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3 janvier 2023

Bienheureuse Marie de l’Incarnation

Bien chers Amis,

Dans les froides solitudes du Canada français, au siècle de Louis XIV, une religieuse racontait un souvenir d’enfance remontant à sa huitième année : « Une nuit, durant mon sommeil, il me sembla que j’étais dans la cour d’une école… Tout à coup, le ciel s’ouvrit et Notre-Seigneur en sortit, venant vers moi ! Quand Jésus s’approcha de moi, je lui tendis les bras pour L’embrasser… Et Jésus m’embrassa affectueusement et me dit : “Voulez-vous être à Moi ?” – Oui, Lui répondis-je… » Ce “oui“ à Dieu, clef de toute son existence, sainte Marie de l’Incarnation ne cessera de le répéter en toute occasion, dans la joie comme dans l’adversité. Elle a été appelée “la mère de l’Église catholique au Canada”.

Née le 28 octobre 1599 à Tours, fille de Florent Guyart, maître boulanger, et de Jeanne Michelet, Marie est la quatrième de sept enfants. Les Guyart donnent à leurs enfants une éducation profondément chrétienne et une solide instruction. Marie aide son père à ses fours, suffisamment pour acquérir quelques rudiments du métier et de la gestion d’une entreprise ; elle fréquente également l’école locale.

Attirée toute jeune vers les réalités divines, Marie invente une forme de “méditation” : elle raconte longuement ses « petites affaires » au bon Dieu. De bonne heure apparaît l’équilibre de sa riche nature faite à la fois pour les expériences mystiques et les réalisations pratiques. Vers l’âge de quatorze ans, Marie manifeste un attrait pour la vie religieuse. Mais, la voyant d’humeur gaie et agréable, ses parents la croient destinée au mariage : quoique très pieuse, la jeune fille lisait des romans, faisait bon visage au monde. En 1617, elle est demandée en mariage par Claude Martin, maître ouvrier en soie, qui dirige une usine dans cette spécialité. Marie, qui touche à ses dix-huit ans, n’ose pas résister à ses parents et se laisse engager dans cette union. Elle promet cependant à Dieu de se consacrer entièrement à Lui si elle devient un jour veuve. En octobre, elle reçoit des mains de Dieu, au pied de l’autel, l’époux qui lui est destiné.

Épurée dans la tribulation

Son fils et premier biographe, Dom Claude Martin, dira de sa mère : « Regardant son mari comme tenant la place de Dieu, elle lui rendait tous les respects et tous les services qu’il lui était possible ; elle l’aimait non seulement parce qu’il avait de belles qualités de corps et d’esprit, mais plus encore parce que Dieu l’y obligeait. » Marie rencontre des ennuis domestiques causés par une belle-mère jalouse, et des embarras financiers qui aboutiront à la faillite de l’entreprise de son mari : « Dieu, écrira-t-elle, voulait disposer mon âme à ses grâces et l’épurer dans la tribulation. » Elle éprouve un vif désir de la perfection. Malgré le dévouement d’épouse exemplaire dont elle fait preuve, elle ressent ce tiraillement évoqué par saint Paul : Celui qui n’est pas marié a souci des choses du Seigneur, il cherche à plaire au Seigneur ; celui qui est marié a souci des choses du monde, il cherche à plaire à sa femme, et il est partagé (1Co 7, 32-33).

Marie est animée d’un grand zèle pour faire régner la crainte et l’amour de Dieu dans sa maison et dans l’atelier, et « pour fermer, dit son historien, toutes les issues par lesquelles le péché puisse y pénétrer ». Par sa charité et par la délicatesse de ses attentions personnelles, elle sait gagner l’affection des employés. Elle insiste discrètement pour qu’ils se confessent souvent. Comme elle possède talent, discrétion et facilité pour s’exprimer, ce qu’elle dit est compris et reçu. Tandis qu’elle agit, la Parole de Dieu reste présente à son esprit : « Ayant médité les Psaumes, il m’en venait à tout moment des passages à la mémoire, dont je me servais dans les rencontres… Allant donc vaquer à mes affaires, je me recommandais à Dieu par cette aspiration qui m’était ordinaire : En Vous, Seigneur j’ai mis mon espérance ; que jamais je ne sois confondue » (Ps 30, 2).

À dix-neuf ans, en avril 1619, Marie donne le jour à un fils, prénommé Claude comme son père ; six mois plus tard, ce dernier meurt, miné sans doute par la faillite de son atelier de soierie. Veuve à vingt ans, Marie doit s’occuper de la liquidation des affaires de son mari. Il s’agit de terminer des procès, de satisfaire clients et débiteurs, de prévoir l’avenir. « Toutes ces croix, dira-t-elle, étaient naturellement plus grandes qu’une personne de mon âge et de mon sexe, de ma capacité et de mon peu d’expérience, les eût pu porter. Mais l’excès de la bonté divine mirent dans mon esprit et dans mon cœur une force et un courage qui me firent tout supporter. Mon appui était fondé sur ces paroles saintes : Je suis avec ceux qui sont dans la tribulation (cf. Ps 90, 15)… Ainsi, je venais à bout de tout ce que j’entreprenais. »

Une force irrésistible

Marie se retire chez son père, et son désir d’entrer dans un couvent revient, impérieux. Mais l’état pitoyable de ses affaires et son fils au berceau la retiennent dans le monde. De nombreux prétendants se présentent ; on la presse de se remarier pour renflouer ses finances. Cependant, après quelques moments d’hésitation, elle décide de suivre son attrait pour la solitude et fait vœu de chasteté. Elle se met à lire des livres spirituels, à converser intimement avec Dieu. Soudain, le Seigneur fait irruption dans sa vie. Elle-même raconte l’expérience mystique qui produisit ce qu’elle appelle sa « conversion ». Un matin qu’elle se rendait à ses occupations, une force irrésistible fond sur elle et l’arrête au milieu de la rue. En un moment, les yeux de son esprit s’ouvrent et toutes ses fautes et imperfections lui sont montrées avec une « clarté plus certaine que toute certitude ». Au même moment, elle se voit plongée dans le Sang rédempteur du Fils de Dieu. Elle se confesse au premier prêtre qu’elle trouve dans la chapelle des Feuillants et s’en retourne, si puissamment changée qu’elle ne se reconnaît plus.

Marie aspire à une vie de recluse, mais sa sœur Claude, mariée à Paul Buisson, marchand, l’invite en 1621 à vivre chez elle. Elle accepte cette offre pour assurer sa subsistance et celle de son fils, mais entend mener une vie d’abnégation et de service. Ainsi, au début, elle se place dans une situation de « servante des serviteurs », prenant à sa charge les tâches les plus ingrates et fatigantes de la maison. Tour à tour cuisinière, femme de chambre, garde-malade, elle s’attable avec une trentaine de « rouliers » (manœuvres) pour les empêcher de blasphémer, et les soigne comme une mère quand ils sont souffrants. Cependant, cette même année, les grâces mystiques la conduisent à une union plus étroite avec le Christ. Déjà liée à Dieu par le vœu de chasteté, elle prononce aussi ceux de pauvreté et d’obéissance.

Cependant, ses talents d’administratrice sont reconnus ; en 1625, Paul Buisson lui confie la responsabilité de son entreprise de transport fluvial. Voilà Marie plongée dans un « tracas d’affaires », en conversation avec un grand nombre de clients, sur les quais de la Loire. Cependant, elle expérimente « un paradis intérieur » et reçoit des révélations ineffables concernant le mystère de la sainte Trinité. Elle a vingt-sept ans et son fils Claude, huit. C’est un petit garçon frêle, timide, que sa mère prépare doucement à la séparation définitive. Assistée des conseils de Dom Raymond de Saint-Bernard, moine feuillant (cistercien), Marie Martin attend patiemment que se précisent les voies de Dieu. Elle choisit les Ursulines, parce qu’une voix secrète lui dit que Dieu la veut là. L’Ordre de Sainte-Ursule a été fondé en novembre 1535 à Brescia, en Lombardie, par sainte Angèle Merici (1474-1540). Les Ursulines sont arrivées en France en 1608 ; cloîtrées, elles se consacrent principalement à l’éducation des filles, ainsi qu’aux soins des malades et des nécessiteux.

« Rendez-moi ma mère ! »

L’entrée de Marie Martin chez les Ursulines de Tours est fixée au 25 janvier 1631. Le 11 janvier, son fils Claude, âgé de onze ans, s’enfuit à bord d’un bateau remontant la Loire. Après trois jours de recherches angoissées, on le retrouve errant dans le port de Blois. Marie le confie à la garde de sa sœur, et entre le jour prévu au noviciat. Entendant ses pleurs et ses cris, elle confiera avoir eu l’impression qu’on lui arrachait le cœur. Les jours suivants, le pauvre enfant fait l’assaut du monastère, parvenant plusieurs fois à entrer dans la clôture. Un jour, il arrive avec une troupe d’écoliers hurlant contre les religieuses. Dans ce vacarme, Marie distingue la voix de son fils qui crie : « Rendez-moi ma mère ! »

Comment cette mère aimante et chrétienne a-t-elle pu « abandonner » son enfant ? Humainement, cet acte semble inexplicable. La décision de Marie avait cependant été ratifiée, après mûre réflexion, par son directeur spirituel et par Mgr Bertrand d’Eschaux, l’évêque de Tours. Le Seigneur Jésus a insisté sur l’exigence de son appel ; nous lisons en saint Luc : Si quelqu’un vient à moi et ne hait pas son père et sa mère, sa femme et ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple (Lc 14, 26). Le verbe « haïr » traduit ici un hébraïsme qui signifie : « placer derrière ». L’appel à suivre le Christ « en premier » est une conséquence de la primauté de Dieu et du royaume des Cieux sur toutes les autres affections, même les plus légitimes. L’Église, dans sa sagesse, a mis de justes limites à cette radicalité en empêchant les personnes ayant « charge d’âmes » d’abandonner ceux qui leur sont confiés pour entrer dans un ordre religieux. Mais en l’occurrence, Marie ne laissait pas Claude sans soutien : elle avait pourvu à tout le nécessaire pour son éducation et son avenir. Claude fera de brillantes études chez les Jésuites et, un jour, décidera en toute liberté de se donner lui-même entièrement à Dieu dans la vie monastique.

Marie Martin, désormais Sœur Marie de l’Incarnation (il ne faut pas la confondre avec Madame Acarie, carmélite, qui porta le même nom religieux), prononce ses vœux de religion en 1633. Bientôt sous-maîtresse des novices et professeur de doctrine chrétienne, elle a cependant la secrète conviction que le monastère de Tours n’est pour elle qu’un lieu de passage. Peu à peu, sa vocation apostolique se précise. En rêve, Dieu la promène dans un vaste pays « plein de brouillards épais ». Plus tard, le Seigneur lui dit expressément : « C’est le Canada que je t’ai fait voir ; il faut que tu y ailles faire une maison à Jésus et à Marie. » Les Relations des Jésuites renseignent Marie sur les missions de la « Nouvelle-France ». Le Père Poncet lui fait rencontrer Marie-Madeleine de La Peltrie, veuve fortunée désireuse de se dévouer à l’évangélisation des petites Amérindiennes. Humainement parlant, l’entreprise paraît pure folie : comment imaginer de faibles femmes embarquées sur un océan infesté d’écueils et de pirates ? De multiples objections surgissent contre le projet. Mgr d’Eschaux fait d’abord la sourde oreille, mais finit par reconnaître la volonté de Dieu dans cette entreprise. Après avoir résolu mille difficultés, Marie de l’Incarnation, accompagnée de Madame de La Peltrie, qui finance la fondation, et de deux Ursulines, s’embarque le 4 mai 1639 sur le Saint-Joseph vers le Nouveau Monde. Au cours de la traversée, le navire manque de se fracasser sur un iceberg. Le 1er août, les voyageuses arrivent à Québec.

Une mystique dans l’action

L’installation de la France au Canada n’avait réellement débuté qu‘une trentaine d’années auparavant avec la fondation de Québec par Champlain. Le développement était lent en raison du manque de colons – en 1640, ceux-ci étaient moins de 3000 – et de l’insécurité. La ville était entourée de fortifications, initialement en bois ; les Amérindiens non hostiles, principalement les Hurons, pouvaient y pénétrer, contrairement à l’usage des forts anglais ; ainsi se nouaient contacts et échanges. Les attaques d’Iroquois (une autre tribu indigène de la région), poussés par les Anglais, étaient relativement fréquentes, ce qui obligeait les Français à une grande prudence.

Mère Marie de l’Incarnation se sent vite comblée par la ferveur qu’elle constate dans la jeune Église du Canada. Elle se réjouit de participer à la Mission, tout en reconnaissant simplement que la vie quotidienne est extrêmement rude. Dès son arrivée, elle confirme ses talents de « femme d’affaires ». Elle s’installe cahin-caha dans une maison de la basse ville, logement de fortune qu’elle surnomme son « Louvre ». Pour se garantir du froid, il faut dormir dans des coffres doublés de serge. En 1642, on emménage dans un beau monastère en pierre qui compte trois étages, 30 mètres de longueur et 9 de largeur : une merveille pour le pays. Mais dans la nuit du 31 décembre 1650, un incendie anéantit cette demeure, fruit d’immenses sacrifices. Sans se décourager, la fondatrice recommence alors à bâtir. Elle réussira, appuyée sur le secours divin, à force d’énergie, d’ingéniosité et d’aumônes collectées. Marie de l’Incarnation est vraiment une « mystique d’action ». Elle cultive un jardin, exploite une ferme, fait creuser des puits. Gouverneurs, intendants et notables de la colonie la consultent au sujet des affaires temporelles. Elle met ses talents de chef au service des âmes. Les Jésuites sont ses directeurs de conscience ; elle les accompagne par le désir jusque dans leurs expéditions auprès des autochtones, au cours desquelles huit d’entre eux, presque tous connus personnellement de l’Ursuline, mourront martyrs entre 1642 et 1649 ; ils ont été canonisés en 1930.

Les Ursulines sont venues au Canada surtout pour l’éducation des filles. Dès le lendemain de leur arrivée à Québec, elles reçoivent toutes les jeunes filles françaises pour les instruire dans la piété et dans les bonnes mœurs. Les Ursulines accueillent d’abord dix-huit à vingt pensionnaires payantes. Avec les années, le nombre va croissant et la tâche se fait lourde. « S’il n’y avait pas des Ursulines, écrit Mère Marie, les jeunes filles seraient dans un danger continuel pour leur salut » : abandonnées à elles-mêmes dans le monde dur des colons, elles risquaient de se pervertir. Avant de mourir, la fondatrice aura la consolation de donner l’habit religieux à plusieurs Canadiennes de naissance venues prendre la relève.

Mais Marie de l’Incarnation réserve toujours le meilleur d’elle-même pour les petites Amérindiennes. Elle les reçoit à bras ouverts, s’ingénie à les comprendre, à les catéchiser, à les rendre heureuses. À toutes les religieuses, elle recommande « les salutations et petites paroles d’affection » aux élèves indigènes. Souvent, elle les appelle les « délices » de son cœur et « les plus beaux fleurons » de sa couronne. Elle avoue toutefois qu’il est « presque impossible » de leur faire adopter la culture et le mode de vie français ; on ne passe pas en quelques mois de la vie sauvage des enfants des bois aux mœurs policées du Grand Siècle.

« Courage, saintes filles ! »

Intense est aussi l’apostolat de Mère Marie auprès des Amérindiens adultes. Elle admire la foi simple de ces néophytes ; assister à leur Baptême dans la chapelle des Ursulines est une de ses plus grandes joies. À plus de quarante ans, avec l’aide des Jésuites, elle se met à l’étude des langues amérindiennes, et elle les maîtrisera au point d’écrire un dictionnaire français-algonquin, un dictionnaire et un catéchisme iroquois. Après l’incendie de 1650, les Hurons craignent de perdre Marie de l’Incarnation et ses compagnes. Le chef Taiearonk leur tient ce langage émouvant : « Courage, saintes filles, ne vous laissez pas vaincre par l’amour de vos parents, et faites voir aujourd’hui que l’affection que vous avez pour les pauvres sauvages est une charité céleste plus forte que les liens de la nature ! »

Cependant, l’espoir d’une fusion harmonieuse entre les peuples du Canada ne se concrétise pas. Les autochtones, d’une manière générale, n’ont pas de goût pour la vie sédentaire ni pour l’agriculture. Ils sont vulnérables aux boissons alcoolisées que des colons peu scrupuleux leur échangent contre des fourrures ; les missionnaires sont obligés de les éloigner des centres de population européenne, devenus pour eux un scandale. Cette situation afflige beaucoup Marie de l’Incarnation, qui se demande avec angoisse s’il ne faudra pas repasser en France : les Iroquois saccagent les fermes de la mission ursuline, tuent ses domestiques et nombre de ses meilleurs amis. En 1660, son monastère est mis en état de siège. Enfin, en 1666, le gouverneur Daniel de Courcelles établira la paix avec les Iroquois.

En 1659, est arrivé à Québec Mgr François de Montmorency-Laval, vicaire apostolique puis premier évêque de Québec (canonisé en 2014). En 1660, le prélat visite les Ursulines et déclare qu’il entend apporter de notables changements aux constitutions de 1647, pourtant rédigées avec prudence par Mère Marie, aidée du Père jésuite Jérôme Lalemant. Forte de son expérience de vingt ans au Canada, la fondatrice estime que les modifications proposées nuiraient au bien spirituel comme temporel de la Congrégation. Aussi écrit-elle à l’évêque, qui lui a proposé de prendre un temps de réflexion : « L’affaire est déjà toute pensée et la résolution toute prise : nous ne l’accepterons pas, si ce n’est à l’extrémité de l’obéissance. » Mgr de Laval laissera finalement intactes les constitutions de 1647, sauf cinq articles portant sur des points secondaires. Les saints peuvent avoir des avis divergents sur des questions pratiques, sans que leur charité mutuelle en souffre.

« Je fais en esprit le tour du monde »

En mai 1653, Marie de l’Incarnation s’est offerte intérieurement en holocauste à Dieu pour le bien spirituel de tous les habitants du Canada. À cette occasion, elle a composé cette prière dans laquelle se montre l’intensité de son élan missionnaire : « C’est par le Cœur de mon Jésus, ma voie, ma vérité et ma vie que je m’approche de vous, ô Père éternel. Par ce divin Cœur, je vous adore pour tous ceux qui ne vous adorent pas ; je vous aime pour tous ceux qui ne vous aiment pas ; je vous adore pour tous les aveugles volontaires qui, par mépris, ne vous connaissent pas. Je veux, par ce divin Cœur, satisfaire pour tous les mortels. Je fais en esprit le tour du monde pour y chercher toutes les âmes rachetées du Sang très précieux de mon divin Époux, afin de vous satisfaire pour toutes par ce divin Cœur ; je les embrasse pour vous les présenter par lui, et par lui je vous demande leur conversion… Sur cet adorable Cœur, je vous présente tous les ouvriers de l’Évangile afin que vous les remplissiez de votre Esprit Saint… Je vous présente toutes ces âmes, faites qu’elles soient une même chose avec vous. »

Mère Marie a beaucoup besogné. Des pénitences prolongées, des maladies mal soignées l’ont épuisée. Elle ne peut plus se tenir à genoux, sa vue baisse, toute nourriture la dégoûte. Et pourtant, elle exulte à la pensée que bientôt elle pourra voir Dieu face à face. Avant de mourir, elle revoit les grâces de sa vie : Dieu l’a comblée de faveurs mystiques, l’œuvre des Ursulines est en excellente voie, et les nouvelles de son fils Claude la réjouissent : entré dans la congrégation bénédictine de Saint-Maur en 1641, il a été promu à la charge de prieur en 1652, puis, en 1668, d’assistant du supérieur général. Sur le point de mourir, Marie de l’Incarnation fait transmettre à son fils, qu’elle n’a pas revu depuis quarante ans, un message de tendresse : « Dites-lui que je l’emporte dans mon cœur ». Marie de l’Incarnation s’est éteinte le 30 avril 1672, à l’âge de soixante-douze ans dont quarante-trois passés au Canada. Elle a été proclamée sainte le 3 avril 2014 par le Pape François, moyennant le processus de canonisation équipollente (fondé sur la réputation de sainteté constante, avec dispense de constatation de miracle). Elle est fêtée le 30 avril.

Dans une “Exclamation”, l’Ursuline nomme Dieu tel qu’elle l’expérimente : « Non, mon Amour, vous n’êtes pas feu, vous n’êtes pas eau, vous n’êtes pas ce que nous disons. Vous êtes ce que vous êtes en votre éternité glorieuse. Vous êtes : c’est là votre essence et votre nom. Vous êtes vie, vie divine, vie vivante, vie unissante. Vous êtes tout béatitude. Vous êtes unité suradorable, ineffable, incompréhensible. En un mot, vous êtes Amour, et mon Amour ».

En sainte Marie de l’Incarnation, la femme chrétienne s’est réalisée pleinement et avec un remarquable équilibre, dans ses divers états de vie : épouse, mère, veuve, directrice d’entreprise, religieuse, mystique, missionnaire, et cela toujours dans la fidélité au Christ, toujours en union étroite avec Dieu. Forte de son expérience, elle a écrit : « Dieu ne quitte jamais ceux qui le traitent d’ami et Le préfèrent à toutes choses et à eux-mêmes. » Nous pouvons l’invoquer pour obtenir, par son intercession, la grâce de faire toutes choses en Dieu, avec Dieu et pour Dieu.

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