Blason  Abbaye Saint-Joseph de Clairval

21150 Flavigny-sur-Ozerain

France


[This letter in English]
4 août 2016
fête de saint Jean-Marie Vianney, curé d'Ars


Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

Le Pape François confiait un jour à un Père jésuite son admiration pour la personne de Pierre Favre, qu’il a lui-même canonisé ; le Saint-Père faisait remarquer l’aptitude qu’avait ce saint à « dialoguer avec tous, même avec les plus lointains et les adversaires de la Compagnie de Jésus, sa piété simple, une certaine ingénuité peut-être, sa disponibilité immédiate, son discernement intérieur attentif, le fait d’être un homme de grandes et fortes décisions, capable en même temps d’être si doux ».

Pierre Favre n’a que quelques heures, ce 13 avril 1506, quand on le porte sur les fonts baptismaux au Villaret (Savoie). Il est né dans une famille de bergers pauvres mais « vertueux catholiques et très pieux ». Lui-même écrira : « Mes parents eurent un tel soin de m’élever dans la crainte du Seigneur, que, tout petit enfant, j’avais conscience de mes actes ; et, ce qui est un signe d’une plus grande prévenance de la part de Dieu, vers l’âge de sept ans, je sentais quelquefois des touches spéciales de dévotion, en sorte qu’à partir de cette époque le Seigneur lui-même, l’Époux de mon âme, voulut prendre possession de moi… Vers ma douzième année, comme j’éprouvais un ardent désir de pureté, je promis à Dieu de garder la chasteté à tout jamais. »

Aucune ne s’égare

Pierre a un tel désir d’apprendre, qu’il abandonne parfois ses moutons, les confiant aux anges gardiens, et dévale à toutes jambes les pentes pour aller écouter les leçons données par un moine dans un monastère voisin ; ensuite, il salue Jésus au tabernacle et retourne en courant auprès de ses bêtes ; pas une ne se serait égarée pendant ses absences… Toutefois, le père de l’enfant hésite à laisser son fils étudier ; dom Mamert Favre, Prieur de la Chartreuse du Reposoir et oncle de Pierre, lui dit : « T’opposer aux études du petit Pierre serait t’opposer à Dieu », et il financera lui-même la scolarité. Mis à l’école de Thônes, le jeune garçon apprend les rudiments de la grammaire et du calcul. Sa vive intelligence et sa mémoire fidèle lui permettent d’entrer ensuite au collège de la Roche-sur-Foron. Mais Pierre perçoit un appel au sacerdoce, et, ses études secondaires achevées, il vient, à l’âge de dix-neuf ans, demander conseil aux religieux de la Chartreuse du Reposoir, qui l’encouragent à continuer sa formation à Paris, en Sorbonne.

Arrivé dans la capitale en 1525, Pierre a pour compagnon de chambrée un Espagnol, maître Francisco de Xavier ; un autre vient partager leur logement, Inigo (qu’on appellera plus tard Ignace) de Loyola. Pierre doit bientôt servir de répétiteur à cet ancien soldat, âgé de trente-quatre ans, qui rencontre des difficultés dans ses études. « Il s’ensuivit pour moi, écrira Pierre, des relations d’abord superficielles, puis intimes avec lui… il finit par être mon maître en matière spirituelle, me donnant règles et méthodes pour m’élever à la connaissance de la volonté divine ; nous en vînmes à ne faire plus qu’un de désir et de volonté. » Fortifié par ce guide spirituel, l’étudiant savoyard parvient à surmonter certaines tentations et sa tendance aux scrupules, pour trouver son équilibre dans la fidélité à la volonté de Dieu. Simon Rodrigues, un des premiers compagnons du petit groupe qui se forme autour d’Ignace, rendra ce témoignage au sujet de Pierre : « En ce Père s’épanouissait principalement, dans ses relations avec tout le monde, une vraiment rare douceur, plaisante, gracieuse, telle que jusqu’à présent j’avoue ingénument ne l’avoir jamais vue chez personne d’autre. Oui, je ne sais pas comment il se donnait ainsi à l’amitié des autres, comment il influait ainsi insensiblement sur leurs pensées. C’est ainsi que, constant dans ses mœurs et charmant par l’aménité de ses propos, il entraînait puissamment à l’amour de Dieu tous ceux avec qui il traitait. »

En 1530, Pierre obtient la licence ès arts, et quatre ans plus tard, il est ordonné prêtre, après avoir fait les Exercices spirituels sous la direction d’Ignace. Le 15 août de l’année 1534, c’est lui qui reçoit les vœux religieux prononcés en privé par ses compagnons en la chapelle de Montmartre : la première pierre est ainsi posée de ce qu’on appellera bientôt la Compagnie de Jésus. Seul prêtre du groupe, Pierre en est le chapelain, et lorsque Ignace est absent, il le remplace à la tête de la communauté naissante. En 1536, il reçoit le titre de maître ès arts. Durant ces années, Pierre passe beaucoup de temps à l’étude et à la pratique des Exercices spirituels dont il s’imprègne profondément ; Ignace le reconnaîtra plus tard comme étant celui qui les donne le mieux. Il participe à l’élaboration du texte en latin des Exercices spirituels, la première version qui nous soit parvenue. Ce petit livre, que Pie XI qualifiera de « code très sage et le plus universel… pour aider les âmes à se réformer et à atteindre les sommets de la vie spirituelle », doit certainement beaucoup au Savoyard.

De nos jours, le Pape François recommande encore les Exercices : « Que les Exercices spirituels soient davantage pratiqués, soutenus et valorisés, car les hommes et les femmes d’aujourd’hui ont besoin de rencontrer Dieu… Proposer les Exercices spirituels, cela veut dire inviter à faire l’expérience de Dieu, de son amour, de sa beauté. Ceux qui les vivent de manière authentique subissent l’attraction de Dieu et en ressortent transfigurés. Quand ils reprennent leur vie ordinaire, leur ministère, leurs relations quotidiennes, ils portent avec eux le parfum du Christ » (3 mars 2014, sur Radio Vatican).

La racine

En janvier 1537, les onze “amis dans le Seigneur” ont formé le projet d’aller en pèlerinage en Terre Sainte. Mais ce voyage s’avère bientôt impossible en raison de l’insécurité qu’y font régner les Ottomans ; ils dirigent donc leurs pas vers Rome pour se mettre à l’entière disposition du Pape. Là, Pierre Favre enseigne la théologie et l’Écriture Sainte dans l’université de la Sapienza. L’érection canonique de la Compagnie de Jésus par le Pape Paul III a lieu le 27 septembre 1540. Il faut alors élire un supérieur. Au bout de trois scrutins unanimes, Ignace finit par accepter la charge ; s’il avait persévéré dans son refus, tous auraient élu Pierre. Pourtant, le prêtre savoyard cultive son attrait pour l’effacement ; il sait qu’on accorde spontanément plus d’importance aux rameaux et aux fruits de l’arbre, que l’on voit, plutôt qu’à la racine, qui est cachée ; c’est pourtant d’elle que l’arbre tire toute sa sève. « Le meilleur en cette vie, fait-il remarquer, doit être aussi plus couvert de peines et plus caché. »

Le 22 avril 1541, les onze compagnons émettent officiellement leurs vœux de religion. Le Père Favre commence alors, par obéissance, une existence de missionnaire itinérant. En moins de dix ans, il parcourra, habituellement à pied, plus de 15 000 km à travers la France, l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne, travaillant au renouvellement spirituel des chrétiens et à la réforme de l’Église. « J’avais à l’esprit, écrira-t-il, toutes les misères des hommes, leurs faiblesses, leurs péchés, leurs endurcissements, leurs désespoirs et leurs larmes, les désastres, les famines, les épidémies et les angoisses, etc., et d’autre part, pour y remédier, le Christ rédempteur, le Christ vivificateur, illuminateur, secourable, miséricordieux et compatissant, Seigneur et Dieu ; je le priais avec toute la force de ces noms de daigner venir au secours de tous les hommes. Je souhaitais alors et je demandais… qu’il me soit accordé d’être enfin le serviteur et le ministre du Christ consolateur, d’être le ministre du Christ qui secourt, qui délivre, guérit, libère, enrichit et fortifie, afin que je puisse moi aussi, par lui, venir en aide à beaucoup. »

Procurer le bien de tous

Son intense activité ne nuit pas à sa profonde vie spirituelle. Il cherche à unifier toute sa vie en Dieu : « Il ne faut pas s’appliquer uniquement, remarque-t-il, à chercher les lumières de l’Esprit pour les choses purement spirituelles, telles que la contemplation, l’oraison mentale et affective, dans le but de les bien faire, et même très bien ; il faut tendre aussi, de toutes ses forces, à trouver la même grâce dans les travaux extérieurs, dans les prières vocales et même dans les entretiens privés ou dans les sermons au peuple. » Et il notera qu’à cette fin les contradictions sont très utiles, car « beaucoup mieux que ce qui se fait sans difficultés et sans luttes, elles t’apprendront ce qu’il y a dans l’homme et pourquoi tu as besoin de l’Esprit de Dieu ». Son union à Dieu s’épanouit spontanément dans une relation familière avec les saints et les anges. Il invoque sainte Apolline (vierge et martyre du iiie siècle), pour obtenir la guérison d’un mal de dents, ou bien l’ange gardien d’une personne ou celui préposé à une localité, pour faciliter son ministère de prédicateur de l’Évangile : « Il me parut très nécessaire, écrit-il, pour mettre quelqu’un en de bonnes dispositions (indépendamment de ce qu’on peut faire pour lui), d’avoir une grande dévotion à tous les anges gardiens, car ils ont mille façons de nous ouvrir les cœurs et de repousser la violence et les tentations des ennemis. » En ce temps de guerres de religion, il prie avant tout pour « le bien de tout le royaume de France, qui a reçu tant de bienfaits, auquel tant de péchés ont été pardonnés, où il y a aujourd’hui tant de besoins corporels et spirituels ». Mais il travaille aussi à procurer le bien de chaque royaume et prie pour la conversion des ennemis de l’Église, notamment pour le sultan Soliman-le-Magnifique, et les réformateurs protestants.

Paul III envoie Pierre à Parme, en tant que théologien du légat apostolique (préfet du Pape dans cette ville des États de l’Église) ; il y demeure dix-huit mois. Par attachement à son vœu de pauvreté, il décline l’hospitalité offerte par le légat et demande humblement gîte et couvert à l’hôpital, comme les pauvres. Il prêche, conseille les âmes, donne les Exercices spirituels avec beaucoup de fruit pour la réforme de plusieurs couvents et monastères. Il enseigne le catéchisme aux enfants et forme prêtres et catéchistes à ce ministère important. Il obtient bientôt, non sans rencontrer quelques résistances, que les Parmesans reçoivent plus souvent les sacrements. À la suite des guerres, la mendicité s’est répandue à Parme et le Père Favre se dépense aux soins des plus pauvres. Toutefois, dans son humilité, il écrira plus tard : « J’eus le clair sentiment d’avoir souvent été négligent, distrait et insouciant à l’égard de ceux que j’ai vus naguère couverts de plaies et auxquels je suis venu en aide quelquefois, mais avec nonchalance et mollesse… j’aurais pu, pour eux, mendier de porte en porte de quoi les soulager un peu plus. » En 1543, il établira, à Mayence, un refuge pour les pèlerins et une maison d’accueil pour les malades pauvres.

Se les concilier

À la demande du Pape, Pierre Favre se rend ensuite en Allemagne (1540-1541) aux colloques de Worms et de Ratisbonne, demandés par Charles Quint dans le but de réaliser l’union entre catholiques et « réformés ». La tentative d’accord se solde par un échec, mais le séjour de Favre en Allemagne lui ouvre les yeux sur l’ignorance religieuse du peuple chrétien et l’immoralité du clergé, causes notables des progrès du protestantisme. Il reste neuf mois dans ce pays, donnant les Exercices même à des évêques et à des princes de la cour impériale, prêchant, confessant, touchant toutes les classes de la société. À l’égard des protestants, il donne des conseils de charité et de patience : « Se concilier les hérétiques pour qu’ils nous aiment… » Il obtient quelques conversions à la foi catholique, mais nullement un retour massif dans le sein de l’Église. Troublé et tenté de désespérer du succès de son apostolat en Allemagne, il discerne bientôt dans ces sentiments décourageants une manœuvre de l’esprit mauvais qui présente toujours des difficultés, alors que le bon ange, lui, montre des possibilités et encourage. Dans le livre des Exercices spirituels, saint Ignace enseigne à ce sujet : « Chez les personnes qui vont de bien en mieux dans le service de Dieu, c’est le propre du mauvais esprit d’élever devant elles des obstacles afin d’arrêter leur progrès dans le chemin de la vertu ; au contraire, c’est le propre du bon esprit de leur donner du courage et des forces, leur facilitant la voie et levant devant elles tous les obstacles, afin qu’elles avancent de plus en plus dans le bien » (cf. n°?315).

Un jour pourtant, sous le coup de l’amertume, Pierre craint de laisser son cœur « s’obscurcir et se rétrécir dans la charité ». Il reçoit alors intérieurement cette réponse : « Cherche une vraie relation avec Dieu et ses saints, et tu trouveras facilement la conduite à tenir avec le prochain, qu’il ait pour toi de l’amitié ou de l’hostilité... S’il y a quelque chose à dire ou à faire pour te réconcilier maintenant avec ton prochain, c’est d’abord en l’exécutant que tu te réconcilieras avec Dieu. » Il note, de plus, qu’il est important d’arracher de son cœur toute rancœur, « afin que la charité s’accompagne de sentiments de bienveillance, de longanimité, de patience et de résignation, afin qu’elle ne s’irrite pas, qu’elle ne cesse de faire confiance aux gens et ne perde pas l’espérance… » (cf. 1 Co 13). Et, de façon plus concrète, il comprend qu’« il faut veiller avant tout à ne pas se laisser pénétrer par ces vents refroidissants qui proviennent d’une observation attentive des défauts des autres. C’est souvent cela qui fait perdre l’espoir de leur salut, ou qui détruit l’estime, la confiance, l’amour et la charité qu’on avait pour eux. Par la chaleur de l’esprit, il faut surmonter non seulement la perception mais, dans la mesure du possible, la réalité même de leurs fautes, afin de vaincre le mal par le bien et de continuer, en dépit de leurs déficiences, à rester lié avec eux et à se préoccuper d’eux. »

Pierre continue de bénéficier de la haute estime d’Ignace et du Pape. L’un et l’autre souhaitent, en effet, disposer de lui et se l’arrachent tour à tour. Ainsi, il reçoit l’ordre de se rendre en Espagne. En chemin, il fait étape en Savoie, où il peut revoir les siens. Soixante-dix ans plus tard, saint François de Sales, lui-même Savoyard, se fera l’écho de la renommée de sainteté qu’il laissa alors dans la région, rapportant même certains témoignages portant sur des extases et des lévitations (élévation du corps pendant une extase) entrevues par indiscrétion. Après sa mission à la cour d’Espagne, Pierre passe par Barcelone, puis de nouveau par la France, où il ne s’arrête pas.

Un étudiant transformé

En avril 1542, il est de nouveau en Allemagne où il reste deux ans. À Mayence, sa réputation de haute vertu et de science attire à lui un étudiant de Cologne, Pierre Canisius, qui désire le consulter sur sa vocation. Plus tard, Canisius témoignera : « Je n’ai jamais vu ni entendu de théologien plus docte et plus profond, un homme d’une vertu aussi éclatante et aussi distinguée. » Le jeune homme fait les Exercices spirituels auprès de lui et s’en trouve « comme transformé en un autre homme ». L’année suivante, Pierre Canisius, futur saint et docteur de l’Église, s’engage à entrer dans la Compagnie de Jésus. Pierre Favre pose alors, en effet, les fondements de la Compagnie en Allemagne. Un jour, à Mayence, la tristesse saisit le Père Favre à la pensée de la négligence avec laquelle il s’est occupé de la sépulture d’un prêtre. Il reçoit alors cette réponse intérieure : « Mieux vaut aller de l’avant avec la volonté de faire le bien, plutôt que de fatiguer et d’épuiser la volonté sous le poids du passé. »

Dès octobre 1542, il est sollicité pour mettre ses compétences théologiques au service du concile œcuménique qui doit s’ouvrir à Trente. À cette perspective, son humilité s’effraie ; mais « le Seigneur, écrira-t-il, me délivra de tout par la vertu d’une sainte et aveugle obéissance qui ne considère ni mon incapacité personnelle, ni la grandeur et le poids de ce qui m’était demandé ».

À la demande du Pape Paul III et d’Ignace, Pierre Favre se rend durant l’été de 1544 à la cour du roi Jean III de Portugal. Impressionné par la sainteté de ce religieux, ce roi voudrait le garder en son pays. Cependant le Père se contente d’un bref séjour au noviciat de la Compagnie. Attirés par sa bonté, les novices s’attachent aussitôt à lui. Son zèle infatigable suscite l’entrée dans la Compagnie de plus de trente membres éminents de l’université de Coïmbra, dont plusieurs deviendront missionnaires au Japon ou dans les vastes possessions portugaises. Peu après, Pierre quitte le Portugal pour l’Espagne, où il fonde en 1545, malgré l’épuisement de ses forces, deux communautés de jésuites, à Valladolid et à Alcala. À Valladolid, le Vendredi saint 1545, « ayant à entendre en confession des jeunes gens et de tous petits enfants de la famille d’un de mes fils spirituels, rapportera-t-il lui-même, je sentis se glisser en moi des pensées orgueilleuses. Un esprit murmurait : Es-tu donc venu ici pour t’occuper de ces bambins ? Ne valait-il pas mieux rester là où tu pouvais entendre les confessions de personnages importants ? » Il réagit aussitôt, et prend la décision de consacrer le reste de sa vie, s’il plaît à Dieu, à ce travail obscur. « Je découvris mieux que jamais la valeur de tout ce que l’on fait avec une intention droite pour les plus petits, pour les méprisés et les dédaignés du monde. »

À Madrid, il doit s’aliter à l’hôpital du Campo del Rey. Là lui parvient une lettre du Pape Paul III, qui l’appelle au concile de Trente en renfort de deux autres jésuites, les Pères Lainez et Salmeron, mandés comme théologiens auprès des Pères. Bien que malade, il part. Cependant, l’ouverture du concile est différée en raison des fortes chaleurs, et le Père Favre met à profit ce répit pour poser la première pierre d’un collège à Gandie, à la demande de François de Borgia, duc de cette ville, naguère vice-roi de Catalogne. Ce jour-là, ce prince déjà veuf prend la résolution secrète d’entrer dans la Compagnie de Jésus, dont il deviendra le troisième Préposé général ; l’Église l’honore comme saint. Arrivé à Valence, le Père Favre est submergé de visites et n’a pas le loisir de se reposer. « Que le Seigneur soit béni de tout ! », écrit-il alors. À Barcelone, en attendant un bateau pour Rome, il se dépense encore en prédications, aide des monastères, et prépare des orphelins à leur première Communion. Constatant son épuisement, plusieurs veulent le retenir : « Si vous partez, vous allez à la mort ! – Il n’est pas nécessaire de vivre, répond-il, mais il est nécessaire d’obéir. »

Être plein de bonté

Il s’embarque le 17 juillet 1546, et arrive à Rome, où Ignace le reçoit avec joie. Mais le 31 juillet, il est à bout de forces, reçoit l’Extrême-Onction et la Communion en viatique. Durant sa courte vie, il n’a cessé de se préparer au jugement de Dieu : « La pratique de la miséricorde, a-t-il lui-même écrit, est un sûr moyen d’obtenir la miséricorde de Dieu à notre égard ; il nous est facile d’avoir en Dieu un généreux donateur, si nous donnons nous-mêmes généreusement ce que nous sommes et ce que nous avons… Si l’on veut que Dieu soit vraiment indulgent et ne s’en tienne pas à la rigueur de sa justice, il faut être plein de bonté et d’indulgence pour tous, et non pas trop strict ou trop sévère. » Le lendemain 1er août, Pierre Favre expire, à l’âge de quarante ans, entre les bras de saint Ignace, son père, son supérieur et son ami. Celui-ci disait de son premier compagnon : « Il aime tout simplement dame Charité. C’est pour lui plaire qu’il accorde un si grand prix à ces importantes qualités qui facilitent à la fois l’influence apostolique et la maîtrise de soi : l’éducation, la courtoisie, le savoir-faire, l’amabilité, la culture, bref tout ce qui peut contribuer à rendre la conversation entre les hommes à la fois plus humaine et plus chrétienne, pour la plus grande gloire de Dieu. »

Saint Pierre Favre a relaté quelques-uns des bienfaits reçus de Dieu dans son Mémorial, livre rédigé pour son propre usage, où partout affleure ce désir, « que tout le bien qu’il pourrait accomplir, penser ou organiser, se fît par le bon esprit, et non par le mauvais ». Car il ne suffisait pas à Pierre de dire la vérité, mais il lui importait au plus haut point de discerner dans quel esprit il la proclamait, pour la dire toujours « avec l’esprit de vérité qu’est l’Esprit Saint ». Puissions-nous, à son exemple, apprendre à discerner et à accomplir la volonté de Dieu à chaque instant de notre vie !

Dom Antoine Marie osb, abbé

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