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24 mai 2023

Saint Manuel Gonzalez Garcia

Bien chers Amis,

« Je demande à être enterré à côté d’un tabernacle, pour que mes os, après ma mort, comme ma langue et ma plume pendant ma vie, continuent à dire à ceux qui passent : ici est Jésus ! Il est ici ! Ne L’abandonnez pas ! » Cette épitaphe a été composée par Mgr Manuel González pour figurer sur sa tombe, dans la chapelle du Saint-Sacrement de la cathédrale de Palencia (Espagne). Celui que l’on a appelé “l’Évêque de l’Eucharistie” ou “l’Évêque des Tabernacles abandonnés” a été canonisé par le Pape François le 16 octobre 2016.

Manuel González García est né le 25 février 1877 à Séville (Espagne), d’une famille humble et pieuse. Son père, Martín González Lara, originaire de Malaga, vient d’ouvrir un atelier de menuiserie et d’ébénisterie, tandis que sa mère, Antonia García, s’occupe du foyer et des enfants. Manuel est le quatrième de cinq frères et sœurs. Il reçoit le Baptême trois jours après sa naissance. Antonia prend un grand soin de ses enfants, et leur inspire en particulier une tendre dévotion envers la Sainte Vierge. Manuel reçoit l’enseignement primaire dans des écoles privées. Il intègre ensuite le collège San Miguel de Séville, où se forment les enfants de chœur de la cathédrale. Avant l’âge de dix ans, il devient l’un des six “attitrés” de la cathédrale de Séville, groupe d’enfants de chœur qui, selon une tradition immémoriale propre à cette ville, dansent et chantent devant le Saint-Sacrement durant les célébrations de la Fête-Dieu et de l’Immaculée Conception.

Mille fois

À onze ans, Manuel fait sa première Communion, et il sera désormais fidèle à la Communion fréquente. Peu après, il reçoit la Confirmation des mains du cardinal-archevêque de Séville. Devenu petit séminariste à douze ans, il souhaite déjà être prêtre et écrit : « Si je naissais mille fois, mille fois je serais prêtre. » Le jeune garçon s’adapte rapidement au pensionnat et obtient d’excellents résultats dans toutes les matières. Naturellement gai, Manuel anime les récréations et les sorties communautaires. Il lui faut aussi faire des rondes nocturnes dans les bâtiments par précaution contre les intrusions et pour vérifier que les portes et fenêtres sont bien fermées ; il s’agit donc de parcourir les grands corridors vides avec une lanterne vacillante. Manuel reconnaîtra plus tard que ce service lui était très pénible, mais, à l’époque, il ne s’en est jamais plaint. Il fréquente aussi l’oratoire des Salésiens, et gardera une grande affection pour les fils de Don Bosco et leur dévotion envers la Vierge Marie-Auxiliatrice.

En 1894, Manuel accompagne le pèlerinage national ouvrier à Rome avec un groupe de Séville à l’occasion du jubilé épiscopal du Pape Léon XIII. Pour préparer le voyage, il a appris la langue italienne, ce qui lui permet de rendre bien des services. Le Saint-Père, dont le visage émacié impressionne beaucoup le jeune séminariste, célèbre la Messe pour le pèlerinage. De retour à Séville, Manuel collabore, avec son professeur de théologie dogmatique, au journal catholique “Le courrier d’Andalousie” dont le fondateur, Marcel Spinola, futur cardinal, sera béatifié en 1987 par le Pape saint Jean-Paul II. Manuel signe ses articles du pseudonyme de “Gonzalo de Séville”. À la fin de ses études, il obtient le doctorat en théologie et reçoit l’ordination sacerdotale le 21 septembre 1901, à l’âge de vingt-quatre ans ; il se confie à l’intercession de Marie-Auxiliatrice. Grâce à la générosité de familles aisées de Séville, il peut réunir la somme nécessaire pour éviter de faire le service militaire. Pendant la première année de son sacerdoce, le jeune prêtre étudie le droit canon, dont il obtiendra la licence, et assure la charge d’aumônier dans une maison pour personnes âgées tenue par des religieuses. Très actif, en plus de ses études, il s’adonne à la prédication dans les paroisses de Séville ainsi qu’à la campagne.

Au début de l’année 1902, l’archevêque de Séville l’envoie prêcher une mission à Palomares del Rio, dans le diocèse, où il trouve une église très abandonnée : poussière et saleté, toiles d’araignées jusqu’à l’intérieur du tabernacle et nappes d’autel en mauvais état. Il rapportera : « Je suis allé droit au tabernacle… et quel tabernacle, mon Dieu ! Que d’efforts ma foi et mon courage ont dû faire là-bas pour ne pas fuir chez moi ! Mais je n’ai pas fui. Là, à genoux… ma foi a vu un Jésus si calme, si patient, si bon, qui me regardait… qui me disait beaucoup et me demandait plus, un regard dans lequel se reflétait tout ce qui était triste dans l’Évangile… Le regard de Jésus-Christ dans ses tabernacles est un regard qui transperce l’âme et ne s’oublie jamais. C’est devenu pour moi un point de départ pour voir, comprendre et ressentir tout mon ministère sacerdotal ». La grâce qu’il reçoit alors le stimule et l’oriente vers les œuvres eucharistiques.

Réveiller la vie chrétienne

En 1905, il est nommé curé de la paroisse principale, Saint-Pierre de Huelva, puis la même année reçoit les fonctions d’archiprêtre (responsable d’un ensemble de paroisses appelé doyenné). Il est confronté à une attitude d’indifférence religieuse chez beaucoup, mais dans son amour et son ingéniosité, il prend des initiatives propres à réveiller la vie chrétienne. Ainsi, il organise des neuvaines qui sont de vraies retraites paroissiales. En 1906, au cours d’une réunion du clergé, de religieuses et de laïcs, il obtient que tous s’engagent à défendre l’Assomption de la Vierge Marie, anticipant ainsi la proclamation de ce dogme par Pie XII en 1950. Il fait aussi donner des conférences pour que le dogme de l’Immaculée Conception soit mieux compris. De nouvelles confréries voient le jour dont celles consacrées à saint Joseph et à la Sainte Vierge. En 1906, s’inspirant de sa collaboration avec “Le courrier d’Andalousie”, il fonde la revue “Le Petit Grain de Sable” destinée à contrebalancer l’influence des associations anticléricales locales. À cette époque, il publie le premier de ses nombreux livres : “Ce qu’un prêtre peut aujourd’hui”, qui deviendra une référence.

Ayant constaté la présence de nombreux enfants qui traînent dans les rues, il ouvre, en 1908, les écoles du Sacré-Cœur de Jésus, pour garçons et pour filles. Parmi ses collaborateurs, il s’appuie sur Maître Siurot, un avocat qui renonce à une brillante carrière pour enseigner dans les petites classes. Afin de mieux organiser la vie scolaire, le curé n’hésite pas à aller visiter des œuvres semblables à Grenade et à Séville. La même année, il installe dans un quartier périphérique de la ville une école et une chapelle, avec l’aide d’un groupe de jeunes femmes. Ses œuvres sont remarquées et suscitent la demande d’une conférence, aux IIIes Semaines sociales d’Espagne tenues à Séville en 1910.

Le 4 mars 1910, devant un groupe de fidèles qui collaborent à ses activités apostoliques, il exprime le grand désir de son cœur : « Permettez-moi, à moi qui invoque souvent la sollicitude de votre charité en faveur des enfants pauvres et de tous les pauvres abandonnés, d’attirer aujourd’hui votre attention et votre coopération en faveur du plus abandonné de tous les pauvres : le Saint-Sacrement. Je vous demande l’aumône d’une affection pour Jésus-Christ dans le Saint-Sacrement… Je vous demande pour l’amour de Marie Immaculée et l’amour de ce Cœur, si peu partagé, de devenir les Maries de ces tabernacles abandonnés ». Ainsi, naît l’Œuvre pour les Tabernacles-Calvaires, qui comprend une branche féminine, les “Maries pour les Tabernacles”, appellation qui fait référence aux “trois Maries” qui accompagnèrent Jésus sur le rocher du Golgotha (Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa Mère avec la sœur de sa Mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine – Jn 19, 25), puis une branche masculine, les “Disciples de saint Jean”. Il s’agit de donner une réponse d’amour réparateur à l’amour du Christ dans l’Eucharistie. Le premier but de l’œuvre est la visite et l’entretien des tabernacles, mais aussi des sanctuaires des églises, en vue du culte eucharistique. En 1912, Manuel lance les “Juanitos” et “Juanitas” pour la réparation eucharistique faite par des enfants.

Une présence très précieuse

« Le culte rendu à l’Eucharistie en dehors de la Messe, affirmait le Pape Jean-Paul II, est d’une valeur inestimable dans la vie de l’Église. Ce culte est étroitement uni à la célébration du Sacrifice eucharistique. La présence du Christ sous les saintes espèces conservées après la Messe découle de la célébration du Sacrifice et tend à la communion sacramentelle et spirituelle. Il revient aux pasteurs d’encourager, y compris par leur témoignage personnel, le culte eucharistique, particulièrement les expositions du Saint-Sacrement, de même que l’adoration devant le Christ présent sous les espèces eucharistiques.

Il est bon de s’entretenir avec Lui et, penchés sur sa poitrine comme le disciple bien-aimé (cf. Jn 13, 25), d’être touchés par l’amour infini de son Cœur. Si, à notre époque, le christianisme doit se distinguer surtout par l’art de la prière, comment ne pas ressentir le besoin renouvelé de demeurer longuement, en conversation spirituelle, en adoration silencieuse, en attitude d’amour, devant le Christ présent dans le Saint-Sacrement ? Bien des fois, chers Frères et Sœurs, j’ai fait cette expérience et j’en ai reçu force, consolation et soutien !

De nombreux saints nous ont donné l’exemple de cette pratique maintes fois louée et recommandée par le Magistère. » (Encyclique Ecclesia de Eucharistia, 17 avril 2003, n°25).

Née à Huelva, l’Œuvre des Tabernacles s’étendra à toute l’Espagne, au Portugal et à la Belgique. Ensuite l’Atlantique sera franchi : Cuba, en 1913, l’Argentine, le Venezuela, le Mexique, etc. La diffusion rapide de l’Œuvre incite Manuel González à demander au Pape son approbation. Il se rend à Rome à la fin de 1912, et le 28 novembre il est reçu en audience par Sa Sainteté Pie X, à qui il est présenté comme “l’apôtre de l’Eucharistie”. Saint Pie X manifeste un grand intérêt pour toute son activité apostolique et bénit l’Œuvre. En décembre 1915, le Pape Benoît XV nomme Mgr González évêque auxiliaire de Malaga ; le 16 janvier suivant, celui-ci reçoit l’ordination épiscopale dans la cathédrale de Séville, des mains du cardinal Almaraz y Santos. Bientôt, il entreprend la visite apostolique du diocèse de Malaga, ce que le vieil évêque n’est plus en mesure de faire. Pendant huit mois, il s’applique très consciencieusement à cette tâche. En janvier 1918, Mgr González fonde les “Missionnaires diocésains eucharistiques”, dans le prolongement des “Disciples de saint Jean”, qui deviendront pour eux une pépinière de vocations. Le 1er février, il leur remet une instruction pastorale sur leurs buts, leurs moyens et leurs actions. Ils iront de paroisse en paroisse, pour prêcher et confesser.

Le 22 mars 1920, le Pape Benoît XV nomme Mgr González évêque titulaire de Malaga. Le prélat décide de célébrer cet événement en donnant un banquet aux enfants pauvres, plutôt qu’aux autorités. Trois mille enfants sont ainsi reçus et servis par les prêtres et les séminaristes. Puis, comme premier acte de son épiscopat, il organise une procession à la Sainte Vierge de Victoria, patronne de Malaga. C’est une représentation de la Sainte Vierge assise avec son Divin Enfant sur les genoux, exécutée pour commémorer la libération de la ville de la domination mauresque, au xve siècle. L’évêque se rendra tous les samedis à son sanctuaire. Il s’applique bientôt à ranimer les écoles et le catéchisme paroissial. La prédication de rue, qu’il pratique en parlant à tous ceux qu’il rencontre, lui fait prendre conscience que le besoin le plus urgent est celui de prêtres.

L’Eucharistie, pierre angulaire

Avec une confiance illimitée dans le Sacré-Cœur de Jésus, il entreprend, de 1920 à 1924, la construction d’un nouveau séminaire. Il souhaite établir « un séminaire substantiellement eucharistique, où l’Eucharistie soit : dans l’ordre pédagogique, le stimulant le plus efficace ; pour la science, le premier enseignant et la première matière ; pour la discipline, l’inspecteur le plus vigilant ; pour la vie ascétique, le modèle le plus vivant ; au plan économique, la grande providence ; et dans l’architecture, la pierre angulaire ». Dédié au Cœur eucharistique de Jésus, le séminaire aura pour centre le tabernacle. L’évêque désire qu’il soit conçu de manière claire et fonctionnelle, plutôt comme un village que comme un grand établissement. Pour cela, il choisit un beau site en hauteur derrière la ville épiscopale. Les finances ne sont pas réunies aisément. Toutefois, la contribution populaire pour la construction du séminaire est notable et elle comprend des dons en nature, comme celui de pierres. Des volontaires s’engagent sur le chantier, dont les séminaristes, devenus, pendant les congés, maçons et menuisiers. Le prélat s’occupe de tout diligemment, y compris l’adduction d’eau.

Le discernement d’authentiques vocations, dans un contexte de baisse du nombre des séminaristes et de vieillissement du clergé, constitue une de ses priorités. Il souhaite les former aux plans humain, spirituel et intellectuel, mais il désire surtout qu’ils deviennent des apôtres. Les professeurs sont choisis avec soin, selon leur piété et leur science. Des jeunes prêtres seront envoyés compléter leur formation dans les académies pontificales de Rome et de Comillas en Castille. À ses prêtres, ainsi qu’aux membres de ses diverses fondations, l’évêque propose, comme voie de sainteté, de « devenir hostie en union avec l’Hostie consacrée », ce qui signifie « se donner à Dieu et en faveur du prochain de la manière la plus absolue et irrévocable ». Pour Mgr González, le culte du Sacré-Cœur et celui de l’Eucharistie sont liés. Il emploie tous les moyens pour les développer. Il adopte l’expression : le “Cœur de Jésus fait Sacrement”, dont il fait le thème de sa première lettre pastorale à son diocèse. À la suite de sainte Thérèse d’Avila, il dit : « Mon Jésus n’est pas aimé parce que mon Jésus n’est pas connu », ajoutant « et n’est pas reçu dans l’Eucharistie ».

Évangéliser par l’Eucharistie

L’évêque a constaté l’état de délabrement de bien des églises de son diocèse, mais aussi la pauvreté de nombreux prêtres et le manque de solennité du culte. La souveraine excellence de Dieu, origine et fin de l’homme et de toute la création, demande à être célébrée par le culte. Aussi, l’Église a-t-elle toujours porté un soin attentif à l’ornementation de ses temples, afin de magnifier le Seigneur qu’ils abritent, caché dans la Sainte Eucharistie. Les premiers bénéficiaires de cette beauté sont les pauvres. Pour remédier au mal qu’il constate, Mgr González s’applique à recentrer les paroisses sur l’Amour divin, en commençant par rassembler un petit groupe d’âmes dévouées qui seront comme le levain dans la pâte. Certaines “Maries des Tabernacles” souhaitent consacrer leur vie entière au soin de Jésus dans l’Eucharistie. Ayant expérimenté combien Dieu les aime, elles veulent en témoigner par leur vie. En collaboration avec sa sœur, María Antonia, Mgr González réunit ce groupe de femmes en communauté le 3 mai 1921 ; ce sont les premières “Marías Nazarenas” qui deviendront la congrégation des “Missionnaires eucharistiques de Nazareth”. Elles sont appelées des femmes eucharistiques, c’est-à-dire envoyées pour évangéliser par l’Eucharistie, dans le style de la Sainte Famille de Nazareth, simples, fraternelles, adonnées à la prière, joyeuses, reconnaissantes et dévouées.

Grâce au ministère des prêtres de son diocèse et des diocèses voisins, beaucoup d’âmes retrouvent la vie de la grâce. Les mouvements fondés par Mgr González forment un grand nombre d’adorateurs eucharistiques, qui s’adonnent à des visites aux tabernacles et à des adorations lors d’expositions du Très Saint Sacrement. Le prélat a une prédilection pour l’adoration nocturne des hommes et, un jour, il s’écrie : « Je veux la coopération décidée d’hommes courageux ! » De fait, dans sa ville épiscopale, on trouve assez d’adorateurs pour organiser l’adoration perpétuelle. L’évêque développe aussi l’Œuvre des Tabernacles et des Calvaires en organisant des réunions par doyennés et par diocèses. Le grain de sénevé planté dans la paroisse de San Pedro de Huelva se développe en un arbre de taille considérable. À un congrès eucharistique réuni à Tolède, on peut compter des milliers de “Disciples de saint Jean” et trois mille “Maries des Tabernacles”. Celles-ci prêtent un concours actif et très utile pour l’organisation de missions.

Mais la révolution se répand alors en Espagne. En avril 1931, la République est proclamée. Les 11 et 12 mai, des groupes anticléricaux mettent le feu à de nombreux édifices religieux à Malaga. Dans la nuit du 11, un groupe s’en prend au palais épiscopal qu’il incendie. L’évêque et les autres personnes qui y logent, après avoir consommé toutes les hosties du tabernacle, s’échappent. Ils se cachent dans la maison d’un prêtre. Le bâtiment de l’évêché est détruit, avec les archives et les trésors d’art qu’il contient. Le prélat se voit contraint de quitter la ville ; il se rend à Gibraltar où l’évêque anglais du diocèse l’accueille. « Seigneur Jésus, pardonnez-nous et pardonnez à votre peuple ! Ayez pitié de nous qui avons péché et acceptez le sacrifice de notre vie pour votre Royauté en Espagne, spécialement pour le diocèse ! Mère Immaculée, sauvez nos âmes, prenez-nous par la main ! » Commence alors pour lui une période vagabonde, pendant laquelle il fait de courts séjours à la périphérie de son diocèse, et accomplit à Rome une visite ad limina, où il constate que le Pape suit avec un intérêt plein d’inquiétude l’évolution de la situation en Espagne. Lors d’une rencontre avec le nonce, ce dernier le renseigne sur la situation à Malaga et lui conseille de ne pas y retourner, mais de diriger son diocèse depuis Madrid. Là, l’évêque est hébergé par une famille noble dont la demeure contient une chapelle avec le Saint-Sacrement.

Comme une résurrection

Le 5 août 1935, Pie XI nomme Mgr González évêque de Palencia, ville située à plus de deux cents kilomètres au nord de Madrid. Il prend alors congé de Malaga par une lettre au clergé et une autre au séminaire, puis entre à Palencia le 12 octobre, en la fête de la Vierge du Pilier de Saragosse. L’accueil est chaleureux. Après l’expulsion de Malaga et son chemin de croix d’exilé, il perçoit l’arrivée à Palencia comme une résurrection. Sa première visite est pour le séminaire, consacré à saint Joseph. Il effectue la visite des paroisses du diocèse, qu’il parcourt de long en large. Il prend un soin particulier à examiner le bon état des églises et surtout des tabernacles. Partout, il recommande de développer le culte eucharistique et le catéchisme. Il fait venir de Madrid des membres de ses Œuvres eucharistiques pour le lancement de sections dans le diocèse. Le 1er janvier 1937, il lance un dernier périodique, Reine, pour enfants ; puis, en 1939, il fonde la “Jeunesse eucharistique réparatrice”, à la suite de la Guerre d’Espagne qui avait été marquée par de nombreuses profanation du Très Saint-Sacrement dans la zone contrôlée par les Républicains, et dans le contexte du déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale. Il affirme clairement que les guerres sont le châtiment des péchés. Le nouveau mouvement se propose d’éviter au pays ce fléau, par les prières et les sacrifices volontaires des enfants, à l’exemple des trois petits bergers qui ont vu Notre-Dame à Fatima en 1917.

Mgr González sent venir la mort. Son désir du Ciel augmente. Il a souffert de maux de tête toute sa vie, mais maintenant ils empirent. Il revient très souffrant d’un pèlerinage à Notre-Dame du Pilier. Il est reçu, le 31 décembre 1939, dans le sanatorium du Rosaire à Madrid, où il souffre avec calme et résignation. Le 4 janvier suivant, très tôt le matin, il reçoit la Communion pour la dernière fois. Le nonce le visite, mais il ne peut lui répondre que par un sourire. Son frère vient le voir et lui met en mains la Vierge de la Joie, de la paroisse de son Baptême à Séville ; il la reconnaît, puis s’endort dans la mort.

« Manuel González est un modèle de foi en l’Eucharistie, dont l’exemple continue de parler à l’Église aujourd’hui », disait le Pape Jean-Paul II dans l’homélie de sa béatification (29 avril 2001). Imitons ce saint dans son contact assidu avec le Seigneur dans le Saint-Sacrement, où nous puiserons toutes les grâces dont nous avons besoin pour parvenir là où les anges et les saints Le voient face à face (1 Co 13, 12).

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