Blason  Abbaye Saint-Joseph de Clairval

21150 Flavigny-sur-Ozerain

France


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23 février 2015
fête de saint Polycarpe


Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

«Quel cœur plus adorable, plus aimable et plus admirable que le Cœur de cet Homme-Dieu qui s’appelle Jésus ? écrivait saint Jean Eudes aux prêtres de sa congrégation. Quel honneur mérite ce Cœur divin qui a toujours rendu et rendra éternellement à Dieu plus de gloire et d’amour, en chaque moment, que tous les cœurs des hommes et des anges ne lui en pourront rendre en toute l’éternité ? » (29 juillet 1672). Saint Jean Eudes a été, au XVIIe siècle, un ardent apôtre du culte liturgique des Saints Cœurs de Jésus et de Marie.

Jean Eudes est né à Ri, en Normandie, dans le diocèse de Sées, le 14 novembre 1601. Son père est un modeste fermier ; il aurait souhaité devenir prêtre, mais la peste ayant emporté tous ses frères, il dut revenir au foyer familial. Voici comment le saint lui-même raconte sa conception : « Mon père et ma mère ayant été trois ans depuis le commencement de leur mariage sans pouvoir avoir d’enfants, ils firent vœu, en l’honneur de la bienheureuse Vierge, d’aller à Notre-Dame de la Recouvrance, qui est un lieu de dévotion à la même Vierge ; en suite de quoi ma mère, étant devenue enceinte, fit un pèlerinage avec mon père en la dite chapelle où ils m’offrirent et me donnèrent à Notre-Seigneur et à Notre-Dame. » La Vierge se montra généreuse et Jean eut deux frères et quatre sœurs. L’un d’eux, François Eudes de Mezeray, écrivit une histoire de France et fut reçu à l’Académie française. La vieille maison paternelle de Ri porte encore l’inscription suivante, attribuée à l’autre frère, Charles Eudes d’Houay, qui fut chirurgien : « Nous sommes trois frères, adorateurs de la vérité : l’aîné la prêche, le second l’écrit et moi, je la défendrai jusqu’à mon dernier soupir ». L’aînée des filles, Marie, eut quatre enfants, deux garçons et deux filles ; celles-ci entreront dans la Congrégation fondée par Jean Eudes : l’Ordre de Notre-Dame de Charité.

Une phalange de saints

Au siècle précédent, les guerres de Religion en France ont exacerbé les passions, engendré la misère et ouvert la porte à de nombreux excès. L’Église de France ne se porte guère mieux que le royaume. Toutefois, pendant que le mépris envers la foi chrétienne se diffuse, sous l’influence de certains courants de pensée, l’Esprit Saint va susciter un fervent renouveau spirituel. Cette renaissance catholique en France sera animée principalement par saint François de Sales, saint Vincent de Paul, saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Monsieur Olier, saint Jean Eudes, le bienheureux François de Laval, la bienheureuse Marie de l’Incarnation…

Le père de Jean se montre d’une grande générosité envers les miséreux. Son épouse, dotée d’une profonde piété et d’un caractère décidé, prend un soin tout particulier de l’éducation religieuse et morale de Jean, enfant au caractère doux, à l’intelligence vive et à la piété précoce. Très tôt, celui-ci prend l’habitude de se rendre tout seul à l’église paroissiale, très proche de la maison paternelle. Un jour, sa mère le cherche partout avec angoisse, et finit par l’y trouver en prière. Pourtant, il ne laisse rien à désirer quant à l’obéissance. À l’âge de neuf ans, ayant reçu un soufflet de l’un de ses camarades, il se met à genoux, et, selon le conseil évangélique, tend l’autre joue. Cinq ans plus tard, Jean fait le vœu de chasteté et montre déjà cette ténacité de volonté qui sera sa note caractéristique. Toutefois, sa santé est précaire, et ses parents hésitent à l’envoyer à l’école située dans un bourg distant de quelques kilomètres. Mais l’enfant insiste tant qu’ils finissent par voir dans son obstination même la volonté de Dieu. Le 26 mai 1613, Jean fait sa première Communion. À compter de ce jour, il redouble d’efforts pour vivre en vrai chrétien. Il obtient de son curé la permission de recevoir la Sainte Eucharistie tous les mois, alors qu’à l’époque, sous l’influence du jansénisme, l’habitude était de se confesser et de communier aux plus grandes fêtes seulement.

Considérant les aptitudes et les brillants résultats scolaires de Jean, son père l’envoie, en 1615, au collège des Jésuites de Caen. L’adolescent se trouve d’abord un peu dépaysé ; mais sa force de caractère et sa confiance en la divine Providence l’aident à surmonter les difficultés, et bientôt il obtient de brillants résultats, sans préjudice pour sa ferveur spirituelle. Au cours de l’année de philosophie, il perçoit clairement l’appel au sacerdoce. Ses parents, qui souhaitent le voir s’installer auprès d’eux, envisagent pour lui un beau mariage ; mais devant sa résolution, ils acceptent sa vocation. La tonsure, qu’il reçoit des mains de l’évêque de Sées, est pour lui déjà une véritable et totale consécration au service du Seigneur. Lors des études qu’il poursuit en vue du sacerdoce, il comprend que Dieu l’appelle à la vie religieuse. À Caen, se trouve depuis peu une maison de l’Oratoire, en lien avec l’Oratoire de France fondé par Monsieur de Bérulle en 1611 en vue de contribuer à la réforme du clergé. Très édifié par la ferveur de ces oratoriens, Jean obtient, non sans mal, le consentement de ses parents, et rejoint leur communauté ; puis il se rend à Paris où se trouve la maison de formation. Là, Monsieur de Bérulle commence par le former en profondeur à la pratique de l’oraison mentale.

Le roc de l’oraison

Dans un de ses ouvrages, Jean Eudes écrira : « Le saint exercice de l’oraison doit être mis au rang des principaux fondements de la vie et de la sainteté chrétiennes, parce que toute la vie de Jésus-Christ n’a été qu’une perpétuelle oraison… [C’est] une chose si importante et si absolument nécessaire, que la terre qui nous porte, l’air que nous respirons, le pain qui nous sustente, le cœur qui bat dans notre poitrine, ne sont point aussi nécessaires à l’homme pour vivre humainement que l’oraison ne l’est à un chrétien pour vivre chrétiennement. Or, l’oraison est une élévation respectueuse et amoureuse de notre esprit et de notre cœur vers Dieu. C’est un doux entretien, une sainte communication et une divine conversation de l’âme chrétienne avec son Dieu, là où elle le considère et contemple dans ses divines perfections, dans ses mystères et dans ses œuvres ; elle l’adore, le bénit, l’aime, le glorifie, se donne à lui, s’humilie devant lui en la vue de ses péchés et ingratitudes, le prie de lui faire miséricorde, apprend à se rendre semblable à lui en imitant ses divines vertus et perfections, et enfin lui demande toutes les choses dont elle a besoin pour le servir et aimer » (La vie et le royaume de Jésus dans les âmes chrétiennes, 1637).

Dès 1623, Bérulle demande à son jeune disciple, qui n’a pas encore reçu les Ordres, de commencer à prêcher. Il affirme ne pas pouvoir tenir plus longtemps un tel chandelier sous le boisseau. Vers cette époque, Jean se lie par un vœu au service de Jésus et Marie, s’engageant à ne rien leur refuser de ce qu’il percevrait être leur volonté ou désir sur lui. Le 24 décembre 1625, à l’âge de 24 ans, il est ordonné prêtre à Paris. Il prend alors plusieurs mois de repos, qui lui permettent d’approfondir la connaissance de la théologie et la science des voies spirituelles. Il inaugure ensuite son ministère en se dévouant au soulagement des populations de Normandie alors décimées par la peste. Il pousse si loin son dévouement envers les pestiférés que personne à Caen n’ose lui donner asile, par crainte de la contagion ; pendant plusieurs semaines il est réduit à se loger hors de la ville, dans un grand tonneau.

Une œuvre nécessaire

À partir de 1632, le Père Eudes s’adonne à l’œuvre principale de sa vie, celle des “missions”. Pour porter remède à l’ignorance religieuse et au relâchement des mœurs, il parcourt la Normandie, la Bourgogne, l’Île-de-France et maints autres lieux ; il prêchera même devant le roi à Paris et à Versailles, en 1671. Son éloquence populaire et son authentique sainteté exercent un ascendant considérable sur toutes les classes de la société. Ces missions constituent un travail complet d’évangélisation. Elles sont parfois très longues ; à Rennes, par exemple, le Père Eudes et ses confrères passent quatre mois et demi. On prêche, on visite les malades, on catéchise les enfants et aussi nombre d’adultes, partout et toujours on exhorte les auditeurs à se confesser. Jean Eudes témoignera lui-même : « Trente missionnaires ne suffiraient pas maintenant, tant il vient du monde de tous côtés aux prédications, qui, étant touchés puissamment, sont parfois huit jours autour des confesseurs, avant de pouvoir se confesser. Enfin la bénédiction de Dieu est très abondante en cette mission » (Vasteville, 9 juillet 1659). Considérant le fruit spirituel que procurent les missions, il écrira : « Oh, que c’est un grand bien que les missions ! Oh, qu’elles sont nécessaires ! Oh, que c’est un grand mal que d’y mettre des obstacles !… Prions, mon très cher frère, le Maître de la moisson, qu’Il y envoie des ouvriers… Que font à Paris tant de docteurs et tant de bacheliers, pendant que les âmes périssent par milliers, faute de personnes qui leur tendent la main pour les retirer de la perdition et les préserver du feu éternel ? » (à Monsieur Blouet, 23 juillet 1659). On estime que saint Jean Eudes a prêché cent dix missions dans sa vie.

De nos jours, le Pape François exhorte tous les chrétiens à être missionnaires : « La Foi est un précieux don de Dieu, qui ouvre notre esprit afin que nous puissions Le connaître et L’aimer. Il veut entrer en relation avec nous afin de nous faire participer à Sa vie-même et rendre notre vie davantage pleine de signification, meilleure, plus belle. Dieu nous aime ! La Foi demande cependant à être accueillie. Elle demande donc une réponse personnelle de notre part, le courage de faire confiance à Dieu, de vivre Son amour, reconnaissants pour Son infinie miséricorde. Elle est ensuite un don qui n’est pas réservé à quelques-uns mais qui est offert avec générosité. Tous devraient pouvoir faire l’expérience de la joie de se sentir aimés par Dieu, de la joie du salut ! Et il s’agit d’un don qu’il n’est pas possible de conserver pour soi mais qui doit être partagé… La solidité de notre Foi, au plan personnel et communautaire, se mesure aussi à partir de la capacité de la communiquer à d’autres, de la diffuser, de la vivre dans la charité, d’en témoigner auprès de ceux qui nous rencontrent et partagent avec nous le chemin de la vie » (19 mai 2013).

Mais le bien procuré par les missions de Jean Eudes est parfois obtenu à travers de vives contradictions : « Me voici maintenant dans un bourg, pour commencer la mission, écrira-t-il à une Mère Abbesse… Dans la précédente, on m’a donné de très belles qualités. Car les uns ont dit que j’étais le précurseur de l’Antéchrist ; les autres, que j’étais l’Antéchrist même ; les autres, un séducteur, un diable à qui il ne fallait pas croire ; et d’autres, un sorcier qui attirait tout le monde auprès de lui. Quelques-uns délibéraient de me chasser, et eussent peut-être exécuté leur dessein, si nos Pères ne fussent venus le même jour. Tout cela n’est que des roses, mais les épines qui me percent le cœur, c’est de voir plusieurs pauvres gens qui sont quelquefois huit jours après moi, sans pouvoir en approcher pour se confesser, quoique nous soyons dix confesseurs » (été 1636). Toutefois, le souci des âmes n’empêche pas le missionnaire de s’occuper des misères corporelles. Dans les grandes villes, il établit ou remet en bon ordre des maisons de refuge pour les pauvres et les infirmes, ainsi que des hôpitaux.

Douloureuse décision

Les succès des missions sont retentissants, mais peu durables, faute de prêtres compétents et zélés pour maintenir la flamme qu’elles allument dans les cœurs. Les prêtres sont pourtant nombreux, à l’époque, mais souvent, ils n’ont pas été bien préparés à leur ministère. Laissés à eux-mêmes, ils mènent une vie désœuvrée, parfois scandaleuse ou bien animée par un zèle peu éclairé. À partir de 1641, Jean Eudes prend l’habitude de réunir les clercs à part pendant les missions elles-mêmes. Mais il faudrait des séminaires où ces prêtres apprendraient les exigences de leur vocation. Le concile de Trente a d’ailleurs prescrit à tous les évêques d’avoir un séminaire. En France cette directive est de fait restée lettre morte. Jean forme le projet d’en ouvrir un à Caen. Richelieu, le cardinal-ministre, l’y encourage et l’évêque de Bayeux y coopérera. Toutefois, pour des raisons mal connues, le Père Bourgoing, supérieur de l’Oratoire de France depuis 1641, s’y oppose. Jean Eudes prend alors la décision douloureuse de quitter l’Oratoire de Caen dont il est devenu le supérieur, mais auquel il n’est lié par aucun vœu. Le 19 mars 1643, il va rejoindre un groupe de jeunes prêtres qui l’attendent dans la maison qu’on appellera “La Mission” ; aucun d’eux n’a fait partie de l’Oratoire. Le mardi 24 mars, ils se rendent tous en pèlerinage à Notre-Dame de la Délivrande, à 15 km de là. Après avoir veillé et prié toute la nuit, le 25 mars, fête de l’Annonciation, ils célèbrent la Messe en l’honneur de ce mystère, et fondent la Congrégation de Jésus et de Marie dont le but premier est la formation des prêtres, puis toute activité apostolique, en particulier celle des missions à l’intérieur du pays. Ils sont six, et les débuts sont modestes. Il s’agit d’abord de recevoir, dans un embryon de séminaire, les candidats au sacerdoce pour une formation spirituelle et pastorale de quelques mois. Des fondations semblables se réalisent en Normandie et en Bretagne. Peu à peu, on allonge le temps passé dans ces maisons qui deviennent le lieu habituel de la formation sacerdotale.

Mais sa sortie de l’Oratoire vaut à Jean Eudes bien des contradictions. On l’accuse d’être inconstant, ambitieux, indépendant, et d’avoir été chassé par ses supérieurs. Un an avant sa mort, il écrira : « La bonté infinie de Notre-Seigneur Jésus et la charité incomparable de sa divine Mère nous ont fait plusieurs faveurs particulières… Mais une des plus grandes et peut-être la plus grande de toutes, c’est d’avoir établi notre congrégation sur la Croix. Car, qui pourrait dire ce qu’il a fallu souffrir sur ce sujet, en toutes manières, de toutes parts, et durant plus de trente-six ans ? N’avons-nous pas été abandonnés, pendant quelque temps, de nos meilleurs amis ? N’avons-nous pas été noircis et décriés par une infinité de calomnies et de libelles diffamatoires ?… Le monde et l’enfer n’ont-ils pas fait tous leurs efforts pour anéantir cette petite congrégation dès sa naissance ? Mais que peuvent toutes les forces de l’univers, même contre un ver de terre, ou un atome qui est dans la main du Tout-Puissant et sous la protection de la Reine du Ciel ?… Car plus les œuvres de Dieu participent à la Croix de son Fils, plus elles ont de part aux grâces et aux bénédictions qui en procèdent. »

D’abord la Vierge

Les missions procurent notamment la conversion de nombreuses femmes de mauvaise vie. Une modeste personne de Caen, Madeleine Lamy, pousse le Père Eudes à procurer à ces femmes le soutien et la direction dont elles manquent. Celui-ci les réunit, le 25 novembre 1641, dans une maison où on installe d’abord une petite statue de la Sainte Vierge pour assurer aux “repenties” la protection maternelle de la Mère de Dieu. Grâce à la faveur de Richelieu, l’existence légale de la maison est assurée. Mais avec le temps, des dissensions se font jour à l’intérieur de l’établissement et le Père décide de placer à sa tête des religieuses expérimentées. Le 16 août 1644, trois religieuses de la Visitation prennent la direction de la maison, appelée “Notre-Dame de Charité”. L’Ordre de Notre-Dame de Charité, en faveur des “repenties”, sera érigé par le Pape Alexandre VII le 2 janvier 1666. Il comptera, après un siècle et demi d’existence, huit monastères.

Jean Eudes aime à ériger des confréries, soit en l’honneur du Très Saint Cœur de la Mère de Dieu, soit sous le vocable des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie, dans lesquelles il enrôle un grand nombre de personnes de tout rang et de toute condition. Certains des membres de ces confréries, sans pouvoir embrasser la vie religieuse, voudraient pourtant en vivre l’esprit dans la virginité ou la viduité perpétuelles. Jean établit pour eux une nouvelle société où ils trouveront des moyens de sanctification appropriés à leur situation, la “Société du Très Saint Cœur de la Mère admirable”. Cette association se compose de deux corps, l’un d’hommes, tant ecclésiastiques que laïques, l’autre de femmes. Ses buts sont de glorifier les Cœurs de Jésus et de Marie, ainsi que de travailler au salut des âmes en propageant l’amour, le culte et l’imitation des Saints Cœurs. Pendant la Révolution française, plus d’un prêtre devra la vie aux membres de la Société. Quand il n’y aura plus de prêtre, ces laïques réuniront leurs voisins dans une grange ou au fond des bois, pour réciter le Rosaire ou chanter des cantiques ; ils feront le catéchisme aux enfants, accompagneront les mourants, et iront visiter les prisonniers.

L’apostolat de Jean Eudes se nourrit du culte liturgique des Saints Cœurs de Jésus et Marie, dévotion déjà présente chez saint Bernard au XIIe siècle, sainte Mechtilde et sainte Gertrude au XIIIe, saint François de Sales au XVIe, etc. Dès l’institution de sa congrégation de prêtres, Jean Eudes fait célébrer par ses fils des fêtes solennelles en l’honneur des Saints Cœurs ; il en a lui-même composé les pièces liturgiques. La fête du Cœur de Marie vient en premier (1643). « Le Cœur de Marie est la vraie harpe du véritable David, c’est-à-dire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, écrit Jean Eudes. Car c’est Lui-même qui l’a faite de sa propre main… Les cordes de cette sainte harpe, ce sont toutes les vertus du Cœur de Marie » (Le Cœur admirable de la Très Sainte Mère de Dieu, 1681).

À toutes les saisons

La pleine confiance dans l’amour de Dieu révélé à l’humanité à travers le Cœur sacerdotal de Jésus et le Cœur maternel de Marie est, en effet, le fondement du chemin de sainteté parcouru par Jean Eudes. « Jésus n’est pas venu pour conquérir les hommes comme les rois et les puissants de ce monde, affirme le Pape François, mais Il est venu offrir son amour avec douceur et humilité. C’est ainsi qu’Il s’est défini Lui-même : Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur (Mt 11, 29). Le sens de la fête du Sacré-Cœur de Jésus est de découvrir toujours plus et de nous laisser envelopper par l’humble fidélité et par la douceur de l’amour du Christ, qui nous révèle la miséricorde du Père. Nous pouvons expérimenter et goûter la tendresse de cet amour à toutes les saisons de la vie : au temps de la joie et dans celui de la tristesse, au temps de la santé et dans celui de l’infirmité et de la maladie » (27 juin 2014). Dès 1673, un an après la première célébration solennelle publique de la fête du Sacré-Cœur par Jean Eudes, sainte Marguerite-Marie sera favorisée, dans son cloître de Paray-le-Monial, de sa première révélation du Cœur de Jésus.

Les dernières années de la vie de Jean Eudes sont marquées par un tel redoublement des contradictions extérieures que l’œuvre qu’il a accomplie avec tant de peines semble compromise. Toutefois, grâce à l’influence positive de ses amis, l’orage passe. Mais la santé de Jean, qui a toujours été faible, se détériore. En 1678, il doit se soumettre à de douloureuses opérations chirurgicales à l’abdomen. Il démissionne de sa charge de supérieur et fait élire un successeur, puis se prépare à la mort, d’abord par une retraite personnelle. Dans ses derniers jours, on l’entend souvent dire ou murmurer : « Mon Jésus et mon tout ! Mon Bien-Aimé est à moi ! Venez, ô mon aimable Jésus ! » Dans les moments de pleine lucidité, il s’entretient de l’éternité avec ceux qui entourent son lit, les console de sa mort prochaine et les exhorte à la paix et à la charité fraternelle. Il expire paisiblement le 19 août 1680, vers trois heures de l’après-midi, à l’âge de 79 ans. Jean Eudes a été canonisé le 31 mai 1925 par le Pape Pie XI ; sa fête liturgique est célébrée le 19 août. En 2014, les Eudistes étaient au nombre de 380 dans le monde.

Saint Jean Eudes disait aux prêtres : « Donnez-vous à Jésus, pour entrer dans l’immensité de son grand Cœur, qui contient le Cœur de sa Sainte Mère et de tous les saints, et pour vous perdre dans cet abîme d’amour, de charité, de miséricorde, d’humilité, de pureté, de patience, de soumission et de sainteté » (Le Cœur admirable, III, 2). Gravons dans notre esprit la devise laissée par le saint : « Honorer Dieu et faire sa volonté avec un grand cœur et un grand amour » !

Dom Antoine Marie osb, abbé

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