28 octobre 1999
Saint Simon et saint Jude, Apôtres

Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

Le 2 janvier 1871, veille de sa mort, le Père Cyriaque-Élie de la Sainte-Famille disait aux membres de l'Institut monastique qu'il dirigeait: «Pourquoi vous affligez-vous? Tout homme, quel qu'il soit, doit s'en aller un jour ou l'autre. Pour moi, l'heure est arrivée... Depuis que mes saints parents m'ont appris à invoquer souvent les saints noms de Jésus, Marie et Joseph, leur patronage m'a sans cesse protégé et je sens que, par la grâce de Dieu, je n'ai jamais perdu la grâce sanctifiante reçue à mon baptême... Ne soyez ni désolés ni troublés de mon départ. Soumettez-vous pleinement et de tout coeur à la sainte Volonté de Dieu. Dieu est hautement et infiniment miséricordieux  Qu'ici règne une parfaite charité parmi vous tous  Si vous agissez ainsi, vous procurerez à Dieu la gloire et aux âmes le salut, et notre Congrégation restera tout à fait prospère».

Les chrétiens de saint Thomas

Béatifié le 8 février 1986, par le Pape Jean-Paul II, le moine qui parlait ainsi est né le 8 février 1805, au village de Kainakary, au Kérala (province du sud de l'Inde). Ses parents, Cyriaque et Marie Chavara, notables du pays, ont déjà un fils et quatre filles. Selon la coutume, l'enfant, nommé Cyriaque comme son père, est consacré à la Très Sainte Vierge le 8 septembre suivant, fête de la Nativité de Marie, au sanctuaire de Notre-Dame de Vechour. Plus tard, il écrira: «Ma mère m'apprit diverses prières qu'elle me faisait réciter, agenouillé à côté d'elle, aux premières heures de la nuit». Il reçoit ainsi un héritage chrétien très ancien. En effet, le christianisme dans les Indes remonte à l'époque des Apôtres. Une tradition rapporte que l'Apôtre saint Thomas, arrivé au Kérala, sur la côte ouest de l'Inde du sud, vers l'an 52, évangélisa le pays jusqu'à son martyre, le 3 juillet 72 à Mylapore, sur la côte est. Son tombeau est conservé à Madras, ville de la côte orientale. Les communautés qu'il fonda sont encore florissantes et leurs membres sont nommés "les chrétiens de saint Thomas".

Jusqu'au XVIe siècle, la liturgie de ces chrétientés se célébrait selon le seul rite syro-malabar, rite oriental venu d'Antioche de Syrie (située aujourd'hui en Turquie). Le siège d'Antioche est, avec celui d'Alexandrie, l'un des deux grands sièges orientaux d'origine apostolique qui ont vu leur autorité patriarcale reconnue dès le Concile de Nicée (325). Le rite syro-malabar est donc très ancien; il se célèbre en langue syriaque. Il diffère du rite latin par la forme des ornements liturgiques, le calendrier des fêtes et des jeûnes, les cérémonies des sacrements, etc. Lors de leur arrivée en Inde au XVIe siècle, les Portugais introduisirent la liturgie romaine (dite latine). Depuis, les deux rites, latin et syro-malabar, coexistent.

Dès sa prime jeunesse, Cyriaque Chavara se montre très pieux et exceptionnellement intelligent. De 5 à 11 ans, il fréquente l'école de son village. Sa grande ambition est de servir la Messe (en rite syro-malabar). Quand Cyriaque atteint ses onze ans, le Père Thomas Palackal, trouvant en lui des signes de vocation sacerdotale, l'emmène au séminaire de Pallipuram dont il est le directeur, et en 1817, le garçon reçoit la tonsure cléricale. Peu après, ses parents et son frère meurent. Ses oncles veulent lui faire abandonner la voie du sacerdoce pour qu'il s'occupe des intérêts des siens, en particulier de la fillette laissée par son frère. Mais, après avoir pourvu à l'éducation de sa nièce, Cyriaque continue ses études au séminaire. Un de ses compagnons écrira de lui: «Au séminaire, Cyriaque Chavara mena une vie exemplaire d'amour de Dieu, de douceur, d'humilité, d'obéissance et d'amour fraternel; tous ses camarades l'admiraient et l'aimaient». Le jeune séminariste se rend ensuite avec deux compagnons au séminaire central de Verapoly où il étudie le latin et le portugais. Puis il est ordonné prêtre à 24 ans, le 29 novembre 1829, par le Vicaire apostolique du lieu, Monseigneur Stabilini.

Des moines missionnaires

Dans le même temps, le Père Palackal et son ami, le Père Perukkara, prêtres éminents connus pour leurs talents et leur sainteté, envisagent de se retirer dans la solitude afin de vivre à la manière des ermites de jadis. Prenant ce désir au sérieux, Monseigneur Stabilini leur suggère de fonder un institut religieux indigène. Cyriaque, fasciné lui aussi par le même idéal, se joint à eux avec l'approbation de l'évêque. Le 11 mai 1831, est posée la première pierre du couvent de Mannanam, dédié à saint Joseph. Quelques prêtres et séminaristes entrent dans la communauté naissante, qui fonde un séminaire en annexe du couvent. Pendant un demi-siècle, ce séminaire pourvoira aux besoins des syro-malabars du Kérala, besoins d'autant plus pressants qu'antérieurement la formation trop rudimentaire des prêtres entraînait un grave manque d'instruction chez les fidèles.

En 1844, le Père Cyriaque est chargé par le Vicaire apostolique de Verapoly d'examiner tout le clergé de son rite: admissions aux ordinations, pouvoirs de confesser et de prêcher. La même année, souhaitant publier des oeuvres catholiques en malayalam (langue du pays), il fait fabriquer une presse d'imprimerie en bois. Grâce à cet outil, aujourd'hui hors d'usage mais pieusement conservé, de nombreux ouvrages religieux sont publiés, ainsi qu'une revue mensuelle: La Fleur du Carmel, et un quotidien: Le Deepika. En 1846, les deux premiers fondateurs de la communauté monastique étant morts, le Père Chavara devient supérieur. Tout en donnant une grande part de leur vie à la contemplation, les pères de l'Institut de Mannanam prêchent, selon les désirs du Vicaire apostolique, des retraites et des missions paroissiales. Le Père Cyriaque lui-même parcourt presque toutes les églises du Kérala pour cet apostolat. Ainsi la nouvelle communauté, associant la vie apostolique aux observances monastiques, constitue un centre vivant de l'édification du peuple chrétien.

Quelque chose de radicalement différent

L'importance de la vie monastique pour le christianisme a été soulignée, il y a quelques années, par le président de la Conférence épiscopale indienne, Monseigneur Powathil, archevêque syro-malabar de Changannacheri, dans le Kérala: La génération "postmoderne" cherche l'expérience de Dieu dans les religions orientales et exige une spiritualité authentique. Au cours du premier millénaire, la vie religieuse était destinée à donner une intense expérience de Dieu et un témoignage au monde. Cette pratique maintenait la dimension contemplative et eschatologique de la vie chrétienne au centre de la vie. Le moine était un modèle privilégié de sainteté. Nous devons rétablir le monachisme au coeur de l'Église aujourd'hui, à l'est comme à l'ouest. Le monde "postmoderne" ne peut être attiré que par quelque chose de radicalement différent de ses modèles de consommation individualistes et superficiels. Seul le monachisme chrétien peut lui donner l'authenticité véritable et la communion qu'il recherche désespérément (cf. L'Église en détresse dans le monde, n. 87, 1995). «Les monastères ont été et sont encore, au coeur de l'Église et du monde, un signe éloquent de communion, une demeure accueillante pour ceux qui cherchent Dieu et les réalités spirituelles, des écoles de la foi... pour l'édification de la vie ecclésiale et de la cité terrestre elle-même, dans l'attente de la cité céleste» (Jean-Paul II, Exhortation apostolique Vita consecrata, 25 mars 1996, n. 6).

Fort de sa vie spirituelle intense, l'Institut que gouverne le Père Cyriaque-Élie se développe au point d'être érigé en Congrégation, la «Congrégation des Serviteurs de Marie Immaculée du Mont-Carmel», plus connue sous l'appellation de «Carmes déchaux du Tiers-ordre», le 8 décembre 1855, premier anniversaire de la promulgation du dogme de l'Immaculée Conception. Elle compte aujourd'hui plus de 1500 membres. Du vivant du Père Chavara, outre le couvent de Mannanam, sept autres maisons de la nouvelle Congrégation seront fondées.

Un évêque de leur rite

Mais une épreuve s'annonce: en mai 1861, arrive au Kérala l'évêque Thomas Rocos, envoyé par le Patriarche chaldéen de Bagdad pour s'informer de la situation de l'Église catholique syro-malabare de ce pays. En effet, jusqu'à la fin du XVIe siècle, les "chrétiens de saint Thomas" étaient gouvernés par des prélats chaldéens de Mésopotamie. Depuis, sous l'influence des Portugais, des prélats latins leur ont succédé. En 1858, un conflit s'élève entre le nouveau Vicaire apostolique de rite latin du Kérala, Mgr Baccinelli, et des prêtres syro-malabars. Dans leur mécontentement, ces derniers font appel au Patriarche chaldéen Joseph VI Audo, qui demande à Rome la permission d'ordonner un évêque pour les syro-malabars. La réponse est négative, mais le Patriarche consacre tout de même Mgr Rocos, puis se dirige vers Rome espérant y obtenir gain de cause.

Arrivé au Kérala, Mgr Rocos s'applique à persuader les catholiques de la régularité de sa mission, disant que le Patriarche chaldéen a été chargé par le Saint-Siège de le consacrer pour le soin de leurs chrétientés. Ses prétentions fallacieuses ébranlent les fidèles et sont source de grandes divisions: bientôt, la majorité des paroissiens syro-malabars se séparent de leur pasteur légitime, de rite latin, le Vicaire apostolique de Verapoly, pour se placer sous l'autorité de l'évêque intrus. En effet, fidèles et prêtres sont très heureux d'accueillir un évêque de leur rite, ce qu'ils souhaitaient depuis longtemps, et ils secondent de leur mieux les intentions et les procédés de Mgr Rocos. Sur 154 paroisses syro-malabares, 86 se rangent complètement du côté de l'évêque Rocos et 30 partiellement; 38 seulement demeurent fidèles à l'autorité légitime.

Cependant les religieux du Père Chavara n'adhèrent pas à ce début de schisme. Mgr Rocos essaye alors de gagner le Père Cyriaque et lui propose la consécration épiscopale, mais l'humble moine répond qu'il veut sauver son âme et non point être acheté pour devenir évêque. De son côté, le Vicaire apostolique de Verapoly s'appuie sur le Père en le nommant Vicaire général pour les syro-malabars, avec des pouvoirs extraordinaires dans le but de remédier à la situation. Il voudrait même le faire nommer évêque par Rome, mais ce désir n'aboutira pas. Le Père Chavara envoie au Pape une supplique pour lui demander de fixer aux Syro-malabars la ligne qu'ils doivent suivre. La réponse, datée du 5 septembre 1861, indique clairement que l'évêque Rocos est venu au Kérala malgré l'interdiction du Siège Apostolique. Quelques jours plus tard, d'ailleurs, le patriarche Joseph VI Audo écrit lui-même de Rome à Mgr Rocos pour lui demander de rentrer en Mésopotamie.

Le Père Chavara et les autres prêtres de sa Congrégation se mettent à l'oeuvre et vont de paroisses en paroisses pour déjouer les prétentions de Rocos et ramener les fidèles à l'obéissance au véritable pasteur, le Vicaire apostolique de Verapoly. Puis, usant de son talent et de son tact, le Père Cyriaque décide l'évêque intrus à quitter le pays et obtient du Vicaire apostolique qu'il lui fournisse l'argent nécessaire pour payer son voyage de retour. Ainsi, au bout d'un an, toutes les paroisses dissidentes, arrachées à ce schisme désastreux, sont-elles revenues sous la juridiction de leur évêque légitime. Mgr Rocos, qui avait été excommunié par le Vicaire apostolique, finira lui aussi par se soumettre et obtenir son pardon. Le Pape Pie IX témoignera au Père Cyriaque Chavara sa très vive satisfaction, pour avoir épargné à l'Église ce grave dommage qu'est un schisme. Étant «refus de la soumission au Souverain Pontife ou de communion avec les membres de l'Église qui lui sont soumis» (Catéchisme de l'Église Catholique, n. 2089), le schisme semble, en effet, d'après saint Thomas d'Aquin, être le plus grand des péchés contre le prochain (IIa IIæ, 39, 2 ad 3).

Fidélité absolue

Si le Père Chavara sut mener à bien ce travail de réconciliation, ainsi que les autres oeuvres qu'il entreprit, ce fut certes par sa prudence, ses dons exceptionnels, l'efficacité de son éloquence, mais beaucoup plus encore par la sainteté de sa vie. Tous ceux qui le connurent furent frappés par sa profonde humilité, son extraordinaire charité et sa filiale obéissance à son évêque. Il était absolument fidèle à l'Église catholique et au Pape. Il déplorait, les larmes aux yeux, les épreuves et les persécutions endurées par l'Église et le Saint-Père. Il brûlait aussi du désir de faire rayonner partout la lumière de l'Évangile pour établir l'Église voulue par le Christ.

«C'est notre mission sacrée, disait le Pape Jean-Paul II aux chrétiens du Kérala, de construire l'unique Église voulue par le Christ dans sa prière sacerdotale: Que tous soient un (Jn 17, 21). Dans son sens le plus profond, l'unité de l'Église est un don du Père par le Christ, la source et le centre de la communion ecclésiale. C'est le Christ qui nous fait participer à son Esprit, et l'Esprit vivifie le corps entier, l'unifie et le meut. Cette unité interne s'exprime merveilleusement par les paroles de l'Apôtre: Il n'y a qu'un Corps et qu'un Esprit, comme il n'y a qu'une espérance au terme de l'appel que vous avez reçu; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême; un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, qui agit par tous, qui est en tous (Ep 4, 4-6). Splendides paroles inspirées!

«En réalité, ces paroles proclament la mission de

l'Église à chaque époque et dans chaque génération. Le devoir sacré de l'Église est de conserver cette unité, qui n'est autre que la plénitude de fidélité à son Seigneur. Et elle doit s'efforcer de restaurer cette unité, là où elle a été affaiblie ou ternie. Cette unité fondamentale n'exclut en aucun cas la variété légitime. Vous êtes des témoins vivants de la variété des traditions liturgiques et spirituelles et de la discipline ecclésiastique qui forment le modèle de la présence de l'Église au Kérala...

«Frères et Soeurs, nous sommes inclus dans cette prière de Jésus: Que tous soient un. Mais Jésus continue et indique la condition de cette unité fondamentale. Dans sa prière, Il dit: Et pour eux je me consacre moi-même, afin qu'ils soient eux aussi consacrés en vérité (Jn 17, 19). L'unité est fondée sur la vérité, sur la vérité de la parole qu'Il a révélée, sur la vérité de chaque parole du Père...

«Notre unité est la source de notre joie et de notre paix. D'autre part, division et désaccords et particulièrement les haines, sont absolument opposés à l'unité. Ils sont mauvais et se rattachent finalement au démon. Dans la même prière, Jésus a demandé au Père de préserver ses disciples du Mauvais (cf. Jn 17, 15). Donc, la prière sacerdotale, qui exalte la beauté de l'unité, devient en même temps un appel ardent afin que tout ce qui s'oppose à l'unité soit surmonté. Elle devient ainsi une prière de réconciliation» (Homélie du 7 février 1986).

Le Père Cyriaque travaille de toutes ses forces à l'apostolat de la miséricorde et de la réconciliation pour le salut éternel des âmes. Dans un ouvrage intitulé: Le testament d'un bon père, il compose une sorte de chant pour exalter l'amour fraternel. «Les jours où nous n'avons rendu service à personne, ne sont pas à mettre au nombre des jours utiles de notre vie». Lorsque sévissent des maladies contagieuses, beaucoup de prêtres prennent leurs distances. Le Père Cyriaque, lui, est toujours prêt à visiter les malades, à les réconforter et à leur administrer les sacrements. Il fonde une maison pour recueillir les indigents et en prendre soin. Cependant il pratique surtout la charité envers ceux dont il ne reçoit qu'injures ou ingratitude, ne leur gardant aucune rancoeur, mais les chérissant d'un amour tout particulier et les regardant comme ses bienfaiteurs.

Un aspect angélique

En 1866, répondant à un désir de son Vicaire apostolique, le Père Chavara fonde un couvent de carmélites de rite syro-malabar, origine de la "Congrégation de la Mère du Carmel", qui compte aujourd'hui plus de 4500 Religieuses. Homme d'action, apôtre infatigable, le Père Cyriaque est avant tout un homme d'oraison, rempli du Saint-Esprit; la prière alimente sa vie, et ses ouvrages imprimés ou manuscrits manifestent son union à Dieu. Durant les temps de méditation communautaire, il est si absorbé dans sa conversation avec Dieu, qu'il en oublie l'heure. À sa communauté, il demande, outre la récitation quotidienne du chapelet, d'honorer les saintes plaies de Notre-Seigneur, les douleurs de Marie, les joies et les épreuves de saint Joseph.

Il passe la majeure partie de ses temps libres devant le Saint-Sacrement. Lorsqu'il est plongé en une intense contemplation devant le tabernacle, son visage se transfigure et prend un aspect angélique. Dans les maisons de son Institut, il fait exposer le Saint-Sacrement durant l'octave de la Fête-Dieu. Il établit au Kérala la pratique des Quarante Heures: en souvenir des quarante heures environ qui s'écoulèrent depuis la mort de Jésus sur la Croix jusqu'à sa Résurrection, le Saint-Sacrement est exposé pendant quarante heures consécutives; des prédications spéciales et un ensemble d'exercices pieux disposent les fidèles à adorer avec plus de ferveur leur divin Maître dans le Sacrement de son amour, et à réparer les injures qui lui sont faites. Cette pratique, instituée en 1534 par un Religieux capucin en réaction devant les attaques des protestants contre l'Eucharistie, a lieu habituellement pendant les trois jours qui précèdent immédiatement le Carême, jours de carnaval où les gens du monde s'adonnent trop souvent à des divertissements coupables.

Grâce au Père Chavara, la pratique des Quarante Heures s'étend aux églises importantes et à toutes les communautés religieuses du pays. La grande dévotion du Père Cyriaque-Élie envers le Saint-Sacrement le fera surnommer "l'apôtre de l'Eucharistie". Mais, dans son zèle pour le culte divin, il travaille aussi à la révision des livres liturgiques, afin d'arriver à une certaine uniformité dans les diverses églises de rite syro-malabar. Il écrit de sa main, avec une grande précision, le texte entier d'un office du bréviaire simplifié, de récitation facile, destiné aux prêtres et le fait éditer ainsi que les rubriques de la Grand-Messe et des Vêpres solennelles. Il contribue ainsi à la remise en valeur du rite syro-malabar, non sans l'accord de Rome, car, comme l'écrira Pie XII, «la réglementation de la sainte liturgie dépend entièrement de l'appréciation du Siège Apostolique et de sa volonté». En effet, «puisque la liturgie sacrée est accomplie au premier chef par les prêtres au nom de l'Église, son ordonnancement, sa réglementation et sa forme ne peuvent pas ne pas dépendre de l'autorité de l'Église» (Encyclique Mediator Dei, 20 novembre 1947).

Unité et harmonie

À partir de 1869, l'état général du Père Cyriaque, qui souffre de douleurs rhumatismales, se détériore de manière alarmante. Le 2 janvier 1871, comprenant que sa fin est proche, il reçoit les derniers sacrements. Les membres de sa communauté, réunis autour de lui, demandent une dernière bénédiction qu'il leur donne en prononçant chaque mot de façon calme et claire. Puis il demeure recueilli dans la prière. Le 3 janvier, vers 7 heures 30, il rend son âme à Dieu.

À l'occasion de la béatification du Père Cyriaque-Élie Chavara, le Pape Jean-Paul II disait: «Aucune cause apostolique n'était plus chère au coeur de cet homme de foi que celle de l'unité et de l'harmonie à l'intérieur de l'Église. C'était comme s'il avait toujours présente à l'esprit la prière de Jésus, la nuit précédant son sacrifice sur la Croix: Que tous soient un; comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu'eux aussi soient un en nous (Jn 17, 21). Aujourd'hui, l'Église rappelle solennellement, avec amour et gratitude, tous ses efforts en vue de résister aux menaces de désunion et pour encourager le clergé et les fidèles à maintenir l'unité avec le Siège de Pierre et l'Église universelle. Son succès en cela, comme dans toutes ses nombreuses entreprises, est dû sans aucun doute à la charité intense et à la prière qui ont caractérisé sa vie quotidienne, sa communion intime avec le Christ et son amour pour l'Église en tant que Corps Visible du Christ sur la terre» (8 février 1986).

Bienheureux Cyriaque-Élie de la Sainte-Famille, rappelez-nous que l'Église Catholique est un Corps, le Corps de Jésus visible sur la terre, à maintenir dans l'unité, là où nous sommes et en tous les lieux que nous pouvons atteindre. Et conduisez à l'unité parfaite du Ciel tous ceux qui nous sont chers, vivants et défunts.

Dom Antoine Marie osb, abb

Pour publier la lettre de l'Abbaye Saint-Joseph de Clairval dans une revue, journal, etc. ou pour la mettre sur un site internet ou une home page, une autorisation est nécessaire. Elle doit nous être demandée par email ou à travers http://www.clairval.com.

Index des lettres  -  Page d'accueil

Webmaster © 2000 Traditions Monastiques