Blason  Abbaye Saint-Joseph de Clairval

21150 Flavigny-sur-Ozerain

France


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19 mars 2016
fête de saint Joseph


Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

Au cours d’un Chemin de croix parcouru avec les jeunes à Rio de Janeiro (Brésil), le 26 juillet 2013, le Pape François soulignait : « Dans la Croix du Christ, il y a tout l’amour de Dieu, il y a son immense Miséricorde. Et c’est un amour auquel nous pouvons nous fier, auquel nous pouvons croire… Ayons confiance en Jésus et remettons-nous totalement à Lui, car Lui ne déçoit jamais personne ! C’est seulement dans le Christ mort et ressuscité que nous trouvons le Salut et la Rédemption. »

La Croix du Christ a été le grand mystère prêché par le bienheureux Frédéric Janssoone, un grand apôtre du xixe siècle dont le zèle s’est déployé sur trois continents. Né le 19 novembre 1838 à Ghyvelde, village flamand proche de Dunkerque, à l’extrême nord de la France, il a pour père Pierre-Antoine, modeste agriculteur, qui possède les qualités des Flamands : l’estime du travail bien fait, le sens de la famille, une foi simple et robuste. Sa mère, Marie-Isabelle, excellente épouse et mère de famille avisée, qui donnera le jour à treize enfants issus de deux mariages successifs, est une chrétienne fervente ; elle consacre tous ses enfants à la Sainte Vierge et désire ardemment avoir des fils prêtres. Dans ce foyer harmonieux, on prie en commun ; on récite le chapelet en méditant les mystères de la vie de Jésus (dans chaque “Je vous salue, Marie”, on insère la mention du mystère que l’on médite). Frédéric racontera qu’un jour, ayant entendu des passages de la vie des Pères du Désert, les quatre plus jeunes enfants décident de se faire ermites et disparaissent ; le soir, on les trouve en prière derrière une meule de foin ! La famille Janssoone est renommée pour sa charité envers les pauvres, qui trouvent au foyer gîte et couvert. L’archevêque de Cambrai, ayant rencontré cette famille au cours d’une visite pastorale, confiera : « Non, je ne pensais pas qu’il puisse exister encore aujourd’hui des familles aussi profondément chrétiennes. »

Atteint d’un cancer à l’estomac, Pierre-Antoine Janssoone quitte ce monde en 1848, en murmurant aux siens : « Que le Bon Dieu vous garde ! » Frédéric n’a que dix ans, il est en tête de classe à l’école primaire, et confie à sa mère son désir de devenir prêtre. L’aîné de la famille, Pierre, vient d’entrer au grand séminaire. Les études coûtent cher, mais Marie-Isabelle n’hésite pas : on se sacrifiera pour que ce rêve devienne réalité. Frédéric commence de brillantes études secondaires ; mais bientôt, ruinée à la suite de placements malheureux, sa mère tombe malade. Frédéric doit quitter le collège afin de chercher du travail ; son frère Pierre a également quitté le séminaire pour raison de santé. Les deux frères s’embauchent à Estaires, dans une affaire de commerce de toiles. Frédéric commence modestement comme garçon de courses. Son habileté lui vaut un rapide avancement. D’abord commis, puis associé au fils de son employeur, il peut voir son avenir professionnel avec optimisme, et même rêver d’épouser la fille de son patron.

Sous la bure franciscaine

Le décès de sa mère, en 1861, le pousse à reprendre ses études conjointement avec son travail. Madame Janssoone emportait au ciel le désir toujours vif de compter un ou plusieurs prêtres parmi ses fils (une de ses filles est déjà religieuse). Pierre entrera aux Missions Étrangères, et exercera pendant quarante-deux ans un apostolat en Inde, où il mourra en odeur de sainteté en 1912. Un autre fils, Henri, admis chez les Franciscains, mourra noyé en 1867. Frédéric, quant à lui, ne songeait plus à l’appel de Dieu ; mais la mort de sa mère, dont il apprend qu’elle s’est offerte au Seigneur, le fait revenir à son projet de consécration totale. Il frappe à la porte de l’abbaye cistercienne du Mont-des-Cats, mais le Père Abbé, déconcerté par ses allures mondaines, le détourne de la Trappe. Frédéric regarde alors vers l’Ordre franciscain. Il entre en juin 1864 au couvent d’Amiens et y reçoit aussitôt l’habit de bure marron. La vie au noviciat est austère, le froid hivernal rigoureux et la pauvreté bien réelle. Après avoir surmonté une période de doutes sur sa vocation, il prononce ses vœux le 18 juillet 1865. Il commence ses études à Limoges et les continue à Bourges, où il est ordonné prêtre en 1870, à l’âge de trente-deux ans.

La France vient de déclarer la guerre à la Prusse. Le Père Frédéric est mobilisé comme aumônier d’un hôpital militaire installé dans le couvent des Dames du Sacré-Cœur, à Bourges ; là, il aide de nombreux soldats blessés ou atteints du typhus à se réconcilier avec le Seigneur. Dès la fin des hostilités, en 1871, il est envoyé à Bordeaux, dans un couvent nouvellement fondé dont il devient bientôt le supérieur. Il excelle dans l’organisation d’amples manifestations religieuses ; le 2 août, notamment, jour de l’indulgence de la Portioncule accordée aux fidèles qui visitent pieusement une église franciscaine (la Portioncule, à Assise, est l’endroit que saint François aimait le plus au monde, car, dans cette petite chapelle, il avait reçu l’assurance que ses péchés étaient pardonnés), il rassemble 25000 personnes autour du sanctuaire de Notre-Dame des Anges. Jusqu’à sa mort, le Père Frédéric fera de la fête du 2 août un grand événement de salut. Mais il n’est pas fait pour le supériorat, et dès 1873, on le décharge de ce fardeau qui l’accable, pour l’employer à la prédication de missions paroissiales. Ces “missions à l’intérieur” ont pour fin une “nouvelle évangélisation” des chrétiens oublieux de leurs devoirs religieux. Toutefois, en 1876, le Père sollicite et obtient son envoi en Terre Sainte pour six ans. Depuis 1342, l’Église confie aux Franciscains la “custodie”, c’est-à-dire la mission de garder les lieux sanctifiés par la vie et la Passion du Christ, et d’y accueillir les pèlerins. 6000 franciscains se sont succédé en Palestine et 2000 d’entre eux ont arrosé la Terre Sainte de leur sang. Arrivé à Jérusalem, le Père Frédéric commence par faire une longue retraite de quatre mois au couvent du Saint-Sépulcre, sur le lieu même où Jésus a été enseveli et où il est ressuscité.

Artisan de paix

En 1878, il est nommé vicaire custodial, c’est-à-dire premier assistant du Custode (supérieur des Franciscains de Terre Sainte). Le vicaire doit remplir trois offices : un rôle diplomatique vis-à-vis de la France, la charge de Pénitencier, c’est-à-dire la responsabilité du service spirituel des communautés francophones, et un rôle administratif englobant la construction et l’entretien des couvents et des églises catholiques. À ce titre, le Père Frédéric fera bâtir l’église Sainte-Catherine de Bethléem, sanctuaire destiné à compenser la perte de la basilique de la Nativité, occupée par les Orthodoxes depuis le xviiie siècle. Cette église sera achevée en 1882, après de laborieuses négociations avec l’évêque orthodoxe, le pacha turc et le consul de France. Le Père Frédéric construira également l’église Saint-Sauveur de Jérusalem.

En 1881, le gouvernement anticlérical français décrète l’expulsion des 5000 religieux appartenant à des congrégations non autorisées. Cette mesure porte un rude coup aux missions catholiques soutenues par la France. Au mois d’août de cette année, le Père Frédéric s’embarque pour le Canada afin d’y prêcher en faveur des missions de Terre Sainte. Victime de l’hiver québécois, il tombe gravement malade. Guéri, il regagne la Palestine en juin 1882. Il lui faut alors apaiser les discordes parfois sanglantes qui divisent les chrétiens de diverses confessions (Catholiques, et Orthodoxes divisés en plusieurs Patriarcats nationaux) à propos de l’usage des basiliques du Saint-Sépulcre à Jérusalem, et de la Nativité à Bethléem. Dans un esprit de large concertation avec les représentants des diverses Églises, le Père Frédéric s’applique à mettre par écrit des règlements jusqu’alors purement oraux. Dans ce but, il observe minutieusement, jour et nuit, avec l’aide d’un Frère, les coutumes en vigueur dans les sanctuaires, et rédige deux ouvrages de 500 et 300 pages, consacrés respectivement aux coutumes du Saint-Sépulcre et de Bethléem. Ces règlements font encore autorité aujourd’hui. Au cours de ses innombrables pérégrinations en Terre Sainte, le Père Frédéric acquiert aussi une connaissance parfaite de l’histoire des Lieux Saints. Il prend soin des pèlerins catholiques qui, pendant leur séjour, habitent le pays fruste et incommode qu’est la Palestine d’alors. À leur intention, il fait construire l’Hospitalité Notre-Dame de France et y organise des retraites. En 1884, il y accueillera son propre frère, missionnaire.

Un chemin de compassion

Dès le xive siècle, les Franciscains de Terre Sainte ont pris l’habitude de parcourir avec les pèlerins, le vendredi, la “Via dolorosa” – le chemin suivi par Jésus-Christ dans sa Passion depuis le prétoire de Pilate jusqu’au Golgotha et au Saint-Sépulcre –, afin de prier là même où le Seigneur a souffert et donné sa vie. Cette pratique est à l’origine de la dévotion du Chemin de la croix, propagée un peu partout dans la chrétienté par les Franciscains. Le nombre des stations de ce Chemin sera fixé à quatorze au xviie siècle. Dans la première moitié du xviiie siècle, saint Léonard de Port-Maurice, franciscain italien, s’est signalé comme l’un des grands promoteurs de cette dévotion. Dès 1878, le Père Janssoone la restaure discrètement à Jérusalem ; bientôt, il obtient de l’autorité politique ottomane le privilège de la prêcher solennellement en public le Vendredi Saint. Sa prédication est considérée par de nombreux pèlerins comme le sommet de leur pèlerinage. Depuis cette date, les Franciscains dirigent chaque semaine le Chemin de croix dans la vieille ville de Jérusalem, sur la “Via dolorosa”.

Ouvrant largement le trésor spirituel dont Elle a la garde – trésor constitué par les mérites infinis du Sauveur et par les mérites surabondants de la Vierge Marie et des saints –, l’Église accorde une indulgence plénière à tout fidèle qui accomplit le pieux exercice du Chemin de croix (ou bien, s’il en est empêché, s’unit à celui du Souverain Pontife, retransmis par la télévision ou la radio, ou encore médite un quart d’heure sur la Passion). Le Chemin de croix est un chemin de compassion aux souffrances du Christ, et plus encore un chemin de conversion qui comporte la reconnaissance de ses péchés, cause profonde des souffrances et de la mort de Jésus en Croix, et la demande de pardon à Dieu son Père. Il est structuré autour de deux grands pôles : la contemplation des scènes de la Passion, et son corollaire : notre marche sur les pas du Christ dans la vie quotidienne, à la suite de la Vierge. La tradition nous dit, en effet, que Marie fut la première à refaire le parcours suivi par son Fils jusqu’au Calvaire. Chacune des quatorze stations comporte une méditation sur un moment de la Voie douloureuse (pas toujours mentionné dans l’Évangile, telle la rencontre avec sainte Véronique), complétée par une prière et par le chant d’une strophe du Stabat Mater ou d’un autre cantique approprié.

Naissance d’un sanctuaire

Réclamé au Canada par de nombreux prêtres qui n’ont pas oublié son premier séjour, le Père Frédéric reçoit, en avril 1888, par un bref pontifical, l’obédience de Commissaire de Terre Sainte au Canada. Sa mission consiste à trouver les ressources nécessaires à la sauvegarde et au meilleur fonctionnement des Lieux Saints de Palestine. Pour cela, il prêchera, récoltera des aumônes et organisera de nombreux pèlerinages. À peine arrivé à Trois-Rivières, ville située entre Montréal et Québec, le Père Frédéric est invité à prêcher lors de la consécration à Notre-Dame du Rosaire d’une petite église construite en 1720 au Cap de la Madeleine, au bord du fleuve Saint-Laurent. Le 22 juin 1888, il intronise dans cette église une statue de la Vierge de la Médaille Miraculeuse et prophétise que “Notre-Dame du Cap” deviendra le principal sanctuaire de Marie au Canada. Le soir même, vers 19 h, trois hommes entrent dans la petite église pour prier : le Père Frédéric, l’abbé Désilets, curé du lieu, et Pierre Lacroix, un homme handicapé. Ils voient soudain la statue ouvrir grand ses yeux qu’elle a ordinairement baissés. La Vierge regarde droit devant elle, avec une expression de sévérité mêlée de tristesse. Ce prodige dure de cinq à dix minutes. À compter de ce jour, le Père Frédéric sera l’apôtre infatigable du pèlerinage de Notre-Dame du Cap, qu’il va faire connaître partout au cours de ses pérégrinations et au moyen de la revue “Les Annales du Très Saint Rosaire”. L’affluence croissante des pèlerins justifiera, en 1897, l’aménagement d’un quai en eau profonde, puis la construction d’un embranchement de la voie ferrée aboutissant au sanctuaire. En 1902, sollicité par trop de tâches, le Père Frédéric confiera le sanctuaire aux Oblats de Marie Immaculée ; deux ans plus tard, le Saint-Siège accordera à la statue de Notre-Dame du Cap le rare privilège du “couronnement”. Au cours de la cérémonie, il reviendra au Père Frédéric de porter la couronne que l’évêque placera sur le front de la statue, en signe de la royauté spirituelle de Marie. À partir de 1955, pour satisfaire à la dévotion des fidèles, les Oblats construiront, à côté de la “petite église”, une imposante basilique, achevée en 1964.

Mais l’apostolat du Père Frédéric au Québec, où il séjourne vingt-huit ans, se porte sur bien d’autres terrains. Il se dépense sans compter au service de sa patrie d’adoption comme prédicateur, missionnaire itinérant et journaliste. Il prêche, de paroisse en paroisse, les grandes vérités de la foi, notamment les fins dernières de l’homme (mort, jugement, ciel, enfer), dont le bienheureux Paul VI dira : « L’un des principes fondamentaux de la vie chrétienne, c’est qu’elle doit être vécue en fonction de sa destinée eschatologique, future et éternelle. Oui, il y a de quoi trembler. C’est encore la voix prophétique de saint Paul qui nous met en garde : Travaillez avec crainte et tremblement à accomplir votre salut (Ph 3, 10). La gravité et l’incertitude de notre sort final a toujours été un abondant objet de méditation et une source d’énergies sans pareilles pour la morale et aussi pour la sainteté de la vie chrétienne » (28 avril 1971). Le même Pape fera remarquer : « On parle rarement et peu des fins dernières. Mais le Concile nous rappelle les solennelles vérités eschatologiques qui nous concernent, y compris la terrible vérité d’un possible châtiment éternel que nous appelons l’enfer, dont le Christ parle sans réticences (cf. Mt 22, 13 ; 25, 41. Constitution Lumen gentium, 48) » (8 septembre 1971). Saisis par l’éloquence simple et forte du Père Frédéric, de nombreux fidèles demandent à confesser leurs péchés. Pour les entendre, une “armée” de prêtres l’accompagne ; quant aux étonnantes faveurs reçues par les personnes qui recourent à sa prière, le Père les attribue à l’intercession de Notre-Dame du Cap et aux reliques qu’il a apportées de Terre Sainte.

Des trajets féconds

En vrai franciscain, le Père Frédéric pratique la plus stricte pauvreté qui, non seulement exclut le superflu, mais accorde le nécessaire avec parcimonie. Comme quêteur, de grosses sommes passent entre ses mains ; mais son habillement, sa nourriture, son ameublement, tout, chez lui, manifeste le plus grand détachement. Missionnaire itinérant, il s’impose un rythme de vie qui aurait épuisé des santés bien plus robustes que la sienne. L’urgence d’évangéliser les âmes pour les sauver de la perdition est pour lui une évidence. Les paroles de saint Paul trouvent un écho dans son cœur : Malheur à moi si je n’évangélise pas… La charité du Christ nous presse (1 Co 9, 16 ; 2 Co 5, 14). Aussi ne manque-t-il pas les occasions de prêcher à Sainte-Anne de Beaupré et à l’oratoire Saint-Joseph, œuvre du saint Frère André à Montréal. Il met à profit les trajets en bateau sur le Saint-Laurent (vingt-quatre heures de Trois-Rivières à Montréal, et trente-six heures de Trois-Rivières à Beaupré à proximité de Québec) pour prêcher aux passagers. Un témoin l’a entendu parler, quatre heures d’affilée, sans que personne ne manifeste de lassitude. Le Père Frédéric fonde également trois Chemins de croix pour développer cette dévotion au Canada.

Le Vendredi Saint 2005, quelques jours avant la mort de saint Jean-Paul II, le cardinal Ratzinger prêchait au Colisée le Chemin de croix. En introduction, il expliquait ainsi le sens de cette dévotion : « La prière du Chemin de croix peut se comprendre comme un itinéraire qui conduit à la communion spirituelle profonde avec Jésus, sans laquelle la communion sacramentelle resterait vide. À cette vision s’oppose une compréhension purement sentimentale du Chemin de croix, risque dont le Seigneur avertit les femmes de Jérusalem qui pleurent sur lui. Le simple sentiment ne suffit pas ; le Chemin de croix doit être une école de foi, de la foi qui, de par sa nature, agit par la charité. Cependant, cela ne signifie pas que le sentiment doive être exclu… Le Chemin de croix nous montre un Dieu qui partage lui-même les souffrances des hommes, dont l’amour ne demeure pas impassible et distant, un Dieu qui descend parmi nous, jusqu’à la mort sur la Croix. Le Dieu qui partage nos souffrances, le Dieu fait homme pour porter notre croix, veut transformer notre cœur de pierre et nous appeler à partager les souffrances d’autrui. Il veut nous donner un “cœur de chair” qui ne reste pas impassible devant les souffrances d’autrui. Il se laisse au contraire toucher et nous conduit à l’amour qui guérit et qui vient en aide…

Cela nous explique la phrase qu’il prononce en saint Matthieu : Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive (Mt 16, 24). Par ces mots, il offre lui-même l’interprétation du Chemin de croix, il nous enseigne comment nous devons le prier et le suivre : le Chemin de croix est le chemin du renoncement à soi, c’est-à-dire le chemin de l’amour véritable. Sur ce chemin, il nous a précédés. » Le Vendredi Saint 2013, le Pape François faisait remarquer que le Chemin de croix nous aide à nous décider pour (ou contre) Jésus : « La Croix est aussi un jugement : Dieu nous juge en nous aimant. Si j’accueille son amour je suis sauvé, si je le refuse je suis condamné, non par Lui, mais par moi-même, parce que Dieu ne condamne pas, Lui ne fait qu’aimer et sauver » (29 mars 2013).

Démarcheur à domicile

Le Père Frédéric utilise tous les médias dont il dispose pour que l’opinion publique elle-même soit touchée par la Bonne Nouvelle. Jusqu’à la fin de sa vie, il fait aussi, inlassablement, du “porte à porte” pour obtenir des dons, vendre des livres de piété et surtout porter aux âmes la bonne parole. À soixante-douze ans, il passe encore un mois entier dans ce “démarchage à domicile”, à raison de douze heures par jour. La nuit, il prend souvent sur un sommeil dont il a pourtant bien besoin, pour se livrer à l’apostolat de l’écrit. Il publie, dans un style simple et populaire, d’innombrables articles de journaux, plus de trente livres et brochures, en particulier une vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ et une vie de saint François qui deviendront en leur temps des best-sellers au Canada. Mais son livre préféré est “Le ciel, séjour des élus”.

Bien qu’il sache donner le change par son allant et son exceptionnelle endurance, le Père Frédéric reste de santé fragile. Il confie à un intime ses continuelles douleurs d’estomac, qui l’empêchent presque de se nourrir. Son repos, c’est le travail apostolique : il achève toujours une mission paroissiale en meilleure forme qu’il ne l’a commencée. En 1916 pourtant, il s’effondre au cours d’un pèlerinage ; on diagnostique alors un cancer avancé à l’estomac. Pendant les cinquante jours d’hospitalisation à Montréal, assailli par des tentations de désespoir et d’autres vexations diaboliques, il est réconforté par le sacrement de l’Extrême-Onction qui, comme l’explique le Catéchisme de l’Église Catholique, « fortifie contre les tentations du malin, tentations de découragement et d’angoisse de la mort » (CEC 1520). Le Père Frédéric expire le 4 août 1916 ; sa sépulture se trouve à Trois-Rivières, dans l’église des Franciscains. Saint Jean-Paul II l’a proclamé bienheureux le 25 septembre 1988.

Demandons à cet ardent apôtre de la Croix de nous aider à saisir la vérité de cette parole du Pape François, le 26 juillet 2013 : « Qu’est-ce que la Croix a laissé en ceux qui l’ont vue et en ceux qui l’ont touchée ? Qu’est-ce que la Croix laisse en chacun de nous ? Elle laisse le bien que personne ne peut nous donner : la certitude de l’amour fidèle de Dieu pour nous ! »

Dom Antoine Marie osb, abbé

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