ma croix et mes souffrances, en union avec les actions de grâces de Marie, la Mère des Douleurs».

«Le Rédempteur a souffert à la place de l'homme et pour l'homme... Chacun est appelé, lui aussi, à participer à la souffrance par laquelle la Rédemption s'est accomplie... En opérant la Rédemption par la souffrance, le Christ a élevé en même temps la souffrance humaine jusqu'à lui donner valeur de Rédemption. Tout homme peut donc, dans sa souffrance, participer à la souffrance rédemptrice du Christ... Celui qui souffre en union avec le Christ... complète par sa souffrance ce qui manque aux épreuves du Christ (Col 1, 24)... La souffrance du Christ a créé le bien de la Rédemption du monde. Ce bien en lui-même est inépuisable et infini. Aucun homme ne peut lui ajouter quoi que ce soit. Mais en même temps, dans le mystère de l'Église qui est son corps, le Christ, en un sens, a ouvert sa souffrance rédemptrice à toute souffrance de l'homme... En effet, la Rédemption vit et se développe comme le corps du Christ – l'Église – et, dans cette dimension, toute souffrance humaine, en vertu de l'union dans l'amour avec le Christ, complète la souffrance du Christ. Elle la complète comme l'Église complète l'oeuvre rédemptrice du Christ» (SD, n. 20, 24).

Notre-Seigneur Jésus-Christ, la Sainte Vierge et les Saints parlent fréquemment à Anna au cours de ses rêves nocturnes, et ces messages célestes lui sont un rafraîchissement et comme un avant-goût du Paradis. Mais jamais ces consolations ne lui donnent une impassibilité surhumaine. Jusqu'au bout, elle accepte avec reconnaissance le maigre soulagement que lui apporte la médecine. Au fil des vingt-cinq années de son «martyre», un progrès s'accomplit dans l'acceptation intérieure des épreuves. Elle découvre peu à peu le secret de la paix intérieure, qu'elle exprime ainsi dans son langage tout simple: «Oh! quel bonheur et quel amour sont cachés dans la croix et la souffrance!... Je ne suis pas un quart d'heure sans souffrir, et depuis longtemps je ne sais plus ce que c'est que d'être sans douleur... Souvent, je souffre tant, que je peux à peine dire un mot; à ces moments, je pense que mon Père des Cieux doit m'aimer particulièrement». Selon le mot de saint Paul: Je surabonde de joie au milieu de toutes nos tribulations (2 Cor. 7, 4), elle souffre avec une joie mystérieuse, non sensible.

Une source de joie

«Surmonter le sentiment de l'inutilité de la souffrance... devient une source de joie. Non seulement la souffrance ronge intérieurement la personne, mais elle semble faire d'elle un poids pour autrui. Cette personne se sent condamnée à recevoir l'aide et l'assistance des autres et, en même temps, il lui apparaît à elle-même qu'elle est inutile. La découverte du sens salvifique de la souffrance en union avec le Christ transforme ce sentiment déprimant... Dans la perspective spirituelle de l'oeuvre de la Rédemption, l'homme qui souffre est utile, comme le Christ, au salut de ses frères et soeurs... Ceux qui participent aux souffrances du Christ conservent dans leurs propres souffrances une parcelle tout à fait particulière du trésor infini de la Rédemption du monde, et ils peuvent partager ce trésor avec les autres» (SD, n. 27).

Trois ans et demi avant sa mort, Anna doit interrompre ses travaux de couture, qui lui offraient un délassement et une occasion d'être utile. De plus, il est devenu absolument impossible de la transporter à l'église paroissiale voisine pour assister à la Messe; ce renoncement est pour elle très douloureux. Elle écrit: «Ma vie s'éteint peu à peu dans la souffrance... l'Éternité se rapproche sans cesse; bientôt, je vivrai de Dieu, qui est la Vie même. Le Ciel n'a pas de prix, et je me réjouis chaque minute de l'appel du Seigneur vers la patrie infiniment belle» (16 mars 1922). Le 5 octobre 1925, après avoir reçu la Sainte Communion et fait le signe de la croix en murmurant: «Seigneur Jésus, je vous aime», Anna Schäffer s'éteint paisiblement, à l'âge de 43 ans. Son corps repose au cimetière de Mindelstetten en attendant la «résurrection de la chair» (cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 988-1019). «Le Christ a vaincu définitivement le monde par sa Résurrection; toutefois, parce que sa Résurrection est liée à sa passion et à sa mort, il a vaincu en même temps ce monde par sa souffrance. Oui, la souffrance a été insérée de façon particulière dans cette victoire sur le monde, manifestée dans la Résurrection. Le Christ garde dans son corps ressuscité les traces des blessures causées par le supplice de la croix, sur ses mains, sur ses pieds et dans son côté. Par la Résurrection, il manifeste la force victorieuse de la souffrance» (SD, n. 25).

À l'exemple du bon Samaritain

La force de la souffrance est aussi laissée aux hommes afin de susciter la «civilisation de l'amour»: «La première et la seconde déclaration du Christ à propos du jugement dernier (Mt 25, 34-45) indiquent sans équivoque possible combien est essentiel, dans la perspective de la vie éternelle à laquelle tout homme est appelé, le fait de s'arrêter, à l'exemple du bon Samaritain, près de la souffrance de son prochain, d'avoir pitié d'elle, et enfin de la soulager. Dans le programme messianique du Christ, qui est le programme du Royaume de Dieu, la souffrance est présente dans le monde pour libérer l'amour, pour faire naître des oeuvres d'amour à l'égard du prochain, pour transformer toute la civilisation humaine en «civilisation de l'amour». Dans cet amour, le sens salvifique de la souffrance se réalise à fond et atteint sa dimension définitive» (SD, n. 29).

Le Pape conclut ainsi son exhortation apostolique: «Nous demandons, à vous tous qui souffrez, de nous aider. À vous précisément qui êtes faibles, nous demandons de devenir une source de force pour l'Église et pour l'humanité. Dans le terrible combat entre les forces du bien et du mal dont le monde contemporain nous offre le spectacle, que votre souffrance unie à la Croix du Christ soit victorieuse!» (SD, n. 31). La bienheureuse Anna Schäffer a été victorieuse grâce à la Croix de Jésus. Avant même le jugement officiel de l'Église, un peuple nombreux de Bavière puis de toute l'Europe s'est rendu à son tombeau pour implorer son aide. En 1998, 551 grâces obtenues par son intercession ont été recensées à la paroisse de Mindelstetten. Depuis 1929, plus de 15000 grâces attribuées à sa prière ont été signalées.

Lors de sa béatification, le 7 mars 1999, le Pape disait: «Si nous tournons notre regard vers la bienheureuse Anna Schäffer, nous lisons dans sa vie un vivant commentaire de ce qu'a écrit saint Paul aux Romains: L'espérance ne déçoit point, parce que l'amour de Dieu est répandu dans nos coeurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné (Rm 5, 5). Certes, la lutte pour s'abandonner à la volonté de Dieu ne lui a pas été épargnée. Mais il lui a été donné de comprendre toujours mieux que, justement, la faiblesse et la souffrance sont les pages sur lesquelles Dieu écrit son Évangile... Son lit de malade est devenu le berceau d'un apostolat étendu au monde entier».

Que ce soit dans ses lettres ou dans son travail manuel, la bienheureuse Anna Schäffer représente de préférence le Coeur de Jésus, symbole de l'Amour divin. Nous lui recommandons tous ceux qui souffrent afin qu'elle les aide à s'unir au Coeur du Christ, en attendant la glorieuse éternité.

Dom Antoine Marie osb, abbé

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