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La vie de Saint Bernard de Clairvaux

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30 novembre 2022

Saint Bernard de Clairvaux

Bien chers Amis de l’abbaye Saint-Joseph,

« Le partage est inégal : vous choisissez le Ciel et vous me laissez la terre ! » lance Nivard, le benjamin de la famille, à ses frères qui, menés par le futur saint Bernard de Clairvaux, partent, en 1112, pour l’abbaye de Cîteaux. Ils lui ont expliqué : « Nous entrons au monastère… Un jour, tu hériteras du titre et de toutes les possessions de la famille ! » Quelques années plus tard pourtant, Nivard, lui aussi, se fera moine. Il rejoindra son frère, Bernard, qui deviendra une lumière pour l’Église. Le Pape Pie XII dira de celui-ci que sa manière d’écrire, « vive, brillante, coulante, nuancée par l’éclat des sentences, répand tant de suavité et de douceur qu’elle attire, charme et élève l’esprit du lecteur. Elle excite la piété, la nourrit et la façonne. Elle pousse l’intelligence à poursuivre non les biens caducs et passagers, mais ceux qui sont vrais, sûrs et qui demeurent » (encyclique Doctor mellifluus, 24 mai 1953, n° 7).

Né en 1090, au château de Fontaine-les-Dijon, dans une famille noble de Bourgogne, Bernard est le troisième de sept enfants, six garçons et une fille. Son père, Tescelin, seigneur de Fontaine, est vassal du duc de Bourgogne ; sa mère, la bienheureuse Aleth de Montbard, est apparentée aux ducs de Bourgogne. Vers 1100, Bernard est mis à l’école canoniale de Saint-Vorles à Châtillon-sur-Seine, où il acquiert une bonne connaissance de la Bible, des Pères de l’Église et de divers auteurs latins : Horace, Cicéron, Virgile, Sénèque…

Une réforme difficile

À l’âge d’environ seize ans, Bernard est vivement affecté par la mort de sa mère. Il mène alors une existence mondaine, mais perçoit bientôt l’appel à la vie religieuse. Dans sa vingt-deuxième année, il se décide à rejoindre la jeune communauté de l’abbaye de Cîteaux, à 30 km au sud de Dijon. Ce monastère avait été fondé en 1098 par saint Robert et quelques compagnons, venus de l’abbaye de Molesme. Leur projet était de revenir à la lettre de la Règle de saint Benoît en insistant sur l’équilibre de vie propre à cette Règle, la pauvreté, le travail manuel et la vie commune. Peu de temps après, saint Robert a dû retourner à Molesme, et la mort a emporté son successeur, saint Albéric. Saint Étienne Harding, troisième abbé, gouverne Cîteaux depuis janvier 1108, sans qu’aucune vocation n’ait été accueillie. Lorsqu’il s’y présente, en 1112, Bernard est accompagné d’une trentaine de jeunes nobles, dont trois de ses frères.

Malgré la noblesse de son origine, Bernard participe à toutes les activités des moines, même les plus manuelles, mais son manque d’expérience et sa santé y font parfois obstacle. Il s’adonne aussi à l’étude de la Sainte Écriture et des Pères de l’Église. En 1114, il prononce les vœux monastiques. Depuis son arrivée les vocations ont afflué à Cîteaux. Dès 1113, l’abbaye a pu faire une fondation à La Ferté, puis à Pontigny en 1114. En 1115, Étienne Harding, envoie Bernard, à la tête d’un groupe de douze moines, fonder un nouveau monastère en Champagne, qu’on appellera « clara vallis » (claire vallée), nom qui deviendra « Clairvaux ». Bernard, que l’évêque de Chalons, Guillaume de Champeaux, ordonne bientôt prêtre, en sera l’abbé jusqu’à sa mort. La même année, Cîteaux essaime aussi à Morimond.

Les débuts de Clairvaux ne sont pas simples : d’une part, la discipline imposée par le jeune abbé est très austère, car il poursuit un idéal ascétique qui n’est pas à la portée de tous ; peu à peu, Bernard prendra la juste mesure de ses limites et de celles de ses frères. D’autre part, les ressources de la communauté sont insuffisantes. Les moines mangent du pain noir et de la soupe de feuilles de hêtre. Un jour, Bernard interroge son frère Gérard, qui fait fonction d’économe, sur la somme d’argent nécessaire pour les besoins de la communauté. « Douze livres », répond celui-ci ; or, ils n’ont rien… À l’invitation de l’abbé, tous se mettent en prière. Peu après, une femme se présente : « Je voudrais, demande-t-elle, que vous priiez pour mon mari qui est mourant ; voici douze livres. » Lorsqu’elle rentre chez elle, son mari est guéri. L’abbé, qui fera de très nombreux autres miracles, est bientôt connu comme thaumaturge, et beaucoup viennent le voir.

Bernard attire toute sa famille : son père, Tescelin, et ses deux autres frères se feront moines à Clairvaux. Un jour, sa sœur, Ombeline, le visite, avec tous ses atours de jeune femme noble accompagnée de ses suivantes ; l’abbé refuse de la voir, prétextant qu’il ne la connaît pas. Cet affront pousse Ombeline à réfléchir : elle change de vie, puis entre au prieuré des Bénédictines de Jully-les-Nonnains.

En 1119, Bernard participe au premier chapitre général des Cisterciens qui donne sa forme définitive à l’Ordre en adoptant la « Charte de charité » rédigée par saint Étienne Harding. Ce document définit l’organisation interne des Cisterciens, afin de sceller l’unité entre les abbayes. Bernard fondera jusqu’à soixante-douze monastères dans toute l’Europe. En 1153, à sa mort, cent soixante abbayes, pépinières de saints, seront issues de Clairvaux.

L’austérité cistercienne

Dès le début de son abbatiat, Bernard rédige des traités, des opuscules, des homélies, émaillés de citations de l’Écriture. Il se penche avec prédilection sur le Cantique des cantiques et sur les œuvres de saint Augustin. Ainsi certains ont-ils vu en lui le dernier Père de l’Église. À l’austérité cistercienne, Bernard ajoute le souci d’éviter tout ce qui peut sembler un divertissement pour l’esprit. Les moines de Cluny prônaient la beauté comme un encouragement à la prière. Ils usaient d’ornements liturgiques riches, de belles sculptures et de vitraux resplendissants, véritable catéchèse en images, dans leurs vastes églises. Dans son Apologie à Guillaume de Saint-Thierry (vers 1123-1125), Bernard défend avec énergie la réforme cistercienne contre les Clunisiens. Il considère que les riches décorations sont de nature à détourner l’esprit du moine de la méditation des réalités divines. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, répondra fortement aux critiques de Bernard pour justifier la pratique de Cluny, dénonçant l’orgueil des nouveaux moines. Malgré leurs différends, les deux hommes se lient d’amitié.

Les manières de voir de Bernard et de Pierre le Vénérable étaient divergentes mais, comme l’affirme Notre-Seigneur, il y a de nombreuses demeures dans la maison du Père (Jn 14, 2). L’Évangile rapporte qu’une femme versa sur la tête de Jésus un parfum très précieux et que les disciples en furent indignés (Mt 26, 7s). En commentant cet épisode, saint Jean-Paul II faisait remarquer que, comme cette femme, l’Église n’a jamais craint d’être magnifique dans le culte de son Seigneur, et n’a jamais regardé la noblesse et la beauté des objets ou des vêtements liturgiques comme un gaspillage (cf. Cardinal Robert Sarah, Catéchisme de la vie spirituelle, p. 83).

La sollicitude de Bernard pour la sanctification du clergé et des fidèles le pousse à écrire de nombreuses lettres, notamment aux évêques, pour les inciter à une réforme de la discipline. Lui-même, depuis son noviciat, mène une vie marquée de pénitence. Ses mortifications vont jusqu’à mettre sa santé en danger, provoquant des maux d’estomac qui l’affligeront toute sa vie. Guillaume de Champeaux n’ayant pas réussi à le convaincre de se modérer, obtient que Bernard lui soit confié pour un an. Il fait construire pour lui une modeste habitation hors clôture, et lui interdit d’appliquer les articles de la Règle concernant le jeûne. Malgré ces mesures, la santé de l’abbé ne s’améliore guère. Le bienheureux Guillaume, abbé de l’abbaye clunisienne de Saint-Thierry, près de Reims, vient lui rendre de fréquentes visites ; séduit par le charisme de Bernard, il obtiendra de ses supérieurs, mais contre l’avis de ce dernier, de se faire cistercien en 1135.

Lire Jésus, entendre Jésus

Mélange de douceur, de tendresse et de passion, de fougue et de sensibilité, celui-ci attire les jeunes. Par son exemple et ses paroles, il ramène une multitude de pécheurs sur le droit chemin de la vie spirituelle, et guide de nombreuses âmes vers la sainteté. « Nous enseignons, écrit-il, que toute âme, même chargée de péchés, prise au filet des vices, séduite par leurs appâts, captive et exilée, prisonnière de son corps, toute âme, dis-je, ainsi reconnue coupable et désespérée, nous enseignons qu’elle peut découvrir en soi ce qui lui permettra non seulement de respirer dans l’espoir du pardon, dans l’espoir de la miséricorde, mais encore d’oser aspirer aux noces du Verbe, de ne pas craindre de contracter un lien de société avec Dieu » (Sur le Cantique, sermon 83, 1). L’amour de Bernard pour Jésus est intense. « Lorsque tu écris, je n’y prends pas goût si je n’y lis pas Jésus ; lorsque tu discutes, ou que tu discours, je n’y trouve aucun intérêt, si je n’y entends Jésus ; Jésus, c’est du miel pour ma bouche, une mélodie pour mes oreilles, une jubilation pour mon cœur. Mais c’est aussi un remède. L’un de vous est-il triste ? Que Jésus vienne à son cœur et de là à ses lèvres… Rien mieux que ce nom ne comprime l’emportement de la colère, n’apaise l’enflure de l’orgueil, ne guérit la blessure de l’envie » (Sur le Cantique, sermon 15, 6).

Son affection pour la Sainte Vierge, à qui toutes les églises cisterciennes sont dédiées, est intense. À l’entrée du domaine de Tre Fontane, près de Rome, où l’apôtre saint Paul a été martyrisé et où Bernard a fondé un monastère, se trouve une image de la Sainte Vierge que Bernard salue d’un Ave Maria à chaque passage. Un jour, la Vierge lui répond par un “Ave Bernarde” ; les deux parties de cet émouvant dialogue ont été gravées dans la pierre. Une tradition attribue à Bernard les dernières invocations du Salve Regina : O clemens, o pia, o dulcis Virgo Maria.

En dépit de son désir de vivre loin du monde, Bernard est sollicité par d’autres abbés, des dignitaires de l’Église, des souverains, des nobles pour obtenir de lui des conseils, la solution de conflits. Il lui faut sillonner les routes d’Europe. Une partie du clergé considère pourtant qu’un moine ne doit pas s’ingérer dans les affaires temporelles. Lui cependant écrit : « Je considère que rien de ce qui concerne Dieu ne m’est étranger » (Lettre au cardinal Aymeric, 20) ; et, au roi de France : « Nous, fils de l’Église… nous nous lèverons, et nous combattrons pour notre Mère (l’Église), s’il le faut jusqu’à la mort, avec les armes qui conviennent ; pas avec le bouclier et l’épée, mais par la prière et l’imploration de Dieu » (Lettre 221, 3). Bernard tient en grande vénération le siège de saint Pierre. En 1145, un religieux cistercien originaire de Pise, et son disciple, sera élu Pape sous le nom d’Eugène III ; Bernard lui prodiguera de nombreux conseils. Il ira aussi jusqu’à reprendre les Souverains Pontifes ou les princes, quand il jugera nécessaire, mais en tempérant sa vivacité naturelle par un ton marqué d’humilité. Lorsque le roi Louis VI cherche à déposer l’archevêque de Sens, il le traite pourtant de “nouvel Hérode”.

Reconnaître le vrai Pape

En 1130, après la mort d’Honorius II, deux groupes différents de cardinaux élisent chacun un Pape : le cardinal Aimeric, qui prend le nom d’Innocent II, le cardinal Pierleone, qui prend celui d’Anaclet II. Ce dernier reçoit le soutien de Roger II, duc des Pouilles et de Calabre. En France, Louis VI convoque un synode à Étampes et demande à Bernard d’y participer. Celui-ci se déclare en faveur d’Innocent II qu’il juge plus apte, plus saint, et élu par le groupe le plus sain des cardinaux. Le roi de France et son clergé reconnaissent alors Innocent II, qui se réfugie en France, la ville de Rome étant sous le contrôle des partisans d’Anaclet. L’empereur germanique Lothaire III reconnaît à son tour Innocent II, et conduit une expédition pour l’installer à Rome, en 1133. Bernard les y accompagne. Innocent II réunit un concile à Pise en 1134. Bernard y prononce un discours ardent. Il négocie ensuite le ralliement de la ville de Milan au Pape ; son succès est tel que magistrats, clergé et peuple veulent faire de lui leur archevêque, mais il refuse. Plusieurs miracles qu’il opère consolident l’union rétablie. En 1137, Bernard essaie en vain de ramener Roger II à la raison et de lui faire abandonner l’antipape. Il faudra attendre la mort d’Anaclet, en janvier 1138, pour que le deuxième concile œcuménique du Latran, convoqué par Innocent II, mette définitivement fin au schisme.

Bernard s’engage aussi dans des débats théologiques. Il écrit : « Dieu est sagesse et veut être aimé non seulement avec douceur mais avec sagesse. Bien plus, l’esprit d’erreur gâchera tout zèle si tu négliges la science. Et l’ennemi trompeur n’a pas de moyen plus efficace pour enlever l’amour du cœur de l’homme, que de réussir à le faire marcher dans l’amour, sans précaution et sans être guidé par la raison » (Sur le Cantique, sermon 19, 7). Pour Bernard, écrira Pie XII, « la science n’est pas un but dernier, mais plutôt un chemin qui conduit à Dieu ; ce n’est pas une chose froide sur laquelle s’attarde vainement l’esprit… mais c’est une chose mue par l’amour, poussée et dirigée par lui. Et c’est pourquoi saint Bernard pénétré de cette sagesse, par la méditation, la contemplation et l’amour, est arrivé au plus haut sommet de la discipline mystique » (Doctor mellifluus., n° 6). Bernard s’oppose notamment à Abélard (1079-1142). Esprit brillant, ce docteur a reçu en 1114 la régence de l’école cathédrale de Paris, et sa réputation est devenue prodigieuse. Cependant son enseignement est entaché d’erreurs. Bernard les fera condamner dans un concile tenu à Sens (1140). Accueilli à Cluny par Pierre le Vénérable, Abélard, y mourra, réconcilié avec l’Église et avec Bernard.

À la fin du xie siècle, la première croisade avait eu pour but de libérer le tombeau du Christ à Jérusalem et d’obtenir la liberté de circuler, pour les pèlerins chrétiens. Après la croisade, certains chrétiens sont restés sur place, fondant des États, dont le comté d’Édesse. La chute de ce comté, repris par les musulmans en 1146, met en péril le royaume franc de Jérusalem, et occasionne la deuxième croisade, que le Pape Eugène III demande à Bernard de prêcher. Celui-ci prend la parole le jour de Pâques, 31 mars 1146, devant une foule réunie au pied de la colline de Vézelay. Il invite les chevaliers à l’humilité, à l’obéissance et au sacrifice. Il prêche aussi à Spire (actuellement en Allemagne). Finalement, le roi de France Louis VII et l’empereur Conrad III partent à la croisade. Mais celle-ci se solde par un échec. Tous en font retomber la responsabilité sur Bernard, alors que les vraies causes sont à chercher dans la désunion et l’esprit mondain des croisés. Bernard supporte patiemment ces critiques ; soumis au Pape, il accepte pourtant de travailler à lancer une troisième croisade, qui, en fait, ne partira pas.

Sans orgueil ni haine

Un des obstacles au maintien des chrétiens en Orient se trouvait dans le caractère provisoire de la présence des chevaliers : le temps du service de leur suzerain étant écoulé, ils quittaient la Terre Sainte et rentraient chez eux. Les Sarrasins en profitaient pour reprendre leurs positions. Pour pallier à ce grave inconvénient, neuf chevaliers, dont André de Montbard, oncle de Bernard, ont fondé, en 1129, un Ordre de “religieux soldats”, qui deviendra l’Ordre du Temple. Les Templiers demandèrent à Bernard de leur rédiger une règle, adaptation de la règle de saint Benoît. Les débuts de l’Ordre furent aussi héroïques que profitables à la cause des croisés. En 1130, Bernard a adressé une lettre aux chevaliers du Temple. Il rappelait que le templier est un combattant discipliné, sans orgueil ni haine.

L’hérésie cathare faisant de grand progrès dans le sud de la France, Bernard intervient pour réfuter ces doctrines erronées : notamment l’existence de deux dieux, l’un créateur de l’esprit, et l’autre, mauvais, auteur de la matière. En 1145, il accompagne en Languedoc Albéric d’Ostie, légat du Pape Eugène III, et prêche dans cette région, mais sans succès. Il faudra attendre l’apostolat de saint Dominique et des Frères Prêcheurs pour que l’hérésie soit vaincue en profondeur.

Voulant expliquer le mystère de la Trinité par des raisonnements humains, Gilbert de la Porrée (1076-1154), évêque de Poitiers, avait fini par tomber dans de graves erreurs. Il opérait une distinction artificielle entre Dieu et la divinité. Pour l’aider àe revenir à la vérité, ses archidiacres s’adressent au Pape Eugène III qui défère la question à un concile tenu à Reims, en 1148, auquel il assiste lui-même ; Bernard y porte une accusation formelle d’hérésie contre Gilbert de la Porrée. Les thèses de l’évêque sont condamnées et celui-ci se rétracte publiquement.

En 1152, Bernard tombe gravement malade. Tous pensent que sa fin est proche. Mais l’évêque de Metz lui demande instamment d’intervenir dans son diocèse où sévit la guerre civile. Ému de compassion, le moribond se lève et part, puis, mission accomplie, regagne son abbaye, mais il est épuisé. Ses moines, groupés autour de son lit, le supplient de ne pas les abandonner. « Je ne sais auquel des deux il faut me rendre, répond-il, ou à l’amour de mes enfants qui me pressent de rester ici-bas, ou à l’amour de mon Dieu qui m’attire en haut… » Ce sont ses dernières paroles, ce 20 août 1153, jour où il rend son âme à Dieu, à l’âge de soixante-trois ans. Canonisé en 1174 par Alexandre III, Bernard de Clairvaux a été déclaré Docteur de l’Église par Pie VIII en 1830.

“Regarde l’étoile”

Saint Bernard a magnifiquement chanté les louanges de Marie dans une homélie devenue célèbre où il dit : « Ô toi qui flottes sur les eaux agitées de la vaste mer… regarde cette étoile, fixe tes yeux sur elle, et tu ne seras point englouti par les flots. Quand les fureurs de la tentation se déchaîneront contre toi, quand tu seras assailli par les tribulations et poussé vers les écueils, regarde Marie, invoque Marie. Quand tu gémiras dans la tourmente de l’orgueil, de l’ambition, de la médisance, et de l’envie, lève les yeux vers l’étoile, invoque Marie. Si la colère ou l’avarice, si les tentations de la chair assaillent ton esquif, regarde Marie. Si, accablé par l’énormité de tes crimes, confus des plaies hideuses de ton cœur, épouvanté par la crainte des jugements de Dieu, tu te sens entraîné dans le gouffre de la tristesse et sur le bord de l’abîme du désespoir, un cri à Marie, un regard à Marie… Que ce doux nom ne soit jamais loin de ta bouche, jamais loin de ton cœur… En suivant Marie, on ne s’égare point, en priant Marie, on ne craint pas le désespoir, en pensant à Marie, on ne se trompe point ; si elle te tient par la main, tu ne tomberas point, si elle te protège, tu n’auras rien à craindre, si elle te conduit, tu ne connaîtras point la fatigue, et si elle t’est favorable, tu es sûr d’arriver. » (Deuxième homélie sur le Missus est, n° 17).

« La raison d’aimer Dieu, affirme saint Bernard, c’est Dieu même ; la mesure, c’est de l’aimer sans mesure » (Traité de l’amour de Dieu, c. 50). « Même si tous ne peuvent pas atteindre au sommet de la contemplation dont parle Bernard, écrit le Pape Pie XII, même si tous ne peuvent pas s’unir si intimement à Dieu qu’ils se sentent unis au Souverain Bien par les liens d’un mariage céleste, tous cependant peuvent et doivent de la même manière élever leur âme de ces réalités terrestres à celles du ciel et aimer d’une volonté très active le Suprême Dispensateur de tous les biens. » De plus, « chaque fois que nous ne répondons pas par notre amour à son amour et que nous ne reconnaissons pas avec respect sa paternité divine, les liens de l’amour fraternel se dissolvent misérablement ; et les discordes, les oppositions, les inimitiés font malheureusement irruption ; elles peuvent en arriver au point de miner et de renverser les fondements de la communauté humaine. » (Doctor mellifluus, 12, 13).

Le Pape Pie XII affirme que les œuvres de saint Bernard, le docteur “mellifluus” (celui dont découle le miel) « doivent être méditées d’un esprit attentif : de leurs sentences – qui d’ailleurs découlent de l’Évangile – une force nouvelle et surnaturelle peut se répandre, tant pour la vie privée de chacun que pour la société humaine, une force qui régirait les mœurs des citoyens et les rendrait conformes aux préceptes chrétiens ; si bien qu’elle pourrait offrir des remèdes opportuns à des maux si nombreux et si grands qui troublent et affligent la société. » Puisons une force surnaturelle renouvelée dans les œuvres de saint Bernard, en suivant ce précieux conseil de Pie XII !

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