10 septembre 2025

Bienheureux Stefan Wyszynski

Bien chers Amis,

Encore enfermé dans une prison communiste, Mgr Wyszyński confiait à un ami qui avait réussi à le voir : « Bien sûr, ces messieurs du gouvernement ont commis une grande injustice en me privant de mes droits de citoyen à la justice et à la liberté. Pourtant je ne leur en veux pas ! Vrai de vrai, je ne saurais leur faire la moindre peine. Je crois ne pas mentir en disant que je n’ai pas manqué à l’amour, non seulement à l’égard de mes amis, mais aussi à l’égard de mes ennemis que je transforme, dans mon cœur, en frères. » Cet héroïque prélat polonais attribuera à la Vierge Marie, à laquelle il s’était consacré, la grâce de « n’avoir jamais gardé une ombre de rancune à l’égard de qui que ce soit » . Appuyé sur cette solide dévotion mariale, il a lui-même soutenu son Église sous les régimes totalitaires nazi et communiste, et préparé la voie au Pape saint Jean-Paul II.

Stefan Wyszyński naît le 3 août 1901, à Zuzela au sud-ouest de la Pologne. Deuxième enfant d’une famille qui en comptera six, il a neuf ans lorsqu’il perd sa mère. Son père se remarie bientôt, et sa deuxième femme se montre pour les orphelins la plus tendre des mères. Après sa scolarisation, le jeune homme continue sa formation à l’école de commerce de Łomża, durant les tourments de la Première Guerre mondiale. Il connaît les privations, le froid et la faim. Il s’inscrit dans un groupe de scouts. Le scoutisme est alors traqué par les occupants allemands. Stefan prend part à des activités clandestines, ce qui lui vaut d’être condamné à la peine du fouet. Il s’en montrera très fier. En 1917, Stefan entre au petit puis au grand séminaire de Włocławek et, le 3 juillet 1924, reçoit l’ordination sacerdotale ; il n’a pas encore vingt-trois ans. « C’est à Częstochowa devant l’autel de la Vierge de Jasna Góra que j’ai célébré ma première Messe, écrira-t-il… Quelle que soit ma vie, elle devra toujours suivre les traces de Marie. » Il est nommé vicaire à la cathédrale de Włocławek. Rédacteur du bulletin diocésain, professeur aux cours du soir pour adultes, il a l’esprit clair et la plume facile. Très vite, il se révèle comme orateur-né. Ses supérieurs, devinant ses aptitudes, l’envoient à l’Université catholique de Lublin.

En 1929-1930, l’abbé Wyszyński fait le tour de l’Europe pour étudier les réalisations concrètes de l’apostolat en milieu ouvrier. Il découvre avec émerveillement la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne), récemment fondée sous l’impulsion de Pie XI. L’Autriche, l’Italie, la France, la Belgique, l’Allemagne lui fournissent des éléments précieux pour l’élaboration d’un programme de syndicats chrétiens, adapté à la Pologne. Nommé vicaire dans la paroisse de Lipno, puis à Przedcz, il est, de plus, professeur de sociologie et de droit canon au grand séminaire de Włocławek. Il trouve encore le temps d’encourager dans leurs débuts les syndicats chrétiens, ce qui suscite des tensions avec certains grands patrons : on le traite de “rouge”. Il se réclame pourtant des encycliques sociales. Estimant que rien ne saurait remplacer l’expérience directe, il engage ses séminaristes dans l’apostolat en milieu ouvrier pour une confrontation directe avec les problèmes brûlants de l’époque : les conséquences morales du chômage, les crises économiques, les salaires insuffisants, les droits de la personne, la promotion culturelle des ouvriers, etc. Les acquis intellectuels ou pratiques du catholicisme social auxquels l’abbé Wyszyński a contribué, sont reconnus par le Primat de Pologne, le cardinal August Hlond, qui, en 1938, lui demande de faire partie de son Conseil social.

La Pologne est envahie par l’armée allemande le 1er septembre 1939, et, le 17 septembre, l’URSS y pénètre à son tour. L’abbé Wyszyński figure sur la liste tenue par les nazis des prêtres polonais à abattre, avec le motif “excès de sacerdoce”. Son évêque, Mgr Kozal, mort depuis à Dachau en odeur de sainteté, lui ordonne de « prendre le maquis » . Dans le pays ravagé, il organise des cours clandestins de catéchèse, prêche des retraites pour la jeunesse universitaire et participe à l’aide aux familles juives qui se cachent. L’abbé devient aussi aumônier de l’armée clandestine (A.K.) pendant l’insurrection de Varsovie, et il échappe plusieurs fois à la mort. Le bilan de l’occupation nazie est lourd pour l’Église polonaise : 2500 prêtres exécutés ou morts dans des camps d’extermination, d’innombrables paroisses sans desservant. Cependant, les vocations affluent, vigoureuses et ferventes. Dès 1945, l’abbé Wyszyński rouvre le grand séminaire. Au début de cette même année, l’armée soviétique chasse les troupes allemandes de la Pologne.

« Je suis votre père ! »

Le 4 mars 1946, l’abbé Wyszyński est nommé par Pie XII évêque de Lublin. Le 12 mai, il reçoit la consécration épiscopale des mains du cardinal Primat Hlond, au sanctuaire de Częstochowa. Dans son homélie, il emploie pour la première fois une formule qui lui est chère : « Mes enfants, enfants de Dieu ! » Aussitôt il s’en excuse : « Beaucoup d’entre vous sont mes aînés (il n’a que 45 ans…), mais nous sommes ici dans l’ordre de la grâce et, en tant que votre évêque, je suis votre père dans la grande famille de Dieu. » Il promeut un renouveau spirituel et moral de son clergé, par le biais de récollections pour les prêtres. Dans un pays disloqué par les ressentiments, il appelle à la paix et à l’unité, car le testament du Seigneur Jésus, c’est qu’ils soient un. « Je veux, affirme le prélat, avec l’aide de la grâce, consacrer toutes les forces de mon corps et de mon âme à la gloire de Dieu seul – soli Deo (sa devise épiscopale) –, pour le salut de ceux qui me sont confiés. » L’évêque de Lublin étonne par son immense capacité de travail. Ses journées sont surchargées, et il trouve encore le temps d’écrire des articles, de faire des conférences pour des ouvriers sur la doctrine sociale de l’Église, et de répondre aux lettres qui affluent. « Ses paroles nourrissaient comme du pain bien cuit… Il était humain, humble et vrai » , écrit un témoin. Il participe à la reconstruction de la cathédrale et des églises du diocèse. En deux ans, il accomplit quatre-vingts visites pastorales dans les paroisses. Il s’engage dans l’Acte d’offrande de la Pologne au Cœur immaculé de Marie, à Jasna Góra, émis le 8 septembre 1946 par l’épiscopat polonais ; cet acte solennel laissera une trace durable sur ses futures initiatives mariales et modèlera la vie sociale de la Pologne.

Après la mort subite du cardinal Hlond, le 16 novembre 1948, Mgr Wyszyński est nommé par le Pape Pie XII archevêque de Varsovie et de Gniezno, avec le titre de Primat de Pologne. Ce choix a eu lieu à la demande personnelle du Primat Hlond, alors mourant. Comme ses prédécesseurs, il reçoit les pouvoirs extraordinaires de légat du Pape, liées aux difficiles conditions de fonctionnement de l’Église dans la Pologne gouvernée par les communistes. Ces droits s’étendent à tout le territoire du pays et à une partie de l’Union soviétique. L’enseignement pastoral du Primat est d’une grande intensité. Il prend un soin tout spécial des jeunes et encourage les fidèles à approfondir leur vie intérieure. Il accueille de très nombreux fidèles, mais aussi des orthodoxes, des protestants et des juifs. Viennent aussi à lui des prêtres et des fidèles de pays situés derrière le rideau de fer, et des groupes de la diaspora polonaise en Occident. Il établit avec audace, en 1949, une commission mixte du gouvernement et de l’épiscopat, afin de discuter des relations entre l’État et l’Église. « L’Église, écrira-t-il, nous élève dans un esprit de collaboration et de paix sociale. » Cet état d’esprit explique ses efforts, non pas de collaboration, mais de rapports aussi pacifiques que possible avec les autorités civiles communistes, afin que l’Église puisse subsister sans jamais sacrifier l’essentiel. En cherchant un modus vivendi avec le régime communiste, il vise à une détente pour l’Église, mais il tient aussi à avoir en main une base légale pour réclamer les droits imprescriptibles de celle-ci. Cependant les critiques fusent de toutes parts : « On ne conclut pas d’accord avec le diable ! » , disent certains. « Avec le diable, non, avec les hommes, oui ! » , riposte l’archevêque. Ainsi, en avril 1950, il signe un accord, sans précédent pour l’époque, avec le gouvernement. Cette entente, qui sera d’ailleurs constamment violée par les autorités civiles, limite quelque peu leur action contre l’Église. L’accord a été signé sans en référer au Saint-Siège, mais le Pape Pie XII l’avalise, en janvier 1951, après une visite à Rome de Mgr Wyszyński. Pourtant, une propagande fallacieuse cherche à imposer la caricature d’un Primat de Pologne rétrograde, arc-bouté sur des privilèges périmés et violemment opposé à toute “normalisation” des rapports entre l’Église et l’État.

« Nous ne pouvons accepter ! »

Le 9 février 1953, un décret gouvernemental affirme que l’État est compétent dans la nomination des prêtres et des évêques. Au nom de l’épiscopat, le Primat, récemment promu cardinal (29 novembre 1952), réplique : « Nous ne pouvons accepter ! » Une répression sévit alors : plusieurs évêques et de nombreux prêtres sont emprisonnés afin de décapiter l’Église de Pologne ; la presse catholique est supprimée. Le gouvernement promeut le “Mouvement PAX”. Il s’agit en fait, comme l’expliquera le cardinal aux évêques de France, le 6 juin 1963, « d’un organe de l’appareil policier, qui relève directement du ministère de l’Intérieur et exécute avec une obéissance aveugle les directives de la police secrète, l’U.B. » . Après la mort de Staline, le 5 mars 1953, les communistes redoublent de violence en Pologne. Le 25 septembre, le cardinal Wyszyński prononce une homélie où il prend la défense de Mgr Kaczmarek, évêque de Kielce, qui vient d’être condamné à douze ans de prison. Le soir même, à 22 h 30, des agents de l’U.B. stoppent, tous feux éteints, devant la résidence du cardinal qui, très calme, sort à leur rencontre. Les arrestations se font en effet de nuit, pour éviter la colère du peuple. « À l’entrée de la première église de mon diocèse, écrira-t-il au début de sa captivité, on m’offrit un tableau représentant le Christ lié… Je l’ai accroché dans mon bureau… Je devais donc travailler dans un climat de prédestination à la prison. » Il écrit pourtant : « Le huitième sacrement dans la vie de l’Église, c’est le martyre. Il a été institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ lorsqu’il a dit : Bienheureux serez-vous lorsqu’on vous persécutera (cf. Mt 5, 10-11). » Pendant trois ans, on déplace régulièrement le captif d’un bout à l’autre de la Pologne, toujours de nuit. Le 8 décembre 1953, le cardinal Wyszyński conclut avec Notre-Dame « un pacte définitif » , en se livrant par son entremise au Christ Seigneur « comme esclave » , selon la doctrine de saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

Un million de pèlerins

Durant l’été de 1956, les ouvriers réclament presque violemment leurs droits. Les communistes répriment sans le moindre scrupule la colère du peuple. L’écrasement de la Hongrie par l’armée soviétique, en février de cette même année, fait craindre le pire… Le 26 août, fête de Notre-Dame de Częstochowa, plus d’un million de pèlerins se sont massés autour des remparts du sanctuaire. Inspiré par Maria Okońska, le Primat a rédigé d’un trait, le 16 mai, après avoir beaucoup hésité, le texte des Vœux de la Nation à Jasna Góra, qui sont prononcés ce 26 août, alors qu’il est toujours en prison. Il s’agit d’une prière à la vierge Marie pour la Pologne, à l’occasion du tricentenaire des vœux semblables prononcés par le roi Jean II Casimir. À cette heure-là, le Primat célèbre sa propre Messe : « Pendant la Messe, confiera-t-il, j’ai éprouvé une joie comme jamais encore. J’ai eu l’impression qu’on m’enlevait un poids immense des épaules. » Le 26 octobre suivant, les autorités politiques demandent elles-mêmes au cardinal de revenir à Varsovie pour calmer les esprits. Celui-ci pose comme condition que sa remise en liberté se fasse par l’intervention des organes officiels qui avaient procédé à son incarcération. Il exige de plus l’observation des clauses de l’accord de 1950. De fait, tous les évêques et prêtres incarcérés sont libérés, et le régime concède à l’Église une détente que l’épiscopat polonais exploite pour reconstituer la vie diocésaine, gravement affaiblie par une persécution violente de dix ans de la part du régime.

Dès son retour à Varsovie, le cardinal met son immense prestige au service de la paix ; son principal souci est le renforcement et l’approfondissement de la foi des Polonais. « Le plus grand défaut que peut connaître un apôtre, écrivait Mgr Wyszyński dans ses notes de prison, c’est la peur, le manque de confiance en Dieu… Forcer au silence par la peur, voilà la stratégie fondamentale des impies. » Après sa libération, il évite soigneusement la moindre allusion aux mauvais traitements et aux épreuves subis pendant sa captivité ; il parle même de ses geôliers avec amour ! Avec son sens très fin de l’humour, il détaillera souvent « tout ce que l’Église en Pologne doit à nos frères les communistes » . En mai et juin 1957, le Primat se rend à Rome, où, considéré comme un martyr, il reçoit un accueil enthousiaste. Le 18 mai, il reçoit les attributs cardinalices. Il obtient pour son pays la nomination d’évêques jeunes, dynamiques, mais surtout hommes de prière. Il rénove aussi les séminaires, où les vocations affluent. Le pays connaît un véritable printemps spirituel. Un an plus tard, le cardinal est présent aux funérailles du Pape Pie XII, décédé le 9 octobre 1958, et participe au conclave, qui élit Jean XXIII.

Un cadre sans tableau

Pourtant, les autorités de la Pologne “populaire” s’appliquent avec obstination à détériorer les relations avec l’Église. Le Primat a conscience qu’elles veulent instaurer durablement l’athéisme dans la société polonaise. Au début de 1958, il rencontre le premier secrétaire du parti communiste. Leurs entretiens, qui se renouvellent quatre fois, sont difficiles. Toutefois, le cardinal Wyszyński se heurte non seulement aux agissements des autorités communistes, mais aussi à la résistance de catholiques progressistes, qui conçoivent autrement l’avenir du catholicisme polonais. Le Primat exige l’adhésion à la doctrine sociale de l’Église et le maintien de liens étroits avec la hiérarchie ecclésiale, recommandations peu observées par les milieux catholiques affiliés aux autorités communistes, dont l’association “Pax”. Privé des moyens de communication sociale, presse, radio, télévision, le Primat use abondamment de la parole : de 1956 à 1981, il prononce près de 11000 homélies et allocutions. « En réalité, affirme-t-il, nous disposons de moyens riches de la richesse même de Dieu. Les apôtres n’ont eu que cela, et ils ont évangélisé le monde. » Au cours de sa détention, le cardinal Wyszyński a élaboré un plan de renouveau et de conversion de la Pologne : une grande neuvaine d’années destinées à préparer la célébration en 1966 du millénaire écoulé depuis le Baptême du roi Mieszko Ier. Chaque année invite au combat spirituel dans un secteur de la vie familiale, sociale, nationale. Le programme s’appuie sur une profonde spiritualité mariale. Un pèlerinage de la copie du tableau de la Vierge noire de Częstochowa dans toutes les paroisses est mis en place. Jusqu’en 1966, dix diocèses accueillent la Vierge de Częstochowa. Mais le 2 septembre de cette année, les autorités communistes procèdent à « l’arrestation » du tableau, qu’ils ordonnent de remettre au sanctuaire de Jasna Góra. Le pèlerinage pourtant se poursuit : les paroisses accueillent le cadre sans tableau ! Ce n’est qu’en 1972 que la Vierge noire pourra reprendre son cheminement.

Le cardinal prend une part active au concile Vatican II, où il siège comme président à compter du 13 octobre 1963. Il prend la parole au sujet de la liturgie, de l’unité de l’Église et de son essence, du rôle des évêques, de la doctrine sociale, de la liberté religieuse, des indulgences et du rôle de Marie dans l’Église. Après la mort de Jean XXIII, en 1963, il participe à l’élection du Pape Paul VI. En septembre 1964, il suggère à celui-ci, avec tout l’épiscopat polonais, de proclamer Marie “Mère de l’Église”, ce que le Pape fait en novembre suivant. Le Primat invite Paul VI à venir célébrer le millième anniversaire de la Pologne catholique sur place, mais le gouvernement lui en refuse l’autorisation. Le 3 mai 1966, à Jasna Góra, le Primat prononce l’Acte d’offrande de la Pologne à l’amour maternel de la Vierge Marie, Mère de l’Église, pour les mille ans qui viennent, pour la liberté de l’Église du Christ en Pologne et dans le monde. Par ces vœux, il entend non seulement fortifier la foi et la morale catholique de la nation, mais garantir la liberté de l’Église universelle.

Croisade pour l’amour

En 1967, le cardinal Wyszyński élabore un second programme pastoral : une croisade sociale pour l’amour. Il y fait appel aux fidèles pour qu’ils éradiquent la haine de la société. En 1976, il tourne les regards vers le jubilé du 600e anniversaire de la présence de la Mère du Christ à Częstochowa, qui aura lieu en 1982. Il réagit aussi à tous les événements socio-politiques importants. Dans les années 1974-1976, il prononce des homélies, appelées “Sermons de Sainte-Croix” (du nom de l’église Sainte-Croix à Varsovie), où il rappelle les principes de l’enseignement social de l’Église, dont la liberté religieuse, la liberté d’association et la liberté de parole. Vers la fin de 1975, le Primat passe au crible de la critique les amendements à la Constitution de la République populaire de Pologne préparés par les communistes ; les autorités en abandonneront certains. À l’égard de l’opposition démocratique naissante, il garde une prudente réserve, ayant peur d’entraîner l’Église dans les pièges tendus par le pouvoir : « Notre action doit être sagement pensée, mûrie et pacifique. Nous ne pouvons pas prendre parti pour telle ou telle autre institution laïque ou milieu politique. Les laïcs le font à leur manière, les évêques ont la leur. »

L’élection au souverain pontificat du cardinal Karol Wojtyła, l’un des collaborateurs les plus proches du Primat, a lieu le 16 octobre 1978. Les communistes avaient accepté la nomination de Mgr Wojtyła à l’archevêché de Cracovie, en 1958, en pensant qu’ils pourraient le dresser contre le Primat ; ce fut en vain, car il lui vouait une grande admiration. Après l’élection, le Primat invite officiellement Jean-Paul II à venir en Pologne. Le pèlerinage du nouveau Pape, du 2 au 10 juin 1979, est un immense succès. « La visite du Saint-Père, affirme le Primat, dans un pays du bloc communiste, est une forme de transgression du rideau de fer… La présence du Saint-Père ici, en Pologne, fait croître l’espérance, suscite une mobilisation spirituelle, vivifie la foi de tous, leur montrant qu’il est possible de faire quelque chose en restant déterminé. » Lorsque les grèves ouvrières éclatent, durant l’été 1980, le Primat encourage tant les autorités que les grévistes à avoir un comportement responsable, puis proclame son soutien aux demandes sociales des ouvriers. Il joue un rôle de premier ordre dans l’enregistrement officiel du syndicat indépendant Solidarność (Solidarité).

Depuis 1977, le Primat est gravement malade ; en avril 1981, il interrompt ses activités. Il célèbre pour une dernière fois la Messe, le 12 mai 1981. Le lendemain, il offre sa vie à Dieu en échange de celle du Pape, gravement blessé lors de l’attentat de la place Saint-Pierre à Rome. Le Primat décède le 28 mai. Depuis quelques jours, la vie du Pape n’est plus en danger. Le 31 mai 1981, plusieurs centaines de milliers de fidèles participent aux funérailles du cardinal Wyszyński, appelé le Primat du Millénaire. Des délégations du Saint-Siège et de la majorité des épiscopats d’Europe et des États-Unis sont présentes, y compris celle des plus hautes autorités de la Pologne populaire. Stefan Wyszyński a été proclamé bienheureux le 12 septembre 2021, lors d’une Messe célébrée dans le sanctuaire de la Divine Providence de Varsovie.

Après sa libération en octobre 1956, le cardinal affirmait : « Ma Mère de Jasna Góraétait tout pour moi pendant les jours difficiles et honorables de mon emprisonnement, lorsque comme Primat de Pologne, j’ai eu la joie de supporter des outrages pour le nom de Dieu. Celle en présence de laquelle je me tiens aujourd’hui était pendant cette période ma force, ma persévérance, mon aide, ma consolation, mon espérance et mon perpétuel secours » . Puissions-nous nous aussi vivre tous les événements de notre vie sous le regard de Marie !