20 novembre 2025

Bienheureuse Madeleine Morano

Bien chers Amis,

« Entre tous les moyens d’éducation, l’école revêt une importance particulière ; elle est spécialement le lieu du développement assidu des facultés intellectuelles ; en même temps elle exerce le jugement, elle introduit au patrimoine culturel hérité des générations passées, elle promeut le sens des valeurs, elle prépare à la vie professionnelle… Ce qui appartient en propre à l’école catholique, c’est de créer une atmosphère animée d’un esprit évangélique de liberté et de charité, d’aider les adolescents à développer leur personnalité en faisant en même temps croître cette créature nouvelle qu’ils sont devenus par le Baptême, et d’ordonner toute la culture humaine à l’annonce du salut, de telle sorte que la connaissance graduelle que les élèves acquièrent soit illuminée par la foi… Le concile exprime sa profonde gratitude envers les prêtres, religieux, religieuses et laïcs qui s’adonnent à l’œuvre excellente entre toutes de l’éducation et de l’enseignement dans les écoles » (Vatican II, Déclaration Gravissimum educationis, nos 5, 8, 12). La bienheureuse Madeleine Morano fait partie de ces nombreux éducateurs qui ont consacré leur vie au service de la jeunesse.

Madeleine Catherine Morano est née le 15 novembre 1847, à Chieri près de Turin en Piémont (Italie), sixième des huit enfants de François et Catherine Morano. Celle-ci, alors âgée de trente-quatre ans, a reçu une formation de tisseuse de coton. Elle travaille à domicile, évitant ainsi l’ambiance malsaine des usines. Son mari a quarante-trois ans. Madeleine est baptisée le lendemain de sa naissance. L’année suivante, commence la guerre entre le Piémont et l’Autriche, et Francesco s’engage dans l’armée. En 1850, toujours militaire, il transfère sa famille à Buttigliera d’Asti, pour recevoir le soutien des parents de Catherine. En 1854, son engagement militaire arrivant à terme, Francesco revient à la maison. Madeleine est une fillette vive et espiègle. L’hiver de 1855 est très rude en Piémont ; Francesco meurt d’une affection pulmonaire. À l’âge de neuf ans, ayant fini le premier cycle élémentaire, Madeleine tient la maison pour aider sa mère qui a repris le tissage à domicile. À Pâques 1857, elle fait sa première Communion, et promet à Jésus d’être tout à Lui. « Elle parlait souvent de sa première Communion, témoignera une de ses Sœurs, de la bonne préparation qu’elle y fit et de sa ferveur à la recevoir… Après cette première Communion, elle allait quotidiennement à la Messe qu’elle suivait avec recueillement et amour. » En 1858, Madeleine s’initie à l’enseignement auprès des enfants de son village. L’année suivante, le roi Victor-Emmanuel II, profitant des pouvoirs exceptionnels qui lui sont accordés en raison de la guerre contre l’Autriche, renforce la mainmise de l’État sur l’école.

Les États qui prétendent s’affranchir de l’autorité de Dieu et de l’influence de l’Église, sont souvent tentés de « se donner sur l’homme et sur sa destinée un pouvoir totalitaire, déclaré ou sournois, comme le montre l’histoire » (Catéchisme de l’Église catholique, n°2244). Se rendre maître de l’éducation est un moyen d’y parvenir. Pour résister à cet empiètement de l’État, il faut ne pas oublier que « les parents ont été institués par Dieu lui-même premiers et principaux éducateurs de leurs enfants, et que c’est là un droit absolument inaliénable… Le droit et le devoir d’éducation sont pour les parents quelque chose d’essentiel, de par leur lien avec la transmission de la vie ; quelque chose d’original et de primordial, par rapport au devoir éducatif des autres, en raison du caractère unique du rapport d’amour existant entre parents et enfants ; quelque chose d’irremplaçable et d’inaliénable, qui ne peut donc être totalement délégué à d’autres ni usurpé par d’autres » (Saint Jean-Paul II, exhortation apostolique Familiaris consortio, 22 novembre 1981, nos40, 36)

Ce droit des parents concerne aussi l’éducation sexuelle : celle-ci « doit toujours se réaliser sous leur conduite attentive, tant à la maison que dans les centres d’éducation choisis et contrôlés par eux. L’Église rappelle ainsi la loi de subsidiarité, que l’école est tenue d’observer lorsqu’elle coopère à l’éducation sexuelle, en se plaçant dans l’esprit qui anime les parents » (FC, n°37). Lorsqu’un État outrepasse ses droits en imposant aux écoles un programme d’éducation sexuelle imprégné, par exemple, de l’idéologie du genre (qui consiste à séparer le sexe biologique du genre), les parents ont le droit et le devoir de défendre la bonne moralité de leurs enfants, par tous les moyens dont ils disposent. Ils peuvent demander à l’Église d’intervenir auprès de l’État pour faire respecter leurs droits de parents. Le concile Vatican II enseigne : « Les parents doivent jouir d’une liberté véritable dans le choix de l’école. Les pouvoirs publics, dont le rôle est de protéger et de défendre les libertés des citoyens, doivent veiller à la justice distributive en répartissant l’aide des fonds publics de telle sorte que les parents puissent jouir d’une authentique liberté dans le choix de l’école de leurs enfants selon leur conscience » (Vatican II, Gravissimum educationis, nos 3, 6).

Un désir frustré

En 1860, le curé de Buttigliera d’Asti, cherchant à soustraire un maximum d’enfants au travail en usine, ouvre un centre éducatif où Madeleine est embauchée. Cette même année, celle-ci reçoit le sacrement de Confirmation. En 1866, elle s’installe à Montaldo Torinese, où elle gagne un peu plus d’argent pour aider les siens. Elle obtient le diplôme d’enseignante et sa mère vient la rejoindre avec la benjamine, Ursule. Madeleine souhaite alors entrer dans la vie religieuse, mais cela lui est refusé par sa mère, en raison du soutien matériel qu’elle apporte à sa famille. Un an plus tard, elle exprime une fois de plus à sa mère son souhait de devenir religieuse, mais elle essuie un nouveau refus. Elle fait le catéchisme dans sa paroisse et visite les malades. La petite Ursule est pendant deux ans l’élève de sa grande sœur ; elle déposera plus tard que celle-ci veillait sur elle avec un grand soin et, en particulier, pour qu’elle ne fréquente pas des filles qui auraient pu être de mauvaise compagnie.

Après avoir acheté une petite maison à sa mère, Madeleine fait enfin une première tentative de vie religieuse, en 1878, à l’âge de trente ans, chez les Filles de la Charité ; mais on lui explique qu’elle est déjà trop âgée pour entrer au noviciat. Elle écrit alors aux Sœurs dominicaines dont elle n’obtient pas de réponse. Finalement, elle se rend au sanctuaire de Marie-Auxiliatrice à Turin et elle rencontre don Bosco. Âgé de 63 ans, usé par un travail inlassable, celui-ci est courbé sur son bureau, mais quand il lève la tête, son regard vif et très bon se laisse apercevoir. Madeleine lui expose son désir de se faire moniale : « Vous, en clôture ? rétorque le saint. Le livre de chœur vous tomberait des mains ! Allez plutôt chez les Filles de Marie-Auxiliatrice (FMA), la branche salésienne féminine ! » D’un seul regard, il a vu en elle une excellente Salésienne. À l’annonce de son entrée au couvent, son curé affirme à ces religieuses : « Je regrette de perdre une telle collaboratrice, mais cette vocation est manifestement faite pour vous ! » L’institut des FMA, a été fondé en 1872 par sainte Marie-Dominique Mazzarello et saint Jean Bosco, pour l’éducation des jeunes filles, et il a connu un essor rapide.

« Aie Jésus dans ton cœur ! »

Une des premières personnes que Madeleine rencontre à Monrese, alors maison mère des FMA, où elle vient d’entrer, n’est autre que don Bosco lui-même venu prêcher une retraite. Il encourage ses auditrices à servir Dieu à plein temps avec zèle. Trois semaines après son entrée, on demande déjà à Madeleine de donner des cours, une enseignante étant venue à manquer. L’école est bientôt transférée à Nice. La jeune religieuse prend l’habit de la congrégation, avec une quarantaine de novices, le 8 décembre 1878. L’année suivante, à l’occasion de sa première profession, pour trois ans, elle note : « La reine Esther, pour se présenter devant le roi, se para de tous ses bijoux pour lui plaire… Aie Jésus dans ton cœur ! Maintenant tu vas devenir son épouse, pense à Lui seul… Sois tout à Dieu par amour… et au prochain par charité… Garde ton âme en paix sans t’inquiéter de tes fautes, qui servent, selon les desseins de Dieu, à entretenir en toi l’amour de ta propre bassesse. » Grâce à une permission spéciale, Sœur Madeleine prononce ses vœux perpétuels dès 1880 ; elle demande au Seigneur la grâce de « rester en vie jusqu’à ce qu’elle soit devenue une sainte » . Mère Mazzarello l’apprécie beaucoup et la choisit pour proche et intime collaboratrice, mais elle décède le 14 mai 1881. Mère Felicina Mazzarello, la propre sœur de la fondatrice, est en Sicile lors de la mort de celle-ci. Au prêtre qui vient lui annoncer le décès, elle affirme : « Cette nuit, j’ai vu ma sœur ! Comme elle était belle, entourée d’une lumière impossible à décrire ! Rayonnante de joie, elle m’a saluée et dit : “Adieu, Felicina, adieu ! ” »

Au début du mois d’août suivant, toutes les directrices d’écoles se rassemblent à Nice pour l’élection d’une nouvelle supérieure générale. Leurs votes se portent sur Mère Caterina Daghero, âgée de 25 ans. Quelques mois plus tard, Mgr Giuseppe Benedetto Dusmet (1818-1894), bénédictin, archevêque de Catane, demande d’urgence des Sœurs pour sauver une école dans son diocèse. Sœur Morano, désignée pour faire partie de la fondation, accepte aussitôt de tout son cœur. « Je pense que je suis ici pour le Seigneur et avec le Seigneur, écrira-t-elle… Si je l’aime vraiment, je le ferai aimer aussi de ces pauvres filles siciliennes, qui le connaissent si peu et sont si pleines de préjugés. » Les Sœurs sont accueillies par Mgr Dusmet en septembre 1881 à Trecastagni, entre l’Etna et la mer. Le rattachement de la Sicile au royaume d’Italie, quelque vingt ans auparavant, a influencé profondément la grande île. Le changement le plus notable s’est produit par l’application des lois anticléricales piémontaises. L’archevêque accomplit des efforts considérables pour remédier aux conséquences de ces lois ; il doit aussi se défendre contre la diffusion de mauvaises doctrines, et réagit en multipliant les centres d’enseignement du catéchisme. Pendant quatre ans, Mère Madeleine enseigne, lave, cuisine, fait le catéchisme, et se fait apprécier des jeunes filles. Presque chaque semaine, elle réunit les Sœurs dans une petite sacristie pour des conférences pédagogiques et religieuses. La plupart ont une vingtaine d’années et n’ont jamais enseigné. La Mère prend à cœur leur avancement dans l’art difficile de l’éducation et plus encore dans celui de leur perfection religieuse. Elle préserve aussi les moments de détente et de réunion familiale de la communauté. Elle leur recommande : « Faites en sorte que vos élèves ne soient jamais trop humiliées ou, encore pire, exaspérées. Dans les réprimandes publiques, sauf très rares exceptions, ne donnez jamais des noms. La bonne éducation se fait plus par la persuasion et l’affection que par la menace et la terreur… Ne jamais parler aux filles sous le coup de la passion. Attendre que tout mouvement intérieur violent se soit calmé… » Mais la Mère excelle surtout dans l’enseignement du catéchisme. Elle insiste pour qu’il soit enseigné littéralement à tout le monde, en sorte qu’il imprègne la vie pratique.

Ne pas le voir serait dommage !

En août 1885, Mère Daghero, la supérieure générale, demande à Mère Madeleine de rentrer à Turin au Valdocco. La nouvelle met Trecastagni en émoi, et plusieurs télégrammes partent pour Turin : « Ne nous enlevez pas notre Mère ! » Mais la Mère a déjà fait sa valise, et elle part après avoir salué tout le monde. À Turin, la communauté des FMA est soutenue par don Bosco lui-même, qui a désormais plus de 70 ans. Mère Madeleine demande à chaque sœur qui a visité le Valdocco : « Avez-vous vu don Bosco ? » Si la réponse est négative, elle ajoute : « Ce serait dommage de ne pas le voir. C’est un saint ! » Elle-même prie chaque jour, dans ses temps libres, au pied de la statue de Marie-Auxiliatrice, se faisant le plus souvent accompagner d’une ou plusieurs novices. Elle ne manque jamais de visiter l’infirmerie des Sœurs. Une novice d’alors racontera : « Je ne voulais pas me rendre en ce lieu. Mais lorsque je vis quelle fête lui faisaient les malades et quelle bonté elle leur manifestait, je n’eus plus de répugnance à y aller. »

En 1886 se tient le chapitre général des Filles de Marie-Auxiliatrice. Don Bosco adresse aux Sœurs une lettre précieuse : « L’institut des FMA, écrit-il, a besoin de Sœurs pénétrées de l’esprit de mortification et de sacrifice. C’est pour cela que vous devez être prêtes de cœur à travailler et souffrir pour Jésus et pour le salut du prochain… Il est bien nécessaire que les Sœurs soient convaincues que l’obéissance exacte, sans observation et sans lamentation, est le chemin sûr par lequel elles doivent aller rapidement vers la perfection… L’institut a besoin de Sœurs qui sachent maîtriser leur propre affectivité et tourner leur cœur vers Dieu seul… Il a besoin de Sœurs qui n’aient pas d’autre ambition que celle de suivre Jésus-Christ humilié, couronné d’épines, cloué à la Croix, pour pouvoir, au Ciel, l’entourer dans la gloire… Il a besoin enfin de Sœurs capables de devenir de dignes instruments de Sa gloire. » Toutefois, fidèle interprète de l’esprit de don Bosco, la Mère a compris que la joie n’est pas seulement une vertu, mais aussi une force dans la vie. Elle-même sait trouver la joie partout et la transmettre aux autres ; son activité est un rayonnement incessant de la sainte joie qui est un fruit de l’Esprit Saint (cf. Ga 5, 22). La Mère exhorte d’ailleurs : « Élargissez votre cœur à l’espérance ! » Elle exprime ainsi sa certitude d’être entre les mains d’un Père bon et tout-puissant, qui permet la douleur mais n’abandonne pas, même quand le chemin qui mène au paradis est tortueux.

Retour triomphal

À ce chapitre général de 1886, la Mère Daghero est réélue. Mère Morano reçoit l’obédience de retourner en Sicile, non seulement comme supérieure de Trecastagni, mais aussi comme maîtresse des novices et inspectrice des maisons de la province. Son retour à Trecastagni est triomphal. Il lui faut pourtant remettre de l’ordre dans la maison, et elle rétablit l’esprit de famille. L’une des religieuses se souviendra : « J’avais à peine pris l’habit et je devais enseigner et encadrer le pensionnat, tâches pour lesquelles je me sentais sans expérience ni attrait. Je ne saurais exprimer en paroles la patience et la charité de la Mère envers moi. Elle m’a beaucoup aidée et consolée… que de belles choses elle nous disait alors ! » La tâche de Mère Madeleine est plus ardue avec les élèves : « La tête encore pleine des divagations des vacances, celles-ci éprouvent de la répugnance pour l’étude et le travail. » Anna Torrisi racontera : « J’ai eu Mère Morano comme maîtresse pendant cinq ans. Ce qui me frappait, c’est que son aspect évoquait la sévérité, mais en fait, elle était d’une telle douceur maternelle qu’elle a conquis nos cœurs. J’étais très jeune, mais je me suis rendu compte qu’elle avait une grande foi. J’avais attrapé les oreillons, et par moments j’avais l’impression de suffoquer ; la Mère vit mon abattement, alla chercher de l’huile à la lampe du Saint-Sacrement de la chapelle et m’en mit sur les parties enflées ; je fus aussitôt guérie. Je suis persuadée que c’est sa grande foi qui m’a obtenu cette guérison instantanée. » La réputation de la Mère franchit les murs de l’école, d’autant que les élèves portent sa bonne parole dans leurs familles. Mgr Dusmet affirmera avoir remarqué que Trecastagni s’est moralement transformée pendant le séjour de la Mère.

Lorsqu’on lui reproche de trop en faire, de trop se fatiguer, la Mère répond : « Qu’importe la santé ! Lorsqu’il s’agit du bien des âmes, on n’en fait jamais trop… Dieu nous donnera les forces ! » Et pourtant elle est très attentive à la santé de ses Sœurs. Ainsi, un jour qu’elle apprend la maladie d’une religieuse, elle se consacre entièrement à la recherche de remèdes comme si elle n’avait rien d’autre à faire. À cette époque pourtant, elle-même souffre de constantes douleurs abdominales. En août 1888, Mgr Dusmet demande aux FMA de prendre en charge un foyer pour jeunes filles, “Sainte-Agathe”, géré par des laïques qui ont complètement perdu le contrôle de la maison. Mère Morano accepte l’établissement ; en quelques mois, grâce à la méthode de don Bosco, faite de douceur, de sollicitude et de bonté, et à la présence fréquente de la Mère, les filles les plus rebelles, elles-mêmes, sont apprivoisées. En 1890, un terrain est offert aux FMA à Ali Marina dans le diocèse de Messine. La construction des bâtiments définitifs durera jusqu’en 1894. D’abord destiné à être une maison estivale pour les novices, cet établissement deviendra aussi un oratoire salésien pour filles, ainsi qu’une école d’apprentissage de la cuisine, un noviciat permanent et une école de formation d’institutrices chrétiennes, l’une des plus florissantes de la Sicile. « La Mère faisait tout pour nous porter à Dieu. Elle nous éduquait dans la sainte crainte de Dieu, avec les soins d’une mère attentive » , se souviendra une de ses élèves d’alors. En 1891, une nouvelle supérieure est nommée pour Trecastagni, ce qui allège beaucoup les déplacements de la Mère. En 1898, celle-ci fixe sa résidence à Catane où elle développe une œuvre de catéchisme qui bientôt s’étendra dans les campagnes d’alentour.

Plus mères qu’enseignantes

En 1899, la santé de la Mère fléchit, mais elle reste toujours aussi active. Elle recommande à ses filles : « Souvenez-vous d’être plus mères qu’enseignantes. » À la fin de l’été de 1900, de fortes fièvres et ses douleurs abdominales la font souffrir. Malgré tout, elle se rétablit, et considère alors que le temps que le bon Dieu lui donne encore est un nouveau cadeau. Tous les ans, elle fait le tour des œuvres FMA de l’île, mais cela lui devient de plus en plus difficile. Il lui faut aussi visiter les deux maisons tunisiennes, rattachées à la province de Sicile. Au chapitre général de 1906, auquel la Mère participe, des aménagements sont introduits dans la règle. L’adaptation aux nouvelles manières de faire lui est difficile, mais elle les accepte avec un grand esprit surnaturel. En 1907, elle lance le chantier de construction d’une nouvelle église pour la maison centrale de Catane. Au plus fort des difficultés, la Mère propose la recette suivante : « Vivre les yeux au ciel, les pieds sur terre et les mains au travail ! » Elle manifeste ainsi le sain réalisme salésien. La foi profonde éclaire la réalité, et si une situation est difficile, il faut savoir l’affronter et chercher les moyens de la surmonter. En décembre de cette année, la supérieure générale la rappelle en Piémont. Mais le dimanche 22 mars, alors qu’elle se prépare à quitter la Sicile, elle se sent mal et doit s’aliter. Elle meurt d’un cancer le 26 mars 1908. Elle aura ouvert, dans sa vie, dix-huit maisons siciliennes.

Lors de la béatification de Mère Madeleine, le 5 novembre 1994, à Catane, le Pape saint Jean-Paul II disait : « Ses exhortations illuminent, réconfortent, encouragent : “Pensez comme aurait pensé Jésus ! Priez comme aurait prié Jésus ! Agissez comme aurait agi Jésus ! ” Mère Madeleine parlait ainsi et elle vivait ainsi, en se répétant à elle-même : “Demande la grâce de porter en paix tous les jours ta croix ! ” Notre sœur, la bienheureuse Madeleine Morano, vit en Dieu et Dieu vit en elle à jamais. »

En 2017, l’archevêque de Messine, Mgr Giovanni Accolla, a décrété que la bienheureuse Madeleine Morano serait désormais reconnue par tout l’archidiocèse comme “patronne des catéchistes et des éducateurs” : « La Bienheureuse, disait-il, était une infatigable éducatrice de la jeunesse, animée par le désir de faire connaître le Seigneur Jésus et d’instiller dans l’âme des fidèles une union continue avec Dieu, un désir de sainteté et une ferme volonté de vie chrétienne… Sa vie est reconnue comme un exemple à suivre. » Demandons à la bienheureuse de nous obtenir par Marie-Auxiliatrice des grâces de force pour témoigner partout de notre foi au Seigneur Jésus !