Blason  Abbaye Saint-Joseph de Clairval

21150 Flavigny-sur-Ozerain

France


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6 janvier 2016
Épiphanie du Seigneur


Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

«Là où il y a la joie, la ferveur, le désir de porter le Christ aux autres, écrivait le Pape François, jaillissent d’authentiques vocations. Parmi celles-ci, les vocations laïques à la mission ne doivent pas être oubliées. Désormais, la conscience de l’identité et de la mission des fidèles laïcs dans l’Église s’est accrue, tout comme la conscience qu’ils sont appelés à jouer un rôle toujours plus important dans la diffusion de l’Évangile » (Message pour la Journée mondiale des Missions 2014). Au xxe siècle, la vie de Marcello Candia illustre ces paroles ; après avoir vécu dans l’aisance d’une famille de la haute bourgeoisie milanaise, il s’est engagé comme laïc dans la mission et a construit, grâce à la vente de ses biens, un hôpital pour les pauvres au Brésil.

Marcello Candia est né en 1916 à Portici (Campanie, Italie), troisième de cinq enfants. Camillo, son père, est un industriel : il a fondé à Milan, puis à Naples, Pise et Aquilée une série d’usines d’acide carbonique. Il ne pratique pas sa religion mais a conservé de son éducation catholique un sens élevé de la droiture, du respect des personnes et de la justice professionnelle et sociale. C’est un chef tout dévoué à sa famille et à son entreprise, homme de devoir et de responsabilité. Il s’oppose au fascisme dès ses débuts, et confie ses enfants à des écoles privées pour qu’ils ne soient pas atteints par l’idéologie totalitaire dominante.

Passion pour les pauvres

Marcello apprend de sa mère, Luigia Bice Mussato, les premiers rudiments de la foi. Femme cultivée et dotée de grandes qualités humaines, elle se donne totalement aux siens ainsi qu’aux pauvres à travers des œuvres caritatives, en particulier l’association Saint-Vincent-de-Paul. Marcello accompagne volontiers sa mère : avec elle, il visite les pauvres, non sans être au préalable passé dans une église pour y rencontrer Jésus Eucharistie. Dans son cœur se développe une véritable passion pour les déshérités et les souffrants ; ce sera l’orientation fondamentale de sa vie. Dès l’âge de douze ans, il aide les Pères capucins de la via Piave à Rome à distribuer de la soupe aux pauvres. Mais le 7 février 1933, Mme Candia décède, âgée de 42 ans. Marcello a dix-sept ans : sa peine est si profonde qu’il en tombe malade. À compter de ce jour, il souffrira de fréquents maux de tête et d’insomnies.

La profonde piété de Marcello impressionne ses proches qui l’accusent de mener une “double vie” : en effet, d’un côté il se montre jeune homme riche, élégant et courtisé, élève brillant et bon camarade, mais de l’autre, tous constatent qu’il est immergé dans un dialogue incessant avec Dieu. En 1939, Marcello obtient le doctorat en chimie. Au début de la deuxième Guerre mondiale, il occupe quelque temps un poste de chimiste dans une fabrique d’explosifs, puis est démobilisé. Il poursuit alors ses études, tout en travaillant professionnellement avec son père. En 1943, il obtient les doctorats en biologie et en pharmacie. En ces temps de guerre, il participe à la résistance contre l’occupant allemand, risquant plusieurs fois sa liberté et même sa vie, et s’engage, aux côtés des Pères capucins, dans l’aide aux juifs menacés de déportation. À la fin de la guerre, il assiste les déportés et prisonniers qui reviennent au pays. Avec trois amis, il organise, en gare, un accueil à la fois médical et humanitaire, et fait installer, en grande partie à ses frais, dans le parc du palais Sormani, mis à sa disposition, des abris provisoires préfabriqués. Un jour, un aumônier-capitaine autoritaire fait annoncer : « La Messe va commencer ; ceux qui n’y viennent pas n’auront pas à manger ». Marcello s’empare du micro et rectifie : « Non, tous auront à manger ! »

Afin de pouvoir consacrer tout son temps à soulager les souffrances des autres, Marcello renonce à se marier. Avec Elda Scarsella Marzocchi, il fonde le “Village de la mère et de l’enfant”, pour l’assistance aux filles-mères en difficulté. Au début, il cache cette initiative à son père, sachant qu’il n’y serait pas favorable ; mais par la suite, ce dernier prendra conscience de tout le bien accompli par son fils et il l’approuvera. M. Candia est exigeant, mais il respecte les choix de son fils : il considère sa vie de piété et son attachement à la Messe quotidienne comme exagérés, mais il n’y met aucune entrave. Cependant, le directeur de conscience de Marcello se montre défavorable à la collaboration avec Elda Marzocchi, car l’ambiance d’une maison de filles-mères ne convient pas à un jeune homme qui a choisi le célibat pour le Royaume de Dieu. Aussi, par obéissance, Marcello met fin à cet engagement et se lance dans l’aide aux missions, d’abord par l’envoi de médicaments dans des pays pauvres et la fondation d’une revue intitulée “La Mission”. Avec Mgr J.-B. Montini, le futur Pape Paul VI, alors archevêque de Milan, et le professeur Lazzati, de l’université de Milan, il fonde un collège pour les étudiants qui viennent d’outre-mer. En effet, les évêques des pays de mission commencent à envoyer des prêtres en Italie pour un complément de formation sacerdotale : ces étudiants sont destinés à devenir des professeurs dans les séminaires d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Souvent, le premier contact s’établit directement entre l’évêque du pays et Marcello pour assurer le logement, obtenir une bourse d’études, etc. Le jeune homme participe également à la fondation de plusieurs œuvres et associations en faveur des missions.

« Viens ! » et « va ! »

En 1950, âgé de trente-quatre ans, Marcello hérite de l’entreprise de son père. Peu à peu mûrit en lui l’aspiration à tout quitter pour devenir missionnaire laïc à plein temps. Mais pour la réaliser, il devra attendre l’année 1961 : sa présence dans les usines, en effet, est utile, voire nécessaire, en raison de la situation difficile des ouvriers durant la période d’après-guerre. De plus, son directeur spirituel se montre opposé à ce projet.

« La mission est un engagement indispensable pour celui qui se met à l’écoute de la voix de l’Esprit qui murmure “viens” et “va”, écrivait le Pape François. Celui qui suit le Christ ne peut que devenir missionnaire, et il sait que Jésus marche avec lui, parle avec lui, respire avec lui, travaille avec lui… Qui sont les destinataires privilégiés de l’annonce évangélique ? La réponse est claire et nous la trouvons dans l’Évangile lui-même : les pauvres, les petits et les infirmes, ceux qui sont souvent méprisés et oubliés, ceux qui n’ont pas de quoi payer de retour (cf. Lc 14, 13-14). L’évangélisation, s’adressant de manière préférentielle à eux, est signe du Royaume que Jésus est venu apporter : il existe un lien inséparable entre notre foi et les pauvres. Ne les laissons jamais seuls ! » (Message pour la Journée mondiale des Missions 2015).

En 1955, l’explosion accidentelle d’un réservoir de 60 000 litres d’acide carbonique à l’état liquide tue deux personnes et détruit une usine qui vient d’être entièrement rénovée. Marcello voit son projet de tout quitter entravé par cet accident. Il aide de sa poche les deux familles des victimes et assume la reconstruction ainsi que les livraisons, afin qu’aucun ouvrier ou client ne soit lésé par le désastre. Toutefois, il s’intéresse particulièrement aux pauvres du Brésil. Il a, en effet, rencontré le père Alberto Beretta, capucin, frère de sainte Gianna Beretta Molla, qui se préparait à partir au Brésil. En 1957, Marcello fait sa première visite à Macapà, au nord du delta de l’Amazone. Cette petite ville compte alors 18 000 habitants, dont une partie vit dans la misère, sans aucune assistance matérielle ni spirituelle. Avec l’évêque du diocèse, Mgr Aristide Pirovano, des Missions étrangères de Milan, il étudie les problèmes locaux. Pour la paroisse Saint-Benoît, il fait construire une belle église. Puis il se sent inspiré de construire un vaste hôpital, disproportionné par rapport à la taille de la ville d’alors. L’avenir lui donnera raison car la population dépasse maintenant 400 000 habitants (2010). L’établissement, prévu pour 150 lits, comportera aussi une léproserie.

Vends ce que tu possèdes !

Marcello commence les travaux en 1961, avec l’argent que lui a rapporté la vente des usines héritées de son père. Il désire que l’hôpital soit dédié aux saints Camille et Louis pour honorer la mémoire de ses parents. À cette époque, Mgr Pirovano est rappelé à Milan pour prendre la tête de son Institut missionnaire. En 1965, au lendemain d’une audience privée que leur a accordée le bienheureux Paul VI, le prélat remet lui-même à Marcello la croix de missionnaire. En juin de cette même année, Marcello Candia s’installe à Macapà. Après avoir exercé pendant plusieurs années les fonctions de directeur d’usines, dans une époque de grande prospérité économique, il approche de la cinquantaine. Son changement de vie est radical : d’une vie aisée, il passe à une vie pauvre au milieu des pauvres. Dans une authentique démarche de foi, il abandonne tout pour Dieu et répond à ses contradicteurs qu’il « ne faut pas seulement donner aux pauvres de l’aide économique. Nous devons partager leur vie dans toute la mesure du possible. Il serait trop facile pour moi de rester ici dans la vie paisible et confortable, puis de dire : le superflu, je l’envoie là-bas. Je suis appelé à vivre avec eux ».

Toutefois, Marcello se heurte à des incompréhensions et des contradictions dans les milieux missionnaires eux-mêmes, ce qui l’affecte vivement. « Pourquoi construire un si grand hôpital en cet endroit, se demandent certains, alors qu’avec la même dépense on aurait pu établir une dizaine de centres d’assistance sanitaire ? Ce patron milanais va-t-il vraiment persévérer et rester, chuchote-t-on, ou bien, après avoir mis en route un chantier colossal, s’en aller en laissant l’œuvre inachevée ? » En l’absence de Mgr Pirovano, Marcello se trouve spirituellement isolé. L’administration, gagnée par la méfiance, lui refuse les permis nécessaires. Plusieurs années plus tard, lorsque sa persévérance lui aura obtenu un minimum de bienveillance, un administrateur dira de lui : « Voilà des années que j’étudie ce Candia et je n’arrive pas à le comprendre. Il doit être un peu fou, bien qu’il semble sain d’esprit. » La folie de la Croix sera toujours un mystère pour ceux qui n’ont pas la foi. Mais lui ne se laisse pas décourager : « Le Bon Dieu veut que je fasse un peu pénitence ! », confie-t-il. L’apprentissage de la pauvreté, en effet, lui coûte de grands efforts : il doit accepter les privations de confort, la nourriture des pauvres, la promiscuité avec des gens incultes dans des locaux misérables. Un de ses amis italiens rapporte : « Candia était dynamique, sûr de lui, habitué à commander et à parler en patron… mais chaque fois qu’il revenait d’Amazonie, je le trouvais changé. Il se rendait compte qu’il avait besoin de l’aide des autres pour réaliser ses grands projets, ce à quoi il n’était pas habitué. » En effet, Marcello est naturellement têtu, impatient, perfectionniste, exigeant à l’excès, persuadé d’avoir toujours raison. Mais son esprit missionnaire et son dévouement l’aident à corriger peu à peu ces défauts.

Ne plus être nécessaire

En 1967, il est victime d’un infarctus : sa santé commence à décliner. Néanmoins, après s’être rétabli, il continue courageusement son travail. En 1969, l’hôpital de Macapà est inauguré : il comporte au début un service de pédiatrie, puis, quelques mois après, un centre de recherche sur les maladies tropicales avec une attention spéciale pour la lèpre, un centre social et un centre d’accueil. Marcello a tout conçu, financé presque seul et réalisé contre vents et marées. L’intuition initiale, cependant, est due au cardinal Montini : « Si vous fondez un hôpital au Brésil, faites-le réellement brésilien, lui avait conseillé le prélat. Évitez toutes les formes de paternalisme, n’imposez pas vos idées aux autres, même avec les meilleures intentions. Faites l’hôpital non seulement pour les Brésiliens mais aussi avec les Brésiliens et proposez-vous comme objectif final de ne plus être nécessaire. Quand arrivera le moment où vous vous sentirez inutile parce que l’établissement pourra fonctionner sans vous, alors vous aurez réalisé une véritable œuvre de solidarité humaine. » Ces avis coûtent à Marcello une somme considérable de patience, car dans ce pays, la majeure partie du personnel stable qu’il emploie à l’hôpital est plutôt portée à l’apathie et à l’irresponsabilité. Le cardinal lui avait aussi recommandé de faire un hôpital-école : dans les pays de mission, soigner les malades est important, mais il est encore plus important d’enseigner sérieusement comment les guérir. Il avait ajouté : « Il faut que ce soit un établissement qui ne renvoie jamais personne. » Marcello applique très exactement cette recommandation : il établit que le personnel de l’hôpital ne demandera jamais à un patient, au moment de son admission, s’il est en mesure d’acquitter les frais.

Dans le monde vous aurez à souffrir, nous a prévenus Jésus (Jn 16, 33). En 1973, le généreux ami des pauvres est convoqué par le gouvernement fédéral pour répondre de l’accusation d’importation illégale de médicaments au Brésil. Il lui faut aussi veiller sans cesse à ce que l’hôpital reste au service des plus démunis. Heureusement, son expérience de chef d’entreprise l’aide beaucoup à gérer les biens à bon escient ; en effet, être généreux ne suffit pas, il faut aussi agir avec compétence et prudence.

« Le fidèle laïc doit agir selon les exigences dictées par la prudence : c’est la vertu qui dispose à discerner en toute circonstance le vrai bien et à choisir les moyens adéquats pour l’accomplir. La prudence rend capable de prendre des décisions cohérentes, avec réalisme et sens de la responsabilité quant aux conséquences de ses actions. La vision très répandue qui identifie la prudence à l’astuce, au calcul utilitariste, à la méfiance, ou encore à la crainte et à l’indécision, est très éloignée de la juste conception de cette vertu caractéristique de la raison pratique, qui aide à décider avec sagesse et courage des actions à accomplir, en devenant la mesure des autres vertus… En définitive, c’est une vertu qui exige l’exercice mûr de la pensée et de la responsabilité, dans la connaissance objective de la situation et avec la volonté droite qui conduit à la décision » (Compendium de la Doctrine sociale de l’Église, 547-548).

Une logique différente

Industriel, Marcello a l’habitude de tenir et faire tenir une comptabilité rigoureuse. Mais, dans les œuvres de Dieu, il faut parfois aller plus loin : « Peu à peu, dira-t-il, je me suis aperçu que lorsqu’on avait affaire à Dieu il fallait appliquer une logique différente. Les comptes sont vite faits car les malades qui peuvent payer pour leur soins sont environ un sur dix et ceux qui sont assurés à une mutuelle, 40%. Les autres ne peuvent rien apporter d’autre qu’eux-mêmes, pour être soignés. C’est comme cela que j’ai appris qu’un hôpital pour les pauvres, pour bien fonctionner, devait être toujours en déficit. Vous aurez du mal à comprendre ce que cela a été pour moi d’entrer dans cette logique… Et lorsque mes fonds furent épuisés, commencèrent à arriver des contributions de mes amis, des ouvriers des usines qui furent miennes, etc. » Il constate aussi une autre merveille : la transformation de certaines personnes de Macapà, qui se révèlent aptes à l’aider et retrouvent ainsi dignité et foi.

Marcello Candia nous donne un bel exemple d’emploi judicieux des richesses. Dans sa Bulle d’indiction du Jubilé de la Miséricorde, le Pape François écrit : « Ne tombez pas dans le terrible piège qui consiste à croire que la vie ne dépend que de l’argent et que, à côté, le reste n’aurait ni valeur ni dignité. Ce n’est qu’une illusion. Nous n’emportons pas notre argent dans l’au-delà. L’argent ne donne pas le vrai bonheur. La violence pour amasser de l’argent qui fait couler le sang ne rend ni puissant ni immortel. Tôt ou tard, le jugement de Dieu viendra, auquel nul ne pourra échapper » (11 avril 2015, n°?19). En effet, « chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dès sa mort, en un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ » (Catéchisme de l’Église Catholique, n°?1022). De plus, Jésus nous a affirmé qu’au dernier jour, il viendrait juger tous les hommes : Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui… Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !”… Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : “Allez-vous-en loin de moi, maudits, dans le feu éternel préparé pour le démon et ses anges. Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité”… Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes à la vie éternelle (Mt 25, 32-46).

Un modeste instrument

Malgré les nombreuses oppositions qu’il rencontre, Marcello est loué et applaudi déjà de son vivant. En 1975, un journal brésilien à grand tirage lui dédie un long article intitulé : “Le meilleur homme du Brésil”. Face à de tels compliments, il répond : « Pour moi, je ne suis rien ; je ne suis qu’un modeste instrument de la Providence… Ce n’est pas moi qui ai donné quelque chose, mais eux, les pauvres, qui me donnent… Qui a beaucoup reçu de la vie, doit beaucoup donner. » La même année, en considération de ce que lui avait dit le cardinal Montini, Marcello décide de confier l’œuvre aux Religieux hospitaliers camilliens. Il affirmera : « Il n’est pas chrétien de se rechercher soi-même dans une œuvre. C’est en Dieu qu’il faut se réaliser… Je remercie le Seigneur d’avoir pu commencer l’œuvre avec les moyens qu’il m’a donnés. Mais après, il fallait se rendre inutile. Il fallait aussi que ceux qui sont venus après moi puissent apporter la contribution de leur initiative… Je me suis donc retiré, et maintenant je me contente de chercher de l’argent pour qu’ils puissent continuer le travail. »

La cause des lépreux a toujours beaucoup touché son cœur. Dès 1967, il a organisé pour eux la léproserie de Marituba, perdue dans la forêt vierge à 400 km au sud de Macapà. Jusqu’alors, ces malades étaient consignés dans un périmètre interdit aux non-lépreux. La colonie comportait un millier de malades survivant dans des conditions plus que misérables, où la solidarité et l’hygiène étaient inconnues. Lorsqu’il visite les lieux pour la première fois, avec une permission spéciale, Marcello comprend qu’il faut d’abord faire luire l’espérance dans le cœur de ces laissés-pour-compte, en implantant chez eux une communauté de consacrés, avec un prêtre. Marcello établit donc un centre urbain avec maisons individuelles, eau courante, drainage par égouts, dispensaire, centre social géré par les malades eux-mêmes, etc. D’autres léproseries et centres de prière (dont deux carmels, où il aime venir prendre son temps de prière quotidien…) sont fondés dans d’autres localités. En 1980, le Pape Jean-Paul II viendra visiter ces œuvres ; fortement impressionné, il érigera la fondation “Docteur Marcello Candia”. C’est une grande joie pour tous les collaborateurs de Marcello ; mais celui-ci regrette qu’on ait donné son nom à la fondation.

En 1983, il rentre fort malade à Milan. Depuis 1967, il a été victime de quatre crises cardiaques ; un cancer de la peau avec métastases au foie l’emporte, et il décède le 31 août. Le 9 juillet 2014, le Souverain Pontife François a reconnu l’héroïcité de ses vertus, permettant ainsi de lui décerner le titre de “vénérable”. Son procès de béatification est en cours.

Jésus de Nazareth, au témoignage de saint Pierre, a passé partout en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient oppressés par le diable ; car Dieu était avec lui (Ac 10, 38). Que le vénérable Marcello Candia nous obtienne la grâce de suivre le Christ en nous dévouant au soulagement de ceux et celles qui souffrent, tout en gardant à l’esprit que, comme l’affirmait la bienheureuse Mère Teresa, « la première pauvreté des peuples est de ne pas connaître le Christ » ! (cf. Benoît XVI, Message pour le Carême 2006).

Dom Antoine Marie osb, abbé

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