Blason  Abbaye Saint-Joseph de Clairval

21150 Flavigny-sur-Ozerain

France


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5 avril 2017
fête de sainte Irène


Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

«Celui qui vous donnera un verre d’eau en mon nom… je vous le dis en vérité, il ne perdra pas sa récompense (Mc 9, 41). Certainement, affirmait saint Jean-Paul II, le 25 septembre 1988, dans l’homélie de la béatification, le cardinal Joseph-Benoît Dusmet a médité longuement ces paroles de l’Évangile… Il s’est érigé un monument de charité évangélique en des temps particulièrement tourmentés pour la vie de l’Église, avec des conflits exacerbés et de profondes altérations du tissu politique et social du pays, dans une région bouleversée par de graves calamités naturelles : épidémies de choléra, tremblements de terre, inondations, éruptions de l’Etna, sans parler de cette vaste et constante calamité qu’est la misère des déshérités. »

Officier de la marine belge, le capitaine de vaisseau Louis Dusmet fait naufrage non loin des côtes de la Sicile. Il s’installe alors sur cette île et y épouse la marquise Maria Dragonetti. Le 15 septembre 1818, les jeunes époux accueillent leur premier fils. À son Baptême, l’enfant est placé sous la protection de douze saints, mais en famille on l’appellera Melchior. Il aura six frères et sœurs. Dès l’âge de cinq ans, Melchior montre une inclination aux actes de piété et de charité envers les pauvres. Ses parents le confient aux Pères bénédictins de l’abbaye de Saint-Martin delle Scale, non loin de Palerme en Sicile. C’est par eux qu’il est préparé à la Communion et à la Confirmation.

Les séductions du monde

À la fin de ses premières études, le jeune homme exprime son désir de se faire religieux. En guise de réponse, son père l’emmène à Naples et lui fait découvrir le monde afin d’éprouver la solidité de sa vocation. Rien ne parvient à faire fléchir son désir. Il entre donc, à quinze ans, à l’abbaye de Saint-Martin, et y prend le nom de Joseph-Benoît. Le 15 août 1840, il fait sa profession perpétuelle. Deux ans plus tard, à l’âge de vingt-quatre ans, il reçoit le sacerdoce. Son Abbé le charge d’enseigner la philosophie et la théologie, ainsi que de porter remède aux dissensions internes de la communauté, dues en partie à l’accumulation exagérée de biens temporels. Zélé observateur de la Règle et doté de grandes capacités de travail, le Père Joseph-Benoît se trouve en butte à ceux de ses confrères qui s’écartent des antiques observances. Cependant, l’Abbé, Dom Carlo Antonio, le choisit comme secrétaire personnel. En 1847, Dom Carlo est élu Abbé de Santa Flavia à Caltanissetta ; le Père Joseph le suit dans cette abbaye. Il s’y fait bientôt remarquer par ses qualités, et l’évêque du diocèse le choisit comme conseiller, tant au plan spirituel que pour les affaires temporelles.

En 1850, à l’âge de trente-deux ans, le Père Joseph-Benoît est nommé coadjuteur du Prieur de l’abbaye des Saints Severino et Sossio, à Naples. Modèle d’observance religieuse, conseiller écouté, administrateur prudent et généreux, il n’hésite pas à distribuer lui-même la nourriture aux nombreux mendiants qui se pressent à la porte de l’abbaye. Durant une dizaine d’années, on fait appel à lui pour résoudre des difficultés dans diverses communautés. Envoyé au monastère de Saint-Nicolas à Catane, où un grand relâchement s’est introduit, il reçoit bientôt le dernier soupir de l’Abbé, auquel il succède en 1858. Le couvent est alors considéré par beaucoup comme « un lieu de délices où la vie s’écoule sans souci du présent ni du futur, en joyeux banquets, en cérémonies somptueuses, en gaies conversations et plaisantes parties de campagne ». Dom Joseph-Benoît inaugure son abbatiat sans aucune festivité extérieure, et s’applique, avec fermeté et charité, à rétablir la régularité dans le monastère. En premier lieu, par son propre exemple, il incite les Pères à renoncer à leurs serviteurs particuliers. Pendant l’été, que la communauté a pris l’habitude de passer à Nicolosi, certains moines fréquentent le casino et y jouent aux cartes, parfois jusqu’à une heure avancée de la nuit. Sans leur faire de reproche, l’Abbé se tient à l’entrée de l’établissement, et sa seule présence suffit pour leur faire comprendre l’irrégularité de leur conduite et les porter à y renoncer.

Dom Joseph-Benoît met en œuvre la recommandation faite par saint Benoît : « L’Abbé doit distribuer la doctrine à ses disciples en deux manières : leur montrant tout ce qui est bon et saint par ses œuvres plus encore que par ses paroles ; en sorte qu’à ses disciples qui ont de l’intelligence, il intime de vive voix les commandements du Seigneur, et qu’à ceux qui ont le cœur dur ou qui sont plus bornés, il manifeste par ses œuvres les préceptes divins ; c’est aussi par ses actions qu’il doit apprendre à ses disciples à éviter ce qui est contraire à la loi de Dieu » (Règle, ch. 2).

Le dernier à partir

À Catane, l’influence du jansénisme se fait encore sentir chez les clercs et les fidèles. Pour y remédier, le Père Abbé introduit le culte du Sacré-Cœur de Jésus, culte d’amour réparateur et de confiance, et promeut la fréquentation des sacrements. Il n’hésite pas à se faire, à l’occasion, missionnaire ambulant par des visites à domicile. Il ne s’implique pas dans les événements politiques qui bouleversent l’Italie en ces années 1860, mais fonde le “Denier de Saint-Pierre” qui collecte des fonds pour soutenir le Pape progressivement dépouillé de ses États par l’Italie naissante. En 1860, le “Royaume d’Italie” s’empare de la Sicile : des lois supprimant les Ordres religieux sont votées. Lors de la confiscation de son monastère, le Père Dusmet est le dernier à quitter les lieux. Il se réfugie chez un courageux chanoine, et refuse de se rendre à Turin pour négocier la survie de sa communauté. Certains le lui reprocheront, mais la suite des événements montrera que les possibilités offertes par le gouvernement n’étaient qu’un leurre.

En raison des troubles politiques, le siège épiscopal de Catane demeurait vacant depuis 1861. Au début de 1867, le Pape nomme Dom Joseph-Benoît archevêque de Catane. Ce choix cause une allégresse générale dans le diocèse ; seul l’intéressé en ressent peine et inquiétude. Il reçoit la consécration épiscopale le 10 mars 1867, à Rome. Sans tarder, il envoie à ses diocésains une lettre pastorale où il expose les motifs qui l’ont poussé à accepter cette dignité : « Pour nous, se récuser en une situation si difficile aurait été se rendre coupable d’avoir éloigné de notre bouche un calice d’amertume, laissant au Père commun des fidèles (le Pape), seul, tout le poids de la charge ; notre refus aurait été une couardise. » Il y trace le programme de son épiscopat : réforme du clergé, accroissement de la foi, fidélité au Souverain Pontife, humilité et prière ; il donne une place d’honneur à la vertu de charité qui lui tient tant à cœur : « Tant que nous aurons un morceau de pain, nous le partagerons avec les pauvres. Notre porte sera toujours ouverte pour toutes les misères et les souffrances. Les horaires que nous ferons afficher à notre porte ne doivent pas empêcher que les indigents soient reçus à toute heure. On tâchera de leur donner du secours mais, même si les moyens matériels venaient à manquer, une parole de réconfort et de consolation leur sera toujours donnée. »

Le nouvel archevêque est imprégné des enseignements de la Règle de saint Benoît sur la charge de l’Abbé d’un monastère : « Avant tout, qu’il se garde de négliger ou de compter pour peu de chose le salut des âmes qui lui sont confiées, donnant plus de soin aux choses terrestres et caduques ; mais qu’il considère toujours que ce sont des âmes qu’il a reçues à conduire et qu’il en doit rendre compte » (Règle, ch. 2). Mgr Dusmet se souvient aussi de ce que saint Benoît écrit au sujet de l’économe du monastère : « Qu’il ait l’humilité, et quand il n’aura point en son pouvoir ce qu’on lui demande, qu’il donne au moins une bonne réponse, ainsi qu’il est écrit : Une bonne parole vaut mieux encore qu’un don excellent (Si, 18, 17) » (ibid., ch. 31).

Deux chambres

Devenu archevêque, Dom Joseph-Benoît Dusmet s’applique à conserver son mode de vie monastique. Il se lève tôt, célèbre la Messe, assiste, en action de grâces, à celle de son secrétaire, prend une tasse de café puis se rend dans l’église voisine dédiée à sainte Agathe. Alors seulement commence sa laborieuse journée de travail, pas même interrompue par un peu de repos en début d’après-midi. Le déjeuner consiste en quelques fruits et un peu d’eau. Son repas principal, très frugal, a lieu le soir. En carême, il ne prend pas de viande. À l’évêché, il fait aménager deux chambres : une, convenablement meublée, destinée à l’archevêque, l’autre, beaucoup plus sobre, où le moine prend habituellement son repos. Un crucifix, une image de la Sainte Vierge et un grand rosaire, souvenir d’un pèlerinage à Lourdes, en sont les seuls ornements. Il passe d’ailleurs une partie de la nuit à la chapelle, à prier et méditer. Au milieu des affaires du gouvernement pastoral, il s’applique à conserver le recueillement intérieur. Il se considère lui-même comme un pécheur et se recommande humblement aux prières des pauvres qu’il assiste, afin d’obtenir de Dieu le pardon de ses péchés. En ville, il circule à pied et n’utilise jamais de carrosse ; un seul camérier l’accompagne, et il porte, comme insigne de sa dignité, une petite croix d’or sur son habit monastique. Dans l’exercice de l’autorité, il n’use pas du ton du commandement, pas même envers les personnes qui sont à son service. Son modèle est saint François de Sales.

Ce grand docteur de l’Église, évêque de Genève, recommande la douceur en s’appuyant sur la parole de Jésus : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur (Mt 11, 29). L’humilité, fait-il remarquer, nous perfectionne envers Dieu, et la douceur envers le prochain : « Ne vous courroucez point du tout, s’il est possible, et ne recevez aucun prétexte, quel qu’il soit, pour ouvrir la porte de votre cœur au courroux. » Mais si la colère est entrée dans notre cœur, « il faut invoquer le secours de Dieu… car il commandera à nos passions qu’elles cessent, et la tranquillité se fera grande. Mais toujours je vous avertis que l’oraison qui se fait contre la colère présente et pressante doit être pratiquée doucement, tranquillement, et non point violemment… Au surplus, lorsque vous êtes en tranquillité et sans aucun sujet de colère, faites toutes vos actions petites et grandes en la plus douce façon qu’il vous sera possible. » Le Saint recommande ensuite la douceur envers soi-même : « Ne nous dépitons jamais contre nous-mêmes ni contre nos imperfections…, puisque ce n’est pas chose étonnante que l’infirmité soit infirme, et la faiblesse faible. Détestez néanmoins de toutes vos forces l’offense que Dieu a reçue de vous » (Introduction à la vie dévote, troisième partie, ch. 8).

Ne pas le blesser

Dès le début de son épiscopat, Mgr Dusmet défend avec vigueur les droits de l’Église. Les officiers publics chargés d’appliquer les lois anticléricales agissent à son égard avec la plus grande prudence, « pour ne pas blesser un tel homme », disent-ils, mais plus encore par crainte de l’opinion publique qui ne leur est pas favorable. Ces circonstances permettent au prélat de récupérer peu à peu la plupart des églises confisquées par le gouvernement, ainsi que le séminaire, et d’obtenir la réouverture des maisons religieuses. Très tôt, il s’astreint à une visite de l’ensemble du diocèse, même des hameaux les plus éloignés. Il organise des missions paroissiales et insiste sur la nécessité de l’enseignement du catéchisme. Pour répondre aux différents besoins de ses diocésains, il institue de nombreuses associations et des écoles dont il prend un grand soin, fonde un asile pour les personnes âgées et fait venir les Petites Sœurs des Pauvres pour s’en occuper. En faveur des pauvres, il organise une œuvre d’assistance à domicile et met sur pied un hôpital.

Conscient de l’importance du rôle des laïcs dans l’apostolat, l’archevêque de Catane veut que les fidèles soient capables de rendre raison de leur foi auprès des incroyants. Il fonde à leur intention deux périodiques de formation doctrinale, et il associe à ses initiatives des auxiliaires laïcs. 

Il devance ainsi les vues de saint Jean-Paul II  qui écrira : « Les fidèles laïcs, eux aussi, sont appelés personnellement par le Seigneur, de qui ils reçoivent une mission pour l’Église et pour le monde… La formation doctrinale des fidèles se révèle de nos jours de plus en plus urgente, du fait de la nécessité de rendre raison de l’espérance qui est en eux en face du monde et de ses problèmes graves et complexes. De là découle l’absolue nécessité d’une action systématique de catéchèse, adaptée à l’âge et aux diverses situations de vie… Il est tout à fait indispensable, en particulier, que les fidèles laïcs, surtout ceux qui sont engagés de diverses façons sur le terrain social ou politique, aient une connaissance plus précise de la doctrine sociale de l’Église » (Exhortation Christifideles laici, 30 décembre 1988, nos 2 et 60).

Mgr Dusmet veille aussi à ce que les fidèles soient formés à la vie de prière ; il organise des pèlerinages, favorise les pieuses pratiques du mois de Marie et la dévotion au Sacré-Cœur. Tous les ans, il écrit une lettre pastorale sur la Vierge Marie. C’est ainsi qu’au mois de mai 1893, il pourra dire : « Malgré la grande pénurie d’œuvres méritoires qui m’accompagneront lors de mon trépas, je pense pouvoir présenter au moins mes vingt-cinq lettres mariales comme unique passeport auprès de la Reine de miséricorde à l’heure extrême. » Attentif à la formation intellectuelle de ses prêtres, et soucieux de leur vie morale, il réorganise le séminaire diocésain. Dans sa première lettre pastorale, il leur avait écrit : « Efforcez-vous, mes frères, de vous concilier l’estime publique par une bonne conduite, en étant tout à fait contents de votre situation, sans en chercher une autre ailleurs, sans vous répandre en tous lieux, vous tenant strictement unis entre vous. L’atmosphère de la politique et des assemblées de partis, l’esprit de dissension, n’ont pas leur place dans le clergé ; s’élever au-dessus des événements de ce monde, se désaltérer aux sources pures de la grâce divine, se placer sous la lumière de Dieu, telle est la tâche du prêtre. » En ces temps d’agitation politique, en effet, les défections des clercs ne sont pas rares. L’archevêque doit parfois reprendre les obstinés mais, résolu à se montrer « davantage bon que juste », il prononce des peines de brève durée. Pour éviter les défaillances, il promeut la sanctification de son clergé par les exercices spirituels et des réunions mensuelles.

Comment gouverner

Les avis de saint Benoît aident le prélat dans son gouvernement : « Dans ses enseignements, l’Abbé doit suivre la forme donnée par l’Apôtre dans ces paroles : Reprends, supplie, menace (2 Tim 4, 2). Ainsi, il doit varier sa manière d’agir selon les moments et les circonstances, joignant les caresses aux menaces, montrant tantôt la sévérité d’un maître, et tantôt la tendresse d’un père. Ainsi encore, il doit reprendre plus durement ceux qui sont indisciplinés et turbulents, tandis qu’il lui suffira d’exhorter à faire de nouveaux progrès ceux qui sont dociles, doux et patients. Quant à ceux qui sont négligents ou dédaigneux, nous l’avertissons de les réprimander et de les corriger… Dans les corrections mêmes, que l’Abbé agisse avec prudence et sans excès, de crainte qu’en voulant trop racler la rouille, il ne brise le vase. Qu’il ait toujours devant les yeux sa propre fragilité, et qu’il se souvienne de ne pas broyer le roseau déjà éclaté (Is 42, 3) » (Règle, ch. 2 et 64).

Le choléra se déclare à Catane en 1867. On voit alors l’archevêque entrer dans les maisons et les taudis pour visiter malades et moribonds, et porter assistance aux survivants. Si, par crainte de lui transmettre la maladie, on refuse de lui ouvrir la porte, il n’hésite pas à passer par la fenêtre ou le balcon. Lorsque les malades trop craintifs refusent les médications prescrites, il en avale lui-même quelques gouttes devant eux pour leur montrer qu’elles ne sont pas nocives. Pour soulager toutes ces misères, il vend les vases décoratifs du palais épiscopal et va jusqu’à s’endetter. Il abandonne même sa précieuse croix pectorale, mais les Catanais la rachètent et la lui rendent. Vingt ans plus tard, le même fléau frappera à nouveau la ville, et l’archevêque s’y dévouera avec le même zèle de charité, qui se donne libre cours aussi lors des tremblements de terre, famines ou tempêtes.

En 1885, à la demande du Pape Léon XIII, Mgr Dusmet est chargé d’administrer, outre son propre diocèse, celui de Castiglione, avec la mission de calmer le conflit alors en cours entre les autorités ecclésiastiques et civiles. Son tact, sa fermeté à la fois douce et tenace, et sa charité l’aident à réussir dans cette tâche délicate. En 1886, le Saint-Père lui confie une nouvelle et importante mission : restaurer en Italie l’Ordre bénédictin gravement endommagé par les lois antireligieuses, et y favoriser l’unité. Les Abbés des monastères survivants de la Congrégation bénédictine cassinienne se rassemblent sous sa direction, et adoptent plusieurs orientations décisives. Dans son discours de clôture, Mgr Dusmet leur recommande surtout l’amour fraternel. Il obtient ensuite la collaboration des Abbés du monde entier, pour mettre sur pied la confédération de toutes les Congrégations bénédictines qui se sont formées au cours de l’histoire. Est ainsi constituée la Confédération bénédictine, dotée de deux organes d’unité : un Abbé Primat et un Collège d’Enseignement supérieur, tous deux ayant leur siège à Rome, à l’abbaye de Saint-Anselme, qui sera construite à la fin du siècle.

« J’ai la foi ! »

La ville de Catane et ses environs sont constamment menacés par les éruptions de l’Etna. En 1886, l’une d’elles met en danger la ville de Nicolosi. Le pasteur s’y rend, célèbre la Messe sur une place et exhorte les habitants à se confier en Dieu en s’approchant des sacrements. Cependant, une énorme coulée de lave qui a déjà contraint nombre de personnes à évacuer leurs maisons, avance vers l’agglomération. Mgr Dusmet fait alors apporter de Catane le reliquaire contenant le voile qui avait recouvert le tombeau de sainte Agathe (vierge, martyre en 251) afin de renouveler le geste du bienheureux Pierre Geremia. Ce dominicain avait déjà, au xvisiècle, conjuré le même péril par ce moyen. À ceux qui lui font observer l’imprudence du geste, l’archevêque répond résolument : « J’ai la foi ! » Il sort vers le volcan, suivi par le clergé et le peuple, et trace par trois fois le signe de la croix avec le voile, en direction de la lave. La coulée en fusion s’arrête et demeure comme bloquée ; quinze jours plus tard, l’éruption a cessé.

En 1889, Léon XIII promeut Mgr Dusmet au cardinalat. Lors de la prise de possession de son église titulaire, l’église Sainte-Pudentienne à Rome, il renonce à la coutume d’offrir un somptueux banquet, et en donne le prix aux œuvres caritatives. De retour à Catane, il demeure ce qu’il était, humble et pauvre. Cependant, à l’approche de ses soixante-quinze ans, ses forces diminuent et il ressent fortement le poids de son long épiscopat. On l’entend dire : « Oh ! quelle joie de mourir, d’aller en paradis, en paradis ! » La dernière église qu’il visite est celle qu’il a fait construire en l’honneur des apparitions de Notre-Dame à la Salette. Bientôt, l’urémie et ses conséquences le contraignent à s’aliter pour ne plus se relever. Cet état dure plusieurs mois. Il reçoit enfin les derniers sacrements avec dévotion, puis supplie : « Ne me laissez pas au purgatoire ; la responsabilité d’un évêque est grande ! » Il meurt le 4 avril 1894, après avoir répété à plusieurs reprises : « Ô saint Joseph, faites vite ! Donnez-moi à mon Jésus ! Saint Joseph, prenez-moi vite, ma valise est toute prête ! Que je meure de la mort des justes et que ma fin soit semblable à la leur ! » Selon ses dernières volontés, les obsèques se font avec toute la simplicité possible, en présence d’un grand concours de peuple.

Le 25 septembre 1988, saint Jean-Paul II affirmait : « Bien qu’élevé dans une famille aristocratique et riche, le cardinal Dusmet sut faire de la pauvreté vécue pour le service et la donation de lui-même aux autres, un choix de vie systématique et constant tellement radical qu’à sa mort on ne trouva pas même un drap pour l’envelopper : il s’était dépouillé de tout pour vêtir les pauvres, dont il se considérait l’humble serviteur. » Demandons-lui de nous obtenir la grâce de suivre, à notre mesure, les exemples de charité et d’humilité qu’il nous a laissés !

Dom Antoine Marie osb, abbé

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