Blason  Abbaye Saint-Joseph de Clairval

21150 Flavigny-sur-Ozerain

France


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1 novembre 2017
fête de Tous les Saints


Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

À certains moments de sa vie, sainte Émilie de Rodat a beaucoup craint la mort, mais dans ses derniers jours, toute frayeur disparaît. Elle dit pourtant à son confesseur : « Ah ! mon Père, allez dire aux gens du monde qui ne pensent pas à leur dernier moment, qu’on n’apprend pas à mourir en deux jours. » Dans sa Règle, saint Benoît soulignait déjà combien il importe de bien employer le temps, en vue de notre salut éternel : « Tandis qu’il est temps encore, et que, demeurant en ce corps, nous pouvons à la lumière de cette vie accomplir ce qui nous est prescrit, il nous faut courir et agir d’une façon qui nous profite pour l’éternité » (Prologue). Sainte Émilie pouvait se réjouir d’avoir employé son temps au service du Seigneur.

« Il te faut rire ! »

Émilie de Rodat est née en 1787 au château de Druelle, non loin de Rodez, dans une famille solidement chrétienne où l’on s’applique au devoir d’état, généreusement et surnaturellement accompli. Pour alléger la tâche de Mme de Rodat, Émilie est envoyée chez sa grand-mère, à Villefranche-de-Rouergue. Une de ses tantes, religieuse visitandine, vit là aussi, retirée chez sa mère. Près d’elles, l’enfant reçoit une sérieuse éducation et apprend l’amour des pauvres, auxquels elle se complaît à faire l’aumône. « Étant toute petite, écrira Émilie dans son autobiographie, j’avais le défaut de bouder ; j’allais me tapir dans l’embrasure d’une fenêtre ; alors ma grand-mère me disait : “… Regarde-moi, il te faut rire !”… et elle persistait jusqu’à ce que je me fusse déridée… J’étais une pleureuse ; elle travailla doucement à me corriger de ce défaut et m’en fit confesser, ce qui me coûta beaucoup. » À onze ans, elle fait sa première Communion : « Je ne pus apporter à cet acte une grande préparation, à cause de l’état fâcheux des temps, reconnaîtra-t-elle, mais j’y apportais l’innocence… Je dis cela pour que les personnes scrupuleuses ne croient pas tout perdu, lorsqu’une enfant est encore légère à l’époque de sa première Communion. Si elle est innocente, Dieu se placera et agira Lui-même dans son cœur, ainsi qu’il a fait à mon égard. Il s’empara de toutes les facultés de mon âme et je me sentis aussitôt attirée au saint exercice de l’oraison. Dieu la faisait Lui-même en moi. »

Pourtant, à l’adolescence, Émilie abandonne l’oraison et se laisse griser par le monde. Elle se complaît dans la parure et passe bien du temps devant le miroir. Un jour, une servante lui dit avec un franc-parler tout direct : « Vous aurez beau vous regarder, Mademoiselle, vous ne serez jamais qu’un sac de terre ! » En 1803, sa grand-mère se retire chez Mme de Saint-Cyr où vivent plusieurs religieuses qui avaient été obligées de quitter leur couvent à l’époque de la Révolution. Elle renvoie donc Émilie à Druelle. L’année suivante, la jeune fille reçoit la grâce d’une lumière subite qui envahit son âme : « J’étais si pénétrée de Dieu, dira-t-elle, que je serais restée toujours avec Lui, surtout à l’église ; là, Sa présence m’absorbait à tel point que je ne voyais ni n’entendais ce qui se passait autour de moi. » Dès lors, elle se rend chaque matin à la Messe, se met à visiter les pauvres, pour qui elle prépare confitures et autres douceurs, fréquente taudis et chaumières et va jusqu’à s’occuper d’une lépreuse. Après dix-huit mois, Émilie rejoint sa grand-mère et sa tante chez Mme de Saint-Cyr. L’abbé Marty, aumônier de la maison, l’encourage à la prière, lui donne le goût des psaumes, qu’elle apprend par cœur, et la conforte dans ses efforts de renoncement et de vie pauvre. Émilie se familiarise avec les écrits de saint François de Sales. Bientôt, on demande à la jeune fille de préparer les enfants à la première Communion, puis d’enseigner la géographie et d’autres matières. Ses instructions sont claires et vivantes ; elle passionne son jeune auditoire.

Émilie prie souvent son ange gardien, et elle lui attribue une protection spéciale lors d’un danger grave et imminent : « J’allais à la cave, racontera-t-elle, chargée de bouteilles ; nous y descendions par une trappe. Je la croyais fermée et elle était ouverte. Je m’avance et lorsque le plancher disparut sous mes pas, j’allais tomber, avec les bouteilles à la main, mais je sentis quelqu’un me prendre à bras-le-corps et me retenir. Je pensai aussitôt à remercier mon bon Ange. On accourut, dans la maison, croyant que je m’étais jetée dans la cave. Je les rassurai en leur racontant ce qui m’était arrivé. »

Dès le ive siècle, saint Basile affirmait : « Chaque fidèle a, près de lui, un ange gardien comme protecteur et pasteur pour le conduire à la vie (éternelle) » (cf. Catéchisme de l’Église Catholique, n° 336).

Triple échec

Lors de réunions de famille ou d’amis, Émilie a rencontré des jeunes gens qui ne l’ont pas laissée indifférente, mais les circonstances n’ont jamais permis d’approfondir la relation. Désormais, elle mène une vie pauvre et austère ; son confesseur l’autorise à émettre des vœux privés. On lui reproche d’être plus sérieuse que gaie : elle fait donc des efforts pour se montrer plus joyeuse, et lit un traité sur la joie. L’abbé Marty l’engage aussi à tempérer son désir de recueillement et à parler davantage aux autres. Émilie envisage d’entrer chez les Sœurs de la Charité de Nevers, qui tiennent l’hôpital de Figeac. Elle s’y rend en 1809 : « À peine fus-je entrée dans cette maison, écrira-t-elle, que le Bon Dieu retira sa présence sensible, tout passa. D’épaisses ténèbres remplirent mon âme. Je ne savais que devenir. Je voyais des manquements dans toute ma vie… Je sortis de cette maison après un mois ; les peines intérieures m’y forcèrent. » Elle se tourne alors vers les Dames de l’Adoration perpétuelle de Picpus, à Cahors. Mais l’aumônier de la maison discerne rapidement que sa vocation, bien réelle, n’est pas pour Picpus. Sans se décourager, Émilie fait alors un essai chez les Sœurs de la Miséricorde de Moissac. À nouveau, elle se trouve plongée dans les ténèbres ; elle souhaite persévérer, mais la supérieure ne la garde pas. Ces essais sans suite lui procurent bien des humiliations. Elle n’est pourtant ni capricieuse ni instable, et elle sait mettre au service de la volonté divine une réelle ténacité. D’ailleurs, elle n’a rien fait sans le conseil de son directeur et de personnes avisées. Elle reprend donc l’instruction de la jeunesse chez Mme de Saint-Cyr, et la visite des malades.

Un jour de mai 1815, elle rencontre des femmes qui se plaignent de l’abandon où se trouvent leurs filles en âge de scolarité. « Avant la Révolution, lui expliquent-elles, les Ursulines enseignaient gratuitement ; nous-mêmes avons eu le bonheur d’être instruites par elles. » Émilie demande à Mme de Saint-Cyr la permission d’accueillir dans sa petite chambre des fillettes pauvres pour les instruire. L’abbé Marty approuve ce projet et indique même à Émilie trois jeunes filles susceptibles de l’aider. Elles se réunissent dès lors chaque jour pour réciter le Petit Office de la Sainte Vierge et d’autres prières. Elles craignent toutefois que leur œuvre ne nuise à celle de Mme de Saint-Cyr ; mais, avec un désintéressement total, cette dernière approuve et favorise leur initiative. En revanche, d’autres personnes, quoique pieuses, se livrent à des réflexions aigres-douces sur Émilie et ses compagnes. De plus, les familles des jeunes filles refusent leur agrément ; elles taxent d’imprudence la nouvelle fondation inaugurée par des jeunes sans expérience, et menée par l’une d’elles qui n’a pu jusqu’ici se fixer nulle part. À l’exception de Monsieur Marty, le clergé de Villefranche partage la réprobation générale. Bientôt, cependant, il faut trouver un logis plus spacieux que la chambre d’Émilie. Un local, peu commode mais suffisant, est loué. L’aménagement se fait le 30 avril 1816. On installe quelques lits d’emprunt et de pauvres meubles, puis les jeunes enseignantes prennent un costume uniforme. En dehors du temps des classes, le silence est gardé dans la maison. Bientôt, trente élèves se présentent, plus une orpheline qui sera pensionnaire. Émilie lui donne son lit et couche par terre sur une paillasse. Des aumônes en nature, provenant surtout des pauvres, permettent de continuer. Touché de la bonne volonté de la communauté naissante, l’évêque permet de garder le Saint-Sacrement dans la maison. Les sœurs considèrent Jésus-Eucharistie comme leur grande richesse.

Le 25 mars 1996, dans l’exhortation apostolique Vita consecrata, saint Jean-Paul II écrivait : « Les personnes appelées à la vie consacrée font certainement une expérience unique de la lumière qui émane du Verbe incarné. En effet, la profession des conseils évangéliques fait d’eux des signes prophétiques pour la communauté de leurs frères et pour le monde ; dès lors, ils doivent nécessairement vibrer de manière particulière aux paroles enthousiastes de Pierre : Il est heureux que nous soyons ici ! (Mt 17, 4)… Comme il est beau pour nous de rester avec Toi, de nous donner à Toi, de concentrer de manière exclusive notre existence sur Toi ! En effet, celui qui a reçu la grâce de cette communion d’amour spéciale avec le Christ se sent comme saisi par son éclat : Il est le plus beau des enfants des hommes (Ps 45/44, 3), l’Incomparable » (n° 15).

Comme un orage

En 1817, la communauté peut s’installer à nouveau dans la maison de Mme de Saint-Cyr qui vient de se libérer, ses occupantes n’ayant pu former une communauté unie sous une même Règle. Le nombre des enfants, mais aussi des novices, s’accroît. Le 29 juin 1819, on déménage une nouvelle fois pour occuper un ancien couvent de Cordeliers. La maladie s’abat alors sur la maison. Plusieurs sœurs décèdent ; nombre d’enfants et des postulantes sont repris par leurs parents. Mais peu à peu, les santés se rétablissent. À partir du mois d’août 1820, « tout d’un coup, comme un orage », Émilie est plongée dans d’épaisses ténèbres : « Tentations contre la foi, en sorte qu’elle est comme détruite, dira-t-elle à son confesseur. Contre l’espérance : tout semble prouver à l’âme qu’elle est perdue et abandonnée de Dieu. Contre la charité : Dieu lui est représenté comme son ennemi… Lorsqu’à cette triple tentation est ajouté l’éloignement pour l’humanité sacrée de Jésus-Christ, l’affliction devient plus vive : l’âme n’a plus aucune ressource, aucun appui… » Monsieur Marty s’applique à la réconforter, mais l’épreuve durera trente-deux ans, pour ne disparaître totalement que deux mois avant sa mort. La prieure du carmel de Figeac écrit aussi à Émilie pour la soutenir et l’éclairer sur l’amour de Dieu qui ne la quitte pas. De plus, la santé d’Émilie est atteinte : les médecins diagnostiquent un polype nasal. Une première opération ne réussit pas : il faut recommencer deux autres fois avec peu de succès. On invoque alors saint Joseph, mais la guérison ne sera jamais totale.

Voie ordinaire

En novembre 1823, Monsieur Marty écrira à sa dirigée : « L’état pénible dans lequel vous vous trouvez intérieurement ne doit ni vous étonner, ni vous alarmer. Dieu, dans sa miséricorde bien plus que dans sa justice, vous soumet à cette épreuve pour vous avertir, vous instruire, vous rendre meilleure… C’est une tendance fréquente et nous dirions presque une tentation des âmes ferventes, d’imaginer que, si la douceur d’aimer Dieu subit une éclipse, cela ne peut être qu’une punition. Que le Seigneur veuille, par là, permettre d’expier de menues défaillances, il est possible. Mais on doit invoquer ici une explication de plus de portée, plus consolante aussi : la règle générale de la conduite ordinaire des âmes comporte cette disparition. Si Dieu comblait toujours et payait, nombre pour nombre, chaque fidélité, d’un salaire de douceur, facilement l’âme deviendrait égoïste ; elle ne servirait plus si purement Dieu pour Dieu ; elle le servirait avec l’arrière-pensée qu’il la gratifiera d’une compensation au-dedans. Dieu aime le métal pur. Afin de voir si on le sert uniquement pour Lui seul, généralement, après un temps de douceur, il supprime la douceur. C’est là que se situe la ligne de partage des âmes. Beaucoup, la plupart, s’entendent fort bien à suivre le Maître jusqu’au Thabor ; quand la colline de la Béatitude se change en colline de l’angoisse, et que le Thabor devient Gethsémani, le grand nombre abandonne la partie… Vous êtes, ma chère Mère, dans la voie ordinaire par laquelle Dieu mène les âmes qu’il veut forcer à être entièrement à Lui. “Sachez, vous dit saint François de Sales, que j’ai vu peu de personnes avoir été avancées sans cette épreuve.” »

En 1819, Adèle de Trenquelléon, fondatrice de la branche féminine des Marianistes, est entrée en relation avec Émilie. Elles en viennent à envisager la fusion de leurs œuvres en une seule. Mme de Trenquelléon serait la supérieure de l’ensemble, et Émilie garderait seulement la direction de Villefranche, ce qui satisfait son humilité. Mais, lorsqu’en 1822, Émilie propose à ses sœurs de réaliser cette union, elles s’y refusent et préfèrent que les deux instituts restent séparés. À compter de ce jour, elles décernent à leur fondatrice le titre de Mère. Humblement, Émilie se range à leur avis. Leur institut est d’abord connu sous le nom de Sœurs de Saint-Joseph ; pour éviter la confusion avec d’autres œuvres, les sœurs décident alors de se placer sous le vocable de la Sainte-Famille. La spiritualité de Mère Émilie s’appuie sur la connaissance de Jésus. Elle s’applique à recourir à son Cœur. Dans le petit règlement de la communauté, on peut lire : « Pour obtenir la grâce de connaître Jésus pauvre et humilié, nous pratiquerons ces chères vertus de son divin Cœur, la pauvreté et l’humilité, en vivant détachées de tout : chacune de nous voulant de tout son cœur être comptée pour la dernière, aimant les emplois les plus bas et les places les plus incommodes. » La fondatrice n’impose pas de mortifications extérieures ni d’austérités incompatibles avec la mission d’enseignantes ; mais elle désire que l’amour engage les sœurs à accomplir avec assiduité et joie leur devoir d’état, sans recherche de soi ni plainte.

Nommé vicaire général en 1823, Monsieur Marty réside désormais à Rodez. Il est encore le supérieur de la congrégation, mais son éloignement prive la Mère de conseils précieux, et les sœurs d’une direction intelligente et sûre. En quittant Villefranche, il laisse la fondatrice dans un état de santé précaire aggravé par de longues insomnies et des ulcérations d’estomac ; de plus, l’ouïe de la Mère a baissé, et un défaut de langue gêne son expression. Elle parle pourtant à sa communauté avec entrain, clarté et chaleur oratoire. Au début de la fondation, Mère Émilie n’a donné à ses compagnes qu’un modeste règlement, mais maintenant il faut établir de véritables Règles. Monsieur Marty s’emploie à leur rédaction en s’inspirant de la Règle de saint Augustin, avant son décès, en novembre 1835.

Une particularité

Toutefois, l’expérience met en relief une particularité qui semble susceptible de briser l’unité de la congrégation. Celle-ci compte des sœurs cloîtrées qui se livrent à l’enseignement, ainsi que d’autres sœurs, non cloîtrées, qui ont un ministère de charité en ville à l’égard des pauvres, des malades, des prisonniers et, plus tard, des femmes perdues, ou bien qui vont, par petits groupes, faire l’école dans les villages. Est-il sage de vouloir faire vivre dans un même institut des sœurs cloîtrées et des sœurs non cloîtrées ? De fait, les esprits se divisent. Mère Émilie, qui ne sait comment résoudre la difficulté, perd courage. Son estime pour la vie en clôture la porte à envisager la suppression des sœurs non cloîtrées. Mais l’évêque de Rodez, qui tient beaucoup aux écoles, intervient auprès d’elle, et la Mère reprend courage. Elle décide de donner aux sœurs non cloîtrées une formation adaptée à leur mission, et instaure pour elles un noviciat séparé.

Le 1er septembre 1846 seront promulguées des constitutions qui adapteront la Règle à la réalité vécue : certaines sœurs mènent une vie cloîtrée, d’autres sont appliquées au soin des malades et des pauvres, d’autres encore à l’enseignement des enfants dans des écoles externes. Toutefois, ces constitutions causeront à la fondatrice beaucoup de souffrances, en ce qu’elles donneront moins de place, dans l’administration du temporel, à l’abandon total à la Providence. Mère Émilie confiera à une sœur : « Tout le temps où nous avons compté sur la divine Providence, et où nous avons assisté abondamment les pauvres, nous n’avons manqué de rien ; mais depuis que nous lui avons substitué les moyens humains, nous manquons de tout. »

Mère Émilie cultive une profonde dévotion à la Sainte Vierge, et spécialement, après 1846, à Notre-Dame de La Salette. Deux jours avant sa mort, elle confiera : « J’ai eu beaucoup de consolation à penser aux bergers de La Salette : la Très Sainte Vierge pleurait quand elle leur apparut ; et moi j’ai la confiance, quand je la verrai, de la trouver toute joyeuse ! » Le samedi 19 septembre 1846, en effet, sur une montagne proche du village de La Salette, en Dauphiné, deux jeunes bergers avaient vu apparaître, dans une lumière resplendissante, la Vierge Marie, en pleurs, qui leur avait révélé la cause de ses douleurs : l’impiété des hommes, et tout spécialement le travail du dimanche et les blasphèmes.

Cimenter l’union

En 1850, la Mère rédige un testament spirituel : « Mes bien chères sœurs, ce que je désire le plus ardemment, écrit-elle, est que vous écoutiez souvent au fond de votre cœur ces paroles de notre doux Sauveur : Heureux les miséricordieux, ils seront traités avec miséricorde (Mt, 5, 7). La méditation attentive de ces divines paroles vous rendra facile l’observation de l’article 86 de nos constitutions (que je vous conseille de lire souvent et même d’apprendre par cœur). [“L’esprit de l’institut étant d’imiter en tout la Sainte Famille, les sœurs doivent s’appliquer à vivre ensemble dans l’union la plus parfaite. Cloîtrées et non cloîtrées sont les membres d’un même corps ; elles doivent saisir avec empressement l’occasion de cimenter leur union intime par des services mutuels ; avoir les unes pour les autres une obligeance continuelle ; éviter avec soin tout ce qui pourrait altérer cette tendresse fraternelle”]. La fidélité avec laquelle vous l’observerez vous obtiendra des grâces très abondantes pour remplir tous vos devoirs et vous faire éprouver que le joug du Seigneur est doux et son fardeau léger. 

Je vous prie de vous souvenir que la seule pensée qui a fait établir la congrégation de la Sainte-Famille a été de procurer une éducation chrétienne aux filles pauvres : les classes payantes étant considérées comme l’accessoire et non comme l’objet principal… [Mes compagnes et moi] nous nous mîmes avec confiance sous les ailes de la Providence. Nous aimions à répéter ces paroles de notre bon Maître : Cherchez le royaume de Dieu et sa justice et le reste vous sera donné par surcroît (Mt 6, 33)… Faisons, mes bien chères sœurs, tout ce qui dépendra de nous pour mériter d’entendre de notre divin Époux ces consolantes paroles : Venez, les bénis de mon Père, car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’ai eu besoin de logement et vous m’avez logé, j’ai été nu et vous m’avez revêtu, j’ai été malade et vous m’avez visité, j’ai été en prison et vous êtes venus me voir (Mt 25, 34-36). Pensez souvent à ces admirables paroles et la charité abondera dans vos cœurs. »

La Mère consacre ses dernières énergies à susciter autour d’elle l’élan missionnaire pour l’évangélisation des terres lointaines : « Il faut que notre charité franchisse les mers », affirme-t-elle. Au mois de juillet 1852, la déréliction spirituelle, où elle était plongée depuis plus de trente ans, disparaît subitement et fait place à une paix profonde ; pressentant sa fin prochaine, la Mère remet à son assistante le gouvernement de la congrégation. Mère Émilie s’éteint le 19 septembre ; le jour et l’heure de sa mort coïncident avec le jour et l’heure de l’apparition de La Salette. La congrégation compte alors 36 maisons. De nos jours, sa congrégation est présente dans douze pays sur quatre continents.

Lors du chapitre général de la congrégation en 1968, la branche des sœurs cloîtrées a été supprimée ; des maisons plus spécialement vouées à la prière ont été instituées pour que les sœurs viennent s’y ressourcer spirituellement. Il leur est recommandé de créer et favoriser l’union à Dieu dans toute leur vie apostolique.

Lors de la canonisation de Mère Émilie, le 23 avril 1950, le Pape Pie XII exprimait ce vœu : « Que tous les chrétiens marchent sur les traces de cette âme joyeuse et courageuse. Et puisque la société domestique est comme une “école de vie publique” (Cicéron), si les enfants, les mères, les pères de famille imitent Jésus, Marie et son chaste époux, alors, sans aucun doute, la société humaine pourra être complètement guérie, et viendront des temps meilleurs et plus heureux. Que sainte Émilie de Rodat demande cela au Ciel et nous l’obtienne du Divin Rédempteur ! »

Dom Antoine Marie osb, abbé

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