Blason  Abbaye Saint-Joseph de Clairval

21150 Flavigny-sur-Ozerain

France


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6 janvier 2002
Épiphanie


Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

Les évêques, réunis en Synode à Rome, au mois d'octobre 2001, ont adressé un «message au Peuple de Dieu» dans lequel est abordé le thème de la dignité de la vie humaine: «Ce qui, peut-être, bouleverse le plus notre coeur de pasteurs, c'est le mépris de la vie depuis sa conception jusqu'à son terme, et la désagrégation de la famille. Le non de l'Église à l'avortement et à l'euthanasie est un oui à la vie, un oui à la bonté foncière de la création, un oui qui peut atteindre tout être humain dans le sanctuaire de sa conscience, un oui à la famille, première cellule de l'espérance en qui Dieu se complaît jusqu'à l'appeler à devenir «église domestique»».

Quelques années plus tôt, le Pape Jean-Paul II disait déjà aux jeunes, à Denver (USA): «Les menaces contre la vie ne faiblissent pas avec le temps. Au contraire, elles prennent des dimensions énormes... Ce sont des menaces programmées de manière scientifique et systématique. Le vingtième siècle aura été une époque d'attaques massives contre la vie, une interminable série de guerres et un massacre permanent de vies humaines innocentes...» (14 août 1993). Nous sommes en face d'une «conjuration contre la vie humaine», dans laquelle des Institutions internationales programment de véritables campagnes pour diffuser la contraception, la stérilisation, l'avortement et l'euthanasie, avec la complicité des médias. Le recours à ces pratiques est présenté devant l'opinion publique comme un signe de progrès et une conquête de la liberté, tandis que les défenseurs de la vie sont décriés comme des ennemis de la liberté et du progrès (cf. Encyclique Evangelium vitæ, 25 mars 1995, n. 17).

À une heure où le monde est gravement inquiet pour la paix, rappelons ces paroles de Mère Teresa lorsqu'elle a reçu le prix Nobel de la paix, le 10 décembre 1979: «Le plus grand destructeur de la paix, aujourd'hui, est le crime commis contre l'innocent enfant à naître». En effet, Dieu ne peut laisser le crime de Caïn impuni: le sang d'Abel exige que Dieu fasse justice. Dieu dit à Caïn: Qu'as-tu fait? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu'à moi (Gn 4, 10). Non seulement le sang d'Abel, mais aussi celui de tous les innocents assassinés crie vengeance vers le Ciel (cf. Catéchisme de l'Église Catholique, CEC, n. 2268). Or, au cours des dernières décennies, des millions d'innocents ont été tués dans le sein de leurs mères.

Le passage au troisième millénaire n'a pas marqué, en France, un tournant vers une politique favorable à la vie. Dès l'an 2000, la distribution du NorLevo (pilule dite «du lendemain», en réalité un produit abortif) est permise aux mineures dans les établissements scolaires, sans autorisation parentale. Le 4 juillet 2001, une nouvelle loi sur l'avortement aggrave les dispositions de la loi précédente (1979) qui proposait l'Interruption Volontaire de la Grossesse (IVG = avortement) comme un ultime recours pour une situation de détresse. Désormais, il s'agit d'un «véritable droit à l'avortement», qui écarte la plupart des dispositions propres à conserver la vie de l'enfant; le délai légal est allongé de 10 à 12 semaines, l'autorisation parentale pour les mineures est supprimée, l'incitation à l'avortement dépénalisée, les motifs de poursuite contre les opposants à l'avortement renforcés.

Une «bonne nouvelle» pour notre temps

À l'encontre de cette culture de mort et de ses conséquences dramatiques pour la paix civile et pour la destinée éternelle des hommes, l'Église nous rappelle les Commandements de Dieu, qui sont gravés dans le coeur de tout être humain. Témoin de l'amour de Dieu pour l'homme, Elle prend la défense des plus faibles et souligne l'importance du cinquième commandement (Tu ne tueras pas). «Depuis le 1er siècle, l'Église a affirmé la malice morale de tout avortement provoqué. Cet enseignement n'a pas changé. Il demeure invariable» (CEC, n. 2271). Pour donner un éclairage plus concret, l'Église met sous nos yeux les exemples des saints. C'est ainsi que le Pape Jean-Paul II a béatifié, le 25 avril 1994, Jeanne Beretta-Molla, mère de famille, dont le témoignage en faveur de la vie humaine est une «bonne nouvelle» pour les hommes de notre temps.

Dixième de treize enfants (dont cinq mourront en bas âge), Jeanne naît le 4 octobre 1922, à Magenta (Italie), dans une famille où les parents, qui appartiennent au Tiers-Ordre de saint François et assistent tous les jours à la Messe, entretiennent une atmosphère sereine et chrétienne. L'après-midi du dimanche, les enfants accompagnent leur père dans la visite aux pauvres, aux personnes âgées, abandonnées ou délaissées. La maman s'ingénie à faire des économies en faveur des missions.

Le 4 avril 1928, Jeanne fait sa première communion. L'Eucharistie devient dès lors sa nourriture quotidienne indispensable. À l'école, c'est une élève moyenne: il faudra attendre la fin des études primaires pour qu'elle obtienne quelques bons résultats. Elle reçoit la Confirmation le 9 juin 1930. Entrée dans le secondaire, elle ne brille toujours pas. Cependant sa vie chrétienne est intense et rayonnante: un temps de méditation chaque matin lui donne la force et la joie d'aimer, pour toute la journée. De tempérament ouvert, elle pardonne facilement et supporte avec patience les peines causées par les différences de caractère. Elle apprécie les beautés de la nature et, pendant ses vacances, prend des leçons de dessin et de piano. La formation spirituelle et l'apostolat de Jeanne se confortent grâce à l'Action Catholique féminine italienne, à laquelle elle s'inscrit dès l'âge de douze ans.

Une marque indélébile

Du 16 au 18 mars 1938, Jeanne suit une retraite spirituelle selon les Exercices de saint Ignace. Les nombreuses grâces qu'elle y reçoit la marquent pour toute sa vie. Là, elle approfondit les valeurs fondamentales de la vie spirituelle: la nécessité de la grâce et celle de la prière, l'horreur du péché, l'imitation du Christ, la mortification; surtout, elle commence à voir l'apostolat comme une expression éminente de la Charité. Parmi ses résolutions, elle écrit: «Tout faire pour le Seigneur... Pour servir Dieu, je n'irai plus au cinéma sans m'assurer qu'il s'agit d'un film convenable et non scandaleux, ou immoral... Je préfère mourir plutôt que de commettre un péché mortel... Dire le «Je vous salue Marie» tous les jours pour que le Seigneur me donne une sainte mort... Le chemin de l'humiliation est le plus court pour arriver à la sainteté. Prier le Seigneur de me conduire au Paradis». Elle apprend à faire oraison, c'est-à-dire à s'entretenir familièrement avec Dieu, seul à seul, au fond de son coeur.

En 1942, Jeanne perd subitement sa mère, âgée de 53 ans. Quatre mois plus tard, c'est son père qui décède. Des enfants Beretta encore vivants, quatre ont déjà un métier, trois autres étudient; Jeanne vient d'avoir son baccalauréat. Elle envisage de devenir religieuse missionnaire au Brésil. En attendant, elle commence des études de médecine à Milan. Malgré les difficultés de l'époque (l'Italie est en guerre), elle travaille avec sérieux. Lorsque la lassitude se fait sentir, elle se rend à l'église: «Quand je suis fatiguée et que je n'en peux plus, je me renouvelle avec un peu de méditation pour parler avec Jésus». Mais elle souffre de ses points faibles: «Les deux défauts que vous me signalez, écrit-elle à une religieuse, sont très vrais. Je suis obstinée, je fais toujours ce que je veux, alors que je devrais plier l'échine... Je ferai des efforts. Pour ce qui regarde la charité, pour ne pas juger mon prochain, depuis quelque temps, je cherche à me vaincre, mais certaines fois, c'est vraiment difficile». Pendant les vacances, Jeanne pratique le ski et l'escalade en montagne.

Les années de ses études universitaires sont un temps privilégié pour l'apostolat. Très active et pleine d'initiative, elle gagne l'amitié des jeunes filles, organise des excursions, des fêtes et des jeux dans le but d'encourager ses amies à l'amour de Dieu et du prochain. «Elle écoutait les autres et parlait peu, répondait avec justesse comme si elle écoutait une voix intérieure, dira-t-on d'elle... L'été, elle conduisait ses compagnes de l'Action catholique dans sa maison de vacances pour des retraites spirituelles». Elle-même explique: «Le seul fait de bien parler n'entraîne pas, mais montrer l'exemple, oui. Rendre la vérité visible dans sa personne même; rendre la vérité aimable en s'offrant soi-même comme un exemple attirant, et si possible héroïque... N'ayez pas peur de défendre Dieu, l'Église, le Pape et les prêtres. Contre toute cette campagne antireligieuse et immorale, on ne peut rester indifférents... Il faut agir, entrer dans tous les champs d'action, social, familial et politique. Et travailler, parce que toutes les forces du mal, obscures et menaçantes, sont réunies».

Prier, même si tout nous distrait

Mais l'action doit être soutenue par la prière et le sacrifice: «Si nous voulons que notre apostolat ne soit pas vain, mais efficace, nous devons être des âmes de prière. Même si tout, autour de nous, dans la journée, nous distrait de la prière! Celle-ci doit être faite avec foi dans la toute-puissance de Dieu qui peut nous aider... Et si après avoir travaillé de notre mieux, nous connaissons l'échec, acceptons-le généreusement; un échec bien accepté par un apôtre qui avait utilisé tous les moyens pour réussir, est plus efficace pour le salut qu'un triomphe». Souvent, elle recommande la vertu de pureté et l'éducation au véritable amour: «Comment conserver la pureté? Entourer notre corps au moyen de la haie du sacrifice. La pureté est une vertu-résumé, c'est-à-dire un ensemble de vertus... La pureté devient beauté, puis aussi force et liberté. Est libre celui qui est capable de résister, de lutter».

En novembre 1949, Jeanne obtient son doctorat en médecine et chirurgie. Elle se spécialise alors en pédiatrie par amour pour les enfants mais aussi afin d'être proche des mamans, puis ouvre un dispensaire privé à Mesero. Elle écoute chacun de ses malades avec beaucoup de patience et d'amabilité. Quand leurs maladies résultent d'une vie morale désordonnée, elle en souffre beaucoup et conseille avec conviction de changer de conduite. Aux malades particulièrement pauvres, elle donne de l'argent en plus des médicaments: «Si je donne des soins à un malade qui n'a pas à manger, à quoi servent les médicaments?» Jeanne considère sa profession comme un véritable apostolat: «Tout le monde travaille au service de l'homme. Nous, médecins, nous travaillons directement sur l'homme lui-même... Le grand mystère de l'homme, c'est Jésus: «Celui qui visite un malade, c'est moi qu'il aide», dit Jésus... Comme le prêtre peut toucher Jésus, ainsi nous touchons Jésus dans le corps de nos malades... Nous avons des occasions de faire du bien que le prêtre n'a pas. Notre mission n'est pas achevée quand les médicaments ne servent plus; il faut porter l'âme à Dieu, notre parole a une certaine autorité... Les médecins catholiques, comme ils sont nécessaires!»

Toutes les voies du Seigneur sont belles

Dans les premiers mois de 1954, Jeanne se demande à nouveau quelle est sa vocation. Après avoir beaucoup prié, elle se décide pour le mariage et écrit à une amie: «Les voies du Seigneur sont toutes belles pourvu que le but soit toujours le même: sauver notre âme, et réussir à porter beaucoup d'autres âmes au Paradis, pour glorifier Dieu». Le 24 septembre 1955, elle épouse Pierre Molla; l'abbé Joseph Beretta, frère de Jeanne, reçoit leurs consentements. Dans une conférence à des jeunes filles de l'Action Catholique, Jeanne avait expliqué: «Toute vocation est vocation à la maternité: physique, spirituelle, morale, parce que Dieu a mis en nous l'instinct de la vie. Le prêtre est père (spirituellement); les religieuses sont mères, mères des âmes... Se préparer à la vocation, c'est se préparer à donner la vie». Le 19 novembre 1956, un garçon, Pierre-Louis, naît au foyer Beretta-Molla; le 11 décembre 1957, c'est une fille, Maria Zita; le 15 juillet 1960, une deuxième fille, Laura. Ces trois maternités ont été difficiles pour Jeanne, mais sa foi l'a soutenue. Pour remercier Dieu, après la naissance de chacun de ses enfants, elle donne aux missions, sur ses économies, une somme correspondant au salaire de six mois de travail d'un employé.

L'éducation morale et religieuse de ses enfants tient fortement au coeur de Jeanne. Dès qu'ils en sont capables, elle leur fait faire chaque soir un examen de conscience adapté, les faisant réfléchir sur telle ou telle action, et remarquer pourquoi Jésus n'en est pas content. Au lieu de les réprimander sur le moment même, elle attend la prière du soir pour faire le point de la journée. Elle ne veut ni les frapper ni trop élever la voix car, dit-elle, «peut-être ces enfants n'auront-ils leur maman avec eux que pour peu de temps; je ne veux pas qu'ils en gardent un mauvais souvenir». Le travail professionnel de Jeanne ne l'empêche pas d'être à ses devoirs d'épouse et de mère. Cependant, après la naissance de Laura, elle décide de cesser l'exercice de la médecine lorsqu'elle aura un quatrième enfant.

Au mois d'août 1961, une nouvelle maternité s'annonce. Mais, au deuxième mois de la grossesse, Jeanne sent qu'une masse dure se développe de jour en jour à côté de l'utérus, menaçant la vie de l'enfant autant que la sienne: c'est un fibrome qu'il va falloir enlever. Jeanne prend conscience des risques qu'elle encourt. Trois solutions s'offrent à elle: – l'ablation du fibrome et de l'utérus contenant l'enfant: cette intervention sauvera très certainement la vie de la maman, mais l'enfant mourra, et elle ne pourra plus en avoir d'autre; – l'ablation du fibrome et l'avortement provoqué: la mère aura la vie sauve et pourra éventuellement avoir d'autres enfants plus tard; mais cette solution est contraire à la loi de Dieu; – l'ablation du fibrome seulement, en tentant de ne pas interrompre la maternité en cours: seule cette troisième possibilité laisse la vie à l'enfant, mais elle expose celle de la mère à un très grave danger.

Épouse très aimée, mère heureuse de trois beaux enfants, Jeanne doit choisir et décider: soit une solution plus sûre pour sa vie à elle, soit l'unique solution pour sauver la vie de l'enfant: «lui ou moi», l'enfant ou la mère. Elle se décide en faveur de la vie qu'elle sent se développer en elle; elle accepte de risquer sa propre vie. L'amour pour l'enfant est plus grand: «Qu'on ne se préoccupe pas pour moi, pourvu que tout aille bien pour le bébé!» dit-elle avec force à son entourage.

S'oublier et se donner

La montée au Calvaire avec Jésus crucifié commence. Le 6 septembre, au moment d'être opérée, elle prie à nouveau le chirurgien de faire tout son possible pour sauver l'enfant et de ne pas s'inquiéter d'elle. Elle confie au prêtre venu pour l'encourager: «Oui, j'ai tant prié ces jours-ci. Avec foi et espérance, je me suis confiée au Seigneur, même en face de cette terrible parole de la science médicale: ou la vie de la mère ou celle de l'enfant. J'ai confiance en Dieu, oui; maintenant à mon tour d'accomplir mon devoir de mère. Je renouvelle au Seigneur l'offrande de ma vie. Je suis prête à tout pourvu qu'on sauve mon enfant». L'opération, qui consiste dans l'ablation du fibrome, tout en laissant intacte la cavité utérine, réussit: l'enfant est sauvé. Le voeu de Jeanne est exaucé. Cependant, elle est consciente que dans quelques mois, l'utérus pourra se rompre, provoquant une hémorragie mortelle.

Malgré cela, elle laisse rayonner une joie intense, la joie indicible d'avoir sauvegardé sa maternité et la vie de son enfant. Elle sait ce que signifie «être mère»: s'oublier et se donner. Cet amour de la maternité, jusqu'à l'héroïsme du sacrifice de sa vie, elle le puise en Dieu source de toute paternité et de toute maternité (cf. Ep 3, 15). Sans que le sourire disparaisse de son visage, Jeanne passe les derniers mois de sa grossesse dans la prière et l'abandon à la volonté de Dieu, à travers de grandes douleurs physiques et morales. Le Samedi Saint 21 avril 1962, elle met au monde une petite fille qui reçoit au baptême le nom de Jeanne-Emmanuelle. Après la naissance, l'état de la maman s'aggrave. Quand la douleur se fait trop intense, elle baise son crucifix, «son grand réconfort». Elle demande un prêtre et reçoit avec ferveur les derniers sacrements. Dans son agonie, elle répète continuellement: «Jésus, je t'aime! Jésus, je t'aime!» Le 28 avril, vers 8 heures, Jeanne s'éteint paisiblement en présence de son mari, qui a approuvé son choix. Tous les jours, elle avait prié le Seigneur de lui faire la grâce d'une bonne et sainte mort. Entrée dans la vraie Vie qui ne finira jamais, la Bienheureuse, loin d'abandonner les siens, intercède désormais pour eux avec un amour encore plus grand.

Hommage aux mères...

Lors de sa béatification, le 25 avril 1994, le pape Jean-Paul II pourra dire: «Jeanne Beretta-Molla sut donner sa vie en sacrifice, afin que l'être qu'elle portait en son sein – et qui est aujourd'hui l'un de nous! – puisse vivre. En tant que médecin, elle était consciente de ce qui l'attendait, mais elle n'a pas reculé devant le sacrifice, confirmant ainsi l'héroïcité de ses vertus. Nous désirons rendre hommage à toutes les mères courageuses, qui se consacrent sans réserve à leur famille, et qui sont prêtes ensuite à ne ménager aucune peine, à faire tous les sacrifices, pour leur transmettre ce qu'elles ont de meilleur...

Comme elles doivent lutter contre les difficultés et les dangers! Que de fois elles sont appelées à affronter de véritables «loups» décidés à enlever la vie et à disperser le troupeau! Et ces mères héroïques ne sont pas toujours soutenues par leur entourage. Au contraire, les modèles de société, souvent promus et propagés par les moyens de communication, ne favorisent pas la maternité. Au nom du progrès et de la modernité, on présente aujourd'hui les valeurs de fidélité, de chasteté, de sacrifice, par lesquelles de nombreuses épouses et mères chrétiennes se distinguent et continuent encore à se distinguer, comme dépassées. Il s'ensuit ainsi qu'une femme qui décide d'être cohérente avec ses principes se sent souvent profondément seule. Seule avec son amour qu'elle ne peut trahir et auquel elle doit rester fidèle. Son principe directeur est le Christ qui nous a révélé cet amour que nous prodigue le Père. Une femme qui croit au Christ trouve un puissant soutien dans cet amour qui a tout supporté. C'est un amour qui lui permet de croire que ce qu'elle fait pour un enfant conçu, mis au monde, adolescent ou adulte, elle le fait en même temps pour un enfant de Dieu. Comme l'écrit saint Jean dans la lecture d'aujourd'hui: Nous sommes appelés enfants de Dieu; et nous le sommes (1 Jn 3, 1). Nous sommes les enfants de Dieu. Lorsque cette réalité se manifestera pleinement, nous serons semblables à Dieu, parce que nous le verrons tel qu'il est (cf. 1, Jn 3, 2)».

Le Pape manifeste également sa sollicitude paternelle à l'égard des femmes qui ont eu recours à l'avortement, par ces paroles encourageantes de l'Encyclique Evangelium vitæ: «L'Église sait combien de conditionnements ont pu peser sur votre décision, et elle ne doute pas que, dans bien des cas, cette décision a été douloureuse, et même dramatique. Il est probable que la blessure de votre âme n'est pas encore refermée. En réalité, ce qui s'est produit a été et demeure profondément injuste. Mais ne vous laissez pas aller au découragement et ne renoncez pas à l'espérance. Sachez plutôt comprendre ce qui s'est passé et interprétez-le en vérité. Si vous ne l'avez pas encore fait, ouvrez-vous avec humilité et avec confiance au repentir : le Père de toute miséricorde vous attend pour vous offrir son pardon et sa paix dans le sacrement de la réconciliation... Avec l'aide des conseils et de la présence de personnes amies compétentes, vous pourrez faire partie des défenseurs les plus convaincants du droit de tous à la vie par votre témoignage douloureux... vous travaillerez à instaurer une nouvelle manière de considérer la vie de l'homme» (n. 99).

«Prions tous afin d'avoir le courage de défendre l'enfant à naître et de lui donner la possibilité d'aimer et d'être aimé, disait Mère Teresa. Et je pense qu'ainsi, avec la grâce de Dieu, nous pourrons apporter la paix dans le monde».

Qu'en cette année nouvelle, Notre-Dame et saint Joseph nous obtiennent la paix que le Verbe de Dieu est venu donner au monde par son Incarnation!

Dom Antoine Marie osb, abbé

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