24 juin 1997
Saint Jean-Baptiste


Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

Vois, je te propose aujourd'hui vie et bonheur, mort et malheur... Je te propose la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie... (Dt 30, 15-19).

Le Seigneur nous a placés devant le chemin de la vie et le chemin de la mort (Jr 21, 8). Jésus-Christ nous le rappelle dans l'Évangile lorsqu'il affirme qu'il n'y a que deux voies: l'une mène à la vie éternelle, et l'autre à la perdition (cf. Mt 7, 13). Cette doctrine des deux voies reste toujours présente dans la catéchèse de l'Église. Elle est un appel à la responsabilité avec laquelle l'homme doit user de sa liberté en vue de son destin éternel (cf. Catéchisme de l'Église Catholique, CEC, 1696, 1036). Elle invite à réfléchir sur l'importance de nos choix.

UNE ILLUSION

«Choisis la vie! Qu'est-ce que cela signifie? Que faut-il faire? Qu'est-ce que la vie? Posséder le plus possible? Pouvoir tout faire, tout se permettre, ne pas connaître d'autres limites que celles de son propre désir?  N'est-ce pas là, aujourd'hui comme toujours, l'unique réponse possible? Mais si nous regardons notre monde, nous voyons que ce style de vie aboutit à un cercle infernal où règnent l'alcool, le sexe et la drogue, que ce choix apparent de la vie fait considérer l'autre comme un concurrent, que les biens possédés sont toujours insuffisants; il conduit précisément à la culture de la mort, à l'ennui de la vie, au dégoût de soi-même, que nous observons partout aujourd'hui. La splendeur de ce choix est une illusion créée par le diable. En effet, il s'oppose à la vérité, car il présente l'homme comme un dieu, mais comme un faux dieu, qui ne connaît pas l'amour, mais seulement sa propre personne, et qui rapporte tout à lui-même... Cette forme de choix de vie est un mensonge, car elle met Dieu de côté et par là même, déforme tout» (Cardinal Ratzinger, 5 mars 1997). Le chemin du péché ne requiert pas d'effort; il paraît plaisant, mais cela ne dure pas, car il mène à la perte éternelle.

La vie chrétienne, quand elle est vécue de manière généreuse et sincère, est exigeante, c'est une porte étroite, un chemin resserré, mais qui fait trouver la vraie joie et conduit au ciel. «Choisis la vie!  c'est-à-dire: choisis Dieu. En effet, Il est la vie: Écoute les commandements que je te prescris aujourd'hui... aime le Seigneur ton Dieu, marche dans ses voies, garde ses commandements, ses lois et ses coutumes, et tu vivras (cf. Dt 30, 16)  Selon le Deutéronome, choisir la vie signifie: aimer (Dieu), entrer avec Lui en communion de pensée et de volonté, se confier à Lui, marcher sur ses traces  Jésus nous montre comment nous pouvons choisir la vie: Qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi, celui-là la sauvera (Lc 9, 24). La Croix n'est pas la négation de la vie, la négation de la joie et de la plénitude d'être des hommes. Au contraire, elle nous montre exactement le vrai moyen, la façon de trouver la vie. Qui garde sa vie pour soi et veut en prendre possession, rate sa vie. Ce n'est qu'en se perdant soi-même que l'on trouve la voie pour se trouver et trouver la vie. Plus les hommes ont osé, avec audace, se perdre, se donner, plus ils ont appris à s'oublier, plus leur vie est devenue riche et élevée; il suffit de penser à François d'Assise, à Thérèse d'Avila, à Vincent de Paul, au Curé d'Ars, à Maximilien Kolbe: ce sont toutes des figures de vrais disciples, qui nous montrent la voie de la vie, car ils nous montrent le Christ. Ils peuvent nous apprendre à choisir Dieu, à choisir le Christ et à choisir ainsi la vie» (Cardinal Ratzinger, id.).

"JE VEUX LE TRAVAIL DE DIEU"

Une jeune religieuse africaine contemporaine a donné l'exemple du choix de la vie à la suite du Christ jusqu'au témoignage suprême du martyre. Selon l'expression de saint Benoît, elle a «désiré la vie éternelle de toute l'ardeur de son âme» (Règle, ch. 4). Le Pape Jean-Paul II l'a béatifiée, le 16 août 1985.

Anwarite est une petite fille du Congo belge, aujourd'hui République démocratique du Congo (ex-Zaïre; pays d'Afrique équatoriale), ardente, volontaire, exubérante même, un peu susceptible et boudeuse. En revanche, elle est très serviable et très pieuse. Née le 29 décembre 1939, elle a été baptisée en 1941. À quinze ans, elle déclare à sa mère: «Je veux le travail de Dieu», autrement dit: «Je veux être religieuse». «Attends, attends!», répond la mère qui a besoin d'elle pour le ménage et les travaux des champs. Mais, avec son caractère nerveux, Anwarite ne sait pas attendre, et elle entre dans la Congrégation de la Sainte-Famille. Sa mère s'incline devant le fait accompli. Malgré son caractère bouillant, ou peut-être à cause de lui, la nouvelle religieuse se montre d'une totale fidélité à sa vocation. Elle écrit dans ses notes: «Je suis venue ici pour suivre qui? Les supérieures? Les soeurs? Les enfants? Tous les hommes? Pas du tout. Ne suis-je pas venue pour un seul Bien-Aimé, Jésus?... O Jésus, donne-moi la grâce de mourir ici-même, plutôt que de te quitter pour retourner dans ce monde mauvais. Toi, tu ne peux me quitter, à moins que moi-même je ne commence à te quitter». Et, à sa mère qui cherche à la faire revenir: «Je me suis consacrée à Dieu sérieusement et non par plaisanterie. Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière, n'est pas digne du royaume de Dieu... Il faut se détacher de son peuple, de son clan, de sa tribu».

L'oraison revêt pour elle la plus grande importance: «L'heure de la méditation, note-t-elle, c'est le temps du repos et de l'entretien avec Notre-Seigneur, tout comme deux fiancés bavardent ensemble sans songer à l'effort et à la fatigue. Même si ton coeur est aride, supplie quand même. Le Seigneur Jésus s'étonnera et dira: "Même si je lui tourne le dos, elle ne se fatigue pas". Nous sommes des consacrées, il faut penser à

l'Époux de nos âmes, demander l'esprit de silence, savoir converser avec Dieu dans son coeur. Seigneur Jésus, donnez-moi du zèle et un grand amour pour la prière, afin que je puisse progresser dans la vie spirituelle».

AMITIÉ INTIME

En effet, prière et vie chrétienne sont inséparables. La vie du chrétien est une vie d'intime union avec Dieu. Or, sans la prière, nous oublions Celui qui est notre Vie et notre Tout. Prier est nécessaire pour notre persévérance dans le bien: si nous ne nous laissons pas mener par l'Esprit-Saint, nous retombons sous l'esclavage du péché; et, comment l'Esprit-Saint peut-Il être le guide de notre vie, si notre coeur est loin de Lui? «Rien ne vaut la prière, dit saint Jean Chrysostome; elle rend possible ce qui est impossible, facile ce qui est difficile. Il est impossible que l'homme qui prie puisse pécher (gravement)». Notre-Seigneur nous exhorte à une prière continuelle (cf. Lc 18, 1), et, à sa suite, l'Apôtre saint Paul nous dit: Priez sans cesse (1 Th 5, 17). «Il ne nous a pas été prescrit de travailler, de veiller et de jeûner constamment, tandis que c'est pour nous une loi de prier sans cesse» (CEC, 2742). «Il faut se souvenir de Dieu plus souvent qu'on ne respire» (Saint Grégoire de Nazianze). Cette ardeur inlassable dans la prière ne peut venir que de l'amour. Contre notre pesanteur et notre paresse, le combat de la prière est celui de l'amour humble, confiant et persévérant. Prier est toujours possible: «Il est possible, même au marché ou dans une promenade solitaire, assis dans votre boutique, en train d'acheter ou de vendre, ou même de faire la cuisine, de faire une fréquente et fervente prière» (Saint Jean Chrysostome).

La prière n'est pas le seul aliment de la vie spirituelle de soeur Anwarite. Elle fait également grand cas des sacrements et spécialement de celui de la Pénitence: «Jésus jette les yeux sur le pécheur, écrit-elle dans ses notes, il le pénètre intimement, afin qu'il se convertisse. Si tu avoues un grand péché, ne pense pas que tu seras méprisée, mais le prêtre aura du respect pour toi à cause de ta simplicité. Celui qui confesse ses péchés sans honte, même s'ils sont grands, est un héros». Elle veut aussi cultiver l'esprit de sacrifice, ce qu'elle appelle: "manger des choses amères". «Le Seigneur Jésus, quand il nous a appelées, nous demanda le sacrifice des choses de ce monde, de l'amour humain, de notre personne elle-même».

Son coeur est tout dévoué à Marie. Elle aime beaucoup réciter le Rosaire, sa prière préférée. Elle y trouve sa joie et sa force. Elle en a récité des "Ave Maria", et des Rosaires! ... à la lingerie, à la cuisine, à la sacristie, ou dans la surveillance des élèves... Elle lit avec avidité, les "Gloires de Marie" de saint Alphonse de Liguori.

GAIETÉ BRUYANTE

Anwarite, devenue soeur Marie-Clémentine, garde son caractère d'enfant, naïf, hypersensible, enthousiaste, à la gaieté bruyante. Elle voudrait rendre service à tout le monde et, naturellement, complique tout, et ne contente personne. Elle a toujours envie de chanter, excelle à battre du tam-tam, à jouer la comédie, à faire rire aux larmes. Elle agit toujours avec précipitation, monte les escaliers quatre à quatre, et parle parfois avec tant de hâte qu'elle bredouille. Pourtant sa droiture est immense, sa piété sincère, sa charité profonde. Elle s'applique à son travail avec une humble simplicité, se montre persévérante en ses tâches et pleinement obéissante. «Ma Supérieure dort mal, note-t-elle, car elle pense à ce qu'elle doit faire pour que ses filles puissent progresser. Mon devoir est de l'aider en obéissant à ses ordres. Si les supérieures te font des reproches ou t'humilient, tu cherches à te défendre, ce qui veut dire: tu n'as pas encore l'humilité... Si nous voulons obéir par amour de Dieu, il faut que notre obéissance se fasse dans un esprit de foi».

Un jour, alors que des novices reviennent d'une randonnée apostolique, un jeune homme leur fait des propositions déshonnêtes. Soeur Anwarite reprend l'importun: «Pourquoi avoir dit cela et vouloir faire du mal à mes soeurs? Allez-vous en! Vous vous comportez comme un homme sans esprit. Nous vous pardonnons, mais allez-vous en!» Soeur Anwarite a un grand amour pour la virginité. Elle s'est consacrée totalement au Christ, corps et âme: Tu m'as séduit, Seigneur, et je me suis laissé séduire (Jr 20, 7).

UN PRÉCIEUX STIMULANT

«La chasteté des célibataires et des vierges, dans la mesure où elle manifeste le don à Dieu d'un coeur sans partage, constitue le reflet de l'amour infini qui relie les trois Personnes divines  amour qui pousse à une réponse d'amour total pour Dieu et pour les frères» (Jean-Paul II, Vita consecrata, 25 mars 1996, n. 21). Le voeu de chasteté des personnes consacrées répond au défi adressé à l'Église par la culture de jouissance qui règne dans le monde.

Cette culture hédoniste «délie la sexualité de toute norme morale objective, en la réduisant souvent à un jeu et à un bien de consommation, et en cédant à une sorte d'idolâtrie de l'instinct avec la complicité des moyens de communication sociale. Les conséquences de cet état de fait sont sous les yeux de tous: des transgressions diverses, qui s'accompagnent d'innombrables souffrances psychiques et morales pour les individus et pour les familles. La réponse de la vie consacrée réside d'abord dans la pratique joyeuse de la chasteté parfaite, comme témoignage de la puissance de l'amour de Dieu dans la fragilité de la condition humaine. La personne consacrée atteste que ce que la majorité tient pour impossible devient, avec la grâce du Seigneur Jésus, possible et authentiquement libérant. Oui, dans le Christ il est possible d'aimer Dieu de tout son coeur, en le plaçant au-dessus de tout autre amour, et d'aimer ainsi toute créature avec la liberté de Dieu! Voilà l'un des témoignages qui sont aujourd'hui plus nécessaires que jamais, précisément parce qu'il est si peu compris par le monde. Il est offert à toute personne - aux jeunes, aux fiancés, aux époux, aux familles chrétiennes - pour montrer que la force de l'amour de Dieu peut opérer de grandes choses à l'intérieur même des vicissitudes de l'amour humain 

«Il est nécessaire que la vie consacrée présente au monde d'aujourd'hui des exemples de chasteté vécue par des hommes et des femmes qui font preuve d'équilibre, de maîtrise d'eux-mêmes, d'initiative, de maturité psychologique et affective. Dans ce témoignage, l'amour humain trouve un point d'appui solide, que la personne consacrée retire de la contemplation de l'amour trinitaire, qui nous est révélé par le Christ  La chasteté consacrée apparaît comme une expérience de joie et de liberté. Éclairée par la foi au Seigneur ressuscité et par l'attente des cieux nouveaux et de la terre nouvelle, elle constitue aussi un stimulant précieux pour l'éducation à la chasteté, nécessaire dans d'autres états de vie» (Jean-Paul II, ibid., 88).

LES SIMBA

Soeur Anwarite est fortement déterminée à la fidélité au divin Époux, jusqu'au martyre s'il le faut. Elle envie les saintes, vierges et martyres, Maria Goretti, Agnès, Blandine, Agathe, Lucie, Cécile: «S'il m'arrivait quelque chose de semblable, je resterais fidèle et je suivrais Jésus sans rien dire jusqu'à la fin... Oui, quand c'est comme ça, on doit avoir le courage, avec la grâce de Dieu, de mourir plutôt que de faire un péché». Dieu exauça son désir.

1964. Le Congo, devenu indépendant depuis quatre ans, est en proie à la guerre civile. Les partisans de Patrice Lumumba, chef rebelle qui a été assassiné en 1961, ont organisé une "armée populaire de libération". Celle-ci est commandée par le général Olenga, qui recourt aux services d'une tribu du pays, les Simba.

Le 29 novembre 1964, à midi, les Simba (qui ont tué l'évêque de Wamba, Mgr Wittehois, le 26 novembre) arrivent au couvent des Soeurs de la Sainte-Famille. Plusieurs religieuses s'enfuient dans la brousse où elles rencontrent Mère Kasima, la supérieure générale, qui revient, avec un groupe d'orphelins, de cueillir des feuilles de manioc. Mère Kasima, très calme, ramène tout le monde à la maison. Le commandant des Simba rassure les religieuses terrorisées: il vient pour les conduire en lieu sûr, à Wamba. Les soeurs font rapidement leurs bagages. Soeur Anwarite emporte avec elle son carnet de notes et une statuette de la Sainte Vierge qu'on lui a donnée trois mois auparavant. Vers quatre heures de l'après-midi, le camion qui emporte les soeurs se met en route. Elles sont au nombre de trente-quatre, et elles récitent le Rosaire, tandis que les rebelles leur chantent des chansons équivoques.

Arrivée à Isiro, la communauté est conduite dans la résidence du colonel Yuma Deo. Puis, sous prétexte qu'il n'y a pas assez de place, on annonce aux soeurs qu'on les logera dans une autre maison. Mais l'homme qui les conduit a reçu l'ordre de garder soeur Anwarite, car le colonel Ngalo veut l'avoir pour femme. De son côté, le colonel Olombe veut se réserver la soeur Bokuma. Mère Kasima s'interpose et proteste. On la gifle, puis Yuma Deo lui dit: «Puisque vous parlez ainsi, je vais appeler mes soldats pour qu'ils salissent toutes vos filles». Soeur Anwarite intervient: «Pourquoi voulez-vous tuer Mère Kasima? Vous me tuerez moi seulement».

Le colonel Olombe ordonne ensuite à soeur Anwarite de monter en voiture pour se rendre chez Ngalo, et la fait entrer de force dans sa voiture, ainsi que la soeur Bokuma. Mais, comme il s'absente un instant, les deux religieuses ressortent et refusent de remonter dans l'auto: «Je ne veux pas aller commettre ce péché; si vous voulez, tuez-moi!» crie Anwarite. Olombe se met donc à frapper sauvagement les deux religieuses avec la crosse d'un fusil. Soeur Anwarite lui dit: «Je vous pardonne, parce que vous ne savez pas ce que vous faites». Un bras cassé, le visage tuméfié, avant de tomber inanimée, soeur Anwarite répète: «C'est ainsi que je l'ai voulu». Les Simba témoins de la scène, croyant qu'Olombe est devenu fou, prennent son arme. Celui-ci, interprétant mal leur action, appelle: «Simba! venez vite, on veut me tuer». Deux jeunes Simba accourent, des baïonnettes à la main. «Transpercez cette soeur, enfoncez le couteau dans son coeur!» Quatre ou cinq fois ou même plus, ils la transpercent, tandis qu'elle gémit. Olombe prend alors son revolver et tire une balle dans la poitrine d'Anwarite qui respire encore. Elle expire le 1er décembre 1964, à une heure du matin, vierge et martyre, comme elle l'a tant désiré. Après le meurtre, Olombe se calme et fait transporter soeur Bokuma à l'hôpital. Les autres religieuses sont transférées à Wamba, à l'abri des combats.

FIDÉLITÉ AU QUOTIDIEN

«L'Église propose l'exemple de nombreux saints et saintes qui ont rendu témoignage à la vérité morale et l'ont défendue jusqu'au martyre, préférant la mort à un seul péché mortel. En les élevant aux honneurs des autels, l'Église a canonisé leur témoignage et déclaré vrai leur jugement, selon lequel l'amour de Dieu implique obligatoirement le respect de ses commandements, même dans les circonstances les plus graves, et le refus de les transgresser, même dans l'intention de sauver sa propre vie...

«Le martyre est un signe éclatant de la sainteté de l'Église: la fidélité à la Loi sainte de Dieu, à laquelle il est rendu témoignage au prix de la mort, est une proclamation solennelle et un engagement missionnaire "usque ad sanguinem" (jusqu'au sang) pour que la splendeur de la vérité morale ne soit pas obscurcie dans les moeurs et les mentalités des personnes et de la société. Un tel témoignage a une valeur extraordinaire en ce qu'il contribue, non seulement dans la société civile, mais aussi à l'intérieur des communautés ecclésiales elles-mêmes, à éviter que l'on ne sombre dans la crise la plus dangereuse qui puisse affecter l'homme: la confusion du bien et du mal qui rend impossible d'établir et de maintenir l'ordre moral des individus et des communautés. Les martyrs et, plus généralement, tous les saints de l'Église, par l'exemple éloquent et attirant d'une vie totalement transfigurée par la splendeur de la vérité morale, éclairent toutes les époques de l'histoire en y réveillant le sens moral. Rendant un témoignage sans réserve au bien, ils sont un vivant reproche pour ceux qui transgressent la loi (cf. Sg 2, 12) et ils donnent une constante actualité aux paroles du prophète: Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal, qui font des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres, qui font de l'amer le doux et du doux l'amer (Is 5, 20).

«Si le martyre représente le sommet du témoignage rendu à la vérité morale, auquel relativement peu de personnes sont appelées, il n'en existe pas moins un témoignage cohérent que tous les chrétiens doivent être prêts à rendre chaque jour, même au prix de souffrances et de durs sacrifices. En effet, face aux nombreuses difficultés que la fidélité à l'ordre moral peut faire affronter même dans les circonstances les plus ordinaires, le chrétien est appelé, avec la grâce de Dieu implorée dans la prière, à un engagement parfois héroïque, soutenu par la vertu de force par laquelle - ainsi que l'enseigne saint Grégoire le Grand - il peut aller jusqu'à "aimer les difficultés de ce monde en vue des récompenses éternelles" (Encyclique Veritatis splendor, 6 août 1993, nn. 91-93).

Bienheureuse Clémentine-Anwarite obtenez-nous de Dieu le courage de vivre selon toutes les exigences de l'Évangile, et de parvenir au Ciel avec tous ceux qui nous sont chers, vivants et défunts.

Dom Antoine Marie osb, abb

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