12 février 2025

Vénérable Frère Ave Maria

Bien chers Amis,

H‌eureux les affligés, car ils seront consolés, nous dit Notre-Seigneur Jésus-Christ (Mt 5, 4). Cette béatitude semble paradoxale. Comment peut-on être heureux en souffrant ? La vie de Cesare Pisano, en religion Frère Ave Maria, démontre qu’il est possible d’être heureux malgré une vie très éprouvée… à condition de chercher et de rencontrer Dieu, comme il l’a fait.

Cesare Pisano est né à Pogli di Ortovero, petite ville de Ligurie, en Italie du nord, le 24 février 1900. Il est l’aîné de cinq enfants, issus de parents chrétiens et laborieux. Son père, Cesare, boulanger, s’exile, seul, en Amérique du Sud pour offrir de meilleures conditions de vie à sa famille. L’éducation des enfants incombe entièrement à leur mère, Serafina : femme courageuse, intelligente et sensible, elle accomplit son devoir au prix de nombreux sacrifices. Cesare grandit dans la piété et la sobriété. Vigoureux, vif et intelligent, il réussit dans ses études, au village d’abord, puis à l’Institut du Sacré-Cœur d’Albenga. La vie semble lui sourire.

Le 1er novembre 1912, fête de la Toussaint, voyant Cesare en compagnie de garnements, son grand-père lui fait signe de le suivre au cimetière afin de prier pour les morts. Mais le garçon fait semblant de ne pas voir et s’en va jouer dans la forêt voisine avec son ami « Tumelin » (Barthélemy) et quelques autres gamins… Dans une écurie ouverte, ils trouvent un fusil, qu’ils croient déchargé. Curiosité, goût de l’aventure ou inconscience, ils jouent à la guerre et échangent joyeusement le fusil et les rôles. « Tire, tire, je n’ai pas peur ! » , crie Cesare en écartant les bras, prêt à « faire le mort » … Et Tumelin appuie sur la gâchette… Les plombs atteignent Cesare aux deux yeux. Il s’effondre en criant : « Maman ! » , et le jeu devient tragédie.

On transporte le blessé à l’hôpital. Le médecin se voit obligé de pratiquer l’ablation de l’œil gauche. Il laisse un léger espoir de récupération de l’œil droit ; mais l’avenir démentira ce pronostic. Cesare racontera, bien plus tard : « À l’hôpital, c’est mon frère qui m’a dit que j’avais perdu mes yeux. Plus tard, le médecin a répondu à mon père, venu d’Amérique, qu’il faudrait un miracle pour que je puisse recouvrer la vue. Il l’a dit en ma présence : j’étais désespéré… » L’affection dont il était entouré ne pouvait combler sa solitude désolée. Son avenir, ses espoirs s’effondraient. « Avec la vue, petit à petit, j’ai aussi perdu la paix et la foi. Je croyais que ce monde était à la merci d’un grand esprit capricieux, cruel et injuste. »

À treize ans, Cesare est placé à l’Institut David Chiossone de Gênes qui prend en charge les aveugles pour les aider à surmonter leur handicap. Pour lui, commence un temps de crise, de dégoût de la vie poussé jusqu’au désespoir. À l’école, il apprend la méthode Braille d’écriture et de lecture pour les aveugles ; mais il ne s’applique pas comme il le pourrait. Apathique, il traîne toute la journée et s’irrite de tout. La rébellion naît en lui contre le « mauvais sort » dont il se juge victime. Ces pensées sombres détruisent sa confiance en Dieu. Cesare ne prie plus, renie l’Église et n’assiste plus à la Messe. Par ressentiment, il nie l’existence de Dieu. Pendant quatre années, il demeure dans un grand vide spirituel. Il avouera plus tard avoir été un grand pécheur. « J’avais honte de ma cécité physique et intellectuelle ; mais je n’avais pas honte d’être aveugle moralement, spirituellement. »

Cesare était déjà aveugle depuis trois ans lorsqu’une Fille de la Charité, Sœur Teresa Chiapponi, arrive à l’Institut David Chiossone comme infirmière. Cette religieuse commence à « marteler » le cœur de ce jeune homme rebelle, avec des gestes de charité délicats et des paroles de foi simples mais puissantes. Elle lui fait prendre conscience de sa déchéance spirituelle et morale. « Tu n’as pas assez d’être aveugle des yeux, lui dit-elle, veux-tu aussi grandir aveugle dans l’âme ? » Cesare se souvient : « À considérer cette religieuse toujours occupée de Dieu et du prochain, je pensais : “Ou elle est folle, ou c’est une sainte.” » En 1919, sa grand-mère décède : cet événement provoque chez le jeune homme une réflexion sur le sens de la vie. Un jour où Sœur Teresa le voit enfoncé dans une crise de mélancolie, elle lui dit : « Pourquoi ne pries-tu pas pour ta grand-mère que tu aimes tant ? » Cesare accepte ; quelque temps plus tard, il se confesse et communie. C’est le moment de la grâce. Une nouvelle compagnie – celle de Dieu – donne sens et intérêt à ses jours de désolation. Il commence à prier volontairement, seul et avec d’autres. Lui qui, depuis si longtemps, n’aimait rien, aime désormais être avec Dieu. Détaché et désenchanté de tout le créé, il réalise que « Dieu est tout » . Et c’est avec enthousiasme qu’il se remet aux études et apprend divers petits métiers qui lui seront utiles plus tard.

L’éveil d’une vocation

Un jour, Sœur Teresa demande : « Cesare, que vas-tu faire de ta vie ? » Par moquerie, il lui répond : « Je serai moine ! » La Sœur se tait et prie. Quelques jours plus tard, elle entend Cesare lui demander, sérieusement cette fois : « Sœur Teresa, qu’en dites-vous ? Est-ce que je pourrais me donner au Seigneur ? – Oui, tu le peux, et même tu dois le faire. Réfléchis bien. » Elle pense à Don Orione, un prêtre qui cherche à permettre l’accès à la vie religieuse aux personnes aveugles. Don Luigi Orione (1872-1940), canonisé en 2004, est un prêtre piémontais, fondateur en 1903 de la « Petite œuvre de la Divine Providence » qui répond avec souplesse aux besoins spirituels de personnes très diverses : enfants pauvres, malades, victimes de catastrophes naturelles, etc. Sœur Teresa a entendu parler des « Ermites de la Divine Providence » , branche contemplative de l’œuvre. Peut-être y a-t-il là une place pour Cesare ? Elle se rend à Tortone pour rencontrer Don Orione et lui demande avec un peu d’anxiété quelles sont les conditions pour qu’un jeune homme aveugle soit reçu au noviciat. Le prêtre lui répond : « Une seule chose est absolument nécessaire et indispensable… qu’il se présente personnellement à la porte ! »

Dès sa première rencontre avec Don Orione, Cesare est profondément touché par les paroles passionnées et concrètes que le prêtre lui adresse, paroles jaillies de sa confiance illimitée dans la divine Providence. Le jeune homme écrira : « Don Orione m’a convaincu de conquérir les richesses éternelles, la vraie lumière, la sagesse divine. Désespéré des biens terrestres (heureux désespoir ! ), mon cœur a été rempli d’une espérance joyeuse et lumineuse et d’une certitude de la possibilité et de la facilité d’atteindre le vrai bonheur dans la vie immortelle, à laquelle tout cœur humain aspire et se sent attiré. »

Le 18 mars 1920, Cesare arrive à la maison mère de la « Petite œuvre » , à Tortone. Il y retrouve la passion de vivre, la paix et cette joie sereine qui semblait à jamais effacée de son visage. En juillet, il commence son noviciat à la villa Moffa, à Bra dans la province de Coni. Le fondateur discerne chez son novice une aptitude à la vie contemplative centrée sur l’adoration eucharistique. « Dans la nuit de l’Assomption de 1920, j’ai eu la grâce de recevoir le saint habit des mains de mon très vénéré Père Don Luigi Orione et, grâce à Dieu, cet habit était si pauvre que le pauvre séraphique d’Assise (saint François) aurait pu m’envier. »

Cesare passe une année entière au « Paterno » (la maison générale) de Tortone. L’année suivante, après avoir participé aux Exercices spirituels, il s’installe à Bra. Il fréquente l’école et le lycée, apprend le latin grâce à la méthode Braille ; la prière et le travail occupent le reste du temps : « Je vais scier du bois pour la cuisine… le sacristain m’appelle pour l’aider… Je vais aussi éplucher des pommes de terre, des potirons et des navets. » Comme de nombreux aveugles, il a appris à surmonter son handicap en se servant de ses autres sens : l’ouïe, le toucher, l’odorat… Il participe activement à la construction d’une grande « grotte de Lourdes » dans le parc : « J’étais paresseux, en plus d’être aveugle, et je n’avais jamais fait ces travaux, mais pour l’amour de la Madone j’ai commencé à travailler avec une pioche et une pelle, de sorte que peu à peu, le travail est devenu pour moi une chose douce, beaucoup plus douce que le jeu ne l’avait été pour moi dans mon enfance. »

« Donner un coup de pied à ce monde »

En 1922, Cesare commence son année de noviciat, non sans traverser des moments de lutte intérieure, dans lesquels Sœur Teresa Chiapponi, par courrier, lui donne de précieux conseils. Il est conscient que sans cet accident qui l’a rendu aveugle, il n’aurait jamais découvert les desseins d’amour de Dieu sur lui. Très humble, il est accablé par ses péchés passés, et a besoin de toute sa confiance en la miséricorde de Dieu et l’intercession de Marie pour surmonter ce sentiment d’indignité. « Si je pense à ce qui s’est passé en moi en peu de temps, à ma décision résolue de donner un coup de pied une fois pour toutes à ce monde corrompu et corrupteur, maître de la haine, de l’envie, de la calomnie, de l’imposture, de la fraude, des scandales, plein de dangers, créateur de toute tromperie, je dois reconnaître la vérité : ce n’est pas moi qui ai choisi la meilleure part et qui ai bien fait, mais ce sont le Seigneur et la Madone qui ont tout choisi et tout fait en moi. »

Le 13 mai 1923, Cesare monte à l’Ermitage Sant’Alberto di Butrio situé dans un lieu isolé, à 700 mètres d’altitude dans l’Apennin lombard, et y trouve une petite communauté installée là par Don Orione deux ans plus tôt, composée d’un prêtre et de trois ermites. Enchanté, il écrit : « Je suis venu dans ce petit coin de paradis, accueilli paternellement, maternellement, fraternellement par quatre saintes âmes, vivant ici dans une charité héroïque ! Ici tout manque… Non, au contraire, rien ne manque pour ceux qui veulent devenir saints ! » Le 9 septembre 1923, fête de saint Albert (le fondateur de l’abbaye de Butrio, vers 1030), Don Orione revêt Cesare de l’habit d’ermite, blanc avec deux bandes beiges. Il lui donne un nouveau nom, Frate Ave Maria (Frère Je vous salue Marie), en lui disant : « Je te confie une tâche, celle de prier ; prie toujours, prie pour tout le monde. » Chaque jour, on le voit à genoux à l’église, dès quatre heures du matin. Sa respiration est rythmée par d’incessants « Je vous salue Marie » . Il récite plusieurs rosaires par jour. On lui demande : « N’êtes-vous pas fatigué à force de vous tenir ainsi, absorbé et à genoux ? – On se fatigue seulement à faire ce qui ne nous plaît pas. » Et il observe : « En parlant au Seigneur, on commence par lui demander ce qui nous plaît, mais on finit toujours par préférer sa Volonté à la nôtre. » Sa figure, ornée d’une longue barbe et de cheveux flottants, lui donnent l’allure d’un Père du désert.

Sa chemise d’hiver

Après seulement un an de vie à l’Ermitage, un événement douloureux marque la vocation du Frère Ave Maria. Dans la nuit du 6 novembre 1924, il a un crachement de sang, qui se reproduit les jours suivants. Le médecin du village diagnostique une tuberculose avancée et lui annonce sa mort prochaine ; à la grande surprise du praticien, le malade survit, mais il restera souffrant et fragile. Le froid qui règne en hiver dans l’ermitage non chauffé le fera beaucoup souffrir. « Je suis un pauvre aveugle, non seulement en compagnie de sœur Cécité, mais aussi atteint d’autres maux… avec une faible voix rauque, à peine audible. » Toux et perte d’appétit constituent sa « chemise d’hiver » . Il commente : « Ce sont tous les bijoux que le Seigneur me donne ; serais-je assez fou pour les refuser ? Peut-être ces bijoux m’accompagneront-ils jusqu’à ma mort ; il ne m’est pas permis d’en préférer d’autres ! » Les ermites de Saint-Albert, dans les années 1930, sont au nombre de sept. Certains sont aveugles, d’autres voyants.

Frère Ave Maria tient dès lors entre ses mains les fils avec lesquels il tissera sa vie : extérieurement, ce sont l’ermitage, la communauté, la prière, la pénitence, le travail et les tâches subalternes ; intérieurement, l’expérience de sa propre misère et de la divine Providence, la lumière de la foi, de la charité, de l’intimité avec Dieu et la Madone, l’attente confiante du Ciel. Les premières lettres du Frère Ave Maria remontent à 1924 ; au fil des années, elles deviendront de plus en plus nombreuses. Avant 1942, il utilisait une machine Braille pour aveugles. À partir de 1942, il dispose d’une machine à écrire Olivetti ordinaire ; il connaît par cœur l’emplacement des touches. L’ensemble de ses lettres conservées couvre quatorze volumes.

L’obéissance fait des miracles : en cet été 1928, l’unique puits alimentant l’ermitage est presque à sec. Don Orione a invité une cinquantaine de jeunes clercs du collège de Tortone à passer un mois de vacances dans ce bel endroit. Un prêtre de passage conseille fortement, au nom de la prudence et de l’hygiène, de décommander ce séjour : que deviendront ces jeunes s’ils ne peuvent pas se laver et n’ont que de l’eau bourbeuse à boire ? Averti par un jeune qui est descendu à Tortone (à 30 km), Don Orione fait remonter le messager avec cette consigne : « Ordonne à Frère Ave Maria, de ma part, d’aller à la margelle du puits et de réciter trois Notre Père. Dieu bénira son obéissance. » Le frère n’hésite pas : il va au puits et récite avec grande dévotion les trois Pater Noster. Et puis, il jette le seau avec une poulie au fond du puits… et à la surprise générale, le seau ressort plein d’une eau pure et fraîche. L’eau coulera en abondance pendant tout le mois de vacances des clercs… Le lendemain de leur départ, le puits sera de nouveau à sec. L’humble frère expliquera ce prodige par la seule foi de Don Orione.

« Seulement de passage »

À l’exception de deux séjours à l’ermitage de Monte Soracte, près de Rome (1952-1954), et à celui de San Corrado di Noto, en Sicile (1954-1957), Frère Ave Maria passera le reste de sa vie à l’ermitage de Sant’Alberto di Butrio. Partout, il mène « une vie de silence, de recueillement, de prière, pour mieux méditer les vérités éternelles » . Don Orione aimait lui envoyer des personnes angoissées, éprouvées, « en recherche » , afin qu’il les réconforte et les encourage à prier et à s’abandonner à la Providence. Il s’agissait souvent de personnages haut placés socialement : aristocrates, professeurs, scientifiques, écrivains… Un riche Génois arrive un jour à l’ermitage et entre dans la cellule du Frère. Il est surpris de voir dans quelle pauvreté vit ce moine. Il lui demande : « Mais où sont vos affaires ? – Et vous, où sont les vôtres ? – Mais je suis seulement de passage ici ! – Eh bien, moi aussi ! »

Dans les années 1940, après la mort de Don Orione, le Frère Ave Maria devient célèbre, bien malgré lui, et les gens se pressent, les jours de fête, pour le voir et recevoir de lui une parole d’encouragement ; une parole seulement en raison de l’état de ses poumons. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, il offre ses souffrances, en particulier la faim endurée à l’ermitage, pour son peuple accablé de calamités. L’ermitage donne asile à de nombreux réfugiés, notamment à des Juifs persécutés. Après la guerre, le Frère remarque : « Tous parlent de liberté et de paix, mais seul Dieu est libre et seul celui qui fait sa Volonté jouit de la liberté des enfants de Dieu, qui est une surabondance de paix et de joie dans l’Esprit Saint. Ou l’homme prie Dieu, ou il grogne. »

Le Frère Ave Maria a bénéficié de grâces et de charismes particuliers, qu’il tenait cachés sous les apparences d’une vie “normale”. Dieu lui parlait au moyen de locutions intérieures : « J’entends une voix qui résonne dans mon cœur et qui m’enseigne. Une voix qui s’adresse à moi seul, et qui commence en me faisant voir mes péchés, puis les détester de tout mon cœur. Oh ! quelle paix inonde mon âme chaque fois que j’entends cette voix ! » Il traduisait ainsi son expérience spirituelle : « C’est l’embrassement amoureux de l’Infiniment Grand et de l’infiniment petit. » On était frappé par la facilité avec laquelle il s’élevait des choses naturelles aux surnaturelles. Le Frère disait, à propos de la Messe : « Pour nous, la Messe, c’est être présent au Golgotha, avec Marie et Jean. C’est le même sacrifice. Si l’on peut dire, c’est être transporté là-bas, à rebours des siècles. Être là, au Calvaire, où Jésus meurt. »

Saint Jean-Paul II écrit à ce sujet : « Quand l’Église célèbre l’Eucharistie, mémorial de la mort et de la résurrection de son Seigneur, cet événement central du salut est rendu réellement présent et ainsi “s’opère l’œuvre de notre rédemption”. Ce sacrifice est tellement décisif pour le salut du genre humain que Jésus-Christ ne l’a accompli et n’est retourné vers le Père qu’après nous avoir laissé le moyen d’y participer comme si nous y avions été présents. Tout fidèle peut ainsi y prendre part et en goûter les fruits d’une manière inépuisable. Telle est la foi dont les générations chrétiennes ont vécu au long des siècles. Cette foi, le Magistère de l’Église l’a continuellement rappelée avec une joyeuse gratitude pour ce don inestimable. Je désire encore une fois redire cette vérité, en me mettant avec vous, chers frères et sœurs, en adoration devant ce Mystère : Mystère immense, Mystère de miséricorde. Qu’est-ce que Jésus pouvait faire de plus pour nous ? Dans l’Eucharistie, il nous montre vraiment un amour qui va « jusqu’au bout » , un amour qui ne connaît pas de mesure » (Encyclique Ecclesia de Eucharistia, 2003, n° 11).

La véritable “bonne mort”

Le jour de la Toussaint 1962, cinquantième anniversaire de sa cécité, devant ses confrères réunis, il avoue, en paraphrasant saint Paul : « Oui, la cécité est une croix. Mais cette croix est momentanée et très légère, comparée à la lumière bienheureuse et éternelle qui nous est préparée » (cf. 2 Co 4, 17). En évoquant sa fin prochaine, le Frère Ave Maria avait écrit : « Qu’elle est douce, la mort, pour ceux qui passent toute leur vie terrestre à apprendre à bien mourir ! Ce n’est pas la mort qui est amère ; ce sont les actions qu’on a faites pendant cette vie qui peuvent la rendre amère. Mais comme ils meurent bien aussi, les pécheurs qui, entre leurs péchés et la mort ont connu des années de vie pénitente, de vie menée dans la crainte et l’amour de Dieu… Qu’importe de mourir jeune ou vieux, pauvre ou riche ? Ce qui importe, c’est de bien mourir, de mourir saintement. Et pour mourir saintement, il faut vivre saintement en pensant souvent à la mort, en pensant toujours, avant de faire quelque chose : à l’heure de ma mort, que serai-je heureux d’avoir fait ? »

« La mort est transformée par le Christ. Jésus, le Fils de Dieu, a souffert Lui aussi la mort, propre de la condition humaine. Mais, malgré son effroi face à elle, il l’assuma dans un acte de soumission totale et libre à la volonté de son Père. L’obéissance de Jésus a transformé la malédiction de la mort en bénédiction » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 1009).

En janvier 1964, l’état de santé du Frère Ave Maria s’aggrave et ses supérieurs l’envoient à l’hôpital de Voghera, tenu par la congrégation. Malgré les soins reçus, il décline rapidement. Le 20, en pleine conscience, il reçoit avec joie les Sacrements et murmure : « Tout est bonté et miséricorde du Seigneur. » Il expire le 21 janvier ; sa tombe se trouve aujourd’hui dans l’église de l’ermitage Saint-Albert. Le 18 décembre 1982, saint Jean-Paul II a signé le décret proclamant l’héroïcité de ses vertus. Le Frère Ave Maria est désormais « vénérable » , en attendant le miracle qui permettra sa béatification.

« Un homme heureux » ; c’est ainsi que se définissait le Frère : « Voici un miracle accompli par le Seigneur et par la Madone : un aveugle, grand pécheur, pardonné de Dieu, en habit de pénitent, reclus entre les quatre murs d’un ermitage, cet aveugle est heureux : assez heureux pour avoir compassion des riches, des puissants, des sages de ce monde qui n’ont pas la foi ni l’amour de Dieu. Cet aveugle heureux prie Dieu et sa Mère céleste pour que le nombre de ces malheureux soit réduit le plus possible. »

Bienheureux José Hernandez Cisteros