11 novembre 1998
Saint Martin


Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

Premier novembre 1876, au soir. Auguste Buguet sonne les cloches à l'église Notre-Dame de Mortagne-au- Perche (Normandie). L'une d'elles se détache et, ayant traversé la voûte en y marquant sa forme comme un emporte-pièce, tombe sur le sonneur qu'elle écrase. Au lendemain de cet accident, le frère du défunt, prêtre, frappé au coeur par la soudaineté de cette mort, écrit: «Mon Dieu, permettez-moi de méditer sur votre bonté. Sous l'affreux malheur, je suis broyé de douleur. Votre bonté seule peut me soutenir». Aussitôt après, un cri jaillit de son coeur sacerdotal: «Et son âme?» Ignorant l'état spirituel de son frère au moment de l'accident, il implore: «Ô mon Dieu, dites-moi que vous nous aimez... Dites-moi que vous avez sauvé mon frère». Désarroi bien compréhensible d'un coeur humain, mais qui s'achève en un acte d'abandon filial à Dieu: «Tout ce qui arrive, le plus petit événement, la chute d'un cheveu, n'arrive que par la permission ou la volonté de Dieu, et Dieu ne peut rien vouloir ou permettre, sans que ce soit pour notre bien. De là, je conclus que je dois me laisser complètement à la disposition de Dieu».

Au-delà de la mort

Cette attitude de l'abbé Buguet provient de sa foi au dernier article du Credo: «Je crois à la vie éternelle». L'importance de cet article n'échappe à personne: il exprime le terme et le but du dessein de Dieu sur l'homme. Or, de nos jours, beaucoup de personnes, même parmi les chrétiens, éprouvent un certain malaise et de l'inquiétude à ce sujet: existe-t-il quelque chose au-delà de la mort? Le néant ne nous attend-il pas après la mort?

Pour éclairer cette question capitale, l'Église affirme la survivance après la mort d'un élément spirituel, appelé "âme", qui est doué de conscience et de volonté, en sorte que le "moi" humain subsiste. En effet, la personne humaine, créée à l'image de Dieu, est un être à la fois corporel et spirituel. Le récit de la Bible exprime cette réalité lorsqu'il affirme que Dieu modela l'homme avec la glaise du sol; il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l'homme devint un être vivant (Gn 2, 7). Cette haleine de vie désigne le plus intime de l'homme, son "âme" spirituelle qui le rend tout particulièrement "image de Dieu". Chaque âme humaine est immédiatement créée par Dieu; elle n'est pas "produite" par les parents. Séparée du corps à la mort, elle s'y unira de nouveau lors de la résurrection finale (cf. Catéchisme de l'Église Catholique, CEC, 362-363; 366).

Grâce à son âme, l'homme peut réfléchir sur le monde pour le comprendre, et percevoir ce qui n'est pas matériel (amour, bien, beauté, justice, etc.). «En vérité, l'homme ne se trompe pas lorsqu'il se reconnaît supérieur aux éléments matériels... Par son intériorité, il dépasse en effet l'univers des choses... Ainsi, lorsqu'il reconnaît en lui une âme spirituelle et immortelle, il n'est pas le jouet d'une création imaginaire qui s'expliquerait seulement par les conditions physiques et sociales; bien au contraire, il atteint le tréfonds même de la réalité» (Vatican II, Gaudium et spes, 14).

Destin éternel

Que devient donc l'âme après la mort? «Dans la fidélité au Nouveau Testament et à la Tradition, l'Église croit à la félicité des justes qui seront un jour avec le Christ. Elle croit qu'une peine attend pour toujours le pécheur qui sera privé de la vue de Dieu, et à la répercussion de cette peine dans tout son être. Elle croit enfin pour les élus à une éventuelle purification préalable à la vision de Dieu, tout à fait étrangère cependant à la peine des damnés. C'est ce que l'Église entend lorsqu'Elle parle d'enfer et de Purgatoire» (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Lettre du 17 mai 1979).

Cet enseignement de la Foi montre la gravité du problème du salut de l'âme, car le destin de l'homme après la mort est irrévocable et éternel. C'est pourquoi Notre-Seigneur a pu dire: Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il vient à perdre son âme? (Mt 16, 26). On comprend dès lors le souci de l'abbé Buguet pour la destinée éternelle de son frère. Dans l'espérance du salut, il prie pour lui afin d'obtenir son entrée au paradis. Puis, étendant sa pensée à tous les défunts, l'abbé considère cette mort comme une invitation du Ciel à s'engager dans une oeuvre de miséricorde en faveur des trépassés. Il faudra cependant encore plusieurs années avant la réalisation concrète de ce dessein.

Mais qui est cet abbé Buguet? Paul-Joseph Buguet est né le 25 mars 1843, à Bellavilliers, dans l'Orne. Ses parents, très pauvres, gagnent difficilement leur vie et celle de leurs deux garçons. De sérieuses études classiques dans un collège de Mortagne préparent Paul à son entrée au Séminaire de Sées en 1862. Là, il s'adonne avec un grand soin à l'étude «pour Dieu, l'Église et les âmes». «Il y a trois choses auxquelles je dois tendre, écrit-il: la mortification, l'humilité et l'esprit intérieur. Avec cela, j'arriverai à être un saint prêtre». Il reçoit l'ordination sacerdotale le 26 mai 1866.

Après douze années de ministère, comme vicaire à Sainte-Honorine-la-Chardonne, puis comme curé à Saires-la-Verrerie, l'abbé Buguet arrive, le er août 1878, à la paroisse de La Chapelle-Montligeon (700 habitants) dont il vient d'être nommé curé. La commune est pauvre; l'exode rural menace le pays. Écrasés par la concurrence des nouvelles usines, les vieux tissages à domicile ferment. Les jeunes s'en vont dans les villes, où leur foi est mise à rude épreuve. «Désolé de cette nécessité qui me montrait dans l'avenir une paroisse déserte, dira le prêtre, je passais de longs moments aux pieds de la statue de saint Joseph, le suppliant de m'inspirer un moyen de donner de l'ouvrage et du pain à ce peuple sans qu'il soit obligé d'aller chercher sa subsistance dans les villes».

Dans ce but, il essaie une fabrication de jerseys, pour le compte d'un grand fabricant parisien: échec. Puis la dentelle, nouvel échec; puis la ganterie: après un beau succès, l'invention de machines que les pauvres gens de La Chapelle-Montligeon ne peuvent se payer, entraîne l'abandon de cet artisanat manuel.

L'abbé Buguet, qui n'oublie pas son désir de venir en aide aux défunts, se trouve ainsi sollicité par deux intérêts: «Je cherchais, dit-il, à concilier ce double but: faire prier pour les âmes délaissées du Purgatoire, les délivrer de leurs peines par le Sacrifice de la Messe, qui renferme l'expiation suprême, et, en retour, obtenir par elles le moyen de faire vivre l'ouvrier. C'était dans mon esprit comme un don réciproque entre les âmes souffrantes du Purgatoire et les pauvres abandonnés de la terre. C'était une délivrance mutuelle». Ce double but sera atteint d'une manière toute providentielle.

La Messe du lundi

Depuis longtemps, l'abbé Buguet se sent commandé par une voix intérieure de fonder une oeuvre pour la délivrance des âmes délaissées du Purgatoire. Offrant, un jour, le Saint-Sacrifice de la Messe dans un oratoire dédié à saint Joseph, Patron de la Bonne mort, il reçoit une "mission" dans ce but. Un fait peu ordinaire va lancer l'oeuvre.

«J'aimais à célébrer la Messe, le lundi, pour l'âme la plus délaissée du Purgatoire et je m'apercevais que ces âmes m'obtenaient bien des faveurs, raconte le prêtre. En mai 1884, une personne que je ne connaissais pas vint me demander de célébrer une Messe à ses intentions. Son visage indiquait qu'elle était âgée d'environ cinquante ans; elle était alors vêtue très modestement, portant le costume d'une femme du peuple; son air inspirait respect et confiance. Huit jours après, à cette Messe que je célébrais suivant sa demande, je fus surpris de la voir au bas de l'église vêtue d'une robe bleu ciel et la tête couverte d'un long voile blanc descendant jusqu'à la ceinture. Qui était-ce? Je ne l'ai jamais su... Longtemps elle pria devant l'autel de la Sainte Vierge».. Plusieurs personnes virent cette dame qui vint deux fois. Quand elle repartit, une dizaine de personnes la suivirent des yeux. Elle disparut tout à coup. Tels sont les faits.

L'abbé Buguet fit à des amis très sûrs cette confidence: la mystérieuse dame l'avait loué et remercié «de cette charité qu'il avait de dire chaque lundi la Messe pour l'âme la plus délaissée du Purgatoire». Depuis cette "visite", il fut très vivement poussé à rédiger les statuts de "L'Oeuvre Expiatoire".

Un sou!

Dès le 3 septembre 1884, il entreprend les démarches nécessaires à l'organisation de l'Oeuvre. Il faut d'abord l'autorisation de l'Évêque pour fonder une Association afin de faire célébrer des Messes en faveur de l'âme la plus délaissée du Purgatoire. La cotisation demandée aux membres de l'Association s'élève à un sou (cinq centimes) par an. «Mon bon Curé, que ferez-vous avec un sou? lui demande l'Évêque - Monseigneur, ce sera l'oeuvre des pauvres. - Eh bien, faites comme vous voudrez. Si vous ne réussissez pas, vous en aurez le mérite; et si Dieu le veut, rien n'arrêtera votre Oeuvre».

L'abbé Buguet se fait alors «le commis voyageur des Âmes du Purgatoire». Il parcourt la région, de paroisse en paroisse. Un sou, cela ne se refuse pas. Il complète ses visites par un petit bulletin, qui vole plus vite et plus loin que lui. Au bout de trois ans, tous les diocèses de France connaissent l'Oeuvre. Elle touche aussi l'étranger: l'Angleterre, les Pays-Bas, l'Italie, l'Espagne, le Canada, puis les Antilles, la Chine, le Japon, Ceylan (Sry Lanka), la Palestine, la Russie, la Syrie... Avant la fin du siècle, l'abbé Buguet, son bâton de voyageur à la main, aura parcouru l'Europe ainsi qu'une partie des États-Unis et du Canada.

Cet apostolat nécessite l'impression du bulletin destiné à faire connaître l'initiative spirituelle de Montligeon. Les débuts sont très modestes, mais, de fil en aiguille, on achète des machines d'imprimerie d'occasion, des ouvriers apprennent le métier, des commandes viennent de l'extérieur. Peu à peu se crée une usine admirablement équipée. L'abbé Buguet réalise ainsi providentiellement son désir de procurer du travail à ses paroissiens.

Un dogme méconnu

Un des premiers bulletins imprimés pour l'Oeuvre constate le peu de soin pris généralement pour le repos éternel des défunts: «Vous n'ignorez pas, chers lecteurs, combien les gens du monde se soucient peu pour les morts. Quand le fils et la fille ont versé quelques larmes sur la dépouille de leurs parents, quand ils ont déposé sur leur tombe quelques couronnes, et tout au plus, dans les bonnes familles, demandé quelques Messes pour le repos de leurs âmes, ils pensent s'être acquittés envers eux de tous leurs devoirs».

De nos jours encore, le dogme de la purification des péchés au Purgatoire est souvent méconnu. Le Catéchisme de l'Église Catholique expose ainsi cette vérité de la foi: «Ceux qui meurent dans la grâce et l'amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu'assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d'obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie du Ciel... La tradition de l'Église, faisant référence à certains textes de l'Écriture (cf. 1 Co 3, 15; 1 P 1, 7), parle d'un feu purificateur» (CEC, 1030-1031). Cette purification finale des élus est très différente de l'état des damnés en enfer: ceux-ci sont pour toujours exclus du Paradis et ne connaissent pas l'amour. Les âmes du Purgatoire, elles, aiment Dieu et sont sûres d'aller au Ciel au terme de leur expiation.

«Le péché a une double conséquence, explique le Catéchisme. Le péché grave nous prive de la communion avec Dieu, et par là il nous rend incapables de la vie éternelle, dont la privation s'appelle la "peine éternelle" du péché (enfer). D'autre part, tout péché, même véniel, entraîne un attachement malsain aux créatures, qui nécessite une purification, soit ici-bas, soit après la mort, dans l'état qu'on appelle Purgatoire. Cette purification libère de ce qu'on appelle la "peine temporelle" du péché. Ces deux peines ne doivent pas être conçues comme une espèce de vengeance, infligée par Dieu de l'extérieur, mais bien comme découlant de la nature même du péché» (CEC, 1472).

Suprême miséricorde

Le Purgatoire est la suprême miséricorde que Dieu réserve à ceux qui sont morts dans l'amour, mais qui n'ont pas su aller jusqu'au bout des exigences de l'amour. Ils devraient maintenant voir Dieu face à face mais ils ne le peuvent. «La souffrance qui en résulte est purificatrice. C'est une sorte d'exil, une souffrance dans l'amour et de l'amour, mais purement expiatrice et satisfactoire» (Cardinal Journet [1891-1975], Pardon du péché - Indulgences, 1966-67).

Le feu du Purgatoire agit comme un instrument de la Justice divine et, par un mode ineffable, il affecte l'âme "dans le vif". Les âmes qui l'endurent soutiennent à chaque instant tout le poids et toute la profondeur d'une douleur dont elles ne peuvent se distraire. Les Pères de l'Église enseignent que les souffrances du Purgatoire surpassent tout ce qu'on peut imaginer de plus rigoureux sur la terre. Cependant elles ne sont pas sans consolations. La plus forte consiste dans la certitude d'être aimé de Dieu et de ne plus pouvoir Le perdre par le péché. De plus, l'amour qui tourmente les âmes du Purgatoire les remplit mystérieusement d'une profonde joie, et l'espérance leur donne une très douce patience.

De beaux mystères

Les âmes du Purgatoire ne peuvent rien faire pour alléger leurs peines. Mais «pour qu'elles en soient relevées, les suffrages des fidèles vivants leur sont utiles, c'est-à-dire: offrandes de Messes, aumônes et autres oeuvres de piété qui sont accomplies par les fidèles pour d'autres fidèles» (Concile de Florence). «Cet enseignement s'appuie sur la pratique de la prière pour les défunts dont parle déjà la Sainte Écriture: Voilà pourquoi Judas Maccabée fit faire ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés (2 M 12, 46). Dès les premiers temps, l'Église a honoré la mémoire des défunts et offert des suffrages en leur faveur, en particulier le Sacrifice eucharistique, afin que, purifiés, ils puissent parvenir à la vision béatifique de Dieu. L'Église recommande aussi les aumônes, les indulgences et les oeuvres de pénitence en faveur des défunts: "Portons-leur secours et faisons leur commémoraison. Si les fils de Job ont été purifiés par le sacrifice de leur père (cf. Jb 1, 5), pourquoi douterions-nous que nos offrandes pour les morts leur apportent quelque consolation? N'hésitons pas à porter secours à ceux qui sont partis et à offrir nos prières pour eux" (Saint Jean Chrysostome)» (CEC, 1032). «Nous touchons à de beaux mystères, écrit le cardinal Journet. Une grande charité (pratiquée sur terre) eût été capable de purifier toute la peine de nos péchés, le Purgatoire pouvait être évité, en ce sens il est anormal, et cela explique que l'Église du Purgatoire, réduite sous cet aspect à l'impuissance, dépende tout entière de la charité de l'Église de la terre». Il existe donc entre les fidèles du Purgatoire et ceux qui sont encore sur la terre «un constant lien d'amour et un abondant échange de tous biens» (Paul VI, cf. CEC, 1475).

Ainsi s'expliquent les vues de l'abbé Buguet qui écrit: «Mon Dieu, faites-moi la grâce de bien me pénétrer de cette pensée: Expiation. - Ah! si je comprenais bien tout ce qu'il y a de douceur dans ce mot, je n'aurais pas de la mortification la crainte que j'en ai. J'aimerais la pénitence, et elle serait pour moi une consolation... Eh bien! pour diminuer le Purgatoire, faisons des pénitences. Pour cela on peut tout offrir, depuis son lever jusqu'à son coucher, toutes ses afflictions, chagrins, inquiétudes...» Et il s'adonne avec courage à "l'Oeuvre expiatoire". Le bas-côté de la vieille petite église de Montligeon en devient le siège. Les pèlerins viennent de plus en plus nombreux prier aux pieds de Notre-Dame de la Délivrance. Six ans après le début de cet apostolat, l'abbé Buguet, qui a été rejoint par plusieurs prêtres collaborateurs, envisage une construction d'envergure qui la couronnera.

Une basilique en pleine campagne

Un jour de l'été 1894, le Fondateur de l'Oeuvre se présente devant son Évêque: «Monseigneur, je voudrais entreprendre les travaux d'une grande église pour les âmes les plus délaissées du Purgatoire. - Combien avez-vous en caisse? - Pas tout à fait 50.000 francs (or). - Eh bien! mon cher Curé, quand vous aurez 100.000 francs, vous commencerez».

L'abbé rentre décontenancé à Montligeon. Il y trouve une lettre d'une dame de Paris, l'invitant à venir le voir pour un don qu'elle veut lui faire. Il y envoie un de ses collaborateurs. Le don est précisément de 50.000 francs! L'Évêque, surpris, accorde l'autorisation de commencer les travaux. Pour susciter de nouveaux dons, le Fondateur crée le Bulletin trimestriel de l'église de Notre-Dame de Montligeon. Le résultat est et demeure extraordinaire: une vaste basilique en pleine campagne. Son plan est en forme de croix latine, de 74 mètres de longueur. Deux flèches encadrent la façade. À l'intérieur, au-dessus de l'autel principal, est placée une statue de la Sainte Vierge portant l'enfant Jésus qu'elle tend à une âme, représentée sous forme humaine, sur le point d'entrer au paradis. Une autre âme représente l'attente certaine du Ciel. L'ensemble a été taillé dans un bloc de marbre de Carrare; il mesure 3,70 m. de hauteur et pèse 13 tonnes. Tout porte à l'admiration, à la prière pour les vivants et les défunts, à la vive et certaine Espérance du Ciel.

Le spectacle de cette église est inoubliable. Mais cette construction n'est qu'un édifice pour faciliter les pèlerinages et susciter les prières qui sont la fin principale et surnaturelle de l'Oeuvre Expiatoire. Comme toutes les oeuvres de Dieu, celle-ci ne manque pas de subir les contradictions. Les journaux anticléricaux attaquent souvent l'abbé Buguet. On l'accuse de mercantilisme à cause des sommes d'argent importantes qu'il manie pour ses constructions et pour la célébration des Messes. L'abbé a la sagesse et la grâce de ne pas s'émouvoir de ces insinuations malveillantes ou calomnieuses.

À l'inverse, il reçoit de Léon XIII et de saint Pie X des dignités ecclésiastiques bien méritées, avec le titre de "Monseigneur". Son humilité n'en souffre pas: il garde simplement son rang dans l'Église. Son ton reste familier, plutôt jovial. «Tout se fait par la prière de l'homme humble, dit-il... Dieu bénit les projets de l'homme qui prie et s'humilie». Et quand on lui demande comment il a pu réaliser son Oeuvre, il se contente de répondre: «Je prie, et c'est le Bon Dieu qui fait le reste». Monseigneur Buguet expire doucement, à Rome, le 14 juin 1918.

Le Feu de l'Amour

L'exemple de Monseigneur Buguet nous engage à l'intercession pour les âmes du Purgatoire, spécialement en cette année 1998, où l'Église célèbre le millénaire de la commémoraison des fidèles défunts, le 2 novembre, instaurée par saint Odilon, Abbé de Cluny, fils spirituel de saint Benoît. «Pour les âmes du Purgatoire, écrivait le Pape Jean-Paul II à l'occasion de cet anniversaire, l'attente du bonheur éternel, de la rencontre avec le Bien-Aimé, est source de souffrances à cause de la peine due au péché qui maintient loin de Dieu. Mais il y a aussi la certitude que, le temps de purification achevé, l'âme ira à la rencontre de Celui qu'elle désire... J'encourage donc les catholiques à prier avec ferveur pour les défunts, pour ceux de leurs familles et pour tous nos frères et soeurs qui sont morts, afin qu'ils obtiennent la rémission des peines dues à leurs péchés... Confiant à l'intercession de Notre-Dame, de saint Odilon et de saint Joseph, patron de la bonne mort, les fidèles qui prieront pour les morts, je leur accorde de grand coeur ma Bénédiction apostolique».

Vivons nous-mêmes dans un grand amour de Dieu afin de nous purifier entièrement de nos fautes dès ici-bas, selon ces paroles de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face: «Je sais que moi-même je ne mériterais même pas d'entrer dans ce lieu d'expiation, puisque les âmes saintes peuvent seules y avoir accès, mais je sais aussi que le Feu de l'Amour est plus sanctifiant que celui du Purgatoire» (Ms A, 84 v°).

Demandons au Saint-Esprit d'allumer en nous le Feu de son Amour et de renouveler la face de la terre.

Dom Antoine Marie osb, abb

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