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2 août 2023

Bienheureuse Maria-Antonia de Paz y Figueroa

Bien chers Amis,

« Où trouver plus de douceur que dans le souvenir des grâces célestes et des consolations ineffables que la pratique des Exercices Nous a fait goûter ? écrivait le Pape Pie XI dans son encyclique sur les Exercices de saint Ignace… N’est-ce pas là que Nous avons trouvé la lumière pour connaître la volonté divine et le stimulant pour l’accomplir ?… Nous voyons dans les Exercices un instrument incomparable pour le salut éternel des âmes » (Encyclique Mens nostra, 20 décembre 1929). Le 27 août 2016, était béatifiée une femme qui, convaincue elle aussi de la valeur exceptionnelle des Exercices, a employé sa vie pour que leur pratique ne soit pas interrompue en Argentine au xviiie siècle après la suppression de la Compagnie de Jésus.

Connue de tous en Argentine sous le nom familier de Mamá Antula, María Antonia de Paz y Figueroa est née en 1730 à Villa Silípica, dans la province de Santiago del Estero, au nord du pays. Ses parents font partie de l’aristocratie. María Antonia et ses trois frères reçoivent une solide éducation où la piété joue un rôle primordial. C’est une belle jeune fille, intelligente et dynamique. Ses parents souhaitent lui trouver un « bon parti », mais elle a décidé de se consacrer entièrement à Dieu dans la virginité et l’apostolat.

En 1585, les premiers Pères jésuites arrivés dans la région ont fondé une école et mis en œuvre leur moyen d’apostolat le plus puissant, les Exercices spirituels de leur fondateur, saint Ignace de Loyola. Ils n’hésitent pas à faire du porte-à-porte pour inviter aux retraites, données en général sur sept à dix jours aux hommes. Ils bénéficient à Santiago del Estero de l’aide de femmes consacrées à Dieu, les “béates”, animées d’une grande ferveur et disposées à rendre toutes sortes de services. Celles-ci récitent en commun chaque jour les trois parties du Rosaire, et mènent une vie très pauvre et austère. Lors des retraites dirigées par les Pères jésuites, elles tiennent la maison. De plus, elles visitent les malades et les pauvres, et contribuent à l’enseignement des enfants.

À l’âge de quinze ans, María Antonia émet des vœux privés, revêt une robe noire, semblable à une soutane de jésuite, qui manifeste publiquement sa consécration, et prend le nom de María Antonia de Saint-Joseph. Elle est en lien avec une communauté de béates de Santiago, dont la direction spirituelle est ordinairement assurée par des jésuites. Elle entretient aussi une correspondance avec les religieuses contemplatives carmélites et dominicaines de Córdoba et de Buenos Aires, mais elle n’est pas attirée par leur genre de vie. Sa spiritualité est centrée sur le Saint-Sacrifice de la Messe et une tendre dévotion pour l’Enfant Jésus ; elle vénère spécialement la Sainte Vierge, saint Joseph, saint Ignace, saint François Xavier et saint Stanislas Kostka. Elle introduira en Argentine le culte de saint Gaétan de Thiène (1480-1547), fondateur des Théatins pour la rénovation du ministère sacerdotal, l’éducation et la mission ; patron des travailleurs et des demandeurs d’emploi, celui-ci est toujours très invoqué en Argentine. Particulièrement souriante et attentive aux autres, María Antonia collabore pendant plus de vingt ans avec les Jésuites de Santiago del Estero pour développer l’apostolat des Exercices spirituels.

Mais au xviiie siècle, se développe une opposition à l’autorité de l’Église : le Pape Pie XI écrira qu’à cette époque « nous voyons exalté outre mesure le pouvoir de la raison humaine ; tout ce qui dépasse les forces et la mesure de l’homme, ou n’est pas contenu dans le domaine de la nature, est rejeté et méprisé. Les droits mêmes trois fois saints de Dieu, soit en particulier, soit socialement, sont tenus pour rien » (Lettre apostolique Meditantibus Nobis, 3 décembre 1922). Les Jésuites, qui jouent alors un grand rôle comme conseillers des princes et éducateurs de la jeunesse destinée à exercer les hautes charges publiques, sont victimes de toutes sortes d’attaques et de persécutions. L’historien protestant Sismondi (1773-1842) a pu écrire : « Le concert d’accusations, et le plus souvent de calomnies que nous trouvons contre les Jésuites a quelque chose d’effrayant. Tout l’ordre judiciaire, une grande partie du clergé, tous les “philosophes” et les libertins s’étaient réunis pour dénoncer les Jésuites » (Histoire des Français, tome XXIX). Les souverains du Portugal, de France et d’Espagne leur deviennent hostiles. En 1767, le roi d’Espagne, Charles III, ordonne l’expulsion des Jésuites de tous ses états, colonies américaines comprises. Le Pape Clément XIII proteste en vain. À Santiago del Estero l’expulsion se fait, comme ailleurs, de manière brutale : les soldats emmènent les Pères comme des criminels. En 1773, le Pape Clément XIV, circonvenu à son tour, supprime la Compagnie de Jésus, qui ne sera rétablie qu’en 1814 par le Pape Pie VII.

Comme orpheline

Après le départ des Jésuites, María Antonia se sent comme orpheline, et, chaque fois qu’elle passe devant leur collège, son cœur se brise à nouveau. Elle souffre beaucoup de voir comment le clergé semble s’accommoder de cette injustice : tout ce qui se rapporte de près ou de loin à la Compagnie de Jésus est devenu répréhensible, et on ne veut même plus prononcer leur nom. Dans ce contexte où la pratique des Exercices spirituels est réprouvée, María Antonia, qui connaît bien leur valeur pour les avoir pratiqués pendant tant d’années et en avoir vu les fruits abondants, se sent portée à réagir. Elle s’applique à défendre la réputation des Pères face à l’opinion publique hostile, et se dit ouvertement leur disciple. À Santiago del Estero, sur un ordre formel de Notre-Seigneur, comme elle l’affirmera, et avec la permission des autorités ecclésiastiques, María Antonia prépare une grande maison où elle organise des retraites. Elle fait preuve d’une habileté particulière pour trouver de bons prêtres qui acceptent de les diriger en suivant la méthode de saint Ignace, et montre l’universalité des Exercices en les faisant prêcher par des Pères franciscains ou dominicains. Son discernement en ce domaine, comme en d’autres, s’avère si fin et assuré que l’on peut y voir une assistance spéciale de Dieu. Les nombreux fruits de ces retraites montrent qu’elles constituent une thérapie spirituelle qui guérit des centaines de laïcs et de prêtres, les détournant de la voie large qui conduit à la perdition (Mt 7, 13) et les transformant en fidèles disciples du Christ, apôtres de son Évangile. Convaincus que le plus grand des maux est le péché (cf. Catéchisme de l’Église catholique, n°1488), beaucoup reviennent à l’obéissance aux commandements de Dieu, à l’adhésion de foi totale aux enseignements de l’Église, à une vie de prière et à la réception régulière des sacrements.

« La preuve en est faite, écrira le Pape Pie XI, parmi toutes les méthodes…, il en est une qui a toujours tenu le premier rang, honorée de l’approbation entière et maintes fois répétée du Saint-Siège…, qui a produit des fruits innombrables de vertu pendant près de quatre siècles : c’est la méthode de saint Ignace de Loyola, celui qu’il Nous plaît d’appeler le Maître principal et le spécialiste des Exercices spirituels. Son admirable livre des Exercices, si mince de volume, mais si lourd de sagesse céleste…, s’est imposé avec éclat comme le Code le plus sage et le plus universel des lois du salut et de la perfection des âmes, comme la source intarissable de la piété la plus élevée et la plus solide, comme un aiguillon irrésistible et un guide très averti pour aider les âmes à se réformer et atteindre les sommets de la vie spirituelle » (Encyclique Mens nostra). La fécondité particulière des Exercices tient au programme qui est proposé. Le retraitant a quitté ses occupations et ses soucis habituels pour venir dans une maison où il jouit du calme, du silence et du recueillement. Il peut ainsi s’adonner plusieurs fois par jour à l’oraison solitaire, et bénéficier de l’accompagnement d’un prêtre. Saint Ignace lui met d’abord devant les yeux son origine et sa fin ultime ; c’est le Principe et Fondement, dont le Pape Léon XIII disait : « À elle seule, la fameuse méditation des Exercices sur la fin de l’homme suffit pour le redressement complet de la Cité » (audience de 1894). Le retraitant est alors amené à une profonde purification de l’âme par la considération de ses péchés et de la conséquence éternelle qu’ils ont pour ceux qui ne se tournent pas vers l’infinie miséricorde de Dieu. Vient ensuite la contemplation de la vie du Sauveur, Jésus-Christ, que le retraitant s’applique à toujours mieux connaître, pour l’aimer avec plus d’ardeur et le suivre avec plus de fidélité. Diverses considérations sur la vie spirituelle sont aussi proposées par saint Ignace, notamment des règles pour le discernement des esprits.

La “béate des Exercices”

Animée d’un zèle ardent pour indiquer aux âmes le chemin du Ciel, María Antonia franchit les limites de la ville pour chercher des retraitants. Elle parcourt à pied les campagnes de tout le nord de l’Argentine, souffrant mille difficultés et contradictions. Elle se fait remarquer pour son exceptionnelle prudence : avant toute décision, elle prend le conseil de personnes sages et sollicite toujours des autorités ecclésiastiques, que ce soient les évêques ou les curés de paroisse, toutes les permissions nécessaires pour annoncer les retraites par des affiches et lors des Messes dominicales. María Antonia s’applique aussi à les faire connaître par le porte-à-porte et sur les marchés. Elle compte sur la Providence pour nourrir les retraitants, mais ne manque pas de quêter ; pour cela, elle se procure un âne qui tire une charrette. Elle devient une figure connue dans toute la région, avec son bâton de marche en forme de croix. De fait, la nourriture ne manquera pas, quel que soit le nombre des retraitants. María Antonia elle-même admire la bonté divine : le nécessaire arrive en temps opportun, et les retraitants affluent. Elle devient pour beaucoup un exemple de simplicité humble et spontanée. On en vient à la surnommer “la béate des Exercices”.

« Cette plénitude de vie chrétienne que nous donnent les Exercices, n’a pas pour unique fruit la paix intérieure de l’âme. Un autre fruit en découle tout naturellement, fruit précieux et d’un profit peu commun pour la société : c’est le zèle pour le salut des âmes, l’esprit d’apostolat. L’effet propre de la charité, dans une âme juste que Dieu remplit de sa grâce, n’est-il pas, en effet, de l’enflammer d’un zèle merveilleux pour appeler les autres âmes à venir partager cette connaissance et cet amour du Bien infini ? » (Pie XI, Mens nostra)

Le Seigneur soutient María Antonia par le don des miracles. Un jour où la maison est pleine de retraitants, le pain vient à manquer. María Antonia répond à sa nièce, qui, collaborant avec elle, l’en avertit, d’aller voir à la porte : là, elle découvre des paniers d’un pain blanc et délicieux dont personne ne connaît l’origine. Une autre fois, le petit tonneau utilisé pour garder le vin se trouve vide. Il est alors rempli d’eau pour que le bois ne se dessèche pas. Ceux qui y puisent ensuite y trouvent un excellent vin, que les prêtres utiliseront même pour la célébration de la Messe.

La future restauration

María Antonia se rend à Cordoba, métropole régionale. Elle y rencontre une forte opposition : on se scandalise de voir une femme pauvrement vêtue et qui n’a reçu aucune formation supérieure, promouvoir le message évangélique. Mais son humilité, sa patience et sa douceur lui permettent de surmonter les obstacles. Elle loue une maison et trouve des prêtres pour prêcher les Exercices.. Au début de l’année 1778, en trois mois et demi, quelque 3000 personnes, hommes et femmes, suivent ces retraites. Beaucoup de conversions s’opèrent.. Ce succès lui montre qu’il y a beaucoup de bien à faire dans les grandes villes. À Córdoba, le Seigneur lui annonce la restauration future de la Compagnie de Jésus : au milieu des ruines accumulées par l’expulsion des Jésuites, elle voit leurs églises comme plongées dans l’obscurité ; puis, un petit point lumineux et un ange de Dieu descendent du Ciel et allument une mèche, qui va illuminer tous les sanctuaires, où la vie liturgique revient dans sa plénitude et sa beauté. Cette vision la soutient dans les heures sombres et difficiles. Forte de cette certitude, elle fera célébrer, le 19 de chaque mois, une Messe en l’honneur de saint Joseph, patron de son œuvre, pour obtenir la grâce de cette restauration.

Après avoir organisé soixante-dix retraites à Córdoba et tout prévu pour que cette œuvre s’y poursuive, María Antonia retourne à Santiago del Estero. Depuis l’ouverture de la première Maison des Exercices dans cette ville, onze années se sont écoulées. Elle a parcouru à pied environ trois mille kilomètres. Des évêques et un grand nombre de prêtressont sortis transformés de leur rencontre avec elle, ainsi que des gouverneurs de province et de très nombreuses personnes de toutes les classes de la société. Elle écrit à un jésuite en exil, le Père Juárez : « J’ai un grand désir d’hériter de l’esprit de celui qui a composé les Exercices… avec le souhait de réformer l’esprit du monde entier, à commencer par la chrétienté. »

Sa croix en main, au cri de “Dieu le veut”, María Antonia se dirige alors vers Buenos Aires où le Seigneur l’appelle. Elle entreprend ce voyage d’à peu près mille kilomètres avec quelques compagnes béates et arrive dans la capitale en 1779. L’entrée de ce petit groupe de femmes est remarqué. Quelques jeunes gens leur lancent des pierres. Elles se réfugient dans un petit sanctuaire, Notre-Dame de la Pitié (qui deviendra une grande basilique). Ce sanctuaire restera cher au cœur de María Antonia, qui demandera à y être enterrée. Les béates sont ensuite accueillies dans une famille originaire de Santiago del Estero. María Antonia commence aussitôt à parler de conversion et de pénitence, ce qui est mal perçu dans la ville. Elle-même s’adonne intensément à la prière et à la pénitence : elle a pris l’habitude de marcher pieds nus et de porter un cilice. Elle se présente bientôt à l’évêché, mais n’est pas admise à l’audience de l’évêque. Il lui faut revenir régulièrement pendant plusieurs mois avant de pouvoir le rencontrer, dans un contexte encore marqué par le rejet des Jésuites. « La patience est bonne, aime-t-elle à dire, mais encore meilleure est la persévérance. » Finalement convaincu, l’évêque lui accorde toutes les permissions nécessaires. María Antonia organise les premières retraites. En 1781, vingt-neuf retraites ont lieu, avec parfois deux cents participants. Très satisfait des résultats, l’évêque se porte volontaire pour assurer lui-même certaines conférences. Le curé de la cathédrale de Buenos Aires, après avoir participé aux Exercices en tant qu’aumônier, renonce à son poste et à ses biens pour se consacrer à accompagner María Antonia dans son ministère. Grâce à la Providence et aux quêtes, les retraites sont données gratuitement. La nourriture des retraitants arrive avec une telle abondance que l’on peut en distribuer aux pauvres.

Un soin attentif

En 1791-1793, María Antonia séjourne trois ans à Montevideo en Uruguay, de l’autre côté du fleuve de la Plata, où elle installe une maison pour les Exercices. Après son retour à Buenos Aires, une importante donation de terrain lui permet de fonder, en 1797, la “Sainte Maison des Exercices”, pour des retraites de cent personnes, avec un logement réservé aux béates. Elle y accueille les retraitants, veille à ce qu’ils aient tout le nécessaire, trouve le moyen de les encourager par un sourire ou un mot aimable, met en relief les moments festifs. Des livres sont proposés aux personnes les plus instruites. Certains exercices sont illustrés par des images pieuses, des représentations et des saynètes. La chapelle et les couloirs comportent de nombreux tableaux et statues. On peut voir dans la maison un Jésus de Nazareth, réputé pour avoir fait des miracles.

Lors des Exercices, « formé par le Maître céleste, le retraitant appréciera à sa vraie valeur la vie humaine qui tire tout son prix du service divin ; il prendra en horreur la malice du péché ; il concevra une sainte crainte de Dieu ; le voile qui cache la vanité des biens terrestres tombera et elle lui apparaîtra dans tout son jour ; poussé par les leçons et les exemples de Celui qui est la voie, la vérité, la vie (Jn14,6), il dépouillera le vieil homme, se rénovera lui-même, et, dans l’exercice de l’humilité, de l’obéissance, de la mortification volontaire, il revêtira le Christ et tendra à devenir l’homme parfait, à réaliser la mesure de la stature parfaite du Christ (Eph 4, 13) dont parle l’Apôtre : enfin, il fera tous ses efforts pour pouvoir répéter lui aussi avec le même Apôtre : Je vis, mais ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi (Ga 2, 20) » (Pie XI, Mens nostra).

Lorsqu’elle dispose d’un peu de temps libre, María Antonia visite les pauvres, leur porte des secours corporels et spirituels. Dans son désir de la conversion des personnes éloignées de Dieu, elle accueille avec une grande charité les femmes qui se repentent après une vie dissolue. Elle donne aussi ses soins aux enfants abandonnés. Son humilité exemplaire lui permet d’apaiser les disputes familiales ou même ecclésiales, de réconforter les prisonniers et d’inculquer à tous confiance et sérénité.

Les “Filles du Divin Sauveur”

María Antonia s’est entourée d’un certain nombre de femmes qui, à son exemple, se sont totalement consacrées à Dieu et à l’œuvre des retraites. Elles font aussi le catéchisme dans les paroisses. Le béguinage fondé pour elles en 1795 donnera naissance à la “Société des Filles du Divin Sauveur”, qui continuera l’œuvre des retraites, s’adonnera à l’enseignement religieux de tous niveaux, aux missions rurales, à l’aide aux plus nécessiteux.

Parvenue à la soixantaine, María Antonia qui brûle encore du zèle pour les âmes, voudrait offrir les retraites à un plus grand nombre. On la prie de revenir à Tucumán et à Santiago, mais elle refuse, car désormais elle pense devoir concentrer ses efforts sur Buenos Aires. Les lettres qu’elle a adressées aux jésuites en exil seront souvent copiées, traduites en italien, français et latin, et diffusées dans toute l’Europe. Certaines sont parvenues même à Madame Louise de France, fille du roi Louis XV, devenue prieure du carmel de Saint-Denis, sous le nom de Mère Thérèse de Saint-Augustin. Une notice sur María Antonia parue dès 1791 à Rome sous le titre : L’étendard de la femme forte (cf. Pr 31, 10), révèle la haute estime où on la tenait même en Europe.

María Antonia continue sa vie austère, se nourrissant seulement de pain et de quelques légumes. Elle souffre de grandes peines intérieures. Sa santé se détériorant, elle rédige son testament spirituel, où elle demande que son enterrement se fasse sans aucune pompe extérieure, mais avec de ferventes prières. Trois jours avant sa mort, elle se fait porter sur le banc de pierre placé devant la porte de la maison, et, de là, elle dit aux passants qu’ils doivent se convertir, faire pénitence pour leurs péchés, annonçant de grands châtiments pour la ville, surtout en raison de l’immodestie de l’habillement. Le 6 mars 1799, elle est prise d’une grande fièvre, et elle meurt le lendemain, à l’âge de 69 ans. Son corps repose dans la basilique de Notre-Dame de la Miséricorde (ou de la Pitié) à Buenos Aires, où il est vénéré par beaucoup de pèlerins.

La vie intérieure de la bienheureuse María Antonia était nourrie d’une grande foi en Dieu et en sa Providence. Femme inconnue, sans aucun pouvoir ni crédit, elle a consacré toutes ses forces à appeler les fidèles à la conversion par la pratique des Exercices spirituels de saint Ignace. Infatigable missionnaire, pionnière dans la formation des laïcs et des prêtres, elle a conduit au Christ une grande partie de l’Amérique du Sud. On estime que 80000 personnes ont bénéficié des retraites qu’elle a organisées.

« Proposer les Exercices spirituels, cela veut dire inviter à faire l’expérience de Dieu, de son amour, de sa beauté.. Ceux qui les vivent de manière authentique subissent l’attraction de Dieu et en ressortent transfigurés. Quand ils reprennent leur vie ordinaire, leur ministère, leurs relations quotidiennes, ils portent avec eux le parfum du Christ » (Pape François, 3 mars 2014, sur Radio Vatican). Demandons à la bienheureuse María Antonia d’obtenir à de nombreuses personnes la grâce de faire les Exercices et d’en tirer un grand profit spirituel pour le salut de leur âme, de beaucoup d’autres âmes, le bien de l’Église et du monde.

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