Blason  Abbaye Saint-Joseph de Clairval

21150 Flavigny-sur-Ozerain

France


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1 novembre 2001
Fête de tous les Saints


Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

Le 21 mars 2001, à l'occasion du 1500e anniversaire de l'arrivée de saint Benoît à son ermitage de Subiaco, le Cardinal Secrétaire d'État, Angelo Sodano, rendait grâces à Dieu: «Le jeune Benoît vint parmi ces rochers solitaires, pour pouvoir se consacrer entièrement à la contemplation de Dieu. Et 1500 ans plus tard, il continue à nous rappeler le devoir fondamental de notre existence: aimer Dieu plus que tout... Ici, le jeune Benoît a créé la famille bénédictine, cette école du service divin, pour conduire, au cours des siècles, une foule innombrable d'hommes et de femmes à une union plus intime avec le Christ, sous la direction de l'Évangile».

L'Église vient de placer sur les autels un des fils spirituels de saint Benoît: Dom Columba Marmion, Abbé de Maredsous (Belgique), béatifié le 3 septembre 2000. Irlandais par son père, français par sa mère, Joseph Marmion a vu le jour à Dublin, le Jeudi Saint 1858. Neuf enfants naîtront chez les Marmion. Les deux premiers garçons étant morts en bas âge, les parents se tournent vers saint Joseph pour implorer la faveur d'un autre fils. De fait, trois autres garçons leur seront donnés, dont le futur Dom Columba, appelé Joseph en reconnaissance envers le père adoptif de Jésus.

Chargé de hautes responsabilités dans une importante firme d'exportation, M. Marmion n'en est pas moins un chrétien fervent. Il déclarera à son fils Joseph, devenu séminariste: «Au milieu de mes occupations pressantes, je ne reste jamais plusieurs minutes sans faire à Dieu l'offrande de tout moi-même». Mme Marmion épouse en tout l'idéal religieux de son mari, et la famille suit l'exemple de piété des parents. Trois des quatre filles se feront religieuses.

Aimable et doux, Joseph est choyé de tous. Il acquiert l'habitude de tout considérer à la lumière de la foi. Un jour, à un oncle qui ne parle que banques et marchés, Joseph répond: «Mais enfin, mon oncle, l'argent n'est pas tout! – Ah, mon petit, tu ne sais pas ce que c'est que l'argent! Tu ne peux pas encore comprendre cela!» «Maintenant, commentera plus tard Dom Marmion, mon oncle est dans l'éternité et il a de l'argent une plus petite idée que moi!» Au terme de ses études secondaires, Joseph se décide à entrer au Séminaire. Mais bientôt, il est violemment tenté contre sa vocation sacerdotale. Sous le coup de l'épreuve, il recherche un de ses amis auprès duquel il espère trouver un peu de consolation. De fait, cet ami, léger et mondain, n'aurait pu que le dissuader d'entrer au Séminaire. Il ne le trouve pas; à sa place, il rencontre un autre ami, fervent catholique, qui lui montre le piège du démon et le conforte dans son dessein de se donner à Dieu. Joseph voit dans ces circonstances la main de la Providence implorée par la prière de sa soeur Rosie.

Quel est l'esprit qui nous guide?

«En toute âme, trois esprits tendent à la maîtrise, écrira plus tard Dom Marmion: l'esprit de fausseté et de blasphème qui, depuis le commencement, suggère toujours le contraire de ce que Dieu souffle à l'oreille; l'esprit du monde, qui nous incline à juger des choses selon les désirs des sens et la prudence charnelle, or la prudence de ce monde est folie auprès de Dieu (cf. 1 Co 3, 19); enfin, il y a l'Esprit de Dieu, qui nous inspire toujours d'élever nos coeurs au-dessus de la nature, et de vivre de la foi. Cet Esprit nous remplit alors de paix et de joie, et produit en nous les fruits dont parle saint Paul (cf. Ga 5, 22). L'Esprit de Dieu, alors même qu'Il nous adresse des reproches ou nous incline à la confusion pour nos péchés, remplit toujours l'âme de paix et de confiance filiale en notre Père céleste. Les autres esprits dessèchent notre âme... nous jettent dans l'abattement et le découragement».

Joseph entre donc au Holy Cross College, en janvier 1874, Séminaire qui compte alors près de 80 élèves. D'une gaieté communicative en récréation, il est le centre d'un groupe où fusent habituellement des rires clairs et joyeux. Parfois repris par le Père directeur pour les excès de son enjouement, il reçoit ces réprimandes avec humilité: «C'est une médecine amère, mais salutaire: il faut l'accepter pour guérir», affirme-t-il. Envoyé à Rome pour achever ses études de théologie, l'abbé Marmion y reste deux ans; le 16 juin 1881, il est ordonné prêtre dans la chapelle du Collège irlandais. Sur le chemin du retour, il passe par la Belgique et visite l'Abbaye bénédictine de Maredsous; en franchissant le seuil du cloître, il entend une voix intérieure lui dire: «C'est ici que je te veux». Cinq ans se passeront avant qu'il puisse répondre à cet appel. Rentré en Irlande, l'abbé Marmion est nommé vicaire à la paroisse de Dundrum, au sud de Dublin; l'année suivante, on le charge des cours de philosophie au séminaire de Holy Cross, où naguère il a été élève. Pendant quatre ans, il mûrit sa décision et, en 1886, muni de l'approbation de son Archevêque, il part pour le cloître.

Depuis longtemps, sa famille et ses intimes sont au courant de sa nouvelle orientation. Lorsqu'il la fait connaître au public, la surprise se mêle à la déception; on ne se prive pas de critiquer ce changement jugé inexplicable. Mais le Maître est là, qui l'appelle. «Avant d'être moine, expliquera plus tard Dom Marmion, je ne pouvais, aux yeux du monde, faire plus de bien que je n'en faisais là où je me trouvais. Mais j'ai réfléchi, j'ai prié et j'ai compris que je ne serais sûr d'accomplir toujours la volonté de Dieu qu'en pratiquant l'obéissance religieuse. J'avais tout ce qu'il me fallait pour ma sanctification, à l'exception d'un seul bien: celui de l'obéissance. C'est la raison pour laquelle j'ai quitté ma patrie, renoncé à ma liberté et à tout... J'étais professeur, j'avais, très jeune encore, ce qu'on appelle une belle situation, du succès, des amis qui m'étaient fort attachés; mais je n'avais pas l'occasion d'obéir. Je me suis fait moine parce que Dieu m'a révélé la beauté et la grandeur de l'obéissance».

Conquérir la vraie liberté

Saint Benoît enseigne que l'obéissance est «propre à ceux qui n'ont rien de plus cher que le Christ» (Règle, ch. 5). La vie consacrée est une configuration toute spéciale au Christ... Or, Jésus s'est révélé à nous comme «l'obéissant» par excellence, descendu du Ciel non pour faire sa volonté, mais la volonté de Celui qui l'a envoyé (cf. Jn 6, 38). Aussi, pour l'amour de Dieu, le moine «se soumet en toute obéissance au Supérieur, imitant le Seigneur Jésus dont l'Apôtre dit: Il s'est fait obéissant jusqu'à la mort» (Règle de saint Benoît, ch. 7). Pour beaucoup de nos contemporains, l'obéissance contredit la liberté personnelle et le désir légitime de décider de sa vie de manière indépendante. Mais, le Christ, qui est la Vérité, nous enseigne le chemin de la vraie liberté. Il nous a dit Lui-même: la vérité vous rendra libres (Jn 8, 32). Ainsi, en nous montrant le chemin de l'obéissance, Il nous indique une «voie de conquête progressive de la vraie liberté» (Jean-Paul II, Vita consecrata, 25 mars 1996, n. 91).

Joseph Marmion arrive à Maredsous, le 21 novembre 1886. L'austérité de la vie monastique fait contraste avec sa gaieté expansive. L'exil loin du pays natal constitue une première épreuve; on lui donne bien le nom religieux d'un saint moine irlandais, Columba, mais ce nom évoque tout ce qu'il a quitté. De plus, il ne maîtrise pas le français et il s'impose de grands efforts pour parvenir à le parler correctement. Enfin, le très petit nombre de lettres qu'on lui permet d'écrire et les limitations imposées à l'exercice de son sacerdoce lui donnent le sentiment d'abandonner ses amis et les personnes qui recourent à lui. Pour un Irlandais habitué à la convivialité, l'isolement est une profonde souffrance. «J'ai eu l'impression, le jour de mon entrée à Maredsous, écrit-il le 30 novembre, que je venais tout juste de faire, en entrant au monastère, la chose la plus insensée au monde». Un jour, le coeur broyé, il se jette devant le tabernacle: «Mon Jésus, Vous m'avez appelé. C'est pour Vous que je suis ici».

«Entre les mains de Dieu»

La vocation de ce vicaire d'Outre-Manche n'est pas considérée sans scepticisme par le vieux et rigide Maître des novices. Entre lui et frère Columba règne la plus entière opposition de caractères. Mais, pour combattre le peu de sympathie naturelle qu'il éprouve à l'égard du Père Maître, le novice prend l'habitude d'aller chaque soir lui découvrir avec humilité ses manquements de la journée. Surtout, il se livre avec ferveur aux choses de Dieu, principalement à la prière et à la lecture spirituelle. En 1909, il écrira à l'un de ses moines aux prises avec de sérieuses difficultés: «Vous serez forcé, comme moi je l'étais jadis pendant mes premières années à Maredsous, de vous jeter tête baissée entre les mains de Dieu. Tâchez, mon cher fils, de trouver tout en Lui. Tâchez de devenir un homme intérieur entièrement soumis à Dieu et habitué à vous appuyer sur Lui seul». Les lectures de frère Columba sont variées: les Saintes Écritures, spécialement saint Paul, saint François de Sales, saint Thomas d'Aquin, Louis de Blois, saint Jean de la Croix et sainte Thérèse d'Avila, sainte Catherine de Sienne, Monsieur Olier, Mgr Gay... Sans le savoir, il prépare ainsi ses futures conférences spirituelles qui seront réunies dans plusieurs livres.

Avec le temps, la conviction de plus en plus forte d'avoir trouvé sa vocation se développe dans l'âme de frère Columba. Il confie à un ami: «Je suis où Dieu veut que je sois. J'ai trouvé une grande paix et je suis extrêmement heureux». Dom Marmion fait sa profession solennelle le 10 février 1891. Le dimanche suivant, le curé d'une bourgade voisine de Maredsous demande qu'un moine vienne prêcher dans son église. «Il y a bien un jeune moine étranger, répond le Prieur, mais je ne pense pas pouvoir vous l'envoyer car son français est encore imparfait et je doute qu'il vous soit d'une quelconque utilité. – Envoyez-le moi tout de même, ce sera toujours un changement pour mes paroissiens». Après la Messe, le curé affirme n'avoir jamais eu de pareil prédicateur dans sa paroisse. Dès lors, le «Père irlandais» est demandé partout dans la région. Conscient de son talent pour la prédication, Dom Marmion sait aussi qu'il est inutile «de prêcher sur les toits, si cela n'est pas précédé d'une union intime avec Notre-Seigneur dans les «ténèbres» ou le silence de la prière».

En octobre 1900, Dom Marmion est nommé Prieur du couvent du Mont-César, fondation dépendante de Maredsous, près de la ville de Louvain. Il y aura pour Abbé Dom Robert de Kerchove, homme énergique et froid, à l'autorité plutôt incisive. Le Père Columba quitte Maredsous avec appréhension; cependant, il s'abandonne à la volonté de Dieu. Dom Robert souhaite que ses moines restent en permanence dans leur clôture, alors que Dom Columba, plein de zèle apostolique, est enclin à répondre aux appels qui lui viennent de l'extérieur; pourtant, il ne s'élève entre eux aucune contestation, Dom Marmion étant toujours prêt à se soumettre à son Abbé. Un jour de 1905, de nombreux doutes l'assaillent; préoccupé de l'avenir, l'idée lui vient que ce serait merveilleux si tout pouvait s'arranger selon ses vues. Mais, regardant son crucifix, il s'écrie: «Non! pas comme je veux, mais comme Vous voulez, Seigneur!» Il affirmera: «Si à ce moment le Christ m'avait dit: «Je te donne carte blanche. Arrange ta vie et tout ce qui te concerne comme il te plaira. Prends ta plume, écris ton plan et je le signe», je lui aurais répondu: «Non, Jésus, je ne souhaite pas avoir le moindre plan pour ma vie. Je désire seulement exécuter Votre plan divin sur moi; c'est Vous qui me guiderez. Je m'abandonne entièrement dans vos mains».

Activité ou activisme?

À sa charge de Prieur, Dom Columba joint celle de professeur de théologie. Il enseigne cette science avec son intelligence, sa mémoire prodigieuse, mais surtout avec son coeur brûlant d'amour pour Dieu. À ses yeux, la théologie est un aliment pour la prière et une orientation vers les vrais biens, soit pour en rendre grâces, soit pour les demander. L'activité du nouveau Prieur s'étend aussi à la prédication de retraites à de nombreuses communautés de Belgique et à divers monastères anglais. Seule, l'intensité de sa vie d'union à Dieu explique les fruits de son activité débordante, qui aurait pu devenir un activisme stérile.

Le 28 septembre 1909, Dom Marmion, âgé de 52 ans, est élu par ses frères Abbé de Maredsous. Il adopte pour devise: «Plutôt servir que dominer». Si l'on devait relever la principale des qualités qui portèrent ses frères à le choisir comme Abbé, on retiendrait sa réputation de prêcher la saine doctrine. À l'occasion de la retraite qu'il donna à Maredsous avant l'élection abbatiale, la communauté comprit qu'elle aurait en lui un maître de vie spirituelle. Cependant, gouverner une communauté de plus de cent moines n'est pas chose aisée! Grâce à son union permanente à Dieu, Dom Columba conserve son calme intérieur et un optimisme indéfectible lorsqu'il s'agit de procurer le bien des âmes. Sous son abbatiat, le monastère connaît un grand rayonnement spirituel et intellectuel. Les vocations affluent. Mais Dom Marmion ne se désintéresse pas des questions temporelles. Ainsi, il fait équiper l'abbaye du courant électrique et du chauffage central, choses rares à l'époque dans les monastères.

Aux personnes de tous âges et de toutes situations qui viennent pour le voir et demander une direction spirituelle, le Père Abbé indique résolument le chemin: la vie spirituelle est avant tout recherche de Dieu. Il insiste sur le fait que Jésus-Christ doit être le centre de toute prière et la seule voie d'union à Dieu: Nul ne va au Père que par Moi (Jn 14, 6), dit Jésus; saint Pierre ajoute: Il n'y a de salut en aucun autre (Ac 4, 12). Dieu nous a prédestinés à participer à sa vie divine, à entrer dans la société de ses trois Personnes pour toujours, et cela dès ici-bas par la grâce sanctifiante, qui fait de nous ses enfants adoptifs (cf. Ep 1, 5) et les héritiers de sa gloire. Cette prédestination éternelle se réalise dans le temps par Jésus-Christ: par sa Passion rédemptrice, Jésus a racheté l'humanité tombée dans le péché, et Il communique à tous ceux qui croient en Lui et Lui obéissent la vie surnaturelle de la grâce. Cette vie doit s'épanouir en vie éternelle, dans la vision de la Trinité face à face.

La force de la vérité

En présence des pécheurs, sa clairvoyance s'unit à une grande charité. «Je suis convaincu, répète-t-il, et cela par expérience, que ce n'est pas par la discussion, mais par la bonté qu'on gagne ou qu'on ramène les âmes. Ce n'est pas en voulant convaincre quelqu'un de son tort qu'on le gagne, mais bien en lui montrant la vérité avec douceur et bienveillance». L'histoire suivante illustre bien sa méthode. Dans une grande ville, au cours de la première guerre mondiale, un pauvre prêtre dont la foi et les moeurs ont sombré, depuis plusieurs années, à la suite de pratiques de spiritisme, est sur le point de mourir. Dom Marmion se rend plusieurs fois auprès de lui. On cause amicalement; l'état du malade s'améliorant, on arrive à prendre le thé ensemble. Quand Dom Marmion aborde enfin la question de l'état spirituel du prêtre, il ne reçoit que des réponses évasives ou négatives: «J'ai consulté... Je suis heureux comme je suis... Je ne désire pas changer». Le Père Abbé fait prier pour cette âme et s'offre à Dieu pour elle. Après de nouvelles visites infructueuses, vivement affligé mais non découragé, il tente un dernier effort et envoie un message où son coeur d'apôtre déborde de charité et de gravité surnaturelle. L'heure de la miséricorde sonne. Un billet du prêtre arrive bientôt: «Vous avez gagné la partie... Venez, je vous attends». Dom Marmion fait toutes les démarches nécessaires et, la veille de Noël, il réconcilie cette âme avec le Seigneur. Quelques temps après, le malade rend son âme à Dieu, dans des sentiments manifestes de repentir et d'amour.

Le zèle de Dom Marmion pour les âmes a sa source dans une intense dévotion au Sacré-Coeur de Jésus. Aussi estime-t-il au plus haut point le Saint-Sacrifice de la Messe, renouvellement du sacrifice du Calvaire et témoignage de l'amour du Christ pour nous: «Pendant la Messe conventuelle que nous chantons tous les jours, explique-t-il, j'ai le loisir de méditer le grand acte qui s'accomplit à l'autel. Le plus souvent, je sens mon coeur déborder de joie et de reconnaissance en pensant que je possède, en Jésus présent sur l'autel, de quoi offrir au Père une réparation digne de Lui, une satisfaction d'un prix infini. Que de grâces contenues dans la Messe! Aucun saint, pas même la Vierge Marie, n'a pu retirer de ce sacrifice tout le fruit qui y est renfermé». Sa dévotion envers la Passion se traduit, en outre, par la pratique quotidienne du chemin de la Croix.

«Et moi, je veux y entrer!»

Dom Columba est aussi animé d'une profonde dévotion à Notre-Dame: «Nous devons être par grâce ce que Jésus est par nature, un enfant de Dieu et un enfant de Marie», répète-t-il souvent. Quelqu'un lui dit un jour: «Le chapelet, c'est pour les femmes et les enfants. – Admettons-le, répondit-il; mais, qu'a dit Notre-Seigneur? Si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux (Mt 18, 3). Et moi, je veux y entrer!»

Les treize ans de gouvernement abbatial de Dom Marmion sont marqués par les terribles années de la première guerre mondiale. La Belgique étant envahie par les armées allemandes, le Père Abbé craint la réquisition de ses jeunes novices par l'occupant; aussi décide-t-il de les conduire sans délai en Angleterre puis en Irlande. De nombreuses difficultés, incompréhensions et tensions avec Maredsous s'ensuivent. La maison irlandaise (établie à Edermine) ressemble plus à une maison de vacances pour étudiants qu'à un monastère. Une crise y éclate en 1916 et se prolonge jusqu'en 1918. Dom Marmion écrit à ce propos: «J'ai besoin de vos prières parce que certains des jeunes Pères, ici à Edermine, m'ont peiné par leur attitude étudiée de froide indifférence envers moi... J'ai essayé de les gagner par la constance et la prière, mais jusqu'à présent sans succès. Ils sont bons, mais pleins de confiance en eux-mêmes... Ils opposent la lettre du Droit Canon à l'esprit de la Sainte Règle». L'affaire parvient jusqu'à Rome, et la Congrégation des Religieux est saisie. Le Père Abbé fait preuve d'une grande humilité et obéissance, et, finalement, la maison d'Edermine est fermée en 1920.

La fin de la grande guerre voit surgir de nouveaux problèmes. Une nouvelle mentalité fermente de toutes parts, conséquence de l'écroulement des barrières sociales... Dom Marmion s'efforce de comprendre les façons étranges de ses jeunes moines. Beaucoup ont servi pendant la guerre, comme brancardiers ou comme aumôniers; en retournant dans le cloître, ils ne peuvent se défaire en un instant de toutes les habitudes prises dans la vie militaire. «Je redoute l'arrivée de ces jeunes moines qui ont été privés pendant si longtemps de nos traditions et de notre esprit monastique», écrit le Père Abbé. La plupart, pourtant, se réadaptent grâce à leur esprit de foi.

Toutes ces épreuves épuisent prématurément l'organisme du Père Abbé et le conduisent aux portes de la mort. Dans les moments qui précèdent celle-ci, il s'unit à la Passion de Jésus par le chemin de Croix. Ses dernières paroles sont: «Jésus, Marie, Joseph!». Le 20 janvier 1923, il rend paisiblement son âme au Père céleste. Grâce à Dom Raymond Thibaut, son secrétaire, l'enseignement oral de Dom Marmion nous a été conservé sous la forme de trois livres célèbres: Le Christ, vie de l'âme, paru en 1917, Le Christ en ses mystères, en 1919, et Le Christ, idéal du moine, en 1922. Ces trois ouvrages avaient été revus par Dom Marmion. Dès 1940, le tirage du premier (qui sera traduit en sept langues) atteint le 75e mille en langue française.

Lors de la béatification de Dom Marmion, le 3 septembre 2000, le Pape Jean-Paul II déclarait: «Il nous a légué un authentique trésor d'enseignement spirituel pour l'Église de notre temps. Dans ses écrits, il enseigne un chemin de sainteté, simple et pourtant exigeant, pour tous les fidèles, que Dieu, par amour, a destinés à être ses fils adoptifs dans le Christ Jésus... Puisse une vaste redécouverte des écrits spirituels du bienheureux Columba Marmion aider les prêtres, les religieux et les laïcs à croître dans l'union avec le Christ et Lui apporter un témoignage fidèle à travers l'amour ardent de Dieu et le service généreux à leurs frères et soeurs».

Bienheureux Dom Columba, restez proche de nous; communiquez-nous, par votre prière auprès de Dieu et l'intercession de la Très Sainte Vierge, la largeur et la profondeur de votre amour pour Lui!

Dom Antoine Marie osb, abbé

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