11 novembre 1997
Saint Martin


Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

«Quels sont aujourd'hui les besoins les plus importants de l'Église? Ne soyez pas étonnés par notre réponse que vous pourriez trouver simpliste, voire même superstitieuse ou irréelle: l'un de ses plus grands besoins est de se défendre contre ce mal que nous appelons le démon» (Paul VI, 15 novembre 1972). En effet, le diable n'est pas une invention du moyen-âge, mais un «être vivant, spirituel, perverti et pervertisseur... Ils s'écartent de l'enseignement de la Bible et de l'Église ceux qui refusent de reconnaître son existence» (Ibid.). Parmi les nombreuses interventions diaboliques relatées dans la vie des Saints, voici un trait rapporté par Sulpice Sévère, disciple de saint Martin (IVe siècle).

«Je suis le Christ»

Un jour, le diable, sous un aspect éclatant, royalement vêtu, le visage serein, souriant de telle sorte que rien ne trahit son identité, se tient debout à côté de saint Martin en prière. Le saint, comme étourdi à son aspect, garde un profond silence. «Ouvre les yeux, Martin, dit le démon, je suis le Christ; ayant résolu de descendre sur la terre, j'ai voulu me manifester à toi». Le saint ne dit rien. Alors, le diable continue: «Martin, pourquoi hésites-tu à croire ce que tu vois? Je suis le Christ». Le saint, éclairé d'en haut, lui répond: «Jésus n'a aucunement dit qu'Il viendrait vêtu de pourpre et ceint d'un diadème. Pour moi, je ne croirai au Christ que s'Il se montre à moi en la manière qu'Il a souffert pour moi et portant les stigmates de sa Passion». À cette parole, le diable s'évanouit comme la fumée et remplit la cellule d'une odeur insupportable. «Ce fait, je le tiens de la propre bouche de saint Martin», ajoute le narrateur.

C'est ta face que je cherche

Quel est donc l'objectif du diable? Détourner en sa faveur l'aspiration de l'homme vers son Créateur, et se faire rendre à lui-même les honneurs dus à Dieu seul. Car, comme l'a rappelé le Pape Jean-Paul II aux jeunes réunis à Paris, le 24 août 1997, «l'homme cherche Dieu. L'homme jeune comprend au fond de lui-même que cette recherche est la loi intérieure de son existence. L'être humain cherche sa voie dans le monde visible; et, à travers le monde visible, il cherche l'invisible au long de son voyage spirituel. Chacun de nous peut redire les paroles du Psalmiste: C'est ta face, Seigneur, que je cherche: ne me cache pas ta face (Ps 26, 8-9). Chacun de nous a son histoire personnelle et porte en lui-même le désir de voir Dieu, un désir que l'on éprouve en même temps que l'on découvre le monde créé». Cette recherche de Dieu correspond à la raison d'être de notre vie ici-bas, car «Dieu nous a mis au monde pour Le connaître, Le servir et L'aimer, et ainsi parvenir en Paradis» (Catéchisme de l'Église Catholique, CEC, 1721).

Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit, prescrit le premier commandement. Ce précepte «embrasse la Foi, l'Espérance et la Charité. Qui dit Dieu, en effet, dit un être constant, immuable, toujours le même, fidèle, parfaitement juste. D'où il suit que nous devons nécessairement accepter ses Paroles, et avoir en lui une foi et une confiance entières. Il est Tout-Puissant, clément, infiniment porté à faire du bien. Qui pourrait ne pas mettre en Lui toutes ses espérances? Et qui pourrait ne pas L'aimer en contemplant les trésors de bonté et de tendresse qu'Il a répandus sur nous?» (CEC, 2086).

Une tentation permanente

L'homme reconnaît la souveraineté de son Créateur, en premier lieu, par l'adoration. Adorer Dieu, c'est Le reconnaître comme Dieu, comme le Créateur et le Sauveur, le Seigneur et le Maître de tout ce qui existe, l'Amour infini et miséricordieux... L'adoration du Dieu unique libère l'homme du repliement sur soi-même, de l'esclavage du péché et de l'idolâtrie du monde.

Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et c'est à Lui seul que tu rendras un culte (Lc 4, 8) dit Jésus, citant le Deutéronome (Dt 6, 13). L'adoration du seul vrai Dieu exclut le culte d'autres dieux. Vénérer d'autres divinités que l'Unique, serait tomber dans l'idolâtrie. L'idolâtrie ne concerne pas seulement les faux cultes du paganisme. Elle reste une tentation permanente contre la foi. Elle consiste à diviniser ce qui n'est pas Dieu, par exemple les démons (satanisme), le pouvoir, le plaisir, la race, les ancêtres, l'État, l'argent, etc. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon, affirme Jésus (Mt 6, 24). L'idolâtrie ne peut se concilier avec la vie de la grâce. Bien souvent, les hommes, trompés par le Malin, s'égarent dans leurs

raisonnements et échangent la vérité de Dieu contre le mensonge. Ils servent la créature de préférence au Créateur, ou bien, vivant et mourant sans Dieu en ce monde, ils s'exposent au désespoir et à la perte éternelle.

Mais, le chrétien sait qu'il conserve en lui la capacité de déjouer les ruses du démon: les vérités de la foi l'éclairent sur le bien et le mal. La victoire de Jésus, par sa Croix et sa Résurrection, comporte la défaite définitive de Satan. Il est vrai que le diable a encore beaucoup d'empire ici-bas. Mais, comme le dit saint Césaire, c'est «sur les tièdes, les négligents, sur ceux qui ne craignent pas Dieu en vérité, qu'il domine. Il est lié comme un chien retenu par des chaînes, qui ne peut mordre personne, si ce n'est celui qui, dans une mortelle sécurité, s'approche tout près de lui... Il peut aboyer, il peut vous solliciter, mais mordre, il ne le peut absolument pas, à moins qu'on le veuille».

La grâce de Dieu fait participer l'homme à la victoire du Christ et lui donne le pouvoir de vaincre les démons. Pour nous affermir dans cette conviction, le Pape Jean-Paul II a béatifié, le 26 octobre 1980, Bartolo Longo, «l'homme de la Vierge», qui a été, plusieurs mois, esclave de Satan.

Les dix Commandements sauf un

En 1841, près de Brindisi, dans l'Italie méridionale, naît un enfant qui reçoit au baptême le prénom de Barthélemy, en abrégé Bartolo. Son nom de famille est Longo. Très tôt, il se révèle intelligent, pieux, pétillant de vie. «J'étais, dit-il, un diablotin vif et impertinent, quelque peu polisson». Jusqu'à l'âge de seize ans, il est élevé dans un collège religieux. En classe, ses gamineries lui valent maintes punitions, et c'est un supplice pour lui que d'avoir à rester en place pendant les cours! Par exception, le jour de sa première communion, il demeure sans bouger une heure et demie en action de grâces! Doué d'une étonnante mémoire, Bartolo commence à seize ans l'étude du Droit à l'université de Naples où il réussit fort bien.

À la même époque, il suit les cours de philosophie d'un prêtre défroqué. Frappé et ébloui par l'esprit anticlérical, il s'éloigne, peu à peu, des sacrements et ne prie plus. Une question le harcèle: «Le Christ est-il Dieu ou non?» Un confident de ses tourments spirituels l'invite alors: «Viens avec moi. Je te conduirai au lieu où se résoudront tous tes doutes». Et, le 29 mai 1864, on l'initie aux secrets du magnétisme et du spiritisme: tables tournantes, réponses et divination des voyants. Bartolo demande à "l'esprit": «Jésus-Christ est-il Dieu?» - «Oui», répond le médium. «Les préceptes du Décalogue sont-ils vrais? - Oui, sauf le sixième (Tu ne commettras pas d'adultère). - «Laquelle des deux religions est la vraie: la catholique ou la protestante? - Toutes deux sont fausses», prononce sentencieusement l'esprit.

Curiosité malsaine

Bartolo est en train de perdre la foi. Au lieu d'écouter la voix de la vérité qui nous vient du Christ et de l'Église, il se laisse duper par le démon lui-même, qui sait mêler le vrai et le faux, pour tromper les âmes et les conduire au péché. Le rejet du sixième commandement conduit le jeune homme à tous les excès de l'immoralité, alors que le doute sur la vérité du catholicisme le mène à l'indifférentisme religieux. Séduit par la magie, Bartolo se livre à la divination et au spiritisme; il devient médium de premier ordre, et même "prêtre spirite".

La divination prétend prédire l'avenir à partir de signes tirés du monde de la nature, ou à l'aide de moyens ou arts particuliers. En font partie, l'astrologie (prétendre discerner l'avenir libre des hommes dans les astres ou l'ordonnancement des étoiles), la cartomancie (se faire prédire l'avenir par les cartes), la chiromancie (déchiffrage des lignes de la main), etc. La pire expression de la divination, et la plus grave, est la nécromancie ou le spiritisme, c'est-à-dire le recours aux esprits des morts pour entrer en contact avec eux et dévoiler l'avenir.

Le chrétien ne peut admettre que sa vie est dominée par des forces occultes manipulables à volonté par des rites magiques ou que son avenir est écrit à l'avance dans les mouvements stellaires ou d'autres formes de présages. «Dieu peut révéler l'avenir à ses prophètes ou à d'autres saints. Cependant l'attitude chrétienne juste consiste à se remettre avec confiance entre les mains de la Providence pour ce qui concerne le futur et à abandonner toute curiosité malsaine à ce propos» (CEC, 2115).

Culte exclusif

«Toutes les formes de divination sont à rejeter: recours à Satan ou aux démons, évocation des morts ou autres pratiques supposées à tort "dévoiler" l'avenir. La consultation des horoscopes, l'astrologie, la chiromancie, l'interprétation des présages et des sorts, les phénomènes de voyance, le recours aux médiums... sont en contradiction avec l'honneur et le respect, mêlé de crainte aimante, que nous devons à Dieu seul» (CEC, 2116).

Le baptisé refuse toutes les pratiques magiques dans la mesure même où elles sont contraires à la foi en Dieu Créateur et au culte exclusif qui lui est dû. Elles s'opposent à la reconnaissance de Jésus-Christ comme unique Rédempteur de l'homme et du monde, et au don de son Esprit. Elles sont dangereuses pour le salut éternel. «Toutes les pratiques de magie ou de sorcellerie par lesquelles on prétend domestiquer les puissances occultes pour les mettre à son service et obtenir un pouvoir surnaturel sur le prochain - fût-ce pour lui procurer la santé -, sont gravement contraires à la vertu de religion... Le recours aux médecines dites traditionnelles ne légitime ni l'invocation des puissances mauvaises, ni l'exploitation de la crédulité d'autrui» (CEC, 2117).

"Ouvrir une porte"

De même, des groupes ésotériques et occultistes, d'origine ancienne ou nés récemment (Théosophie, Nouvel Âge, etc.), prétendent "ouvrir une porte" pour faire entrer dans la connaissance de vérités cachées et acquérir des pouvoirs spirituels spéciaux. Ils engendrent un grand désarroi dans l'esprit des hommes, spécialement des jeunes et conduisent à des comportements gravement dommageables du point de vue chrétien. À la place de la recherche de Dieu et de la vie sacramentelle, ils introduisent des systèmes de pensée et de vie totalement incompatibles avec la vérité de la foi.

La recherche de phénomènes extraordinaires, comme les visions à distance, les "voyages" dans l'au-delà ou la production de "fluide", peut, elle aussi, être un danger pour le juste équilibre humain et pour la vie authentique de la foi. Celui qui a découvert Jésus-Christ n'a pas besoin d'aller chercher le salut ailleurs. «Dès lors que Dieu nous a donné son Fils, qui est sa Parole, il n'a pas d'autre parole à nous donner» (Saint Jean de la Croix). Croire en Jésus, se convertir à sa parole et se mettre à sa suite, en communion avec toute l'Église, est la voie à suivre sans se laisser égarer par de fausses conceptions et de vains comportements (cf. Lettre pastorale des évêques de Toscane sur la Magie et la Démonologie, 15 avril 1994; Documentation Catholique, n. 2104).

Percer le mystère

Bartolo, rapidement épuisé par les jeûnes prolongés que lui demande le démon et par toute sorte de phénomènes hallucinatoires, perd sa santé. Il écrira: «L'esprit mauvais qui m'assistait, voulait s'emparer de mon âme formée à la piété depuis mes premières années et me demander l'adoration et l'obéissance aveugle. Il se faisait passer pour l'archange Michel, m'imposant la récitation des psaumes et des jeûnes rigoureux. Il réclamait que son nom, comme signe de puissance et de protection, fût écrit en tête de tous mes papiers et que je le portasse sur mon coeur, inscrit en chiffres rouges dans un triangle de parchemin».

Mais, pour l'instant, le jeune homme, inquiet du surnaturel et de l'au-delà, est toujours poussé par son désir de percer le mystère de l'autre monde. De fait, personne ne peut totalement éviter de s'interroger sur l'énigme de la vie et de la mort. «L'homme vient au monde, dit le Pape Jean-Paul II, il naît du sein maternel, grandit et mûrit; il découvre sa vocation et développe sa personnalité au cours de ses années d'activité; puis approche le moment où il doit quitter ce monde. Plus sa vie est longue, plus l'homme ressent sa propre précarité, plus il se pose la question de l'immortalité: qu'y a-t-il au-delà des frontières de la mort?» (Paris, 24 août 1997).

L'influence du bon ange

Mais le bon ange de Bartolo veille sur lui. Il lui fait rencontrer un ancien ami, le Professeur Vincenzo Pepe, pour lequel il a de l'estime et du respect. Mis au courant des pratiques spirites de Bartolo, il conseille à celui-ci de se repentir et de se confesser. «Tu veux donc mourir dans une maison de fous et, de plus, être damné?» lui demande-t-il. Le coup porte. «On parle rarement et peu, dit le Pape Paul VI, des fins dernières (mort, jugement, enfer, paradis). Mais le Concile Vatican II nous rappelle ces solennelles vérités qui nous concernent, y compris la terrible vérité d'un possible châtiment éternel que nous appelons l'enfer, dont le Christ parle sans réticences (cf. Mt 22, 13; 25, 41)  Il y a de quoi trembler. Écoutons la voix prophétique de saint Paul: Travaillez avec crainte et tremblement à accomplir votre salut (Ph 2, 12). La gravité et l'incertitude de notre sort final a toujours été un abondant objet de méditation et une source d'énergies sans pareil pour la morale et aussi pour la sainteté de la vie chrétienne» (8 septembre et 28 avril 1971). Fortifié par les paroles du Professeur Pepe, Bartolo se présente au confessionnal du Père Radente.

En présence de cet individu bizarre, à la face ornée d'une barbe de mousquetaire, le Père croit d'abord avoir affaire à un malfaiteur qui prépare un mauvais coup! Mais quand, après avoir longtemps hésité, le jeune homme s'approche et lui parle, le prêtre sait trouver les mots qui font tomber les écailles des yeux de son pénitent. La confession est sincère et profonde. Par la suite, Bartolo affirmera à ceux qui ne croient pas à l'action du démon dans le spiritisme: «Je l'ai expérimenté, et c'est par un miracle de la Très Sainte Vierge que j'en ai été délivré». Une nouvelle vie, au service de la Sainte Vierge, commence pour lui. Il se met à réciter chaque jour le Rosaire, prière à laquelle il sera fidèle jusqu'à la fin de sa vie. Bartolo entre dans le Tiers-Ordre dominicain, sous le nom de "fratel Rosario" (frère Rosaire). Il a 31 ans. Sous la direction du Père Radente, il s'initie à l'étude des oeuvres de saint Thomas d'Aquin.

Pluie de miracles

Pendant ce temps, il continue d'exercer la profession d'avocat. Mais sa santé délabrée ne lui permet plus un travail régulier. Des personnes charitables s'inquiètent de lui. La comtesse Marianna de Fusco, devenue veuve, l'invite à venir s'établir chez elle en tant que précepteur de ses enfants. Elle possède, à côté des ruines de l'ancienne Pompéi, près de Naples, des terres dont elle n'a pas la possibilité de s'occuper. Pour lui rendre service, "fratel Rosario" s'offre à les administrer. Il prend alors conscience de l'effrayante misère spirituelle et matérielle de cette région. Que faire en face de tant de besoins? Il commence par fonder une confrérie du Très-Saint-Rosaire; il parcourt la campagne, entrant dans les fermes pour apprendre aux gens à prier, distribuant médailles et chapelets. Peu à peu, la pratique religieuse revient. Puis, sur les conseils de l'évêque, il construit une église qu'il fait consacrer à Marie. Il installe au-dessus du maître-autel un tableau de la Sainte Vierge qui ne tarde pas à faire tomber du ciel une véritable pluie de miracles. Léon XIII dira: «Dieu s'est servi de cette image pour accorder des grâces innombrables qui ont ému l'univers».

«Vers l'idéal de la civilisation»

Avec l'affluence des pèlerins auprès du nouveau sanctuaire, arrivent les ex-voto de reconnaissance et aussi les aumônes. Bartolo en profite pour fonder un orphelinat où il recueille orphelines et enfants de prisonniers, leur assurant ainsi une éducation, un métier et une instruction religieuse. Trois ans après cette fondation, il écrit aux criminologues de l'époque, selon lesquels les enfants de criminels deviendraient certainement des criminels: «Qu'avez-vous fait, vous, en enlevant le Christ des écoles? Vous avez produit des ennemis de l'ordre social, des subversifs  Au contraire, qu'avons-nous gagné, nous, en mettant le Christ dans les écoles des fils de détenus? Nous avons transformé en jeunes gens honnêtes et vertueux ces malheureux que vous vouliez abandonner à leur triste misère ou jeter dans un asile de fous!».

«Il n'y a pas de vraie civilisation sans civilisation morale et pas de vraie civilisation morale sans la vraie religion, écrivait le pape saint Pie X... Si l'on veut arriver à la plus grande somme de bien-être possible pour la société et pour chacun de ses membres par la fraternité, ou comme on dit encore, par la solidarité universelle, il faut l'union des esprits dans la vérité, l'union des volontés dans la morale, l'union des coeurs dans l'amour de Dieu et de son Fils, Jésus-Christ. Or, cette union n'est réalisable que par la charité catholique, laquelle, seule par conséquent, peut conduire les peuples dans la marche du progrès vers l'idéal de la civilisation» (Lettre sur le Sillon, 25 août 1910).

Cependant la collaboration de Bartolo avec la comtesse de Fusco fait jaser et leur attire à l'un et à l'autre une véritable campagne de calomnies. Ils consultent Léon XIII qui leur répond: «Mariez-vous. Et personne n'aura plus rien à dire». Aussi, le 19 avril 1885, Maître Barthélemy Longo épouse-t-il la comtesse de Fusco. Ces épousailles demeurent virginales, à l'image de celles de Marie et de Joseph, ce qui n'empêchera pas les deux époux de s'aimer profondément en Dieu. Grâce à eux, l'oeuvre de Pompéi se poursuit et s'étend. Bientôt c'est une trentaine de maisons qui se construisent autour du sanctuaire, puis un hôpital, une imprimerie, une gare, un observatoire, un bureau de poste, etc. La misère de jadis a fait place à une laborieuse prospérité. «On est bien obligé de parler de miracle», s'écrie un jour celui qui autrefois avait initié Bartolo au spiritisme.

«Mourir tranquille»

Mais les roses ne sont pas sans épines: en 1905, le fils aîné de la comtesse, maladroit en affaires, est acculé à la faillite. Une plainte est portée auprès du Pape saint Pie X: «Les offrandes de messes aboutissent dans les poches du fils de Madame Barthélemy Longo». Pour arranger cette sombre affaire, montée de toutes pièces, Bartolo renonce spontanément en faveur du Saint-Siège à toutes ses oeuvres. «Saint-Père, dit-il au pape, puis-je à présent mourir tranquille? - Oh, non! réplique le Pape, vous ne devez pas mourir, mais travailler, Bartolo nostro!» Par obéissance donc, il travaillera jusqu'à épuisement de ses forces.

Les derniers jours de Bartolo se passent dans le recueillement et la prière. Atteint d'une double pneumonie, il s'éteint le 5 octobre 1926, à l'âge de quatre-vingt-six ans. La Très Sainte Vierge accueille l'âme de son fidèle serviteur: «Mon seul désir est de voir Marie qui m'a sauvé et me sauvera des griffes de Satan». Telles sont ses dernières paroles.

«Le Rosaire en main, le bienheureux Bartolo Longo dit à chacun de nous: "Réveille ta confiance en la Très Sainte Vierge du Rosaire. Sainte Mère honorée, je repose en Vous toute mon affliction, toute mon espérance et toute ma confiance!"» (Homélie de béatification).

Nous prions pour vous et tous ceux qui vous sont chers, vivants et défunts.

Dom Antoine Marie osb, abb

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