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5 juin 2022

Sainte Dulce des Pauvres

Bien chers Amis de l’abbaye Saint-Joseph,

Après la naissance de son deuxième enfant, Gabriel, le 11 janvier 2001, Claudia Cristina dos Santos est victime d’une grave hémorragie, à la maternité São José à Sergipe (Brésil). Une chaîne de prière se forme pour solliciter l’intercession de la bienheureuse Sœur Dulce, dont une petite relique est donnée à la malade. Soudain l’hémorragie cesse. Le docteur Sandro Barral, l’un des membres du comité scientifique qui a analysé le fait, affirme : « Personne ne pourrait expliquer le pourquoi de cette amélioration, de façon si rapide, dans un état aussi défavorable. »

Mauricio, âgé de 22 ans, originaire de São Salvador da Bahia (Brésil), perd totalement la vue à la suite d’un glaucome. Quatorze ans après, en 2014, se déclare une conjonctivite. Prenant alors une image de la Sœur Dulce, il la met avec foi sur ses yeux pour soulager la douleur. « Quand je me suis réveillé, dira-t-il, j’ai commencé à voir ma main. J’ai compris que Sœur Dulce avait accompli un miracle. Elle m’a donné tellement plus que ce que j’avais demandé : j’ai recouvré la vue ! »

Ces deux miracles, reconnus par l’Église, ont servi à la béatification et à la canonisation de Sœur Dulce.

Maria Rita de Sousa Brito Lopes Pontes est née le 26 mai 1914 à São Salvador da Bahia. Au début du xxe siècle, l’industrie et le commerce y sont prospères ; le nombre des pauvres est toutefois considérable. Maria Rita est fille d’Augusto Lopes Pontes et de Dulce Maria de Souza. Le père est dentiste et professeur à l’université. La mère est une catholique fervente, et l’ambiance de la maison est imprégnée de foi. Enfant pleine de joie, Maria Rita aime jouer à la poupée et pêcher des raies. Elle n’a que sept ans lorsque sa mère meurt des suites de son sixième accouchement ; le bébé meurt lui aussi quelques jours après. Les deux sœurs aînées, qui ne se sont pas mariées, viennent s’occuper des trois plus jeunes. L’année suivante, Maria Rita fait sa première Communion.

La porterie de saint François

En 1924, Augusto Lopes se remarie avec une femme qui se montre très affectueuse envers les enfants de son mari ; deux autres naîtront de ces noces. À treize ans, Maria Rita se passionne pour le football. La privation de la rencontre sportive dominicale est la punition qu’elle redoute le plus. À la même époque, Maria Rita s’attache à sa tante Madeleine. Membre d’une confraternité laïque dédiée au Sacré-Cœur, celle-ci se dévoue à des œuvres sociales. L’adolescente l’accompagne dans les quartiers pauvres de la ville, où l’ignorance religieuse est commune et la foi mêlée de paganisme. Maria Rita s’engage en faveur de ces pauvres, leur porte nourriture et vêtements, les soigne parfois. Elle manifeste alors le désir de devenir religieuse et prend l’habitude d’assister chaque jour à la Messe. Devant son enthousiasme, son père lui dit en plaisantant : « Ma fille est déjà presque chez les Franciscaines ! » Lui-même participe comme bienfaiteur, collaborateur et membre du conseil de direction, à une œuvre sociale pour ouvriers dans l’un des quartiers les plus pauvres. Avec le consentement de la famille et le soutien de sa sœur, Dona Dulcinha, Maria Rita transforme la maison familiale en un centre de soins pour personnes dans le besoin, bientôt connu sous le nom de “porterie de saint François ”.

Maria Rita se rend un jour chez des religieuses pour y être admise, mais on lui oppose son trop jeune âge. Son père, qui souhaite la marier, ne s’en inquiète nullement, car il y voit une lubie passagère d’adolescente. À l’âge de quinze ans, à la fin de sa première année d’école normale, la jeune fille écrit de nouveau à la supérieure du couvent, sans plus de succès. Son père, lui, prend alors cette démarche au sérieux, mais déclare qu’il ne lui permettra pas d’entrer en religion avant la fin de ses études d’institutrice, trois ans plus tard. Parvenue à ce terme, Maria Rita rencontre un prêtre franciscain, le Père Hildebrand Kruthaup (1902-1986), premier d’une longue liste de prêtres qui lui serviront de guides. Né en Allemagne, ce religieux avait été envoyé au Brésil en 1924 avec quelques confrères, pour y restaurer l’Ordre de saint François. Guidée et recommandée par lui, Maria Rita entre, en 1933, dans la congrégation des “Sœurs missionnaires de l’Immaculée Conception de la Mère de Dieu ”, un rameau de l’Ordre franciscain, à São Cristóvão dans l’État de Sergipe, à 400 km de Bahia. Maria Rita a obtenu un diplôme d’institutrice et son père lui a donné son consentement.

Après avoir vécu dans l’agitation de São Salvador, Maria Rita fait une véritable plongée dans le silence ; elle accueille avec joie et dans la foi ce nouveau genre de vie, et se comporte comme une jeune fille discrète. Toutefois, elle ne parvient pas à faire les ménages et les lessives sans salir ses habits ; aussi se fait-elle réprimander par la maîtresse des novices. Seule diplômée parmi les aspirantes à la vie religieuse, elle suit pourtant humblement les cours, comme les autres. Après son temps de postulat, elle reçoit l’habit religieux avec le nom de Sœur Dulce, en mémoire de sa mère. Son modèle est sainte Thérèse de Lisieux : la jeune novice s’efforce, comme elle, de réaliser chaque action ordinaire avec amour. Elle prononce ses premiers vœux le 15 août 1934. Elle a vingt ans ; mais le contact avec les pauvres lui manque.

Le bon ange de Bahia

La nouvelle Sœur est envoyée dans un collège de la congrégation, à São Salvador, pour y enseigner. Malgré ses efforts, elle ne parvient pas à intéresser ses élèves, ni à éviter les chahuts : sa vocation n’est pas là. En septembre 1935, elle vient travailler à l’hôpital espagnol de São Salvador, en compagnie de deux Sœurs. Pendant les quatre mois qu’elle y passe, elle travaille comme infirmière auxiliaire, à la réception et comme responsable de la radiographie. Elle sait unir soins médicaux et assistance spirituelle aux malades et à leurs familles. Plus tard, en 1941, elle suivra des cours de pharmacie. Dès cette année 1935, elle entreprend d’assister la communauté pauvre d’Alagados, qui vit dans un groupe de maisons sur pilotis. Elle rend visite aux ouvriers, prie avec eux et offre nourriture et médicaments aux familles démunies, les encourageant à remplir leurs obligations religieuses. On appellera la Sœur “le bon ange de Bahia”. Ces visites ayant été dénoncées à l’archevêque, Mgr Alvaro da Silva, comme inconvenantes, car les hommes sont habillés en pantalons courts, la religieuse est convoquée à l’archevêché. Elle se justifie facilement et démontre aussi qu’elle ne perturbe nullement le travail : « Je ne visite les usines qu’à l’heure du déjeuner, car c’est le seul moment où les patrons me le permettent. »

En 1936, elle fonde, avec le Père Hildebrand, le premier mouvement ouvrier de la ville, pour organiser la solidarité et unir les travailleurs dans la foi chrétienne : l’Union ouvrière de saint François. Il ne s’agit pas de revendications sociales, mais d’améliorer concrètement les conditions de vie. Le financement de l’Union est assuré par les patrons et des personnes riches de la ville qui participent aussi aux activités. Contre la lutte des classes fomentée par les marxistes, l’Union propose la collaboration des différentes composantes de la société. Rapidement, le mouvement s’attire la haine des communistes qui y voient, avec raison, une force opposée à la leur.

Dans l’encyclique Rerum novarum, du 15 mai 1891, le Pape Léon XIII affirmait : « L’erreur capitale, c’est de croire que les deux classes sont ennemies-nées l’une de l’autre, comme si la nature avait armé les riches et les pauvres pour qu’ils se combattent mutuellement dans un duel obstiné. C’est là une affirmation à ce point déraisonnable et fausse que la vérité se trouve dans une doctrine absolument opposée… Tout l’ensemble des vérités religieuses, dont l’Église est la gardienne et l’interprète, est de nature à rapprocher et à réconcilier les riches et les pauvres, en rappelant aux deux classes leurs devoirs mutuels et, avant tous les autres, ceux qui dérivent de la justice. » Saint Jean-Paul II ajoutera, dans l’encyclique Centesimus annus, du 1er mai 1991 : « Ce qui est condamné dans la lutte des classes, c’est plutôt l’idée d’un conflit dans lequel n’interviennent pas de considérations de caractère éthique ou juridique, qui se refuse à respecter la dignité de la personne chez autrui (et, par voie de conséquence, en soi-même), qui exclut pour cela un accommodement raisonnable et recherche non pas le bien général de la société, mais plutôt un intérêt de parti qui se substitue au bien commun et veut détruire ce qui s’oppose à lui » (n° 14).

Avec l’amour, on dépasse tout !

En 1938, l’Union devint le “Cercle des Ouvriers de Bahia” (COB). La majeure partie des inscrits sont pauvres, souvent analphabètes. Moyennant une très modeste participation mensuelle, le Centre leur fournit des soins médicaux et dentaires, ainsi que des possibilités de détente. Bientôt, il y aura des cours et des ateliers de formation. Le Centre aide aussi financièrement les familles dans le besoin. L’association est présidée par un laïc, et le Père Hildebrand en est l’assistant ecclésiastique. Sœur Dulce n’y a pas de fonctions officielles, mais elle y travaille intensément. Elle recrute son propre père, qui offre des soins dentaires gratuits, et sert d’intermédiaire avec les autorités civiles et ecclésiastiques. Sœur Dulce est persuadée qu’avec l’amour on dépasse tous les obstacles et on accepte tous les sacrifices. C’est dans cet état d’esprit qu’elle redouble d’initiatives pour soulager les misères. La croissance du COB est prodigieuse : vers 1950, il comptera 25000 adhérents, ce qui représente une réelle force de progrès social dans la ville.

Saint Jean-Paul II rappellera : « Le droit naturel de l’homme à former des associations privées occupe une place de premier plan… Il s’agit avant tout du droit de créer des associations professionnelles de chefs d’entreprise et d’ouvriers, ou simplement d’ouvriers. On saisit ici le motif pour lequel l’Église défend et approuve la création de ce qu’on appelle couramment des syndicats, non certes par préjugé idéologique ni pour céder à une mentalité de classe, mais parce que s’associer est un droit naturel de l’être humain » (ibid. n° 7). Le droit d’association permet au citoyen individuel de défendre sa dignité de personne, notamment face à l’arbitraire de l’État et des puissances d’argent. Sa suppression en France, par la loi Le Chapelier (1791), a entraîné l’apparition du prolétariat, terrain favorable à l’éclosion de la lutte des classes et du communisme. Comme le rappelle le Catéchisme de l’Église catholique, le bien des personnes est l’objectif principal de toute l’activité économique : « Le développement des activités économiques et la croissance de la production sont destinés à subvenir aux besoins des êtres humains. La vie économique ne vise pas seulement à multiplier les biens produits et à augmenter le profit ou la puissance ; elle est d’abord ordonnée au service des personnes, de l’homme tout entier et de toute la communauté humaine » (CEC, n° 2426).

Dans un poulailler

En 1939, Sœur Dulce ouvre le collège Santo António, dans un quartier populaire de São Salvador, pour offrir une éducation tant aux ouvriers, le soir, qu’à leurs enfants, le matin. Un après-midi de la même année, alors qu’elle travaille au Cercle, un jeune garçon d’environ quinze ans se présente, frissonnant de fièvre et affamé. Il tousse beaucoup, et demande de l’aide : « Ma Sœur, ne me laissez pas mourir dans la rue ! » Ne pouvant l’accueillir ailleurs, Sœur Dulce l’emmène vers une maison abandonnée d’un quartier pauvre surnommé “l’île des rats”, l’y installe et lui procure soins et médicaments. Les jours suivants, elle occupe d’autres maisons avec des malades tirés de la rue. Elle obtient le concours de personnes de la haute société. Par la suite, des plaintes provenant des voisins entraînent l’expulsion de ses protégés ; il lui faut les installer dans un vieux marché de poissons, ou bien sous les arches d’un viaduc, mais la municipalité lui signifie qu’elle ne lui en donne pas l’autorisation. Avec habileté, Sœur Dulce réussit à retarder l’exécution des avis d’expulsion, allant jusqu’à affronter le préfet. Une décennie plus tard, en 1949, elle obtient de sa supérieure la permission d’utiliser le poulailler du couvent, qu’elle transforme en hospice de fortune pour les soixante-dix personnes dont elle s’occupe. Il s’agit de quelques baraques où l’on a mis des poules. Lorsque la supérieure lui demande ce qu’elle a fait des poules, la Sœur répond qu’elles ont servi à nourrir ses pauvres… La proximité du couvent permet à Sœur Dulce de veiller davantage sur ses pauvres, et les malades n’ont pas l’impression d’être abandonnés lorsqu’elle rentre en clôture. Là est l’origine de l’hôpital Santo António. Lorsque l’un de ses malades approche de la mort, elle a soin de lui donner la possibilité de se confesser. Il lui arrive aussi d’enterrer les corps de personnes mortes dans la rue. Elle se fait alors aider de Sœurs de son couvent, et parfois de jeunes filles du collège Santo António.

Sœur Dulce est atteinte par la tuberculose ; elle a trente-cinq ans. Le surmenage et sa négligence à se soigner sérieusement aggravent le mal. Elle accepte pourtant de passer quarante-cinq jours dans un couvent qui fait office de sanatorium, mais elle gardera des difficultés respiratoires notables. Quels que soient ses travaux, elle reste très fidèle au Rosaire, et il est rare qu’elle s’endorme avant d’avoir fini de réciter les quinze dizaines. Considérant que la grâce de Dieu est plus importante que ses efforts, elle s’applique à une prière continuelle. Je suis la vigne, vous les sarments, dit Jésus. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi, vous ne pouvez rien faire (Jn 15, 5).

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les sous-marins allemands font régulièrement des victimes le long des côtes brésiliennes. En 1942, sous la pression populaire, le Brésil déclare la guerre à l’Allemagne. L’archevêque doit destituer de leur poste tous les prêtres allemands qui œuvrent dans le diocèse. Le Père Hildebrand, contraint d’abandonner le COB, est remplacé par un franciscain brésilien. Il en résulte un surcroît de travail pour Sœur Dulce vers laquelle on se tourne de plus en plus. Inquiète de la participation croissante de celle-ci à la vie administrative du COB, sa supérieure lui interdit de s’y impliquer. Mais beaucoup de personnes recourent directement à elle, et il lui faut continuer ses activités caritatives. Grâce à sa facilité d’établir des contacts personnels, elle est la principale source de revenus du Centre : elle fait de véritables campagnes d’appels de fonds, et, en 1946, obtient des aides financières de hauts personnages et de grandes sociétés. Le Père Hildebrand avait fait la connaissance, en 1941, d’un jeune ingénieur, Norbert Odebrecht, fils d’un émigré allemand entrepreneur en bâtiments. Norbert devient un auxiliaire précieux pour Sœur Dulce : ils réalisent en particulier un nouveau siège pour le COB, avec des espaces sanitaires bien plus vastes et une école.

« Mon patron est exigeant ! »

L’augmentation de la population de São Salvador entraîne l’apparition des premiers bidonvilles, “favelas” en portugais. Sœur Dulce les visite, et cherche à remédier aux besoins les plus urgents. En 1950, elle commence à venir en aide aux détenus d’une prison en améliorant leurs conditions d’hygiène. De 1952 à 1956, Sœur Dulce remplit la charge de supérieure de son couvent Santo António. À partir de 1954, ses difficultés respiratoires la contraignent de dormir assise ; mais elle sait que la souffrance offerte attire des grâces de Dieu. Lorsqu’on lui fait remarquer la brièveté de ses temps de repos, elle répond : « Mon Patron est exigeant ! »

En 1959, diverses œuvres caritatives de São Salvador da Bahia dues aux initiatives de la Sœur sont regroupées sous le nom d’“Œuvres caritatives de la Sœur Dulce” (OSID), reconnue comme association humanitaire par les autorités brésiliennes, dont le noyau central est l’hôpital Santo António, devenu un établissement moderne de 150 lits. À cette époque, la Sœur bénéficie d’une aide gouvernementale américaine, son œuvre étant vue comme un puissant point d’appui contre le communisme. Devant l’afflux des plus nécessiteux, ses œuvres grandissent, et de nombreux volontaires la rejoignent. Elle fondera, en 1984, l’Institut des Filles de Marie, Servantes des Pauvres, pour l’aider dans ses œuvres.

Divers courants de pensée agitent alors l’Église au Brésil, dont la “Théologie de la libération”. Plusieurs personnes tentent d’attirer Sœur Dulce à cette idéologie, mais elle demeure toujours fidèle à l’enseignement de l’Église, ce qui lui vaut bien des contradictions. En 1964, la Sœur inaugure le Centre éducatif Santo António (CESA), à Simões Filho, pour accueillir les enfants sans famille. La ferme où est installé le CESA a été donnée par le gouvernement. Cette même année, le principal soutien de Sœur Dulce, le cardinal Alvaro da Silva, prend sa retraite ; Don Eugène Sales est nommé administrateur de l’archidiocèse. Certaines religieuses craignent la faillite de leur Institut en raison des entreprises de la Sœur et pensent que celles-ci ne sont pas conformes au charisme de l’Institut. Mgr Sales, qui estime Sœur Dulce et ses pauvres, obtient de Rome pour elle un indult d’exclaustration de sa communauté, qu’il lui impose. Elle peut ainsi continuer ses œuvres, dont son Institut n’est plus responsable, tout en gardant son habit religieux. Concrètement, ce sont les autres Sœurs qui quittent Santo António pour se regrouper dans une autre maison, laissant Sœur Dulce seule ; cette situation lui permet de continuer à s’occuper de l’école, de l’hôpital et de ses pauvres.

Santo António devient alors une annexe des OSID. Malgré cette situation étonnante, la supérieure locale et Sœur Dulce continuent à correspondre par écrit sur un ton courtois. En 1969, à la mort du cardinal Alvaro da Silva, Mgr Eugène Sales devient archevêque de São Salvador, et fait prolonger l’exclaustration de la Sœur. En 1970, un nouveau bâtiment est ouvert, doublant la capacité de l’hôpital pour la porter à 300 lits. Mais il y a parfois des conflits entre Sœur Dulce et les médecins, car elle désire que tous les demandeurs soient admis ; en revanche, eux soutiennent qu’au-delà d’un certain nombre, il y a trop de risques de contagion. Un nouveau pavillon de l’hôpital est inauguré en 1974, exclusivement destiné aux personnes handicapées.

Ceux dont personne ne veut

En 1976, grâce au nouvel archevêque de São Salvador, Sœur Dulce est enfin pleinement réintégrée dans sa congrégation religieuse, et complètement absoute de l’accusation de désobéissance. Mais sa santé se dégrade : outre une capacité respiratoire réduite au tiers de la normale, des pneumonies successives se déclarent. Sa préoccupation demeure cependant le soin des pauvres, surtout de ceux dont personne ne veut. Sœur Dulce et Mère Teresa de Calcutta se rencontrent en 1979 à São Salvador ; l’année suivante, lors de son premier voyage apostolique au Brésil, le Pape Jean-Paul II rend visite à la Sœur. En dépit d’accidents cardiaques, celle-ci poursuit ses multiples activités. En 1990, elle est hospitalisée pendant seize mois. En 1991, elle est prise de convulsions avec une fièvre constante. Entre les crises, elle ne peut s’exprimer que par gestes. Elle tombe souvent dans le coma. En octobre 1991, elle reçoit à nouveau, sur son lit de malade, la visite de saint Jean-Paul II, lors de son deuxième voyage apostolique au Brésil. En novembre, une ostéoporose avancée lui provoque une fracture du fémur. Les derniers jours de sa vie s’écoulent dans le coma. Elle meurt le 13 mars 1992, âgée de 77 ans, dans la partie hospitalière de son couvent de Santo António. Son corps, exhumé en 2008 pour être transféré à la cathédrale de São Salvador, a été retrouvé intact. Sœur Dulce a été canonisée le 13 octobre 2019 par le Pape François, sous le nom de sainte Dulce des Pauvres. Un réseau d’hôpitaux et de centres de soins médicaux de très bonne réputation, réservés aux plus démunis, et plusieurs centres d’aide sociale constituent son héritage. Ce sont aujourd’hui plus de 5 millions de personnes qui en bénéficient chaque année.

« Chaque fois que vous le pouvez, parlez d’amour et avec amour à quelqu’un. C’est bon pour les oreilles de l’auditeur et l’âme de l’orateur », disait sainte Dulce des Pauvres. Que cette recommandation nous soit une règle dans nos rapports mutuels !

 

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