Blason  Abbaye Saint-Joseph de Clairval

21150 Flavigny-sur-Ozerain

France


8 septembre 2016
fête de la Nativité de Notre-Dame


Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

En 1894, une jeune carmélite de Lisieux se portait volontaire pour rejoindre le carmel récemment fondé à Saïgon, en Indochine. On lui demanda ce qu’elle comptait faire dans cette lointaine terre de mission. Elle répondit : « Croyez-vous que j’irais en mission pour faire quelque chose ? Je suis sûre que je n’y ferais rien du tout. » Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus voulait dire par là que ce ne sont pas les résultats concrets qui comptent aux yeux de Dieu, mais l’amour que nous mettons dans nos entreprises. La courte vie du bienheureux Mario Borzaga, prêtre missionnaire, assassiné à l’âge de vingt-huit ans au Laos, après trois ans d’un apostolat sans relief extérieur, est un bel exemple de foi dans la fécondité cachée de l’amour.

Né en 1932 à Trente, au pied des Alpes italiennes, entré au séminaire en vue de devenir prêtre, Mario Borzaga est saisi, à vingt ans, par le témoignage d’un missionnaire. Il entre au noviciat des Oblats de Marie Immaculée, une congrégation missionnaire fondée au xixe siècle à Marseille par saint Eugène de Mazenod. Juste avant de faire son oblation perpétuelle, en 1956, Mario exprime dans son journal le “rêve de bonheur” qu’il fait pour sa vie : « J’ai compris ma vocation : être un homme heureux, jusque dans l’effort pour m’identifier au Christ crucifié. Combien reste-t-il encore de souffrances, Seigneur ? Toi seul le sais, et moi, à tout instant de ma vie, je dis Fiat voluntas tuaque Ta volonté soit faite. Je voudrais être, comme l’Eucharistie, un bon pain pour être mangé par mes frères, leur divine nourriture. Je dois donc passer d’abord par la mort sur la croix. D’abord le sacrifice, ensuite la joie de me distribuer aux frères du monde entier… Si je me donne sans me sublimer d’abord à travers le sacrifice, à mes frères affamés de Dieu je ne donnerai qu’une loque humaine. Mais si j’accepte ma mort en union avec celle de Jésus, c’est Jésus lui-même que je pourrai donner de mes propres mains à mes frères. Il ne s’agit donc pas tant de renoncer à moi-même que de renforcer tout ce qui en moi est capable de souffrir, d’être immolé, d’être sacrifié en faveur des âmes que Jésus m’a données à aimer » (Père Mario Borzaga, o.m.i., Le Journal d’un homme heureux, 17 novembre 1956).

Choisi pour le martyre

Ordonné prêtre en 1957, Mario confie à son journal : « Si Jésus m’a donné son amour, je dois lui donner de l’amour, s’il m’a donné son sang, je dois lui donner mon sang !… Le Christ qui m’a choisi est le même qui a donné la vie et la force aux martyrs et aux vierges : c’étaient des personnes comme moi, faibles et fragiles. Moi aussi, je suis choisi pour le martyre. »

Un groupe d’Oblats missionnaires va être envoyé au Laos, et Mario s’offre pour cette mission périlleuse : il s’attend à y trouver une population païenne à évangéliser dans un contexte de pauvreté et de sacrifice. Il sait que le pays est en guerre et n’ignore pas que le Père Jean-Baptiste Malo, prêtre des Missions étrangères de Paris en poste au Laos, est mort d’épuisement en 1954 sur le chemin qui devait le conduire à un camp de concentration vietnamien.

Dans l’encyclique Redemptoris missio (7 décembre 1990), saint Jean-Paul II relève une objection que l’on oppose souvent à la mission : « À cause des changements de l’époque moderne et de la diffusion de nouvelles conceptions théologiques, certains s’interrogent : la mission auprès des non-chrétiens est-elle encore actuelle ? N’est-elle pas remplacée par le dialogue inter-religieux ? La promotion humaine n’est-elle pas un objectif suffisant ? Le respect de la conscience et de la liberté n’exclut-il pas toute proposition de conversion ? Ne peut-on faire son salut dans n’importe quelle religion ? » Le Pape répond en citant saint Pierre : Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés, que celui de Jésus (Ac 4, 12). « Cette affirmation adressée au Sanhédrin, continue Jean-Paul II, a une portée universelle, car pour tous – Juifs et païens –, le salut ne peut venir que de Jésus-Christ… Le Christ est l’unique médiateur entre Dieu et les hommes (cf. 1 Tm 2, 5)… Les hommes ne peuvent donc entrer en communion avec Dieu que par le Christ, sous l’action de l’Esprit. Sa médiation unique et universelle, loin d’être un obstacle sur le chemin qui conduit à Dieu, est la voie tracée par Dieu lui-même » (RM 4-5).

Mario Borzaga se dirige vers le Laos à l’automne de 1957. Ce pays de l’Indochine est enclavé entre le Vietnam et la Thaïlande. Sa population actuelle est de sept millions d’habitants, en majorité bouddhistes. Royaume montagneux sans accès à la mer, il ne voit arriver les premiers missionnaires catholiques qu’en 1884. En 1893, la France étend son protectorat sur le Laos, mais les autorités françaises, anticléricales, n’accordent aucune aide aux missions catholiques. Les missionnaires en sont réduits à fonder en toute discrétion de petits postes d’évangélisation. La plupart des chrétiens sont des étrangers, surtout Vietnamiens, et les conversions de Laotiens sont rares ; cependant l’Évangile est reçu avec faveur par quelques tribus de “montagnards”, jusqu’alors de religion animiste. En 1940, le Japon envahit l’Indochine et les prêtres français sont chassés. Après la capitulation du Japon, le Pathet Lao, émanation du Viet Minh (le parti communiste vietnamien), déclenche une guérilla contre le gouvernement royal laotien. En 1954, la France quitte l’Indochine ; devenu indépendant, le Laos est ravagé par la guerre du Vietnam qui se déroule en partie sur son territoire.

Ma croix

Le Père Mario Borzaga est vite confronté à de lourdes difficultés. À la mission de Kengsadock, il lui faut tout apprendre : d’abord la langue laotienne, travail de longue haleine et condition préalable à toute communication avec ceux qu’il est venu évangéliser. Il doit également acquérir les mille connaissances pratiques qui lui permettront de survivre et de secourir une population indigente : la chasse, la pêche, la construction de huttes en bois, la mécanique…, tout cela dans un climat chaud et humide et dans un contexte de guerre civile. Le jeune missionnaire découvre, avec le temps, qu’il est « difficile d’apprendre de tous, en silence, difficile surtout de croire, de souffrir et d’aimer ». Dieu ne lui demande pas d’accomplir les exploits héroïques dont il rêvait, mais de travailler dans l’obscurité, patiemment et sans résultats apparents. Il connaît aussi, comme Jésus au jardin des Oliviers, la peur de souffrir et de mourir (cf. Mc 14, 33). Un jour d’épreuve intérieure, il note : « Ma croix, c’est moi-même ; ma croix, c’est la langue que je n’arrive pas à apprendre ; ma croix, c’est ma timidité qui m’empêche de prononcer un seul mot en laotien. » Il écrit alors cette prière : « Tout t’appartient, Seigneur, même le malaise, l’angoisse, le remords, l’obscurité… Je t’aime parce que Tu es Amour. »

À la fin de l’année 1958, le Père Borzaga, âgé de vingt-six ans, est envoyé à Kiukatiam, son premier poste missionnaire, dans un village de l’ethnie hmong. Cette chrétienté a été fondée quelques décennies plus tôt. Bientôt, Mario s’y retrouve seul au milieu des indigènes dont il doit s’occuper, tant au spirituel qu’au temporel. Célébrer la Messe, enseigner le catéchisme, former des catéchistes, préparer les catéchumènes au Baptême, confesser, accueillir et soigner les malades au dispensaire de la mission, visiter les villages du voisinage, ces tâches remplissent son quotidien, sans trêve ni repos. Par malheur, les Hmong ne parlent pas le laotien, mais une autre langue inconnue du Père. Mario ne se décourage pourtant pas, mais plaçant en Dieu toute sa confiance, il se met au travail. Timide, il trouve son assurance dans la certitude d’être là où le Seigneur Jésus le veut. Pour compenser sa taciturnité forcée, il rend mille services, et gagne ainsi le cœur des Hmong qui, se sentant aimés, le surnomment “cœur grave et sincère”. Sa patience est à toute épreuve, même dans les moments de découragement et de tristesse. Très musicien, le Père apprend à ses fidèles des chants religieux et compose un beau Salve Regina en langue hmong. Pourtant, il doit combattre une vive répugnance pour la nourriture laotienne, le manque d’hygiène des habitants et le climat débilitant. Il écrit dans son journal : « En toutes circonstances, je souris, non parce que je me sens sûr de moi, mais parce que je suis sûr que Jésus, dans la bataille, utilise aussi les baïonnettes usées, les canons rouillés, les fantassins endormis ; c’est pourquoi je tiens à lui faire savoir que j’en fais partie, afin qu’il m’utilise à quelque chose… Comment ne pas remercier infiniment Dieu pour son Amour de préférence pour moi, par lequel il m’a donné la foi, m’a fait connaître son Église ? Ô mon Dieu, comme vous avez été immensément bon pour moi ! Qu’ai-je fait pour mériter tant d’amour ? »

Une petite flamme dans la nuit

Dans deux lettres de 1959, le jeune missionnaire décrit avec réalisme la situation de sa mission : « La moisson du Seigneur est immense, au-delà des bruyères et des marécages sillonnés par les buffles, sur les montagnes habitées par les Hmong. Tout est à commencer, avec la grâce de Dieu : il faudrait des centaines de moissonneurs rien que dans notre zone. Nous ne sommes qu’une demi-douzaine. Priez pour que notre sainteté brille comme une petite flamme dans la nuit… Le missionnaire s’est fait vagabond pour ceux qui sont désespérément vagabonds dans les ténèbres ; il s’est fait ermite pour l’amour de celui qui, dans la solitude glacée du paganisme, cherche une main qui lui ouvre la porte de la Cité céleste. »

Le Pape Jean-Paul II n’hésite pas à affirmer avec force le caractère légitime et indispensable de la mission : « L’annonce et le témoignage du Christ, quand ils sont faits dans le respect des consciences, ne violent pas la liberté. La foi exige la libre adhésion de l’homme, mais elle doit être proposée parce que les multitudes ont le droit de connaître la richesse du mystère du Christ, dans lequel nous croyons que toute l’humanité peut trouver, avec une plénitude insoupçonnable, tout ce qu’elle cherche à tâtons au sujet de Dieu, de l’homme et de son destin, de la vie et de la mort, de la vérité… C’est pourquoi l’Église garde vivant son élan missionnaire, et même elle veut l’intensifier dans le moment historique qui est le nôtre » (RM 8).

Chanter avec le Père

Les jeunes élèves catéchistes de Mario gardent un souvenir empreint de tendresse envers celui qui était pour eux un vrai père. L’un d’eux écrit : « Le Père Mario Borzaga était très patient et avait bon cœur. Il aimait tout le monde. Il comprenait un peu la langue hmong ; c’est moi qui la lui ai enseignée. » Un autre catéchiste témoigne : « J’ai habité avec le Père environ un an. Je n’avais que seize ans, je ne savais pas construire une maison. Nous sommes allés parler au Père. Pour une maison de six mètres sur huit, il a calculé sur un papier que les tôles, les poutres, etc., coûteraient neuf barres d’argent. J’ai été d’accord ; puis nous sommes allés couper de grands arbres et les avons apportés pour que le Père les scie. Il y avait aussi un Frère venu pour aider le Père Borzaga : ils ont scié les bois pour construire ma maison, et nous l’avons montée. Chaque soir, à la fin du repas, on allait apprendre à chanter les prières avec le Père Borzaga. Il avait une belle voix forte. » Un témoin affirme : « Il était très gentil, souriant, beau, très disponible. Il soignait bien les malades et veillait attentivement sur ses élèves catéchistes venus d’autres secteurs pour étudier chez lui. Nous habitions une petite maison située derrière la sienne. Il nous a acheté des vêtements, des lampes de poche. Il était très patient, ne s’énervait pas et avait beaucoup de volonté. Il veillait bien sur nous. Le responsable, qui était notre aîné, était souvent invité à sa table. »

Les missionnaires ne se bornent pas à exercer une action humanitaire : en aidant les paysans à se procurer leur nourriture ou en les soignant, ils cherchent à ouvrir leurs âmes à l’amour de Jésus-Christ. Un Laotien écrira aux parents d’un Oblat assassiné en 1961 par les maquisards, le Père Vincent L’Hénoret : « Votre fils nous a enseigné beaucoup de choses ; il nous a aidés à connaître le bon Dieu ; il nous a fait observer les vertus ; toujours il était là pour nous guérir. Il nous a fait éviter des péchés, il nous donnait la grâce de Dieu. » Les missionnaires combattent l’habitude encore vivace parmi les chrétiens d’offrir aux esprits des sacrifices de poulets pour obtenir la guérison de leurs malades. Préoccupés de conserver la foi des jeunes, ils leur interdisent de participer aux fêtes bouddhistes.

En 1959, le Saint-Siège demande aux missionnaires qui travaillent dans des pays où sévit la guerre, de rester à leur poste, même au péril de leur vie. Cette consigne est unanimement acceptée par les prêtres présents en Indochine, qui se savent pourtant exposés au martyre. Le dimanche 24 avril 1960 après la Messe, Mario s’affaire à soigner des malades au dispensaire. Un petit groupe de Hmong se présente et lui demande de venir dans leur village, situé à trois jours de marche. Ils veulent s’instruire de la religion chrétienne ; ils attendent aussi des soins médicaux pour leurs malades. L’occasion est à saisir, car, en raison des vacances de Pâques, deux autres missionnaires Oblats se trouvent là, qui pourront veiller sur la mission. Mario promet à ces gens de les suivre dès le lendemain. Son plan est de visiter plusieurs villages et d’accomplir ainsi une bonne tournée missionnaire avant que ne commence la saison des pluies. Il invite le catéchiste Paul Thoj Xyooj, âgé de dix-neuf ans, à l’accompagner, et promet de rentrer dans une ou deux semaines. Le lundi 25 avril 1960, fête de l’évangéliste saint Marc, ils se mettent en route, porteurs de la Bonne Nouvelle de Jésus et de son amour pour les pauvres et les malades. On voit partir le Père, sac au dos, béret sur la tête, tout de noir vêtu comme un Hmong ; il disparaît avec son compagnon au détour du chemin et s’enfonce dans la brousse. Tous deux arrivent au village prévu, Ban Phoua Xua, où le Père soigne des malades ; puis, ils repartent en promettant de revenir quelques mois plus tard. Leur périple est d’autant plus dangereux que des éléments de la guérilla communiste se sont infiltrés dans cette zone et y circulent sans être inquiétés…

Pourquoi avez-vous tiré ?

Le 1er mai, à Muang Met, un village de l’ethnie kmhmu’, une patrouille du Pathet Lao rencontre le Père et son jeune accompagnateur. Accusant Mario d’être un Américain, les guérilleros communistes lui attachent les mains et les avant-bras dans le dos, et lui parlent très durement. Le catéchiste Paul crie : « Ne le tuez pas, ce n’est pas un Américain mais un Italien, et c’est un très bon prêtre, très gentil pour tout le monde. Il ne fait que de bonnes choses. » Puis il dit aux soldats qui lui conseillent de s’enfuir : « Je ne pars pas, je reste avec lui ; si vous le tuez, tuez-moi aussi. Là où il sera mort, je serai mort, et là où il vivra, je vivrai. » Les guérilleros frappent sauvagement le catéchiste pour le faire taire, et décident d’éliminer les deux hommes sans témoins, à distance du village. Pendant ce temps, Mario reste calme et silencieux, comme Jésus devant ses accusateurs. Plusieurs décennies après l’événement, le chef du groupe racontera : « Nous les avons forcés à creuser une fosse. C’est moi qui ai tiré sur eux. Le Hmong est mort sur le coup mais l’Américain, en tombant dans la fosse, a crié : “Pourquoi avez-vous tiré sur moi, le Père ?” Sans attendre, on les a recouverts de terre, puis on a fouillé le sac à dos de l’Américain. Il n’y avait pas grand-chose : des cordelettes granulées avec deux morceaux de fer croisés, des images d’une femme rayonnante, toute seule ou avec un enfant, et celles d’un homme avec le cœur dehors… » Chapelets, images du Sacré-Cœur de Jésus et de la Vierge Marie, c’était le trésor du missionnaire, ses seules armes. Ce 1er mai était un dimanche. Il est probable que, dans ce village non chrétien, Mario avait célébré, seul avec son catéchiste, une Messe très matinale : ce fut son Viatique.

Un élève catéchiste témoigne : « En avril 1960, le Père est allé vers la mort, et moi j’ai gardé sa maison et soigné ses animaux jusqu’en juillet. Alors ils sont venus tuer tous ses animaux, poulets, cochons… Ils ont pris tout son vin de Messe, emporté tous ses habits, endommagé sa maison. J’ai dû abandonner la maison et fuir dans la forêt. Je l’aime et je pense toujours beaucoup à lui : il avait bon cœur et il était très patient. Il aimait tout le monde, il m’aimait et il est mort. J’ai pleuré et j’ai les larmes qui coulent. Actuellement je pense toujours à lui parce qu’il est comme mon père. Je crois et je suis sûr qu’il prie le bon Dieu de m’aider chaque jour. Je suis sûr et j’ai confiance que Xyooj et lui sont avec le bon Dieu ; parce que ces deux ont eu un chemin trop dur. Xyooj et le Père sont sûrement des saints au Ciel éternellement. » Un autre des anciens élèves du Père Borzaga déclare : « J’atteste fermement que le Père Mario a été tué parce qu’il se rendait dans ce village pour en chasser les esprits et permettre aux gens d’embrasser le christianisme. Nous en sommes tous convaincus : il a été tué parce qu’il était allé annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus et soigner les malades. » Les dirigeants de la guérilla, formés en Chine et au Vietnam, voulaient arrêter la progression du christianisme au Laos. Leur conviction était que, une fois les missionnaires partis ou éliminés, il serait facile de rallier le peuple à l’idéologie marxiste-léniniste.

L’enjeu des missions catholiques est le salut éternel des âmes, une question primordiale qui se pose à tout homme. « Aujourd’hui, écrit saint Jean-Paul II, la tentation existe de réduire le christianisme à une sagesse purement humaine, en quelque sorte une science pour bien vivre. En un monde fortement sécularisé, est apparue une “sécularisation progressive du salut”, ce pourquoi on se bat pour l’homme, certes, mais pour un homme mutilé, ramené à sa seule dimension horizontale. Nous savons au contraire que Jésus est venu apporter le salut intégral qui saisit tout l’homme et tous les hommes, en les ouvrant à la perspective merveilleuse de la filiation divine. Pourquoi la mission ? Parce que, à nous comme à saint Paul a été confiée cette grâce-là, d’annoncer aux païens l’insondable richesse du Christ » (cf. Ep 3, 8 – RM 11).

Croire et aimer

La vie du Père Mario Borzaga montre que la vocation missionnaire vécue dans l’amour est un véritable chemin de sainteté : « Je veux faire croître en moi une foi et un amour profonds et solides comme le roc, écrivait-il. Sans eux je ne peux pas être martyr : la foi et l’amour sont indispensables. Il n’y a rien d’autre à faire que de croire et d’aimer. »

Le 5 juin 2015, le Pape François a signé le décret de béatification de dix-sept martyrs morts au Laos entre 1954 et 1970 ; parmi eux, dix Français, six Indochinois et un Italien (Mario Borzaga). La cérémonie de béatification aura lieu au Laos les 10 et 11 décembre 2016, sauf obstacle venant du gouvernement. Un relatif assouplissement du régime communiste permet désormais aux 50 000 catholiques de jouir d’une tolérance, préservée au prix d’une grande discrétion. Aujourd’hui, les prêtres catholiques en activité au Laos sont en majorité des Laotiens ; ils ont relevé le beau défi lancé par les missionnaires européens venus au secours de leur peuple abandonné. Cependant, selon une religieuse laotienne, « dans le nord du pays, la situation est particulièrement difficile : toute manifestation extérieure de la foi est interdite – y compris les lieux de culte, croix, images, livres sacrés ainsi que tout geste ou parole qui pourraient éventuellement être interprétés comme du prosélytisme » (témoignage de 2013).

La mission, souligne saint Jean-Paul II, est l’affaire de tous les chrétiens : « Les hommes qui attendent le Christ sont encore en nombre incalculable… Nous ne pouvons pas avoir l’esprit tranquille en pensant aux millions de nos frères et sœurs, rachetés eux aussi par le Sang du Christ, qui vivent dans l’ignorance de l’amour de Dieu. Pour le chrétien individuel comme pour l’Église entière, la cause missionnaire doit avoir la première place, car elle concerne le destin éternel des hommes et répond au dessein mystérieux et miséricordieux de Dieu » (RM 86).

« Le sang des martyrs est une semence de chrétiens » (Tertullien). Demandons à Jésus, par l’intercession du bienheureux Mario Borzaga et de ses compagnons, grains tombés dans la terre du Laos, d’y faire germer une abondante moisson pour la vie éternelle.

Dom Antoine Marie osb, abbé

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