25 décembre 2025

Bienheureuse Dina Bélanger

Bien chers Amis,

Né en 1939 au Nouveau-Brunswick (Canada), André-Jude Chiasson présente une tête plus grosse que celle des autres nouveau-nés. Après un examen minutieux, un médecin prononce le triste diagnostic d’une maladie neurologique : hydrocéphalie. Celle-ci est l’accumulation de liquide céphalo-rachidien dans les cavités du cerveau qui provoque une compression et ne peut qu’entraîner la mort du patient à brève échéance. D’autres praticiens confirment ce diagnostic. Sur une question de la grand-mère du bébé, le docteur Gauthier affirme qu’une guérison, dans un cas semblable, pourrait être considérée comme un miracle. La famille se tourne alors vers le couvent voisin des religieuses de Jésus-Marie, qui lui proposent de faire une neuvaine à Dina Bélanger, jeune religieuse de leur institut décédée en 1929 en odeur de sainteté, en faisant célébrer simultanément une neuvaine de Messes. La neuvaine commence le 26 août 1939, mais la santé de l’enfant continue à se détériorer : ses yeux sortent des orbites, il ne mange plus.

Le lundi 4 septembre – dix ans jour pour jour après la mort de Dina Bélanger –, tout change. À son retour de la Messe, la mère constate avec la grand-mère des signes d’amélioration : la boîte crânienne de l’enfant est moins volumineuse et ses yeux reprennent progressivement leur alignement naturel. Appelé, le docteur Gauthier demeure stupéfait de l’évolution de ce cas. Il consulte d’autres spécialistes qui, à leur tour, renoncent à expliquer cette amélioration soudaine. Peu à peu, l’enflure de la tête se résorbe complètement et André-Jude guérit totalement. Le docteur Gauthier qualifiera sa guérison d’inexplicable. Le 20 mars 1993, à Saint-Pierre de Rome, André-Jude Chiasson a assisté avec sa femme à la béatification de Dina Bélanger, rendue possible par la reconnaissance du miracle de sa propre guérison.

Dina est née à Québec le 30 avril 1897. Son père, Octave Bélanger, est inspecteur des comptes ; sa mère s’appelle Séraphia Matte. Un autre enfant, né après elle, mourra à l’âge de trois mois ; Dina n’aura pas d’autre frère ou sœur. Très croyants, ses parents prennent un grand soin de son éducation : Dina les appellera « mes deux anges gardiens visibles » . La petite fille apprend à prier et aussi à exercer la charité envers les pauvres. Lorsqu’en promenade du dimanche, la famille rencontre un malheureux, c’est elle qui lui porte gracieusement une aumône. Dina n’est pas sans défauts : timidité, obstination… À l’âge de quatre ans, elle refuse un jour d’obéir à sa mère et se met à crier et à trépigner. Son père la prend par la main et lui dit : « Je vais t’aider à pleurer et à danser, cela finira plus vite. » La fillette, honteuse, cesse immédiatement son manège, mais le père l’oblige à faire quelques entrechats avec lui ; la leçon est comprise.

Dina commence le catéchisme à la maison. À cinq ans, elle se confesse puis reçoit le scapulaire du Mont-Carmel. Elle est scolarisée par les Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, fondée en 1658 à Montréal par sainte Marguerite Bourgeoys. Lorsque sa maîtresse lui explique qu’il n’existe pas de sainte Dina, elle déclare ingénument qu’elle deviendra sainte, pour donner une patronne céleste aux petites Dina à venir. Intelligente et appliquée, élève brillante, elle progresse dans la piété et l’esprit de sacrifice, renonçant aux petites frivolités des filles de son âge. La solitude et le silence lui deviennent comme naturels. « Notre-Seigneur m’attira à Lui d’une manière sensible » , rapportera-t-elle dans son autobiographie. « Un jour, j’avais tant hâte de Le posséder que je Le priai avec instance, avec toute la ferveur dont j’étais capable, de m’emmener tout de suite dans son paradis… Le lendemain matin, je fus fort désappointée de n’avoir pas été exaucée. »

À l’âge de huit ans, elle commence l’étude du piano. L’enfant s’avère douée, et son professeur la fait progresser rapidement. Sa sensibilité et son amour du beau la disposent à s’exprimer à travers la musique. Un soir, la contemplation d’un coucher de soleil la comble au point de lui faire oublier totalement, dans une sorte d’extase, les contingences de la vie. « Cette rêverie, dira-t-elle, allait devenir de plus en plus profonde, s’appeler bientôt une contemplation, m’enflammer de reconnaissance et d’amour envers l’Infini, me consumer du désir de Le posséder, Lui, Beauté idéale. » Le 2 mai 1907, Dina fait sa première Communion. La grâce en sera une faim toujours croissante du Corps et du Sang du Christ. Le même jour, elle reçoit le sacrement de Confirmation et se sent fortifiée dans l’Esprit Saint. Dix mois plus tard, le 25 mars 1908, en la fête de l’Annonciation, elle entend pour la première fois en son cœur la voix de Jésus, ce qui la remplit de bonheur. Mais cette faveur ne l’empêche pas de travailler à corriger ses défauts, notamment sa tendance à la vanité. Admise à douze ans à l’association des Enfants de Marie, elle choisit une devise à laquelle elle restera fidèle : « La mort plutôt que la souillure. »

Une meilleure préparation

En 1911, elle demande à ses parents d’entrer dans un pensionnat tenu par les Sœurs de Notre-Dame. Étonnés de cette requête, ceux-ci acceptent, malgré leur peine de se priver de sa présence. En fait, Dina aspire déjà à la vie religieuse, et devenir pensionnaire lui paraît une meilleure préparation que la vie choyée à la demeure paternelle. Son père, la voyant au bord des larmes lors de leur première rencontre au parloir, lui offre de rentrer à la maison ; mais elle refuse courageusement et parviendra à vaincre sa timidité. Avec sa classe, elle visite la communauté des religieuses de Jésus-Marie, à Sillery (aujourd’hui un quartier de la ville de Québec). Le joyeux recueillement des postulantes et l’abord amical des Sœurs la touchent ; elle commence à envisager d’entrer dans cette congrégation.

À l’issue de ses études secondaires, Dina passe les années 1913 à 1916 chez ses parents. Elle met de belles robes pour paraître en société, par devoir plus que par goût. Son règlement de vie comporte l’assistance à la Messe quotidienne, la prière, l’examen de conscience, la confession hebdomadaire et les œuvres de charité. L’année de ses seize ans, elle exprime le désir d’entrer au noviciat, mais son Père spirituel, peut-être pour ménager ses parents, lui prescrit d’attendre quelques années. Peinée, elle se résigne par obéissance, et écrit dans ses notes intimes : « Je remis mes désirs à Jésus. N’ayant pas à me reprocher un manque de générosité, je me reposai en paix dans l’obéissance. »

À cette époque, Dina donne des récitals de piano qui lui valent des applaudissements, auxquels elle ne se complaît pas ; elle remarquera : « C’est Jésus qui m’a donné ce déplaisir pour les honneurs, afin que je reste humble… » Son professeur et son curé suggèrent à ses parents de l’envoyer étudier à l’Institute of Musical Art de New-York, un conservatoire renommé. Ce projet la séduit ; elle part bientôt pour la métropole américaine avec deux compagnes, également étudiantes ; toutes trois prennent pension chez les religieuses de Jésus-Marie. Ses amies constatent le parfait oubli de soi-même de Dina, son humilité et sa constante charité. Le travail des études laisse du temps pour des moments de détente, où l’ambiance est à la joie et à l’espièglerie. Dans une lettre à ses parents, Dina écrit : « Si les Américains jugent les Canadiens français par nous, ils seront bien obligés de leur reconnaître la vertu de gaieté ! » Sous des dehors d’une grande maîtrise de soi, elle conserve pourtant son caractère sensible et bouillant. Un jour, une observation humiliante sur sa manière de jouer du piano (« jeu sec et nerveux, qui fatigue l’entourage » ) l’émeut au point qu’elle doit quitter la pièce. Elle écrira ensuite : « Le bon Dieu seul sait ce qui se passa dans mon intérieur… Ma nature désirait se fâcher, mais ma volonté refusait le moindre murmure. La grâce triompha, et avec elle la joie de n’avoir pas causé de peine à mon doux Jésus. »

Pianiste virtuose… et religieuse

Les deux années passées au conservatoire portent du fruit : les professeurs de Dina sont impressionnés par l’assurance et la fermeté de son jeu sur le clavier. Elle étudie également l’harmonie et composera plus tard des pièces pour piano, encore jouées de nos jours. Elle rentre à Québec en juin 1918 et ses parents lui offrent un piano. Durant les trois années qui suivent, elle donne avec succès des concerts, souvent au profit des soldats victimes de la guerre. Mais elle traverse une nuit spirituelle : Dieu lui semble lointain, silencieux. Un jour où elle doute de l’intérêt pour elle de tant travailler le piano, elle entend une voix intérieure lui dire : « Tes connaissances musicales protègeront ta vocation. » Et elle peut bientôt noter : « Jésus commença à me brûler de ses flammes d’amour. La réparation envers le Cœur divin outragé, le zèle du salut des âmes me devenaient deux devoirs impérieux. » Par goût personnel, Dina est attirée vers la contemplation, mais elle comprend que le Seigneur lui a fait faire toutes ces études pour quelque dessein : c’est pourquoi elle entre le 11 août 1921 dans la Congrégation de Jésus-Marie, fondée en France, à Lyon, en 1818, par sainte Claudine Thévenet (1774-1837). Cet institut a pour apostolat l’éducation et la formation chrétienne des jeunes filles délaissées.

Dès son entrée au couvent de Sillery, Dina connaît des combats spirituels et s’interroge sur la réalité de sa vocation. Mais, écrira-t-elle, « le dernier soir de la retraite préparatoire à l’entrée au noviciat, à la chapelle, Jésus me fit entendre sa voix mystérieuse et douce ; je me sentais enivrée de pures délices, c’était la paix, l’amour. Puis, le bon Maître prit mon pauvre cœur, s’en empara, à la façon dont on enlève un objet de quelque endroit, et mit à la place son Cœur Sacré et le Cœur Immaculé de Marie… Depuis ce moment, j’ai agi, aimé avec le Cœur de Notre-Seigneur et celui de ma sainte Mère. » Elle reçoit, avec l’habit religieux, le nom de sœur Marie Sainte-Cécile de Rome (sainte Cécile, martyre romaine, est la patronne des musiciens). Elle se trouve rapidement à l’aise avec sa maîtresse des novices, chargée de la former, et écrira : « Le Seigneur seul sait mettre de grands trésors d’amour dans le cœur de ceux qui sont chargés de conduire nos premiers pas vers Lui et de renforcer notre volonté hésitante… Les gens pensent souvent que tout sentiment d’amitié devient froid à l’intérieur de la clôture. Ce n’est pas vrai.. C’est au contraire là qu’il atteint sa pleine maturité. C’est là que l’amitié, libérée par la grâce de la recherche de soi-même, devient réellement charité. » Elle peut dire : « J’aurais été prête à donner ma vie pour chacune de mes sœurs » , mais, en même temps, elle souffre des incidents courants dans la vie commune.

Consoler son Cœur outragé

Au cours de ses deux années de noviciat, sœur Marie Sainte-Cécile reçoit d’abondantes communications du Seigneur par des paroles intérieures. « Notre-Seigneur me demandait de consoler son Cœur outragé dans l’Eucharistie. Un premier vendredi du mois, le Saint-Sacrement étant exposé, durant mon adoration privée, il me sembla voir une multitude d’âmes qui couraient à leur perte éternelle. Quelques-unes étaient sur le bord de l’abîme : elles allaient tomber. Jésus me dit que je pouvais sauver ces dernières en priant pour elles avec ferveur, lui offrant de petits sacrifices, par amour. Ce que je fis immédiatement. » Elle aurait voulu faire des pénitences extraordinaires, mais sa maîtresse des novices lui dit de se contenter des sacrifices demandés par la Règle.

Sa retraite préparatoire à la profession temporaire est marquée par une grande sécheresse. Le 15 août 1923, elle se consacre publiquement à Dieu par les trois vœux de religion, et Jésus lui donne, en ce jour, grande joie et consolation. Peu après, elle reçoit sa première « obédience » : enseigner la musique dans un collège de sa Congrégation, pour remplacer une sœur malade. Dans ses rapports avec les élèves, ses préférences vont à celles qui ont le plus de difficultés avec la discipline et les usages. Atteinte de la scarlatine pour s’être occupée d’une élève malade, elle est mise en quarantaine à l’infirmerie. La privation de la Communion eucharistique, à cause du danger de contagion, lui coûte. Mais elle reçoit de nombreuses grâces : « La vie de la Trinité Sainte se manifesta en moi avec une douceur, une paix, un amour indicibles. » Son idéal de sainteté se confirme dans le mot de Jésus souvent entendu dans son cœur : « Laisse-moi faire. » Elle est attirée spécialement par la dévotion au Cœur eucharistique de Jésus, qui a pour but d’honorer l’acte par lequel Jésus institua l’Eucharistie. Cette dévotion est un développement naturel du culte du Sacré-Cœur.

En décembre 1923, elle sort de l’infirmerie et reprend son travail à l’école. Son dévouement est fait de douceur et de fermeté, et les élèves perçoivent rapidement qu’elle les aime vraiment. Certains parents ont remarqué cette jeune religieuse “qui a du ciel dans les yeux”. Sa supérieure comprend bientôt la valeur particulière de sa vie intérieure et suggère au conseil provincial de lui demander d’écrire sa biographie. Le jeune âge de la religieuse et les risques pour son humilité font d’abord répondre négativement aux conseillères ; mais la prieure fait remarquer que « Notre-Seigneur se chargerait bien de son humilité » , et la permission est accordée. Mère Marie Sainte-Cécile, en esprit d’obéissance, accepte en toute simplicité. Elle fait de ce récit un cantique d’action de grâces à Dieu « pour révéler sa bonté et sa puissance divines dans un être aussi abject que le mien » . Elle commence à rédiger son autobiographie sur des carnets. Lorsqu’un carnet est rempli, elle le remet à sa supérieure, qui le range dans un tiroir sans le lire ; cela ne trouble pas la jeune sœur. C’est à cette époque que le Christ lui donne une seconde patronne en la personne de Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus (qui sera béatifiée l’année suivante). « Elle doit me conduire dans la voie de l’amour et de l’abandon, prendre soin du travail intérieur de mon âme … Par son intercession, elle m’a ouvert le jardin de la confiance. Alors j’ai goûté le vrai fruit de l’abandon. »

« Oui, Jésus, si Tu préfères »

Au fil des années, la scarlatine contractée par Mère Marie Sainte-Cécile dégénère, et elle demeure presque constamment à l’infirmerie. Elle souffre d’être à charge, mais reçoit avec affabilité celles qui lui donnent des soins, acceptant le moindre service avec une grande reconnaissance. Dans la communauté, on prie pour son rétablissement, et on lui demande d’en faire autant, si telle est la volonté de Dieu. « Jamais l’obéissance ne m’a offert un plus grand sacrifice, avoue-t-elle… J’avais tant hâte de me perdre enfin en Jésus, de l’aimer et de le contempler… Néanmoins je répétais souvent : oui, Jésus, je veux rester sur la terre de bien longues années encore si Tu le préfères. » Elle se trouve dans une profonde sécheresse spirituelle, mais y progresse beaucoup dans l’amour de Dieu. Le 2 octobre 1925, ses supérieures lui donnent spontanément la permission de prononcer le « vœu du plus parfait » : promettre à Dieu de choisir toujours ce qui lui paraîtrait le meilleur pour sa gloire. Ce vœu l’aidera beaucoup à avancer dans son chemin spirituel.

La plupart d’entre nous ne peuvent sans doute pas envisager prudemment de prononcer le vœu du plus parfait. Mais tous les fidèles du Christ sont invités et tenus à chercher et à atteindre la sainteté et la perfection propres à leur état. Le concile Vatican II, dans la continuité de la tradition de l’Église, enseigne : « Maître divin et modèle de toute perfection, le Seigneur Jésus a prêché à tous et chacun de ses disciples, quelle que soit leur condition, cette sainteté de vie dont il est à la fois l’initiateur et le consommateur : Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait (Mt 5, 48). Et en effet, à tous il a envoyé son Esprit pour les mouvoir de l’intérieur à aimer Dieu de tout leur cœur, de toute leur âme, de toute leur intelligence et de toutes leurs forces, et aussi à s’aimer mutuellement comme le Christ les a aimés » (Constitution Lumen Gentium, n°40). Le disciple du Christ doit donc tendre jour après jour à progresser sur le chemin de la perfection. S’il retombe trop souvent dans des fautes ou imperfections, il ne se décourage pas, demande pardon au Seigneur, spécialement dans le sacrement de réconciliation et reprend sa marche vers le sommet, appuyé sur une prière humble, confiante et persévérante.

En 1925, Mère Marie Sainte-Cécile ne peut plus que rendre quelques services à l’école, et il lui faut des soins constants. Elle accepte tout avec une grande conformité à la volonté divine. Sa joie intérieure étonne : « Comment pourrais-je ne pas être sans cesse joyeuse en présence de mon Dieu ? écrit-elle… Le Seigneur cherche des âmes qui Le servent avec joie… Notre vie devrait être une continuelle action de grâces, un prélude joyeux au cantique de la louange éternelle. » L’année suivante, elle manifeste les premiers symptômes de la tuberculose. En avril 1926, elle parvient toutefois, grâce à une amélioration passagère de sa santé, à reprendre l’enseignement. Le 22 janvier 1927, elle reçoit les stigmates invisibles du Christ. Le 15 août 1928, au terme de cinq années de vœux temporaires, Dina est appelée à faire son engagement perpétuel. Les tentations de découragement l’assaillent pendant sa retraite préparatoire. Mais le jour de sa profession perpétuelle, de grandes consolations l’envahissent. Elle écrira : « Cet état de vie, voici quelques mots qui le traduisent un peu : Dieu a absorbé mon être tout entier ; anéantie dans le Christ Jésus, je vis par Lui en l’adorable Trinité, la vie de l’éternité. » À compter de ce jour, sa faiblesse physique s’accentue.

Le diagnostic de la tuberculose est maintenant certain, et on décide de transférer la malade dans la partie de l’infirmerie réservée aux tuberculeux. Les chambres y sont plus spacieuses et ensoleillées, mais arriver en ce service est l’indice d’une mort prochaine. Mère Saint-Omer, sa compagne du séjour à New-York entrée en religion avec elle, vient la visiter. Elle la trouve assise dans une chaise roulante, sur le point d’être transférée à sa nouvelle chambre. Comprenant aussitôt ce que signifie ce déménagement, elle est atterrée. Mère Marie Sainte-Cécile la console par ce mot d’esprit : « Allons, c’est ainsi que vous agissez le jour de mon anniversaire ? Vos révérences, où sont-elles ? »

Un sourire angélique

Le jour de sa mort, le 4 septembre 1929, ses parents lui rendent visite. Son père tient en main son chapelet et pleure. Après leur départ, Mère Marie Sainte-Cécile demande aux sœurs : « Priez pour que je sois fidèle jusqu’à la fin ! » On récite la prière des agonisants, puis le chapelet ; elle s’y unit. Après avoir dit : « La mort s’en vient » , elle esquisse pour les assistantes un sourire tellement angélique que celles-ci en sont bouleversées. Vers trois heures, elle murmure : « J’étouffe » , puis elle expire. Elle a trente-deux ans, dont huit de vie religieuse. En 1934, grâce aux travaux de dom Léonce Crenier, moine bénédictin de Saint-Benoît-du-Lac, paraît son autobiographie sous le titre « Une vie dans le Christ » , qui obtient un grand succès et sera traduite en plusieurs langues.

Saint Jean-Paul II nous dit : « Dina Bélanger s’approche de l’idéal admirable que nous fait méditer saint Paul, lorsqu’il s’écrie : Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi (Ga 2, 20). Sœur Marie Sainte-Cécile de Rome conduit sa vie et son action de manière à laisser le Christ agir en elle et à n’être plus qu’un instrument totalement remis entre ses mains… En passant par la croix de la maladie et de la mort, elle consommait son offrande à Celui qui fut et qui demeure aujourd’hui le seul but de sa vie, la Lumière qui éclaire tout homme venu en ce monde, la clarté au cœur des ténèbres et de la nuit, la voix qui parle dans notre âme. »

Dina entend désormais pour toujours dans le Ciel ce que sainte Hildegarde (1098-1178) appelait « la symphonie des harmonies célestes » . Puisse-t-elle nous inspirer le désir de marcher vers la perfection chrétienne. Le jour de la Toussaint 2025, le Pape Léon XIV citait un extrait d’un discours de Benoît XVI adressé le 17 septembre 2010 aux jeunes Anglais : « Ce que Dieu désire plus que tout pour chacun d’entre vous, c’est que vous deveniez saints. Il vous aime bien plus que vous ne pouvez l’imaginer et il veut le meilleur pour vous. »