Blason  Abbaye Saint-Joseph de Clairval

21150 Flavigny-sur-Ozerain

France


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8 septembre 2009
Nativité de la Très Sainte Vierge MARIE


Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

Printemps 1944. Toute l'Europe centrale est occupée par l'Allemagne nazie. En faisant pression sur le gouvernement hongrois, Hitler a obtenu un décret obligeant les Juifs de ce pays à résider dans des ghettos; ceci en vue de leur prochaine déportation. À la Pentecôte, au cours d'une homélie prononcée devant les autorités civiles, un évêque réagit en ces termes: «Celui qui renie le commandement de base du christianisme sur la charité, et prétend qu'il y a des hommes et des races qu'on doit haïr; celui qui soutient qu'on peut opprimer les Noirs ou les Juifs, on devrait, même s'il se vante d'être chrétien, le considérer comme un païen... S'il participe à de telles actions ou les encourage, il commet un péché grave et ne peut en recevoir l'absolution, tant qu'il n'a pas fait réparation». Simultanément, le prélat écrit une lettre au ministre de l'Intérieur pour lui rappeler ses responsabilités devant Dieu. Le fonctionnaire réagit par une menace d'internement à laquelle l'évêque répond seulement: «Je suis prêt». Qui était ce courageux témoin de Jésus-Christ ?

« Je vous jouerai de si belles choses »

Vilmos (Guillaume) Apor est né le 29 février 1892 à Ségesvár, en Transylvanie (région alors hongroise, aujourd'hui roumaine). La famille comptera neuf enfants dont quatre mourront en bas âge; Vilmos est le septième. Son père, le baron Apor, juriste éminent descendant d'une famille illustre, est nommé en 1895 secrétaire d'État de l'empereur François-Joseph; il s'installe à Vienne avec sa famille, mais mourra dès 1898 à quarante-sept ans. Le petit Vilmos, consterné de voir pleurer sa mère, lui dit tendrement: «Maman, j'apprends le violon; je vous jouerai de si belles choses que vous oublierez la mort de Papa». La veuve élève ses enfants avec fermeté, très attentive à leur éducation religieuse. Vilmos étudie avec succès chez les Jésuites. Il se fait apprécier de ses camarades par son tempérament affable, quoique décidé. S'il s'échauffe parfois dans les discussions, il ne manque pas de demander pardon à ceux qu'il a offensés.

Dès son enfance, Vilmos a entendu l'appel de Dieu: il sera prêtre. À la fin de 1909, il est reçu par l'évêque de Györ, son parent, au nombre des séminaristes de ce diocèse du nord-ouest de la Hongrie. Après avoir achevé chez les Jésuites un doctorat en théologie, il est ordonné prêtre le 24 août 1915. C'est la guerre; son frère aîné est alors au front, tandis que sa mère et ses soeurs soignent les blessés.

Après avoir suivi son évêque, transféré au siège de Nagyvárad (aujourd'hui Oradea) en Transylvanie (sud-est de la Hongrie), Vilmos est nommé vicaire de Gyula. D'abord aumônier de la Croix-Rouge sur différents fronts pendant la dernière période de la guerre, il retourne au début de 1919 à Gyula, cette fois comme curé. Il y restera vingt-cinq ans. S'il n'est pas un prédicateur éblouissant, l'abbé Apor touche ses fidèles par la force de conviction qui lui vient de sa foi profonde. Dans le ministère de la confession, sa charité lui gagne tous les coeurs. L'arrivée du jeune prêtre coïncide avec une période difficile: après la défaite militaire de l'Autriche-Hongrie, c'est la brève mais violente dictature communiste de Béla Kun. Le comité révolutionnaire décrète la suppression du cours de religion; Vilmos organise une manifestation devant l'hôtel de ville et oblige le comité à retirer cette mesure. Puis la Hongrie est occupée par la Roumanie; afin d'intimider la population, le commandement militaire prend des otages parmi les officiers hongrois; mais l'abbé Apor ira jusqu'à Bucarest pour obtenir, par l'intercession de la reine Marie de Roumanie, un ordre de libération de ces otages.

Le traité de Trianon (1920) dépèce la Hongrie; la Transylvanie est rattachée à la Roumanie. Gyula reste hongroise, mais est désormais frontalière, ce qui entraîne son déclin économique. L'évêque Ottokár Proháska exhorte la population à une conversion profonde, en rappelant le glorieux passé catholique du pays de saint Étienne (997-1038), le premier «roi apostolique« de Hongrie. Cet appel est largement écouté; Vilmos Apor s'emploie avec enthousiasme au relèvement religieux et social. Dès 1921, il fonde dans sa paroisse l'Action Catholique pour travailler à la christianisation des familles et de la Société; en 1922 a lieu une mission populaire. Le curé de Gyula est à la disposition de ses paroissiens jusque très tard le soir; à sa mère qui lui conseille de se ménager, il répond: «Je ne peux pas renvoyer les fidèles au moment où ils ont peut-être le plus besoin de moi». Sa générosité est sans limites: il va jusqu'à donner ses vêtements les plus indispensables (ses chaussures, par exemple) aux nécessiteux; on l'appelle le «curé des pauvres». Il aime s'occuper des jeunes, qu'il gagne par son enthousiasme communicatif, et des handicapés. On le voit souvent célébrer la Messe dans les maisons de retraite pour personnes âgées. Mais son oeuvre de prédilection est un foyer qu'il a fondé pour des orphelins.

Toutes ces activités n'empêchent pas l'abbé Apor de donner la première place à sa vie spirituelle. On le voit souvent en prière à la cathédrale; chaque année, il fait une retraite ignatienne chez les Jésuites. Très attentif à vivre de manière exemplaire son célibat sacerdotal, il combat les mouvements de sensualité par la prière, la pénitence, la tempérance dans les repas et une saine activité physique; avec les femmes, il est aimable mais réservé.

Évêque en pleine guerre

En mai 1938 a lieu à Budapest un Congrès eucharis- tique international, présidé par le Secrétaire d'État du Pape Pie XI, Eugenio Pacelli, le futur Pie XII. La situation politique est menaçante: Hitler vient d'annexer l'Autriche et la menace nazie pèse désormais sur la Hongrie voisine. Les encycliques de Pie XI sur les questions brûlantes de l'heure (Mit Brennender Sorge et Divini Redemptoris, 1938) contre le national-socialisme et le communisme, sont publiées en hongrois à plus de deux millions d'exemplaires. Vilmos Apor est appelé à coopérer à l'action gouvernementale en vue de contrecarrer la pénétration de l'idéologie nazie. En janvier 1941, le Pape Pie XII le nomme évêque de Györ. La consécration épiscopale a lieu à Gyula (les paroissiens l'avaient demandé avec insistance). Un assistant a relaté ses impressions: «Lorsque le nouvel évêque eut reçu la mitre et la crosse et qu'il bénit l'assemblée, je remarquai avec étonnement à quel point son visage et toute son apparence physique étaient transformés; il était comme transfiguré. On constatait en lui de manière visible la grâce de la succession apostolique». Le prélat choisit pour devise: «Crux firmat mitem, mitigat fortem» (la croix rend fort le doux, et doux le fort). Constatant que ses prêtres éprouvaient des difficultés à se confier à leur pasteur, il les accueille avec cordialité et tient tous les jours table ouverte à midi, ce qui n'était pas la coutume à l'époque; il leur porte assistance sur tous les plans. Cette bonté paternelle ne l'empêche pas d'être exigeant, spécialement au regard de la manière de célébrer la Messe et l'Office divin. Mgr Apor surveille de près la formation et la tenue de ses séminaristes. Il reçoit les fidèles avec une patience inlassable et les secourt souvent de ses ressources personnelles; même les alcooliques et les paresseux notoires ne sont pas repoussés.

L'évêque de Györ connaît la doctrine sociale de l'Église, exposée notamment par Pie XI dans l'encyclique Quadragesimo Anno (1931). Il est conscient du retard qu'a pris la Hongrie dans le domaine de la protection sociale. Les évêques hongrois étaient alors de grands propriétaires terriens; Mgr Apor souhaite réaliser une réforme agraire. Mais la guerre en cours ne lui permettra pas de mener ce projet à terme. Il s'efforcera du moins d'être un maître équitable pour les fermiers qui cultivent les terres épiscopales. L'évêque souffre beaucoup de voir des ouvriers gagnés à l'idéologie socialiste s'éloigner de l'Église. Il profite de toutes les occasions pour les rencontrer et s'occupe, sur mandat de l'épiscopat hongrois, des organisations de jeunes travailleurs chrétiens.

Vilmos Apor a pris sa charge d'évêque en pleine guerre. Le Troisième Reich, après avoir attaqué l'Union Soviétique en juin 1941, essaie d'entraîner la Hongrie dans sa folle entreprise. Longtemps, les dirigeants hongrois parviennent à louvoyer. En août 1943, l'évêque de Györ devient le président du «Mouvement catholique social», fondé par des notables qui entendent créer les conditions d'une renaissance chrétienne de la Hongrie après la guerre. Ils veulent espérer que l'Amérique évitera à leur pays de tomber sous le joug communiste. À partir de l'occupation allemande en Hongrie (19 mars 1944), l'aviation anglo-saxonne pilonne les villes; le 13 avril, un bombardement sur Györ détruit la principale usine, faisant 564 morts et 1100 blessés. La ville sera encore bombardée vingt-quatre fois jusqu'à la fin de la guerre. L'évêque s'emploie à consoler et à secourir la population.

Le temps des comptes viendra

Cependant, en juin 1944 commence la déportation  des Juifs de Hongrie vers les camps de concentration allemands. L'évêque s'efforce d'aider les victimes en leur envoyant des vivres et des vêtements, et il demande à les visiter, ce qui lui est refusé. Il envoie alors à Hitler un télégramme conçu en ces termes: «Les commandements divins s'imposent également au Führer. Le temps viendra où il devra rendre compte à Dieu et au monde de ses actes». Cette admonition rappelait au dictateur le caractère inéluctable du Jugement dernier, où sera fixé le sort éternel de chaque homme. Jésus-Christ nous a avertis: Ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui auront fait le mal pour la damnation (Jn 5, 28-29)... Et ils s'en iront, ceux-ci à une peine éternelle, et les justes à la vie éternelle (Mt 25, 31. 32. 46).

«Le jugement dernier révélera que la justice de Dieu triomphe de toutes les injustices commises par ses créatures, et que son amour est plus fort que la mort» (Catéchisme de l'Église Catholique, n. 1040).

En octobre 1944, Hitler impose à la Hongrie un gouvernement à sa dévotion, dirigé par Szálazy. Bientôt le cardinal-primat Serédi reproche vivement à celui-ci sa politique de persécution contre les Juifs. Le nonce apostolique du Pape Pie XII en Hongrie, Mgr Rotta, parvient, en collaboration avec quatre ambassadeurs de puissances neutres (Suède, Suisse, Espagne et Portugal), à sauver la vie de nombreux Juifs. De son côté, Mgr Apor cache plusieurs Juifs dans son palais épiscopal ou dans les combles de la cathédrale. L'un d'entre eux, que personne à Györ n'avait osé héberger, racontera l'accueil cordial reçu à l'évêché et les démarches personnelles de l'évêque pour lui trouver une cachette plus sûre à Budapest.

Le 31 octobre 1944, Mgr Mindszenty, évêque de Veszprém, rédige une pétition à Szálazy pour l'adjurer de mettre bas les armes, afin d'éviter l'occupation et le pillage de l'ouest du pays par l'Armée Rouge. Signée par Mgr Apor, cette pétition n'aura d'autre réponse que l'arrestation de Mgr Mindszenty. À Noël, les Soviétiques atteignent Esztergom, la capitale religieuse de la Hongrie. Mgr Apor a pu constater, lors de cette première offensive de l'Armée Rouge, quelle sorte de libération attendait les Hongrois: partout sont signalés des pillages, des massacres et des viols. En mars 1945, la ligne de défense allemande s'effondre et les Russes se ruent vers Györ. Dans la ville se déroulent de terribles combats de rue. Le 28 mars, Mercredi Saint, la tour de la cathédrale en flammes s'effondre, mettant le feu à tout l'édifice. L'évêque s'est retiré dans sa résidence, épargnée par les bombardements, où il a hébergé un grand nombre de réfugiés; dans la vaste cave se sont cachées une centaine de femmes qui craignent d'être violées.

Ne pas rester impassibles

Les violences sexuelles exercées contre les femmes ne  sont malheureusement ni un mal récent, ni un crime appartenant à un passé révolu. Dans sa Lettre aux Femmes du 29 juin 1995, le Pape Jean-Paul II écrivait (n. 5): «Comment ne pas rappeler la longue et humiliante histoire – fréquemment «souterraine» – d'abus commis à l'encontre des femmes dans le domaine de la sexualité? Nous ne pouvons rester impassibles face à ce phénomène, ni nous y résigner. Il est temps de condamner avec force, en suscitant des instruments législatifs appropriés de défense, les formes de violence sexuelle qui ont bien souvent les femmes pour objet. Au nom du respect de la personne, nous ne pouvons pas non plus ne pas dénoncer la culture hédoniste et mercantile fort répandue qui prône l'exploitation systématique de la sexualité, poussant même les filles dès leur plus jeune âge à tomber dans les circuits de la corruption et à faire de leur corps une marchandise».

Décidé à tous les sacrifices pour protéger contre la  force brutale la chasteté et l'honneur des femmes réfugiées chez lui, Mgr Apor attend calmement les soldats soviétiques. Le mercredi soir, les premiers font irruption à l'évêché, hurlant et brandissant des mitrailleuses. Il leur tend des montres et d'autres objets destinés à les amadouer. Toute la nuit, il refuse d'aller se reposer en disant: «Je dois rester là pour le cas où quelque chose se passerait». Le lendemain, il célèbre la Messe dans la cave où sont réfugiées les femmes. Sans cesse apparaissent de nouveaux soldats, qui volent et frappent les réfugiés. Un soldat enjoint à l'évêque de laisser libre l'accès à la cave. Comme il s'y refuse, un autre crie à son camarade: «Envoie-lui quelques balles dans le ventre!» Cependant, Vilmos ne bouge pas. Il passe en faction une seconde nuit blanche – celle du Jeudi au Vendredi Saint – et lit aux fidèles le récit de la Passion.

Le vendredi, Mgr Apor envoie deux prêtres demander au commandement soviétique sa protection pour les personnes réfugiées à l'évêché; un officier leur répond cyniquement que les «partisans» russes ont le droit de faire ce qu'ils veulent. Vers 19 heures, se présente un groupe de soldats ivres, menés par un major – déjà venu le matin même pour espionner. Feignant l'amabilité, le sous-officier exige qu'on lui confie les jeunes femmes, alors en train de préparer une soupe pour les pauvres, «pour aller éplucher des pommes de terre et faire de petits travaux de couture»; et il entre dans la cave avec quelques soldats. L'évêque se précipite à leur suite; au major, qui lui a répété son exigence, il promet qu'il va envoyer un groupe de volontaires, hommes et femmes âgés, pour répondre à la réquisition.

« Oncle Vilmos... Au secours ! »

Mais le ton monte, les militaires sont de plus en  plus impérieux, et l'évêque inébranlable dans son refus de laisser partir les jeunes femmes; il sait trop bien le sort qui les attend. Le major, au comble de la fureur, empoigne l'évêque; il saisit son pistolet, mais n'ose pas tirer. Mgr Apor profite de son hésitation pour le pousser hors de la cave; puis il se poste devant l'entrée. À ce moment, il entend des cris de panique: «Oncle Vilmos... Au secours!... » Les soldats restés en bas se préparaient à enlever les jeunes femmes. Mgr Apor se précipite dans la cave, suivi de son neveu, de deux prêtres et du major. Sans aucun souci de sa sécurité, l'évêque s'écrie à l'adresse des soudards: «Dehors! Dehors!» Sur quoi, hors de lui, le major, ou l'un de ses hommes, fait feu. L'évêque est atteint par trois balles: l'une n'a fait que traverser ses vêtements, la seconde l'égratigne au front, la troisième l'atteint profondément dans le ventre. Son neveu Sándor Pálffy, âgé de 17 ans, qui avait tenté de couvrir son oncle de son corps, est également blessé. Craignant une punition de leurs chefs, les soldats quittent précipitamment l'évêché.

Un médecin présent constate qu'une opération est nécessaire pour extraire la balle. Très calme, Mgr Apor, à qui l'on demande s'il a mal, répond: «Je remercie Jésus de pouvoir souffrir un Vendredi Saint». L'ambulance qui le transporte à l'hôpital est arrêtée par des soldats russes qui, espérant un butin, montent à bord et braquent leurs lampes-torches sur le visage du blessé. Celui-ci les regarde avec douceur et les bénit. Après l'opération, Vilmos Apor, à demi conscient, s'écrie plusieurs fois: «Oui! oui! oui!... » Il confie peu après à sa soeur Gizella qu'il a été un moment effrayé par la croix qui l'attend, et que ces «oui» ont été l'expression de son acceptation, par amour pour Dieu, des souffrances et de la mort. Le lendemain, un prêtre lui rend visite et lui certifie qu'aucune des femmes réfugiées à l'évêché n'a été violée. L'évêque, plein de joie, sourit et murmure: «Cela valait la peine... Je remercie le Bon Dieu d'avoir accepté mon sacrifice!» Le chancelier de l'évêché, qui est allé déposer une plainte aux autorités soviétiques, est éconduit avec indifférence. Il apprendra bientôt les nombreuses exactions des soldats de l'Armée Rouge, couvertes par leurs officiers. Mais il remarquera que la protection céleste s'est étendue sur celles pour qui Mgr Apor a accepté de risquer sa vie.

«Cela valait la peine... » Dans un discours du 9 février 2008, le Pape Benoît XVI a confirmé que la défense de la dignité de la femme contre les comportements qui tendent à la réduire à un objet «vaut la peine»: «Il y a des lieux et des cultures où la femme est discriminée et sous-évaluée pour le seul fait d'être femme, où l'on a même recours à des arguments religieux et à des pressions familiales, sociales et culturelles pour soutenir la disparité des sexes, où sont perpétrés des actes de violence à l'égard de la femme, faisant d'elle l'objet de mauvais traitements et d'exploitation dans la publicité et dans l'industrie de la consommation et du divertissement. Face à des phénomènes aussi graves et persistants, l'engagement des chrétiens apparaît encore plus urgent, afin qu'ils deviennent partout les promoteurs d'une culture qui reconnaisse à la femme, dans le droit et dans la réalité des faits, la dignité qui lui revient».

Le martyre, une Pâque personnelle

Cependant, les douleurs du prélat deviennent intolé- rables. Il peut tout juste murmurer: «J'offre mes souffrances pour mes fidèles». Le matin de Pâques, il communie. Sur le soir, sa tension baisse et le médecin constate une péritonite. Le mourant se confesse et reçoit l'Extrême-Onction. Il parvient à dire: «Je salue mes prêtres; qu'ils restent fidèles à l'Église et annoncent avec courage l'Évangile!... » Puis il pardonne à ses assassins et offre sa vie en réparation pour sa patrie; Vilmos Apor rend son âme à Dieu le lundi de Pâques 2 avril 1945, à une heure du matin. Le 9 novembre 1997, le Pape Jean-Paul II l'a élevé aux honneurs des autels et fait son éloge en ces termes: «À l'image du Bon Pasteur qui offre sa vie pour ses brebis, le nouveau Bienheureux vécut à la première personne l'adhésion au mystère pascal jusqu'au sacrifice suprême. Son assassinat eut lieu précisément le jour du Vendredi Saint: il fut frappé à mort alors qu'il défendait son troupeau. Il a fait ainsi l'expérience, à travers le martyre, d'une Pâque personnelle. Puisse Mgr Vilmos Apor encourager les croyants à suivre sans hésitation le Christ tout au long de leur vie. Telle est la sainteté à laquelle chaque baptisé est appelé!»

Les obsèques de l'évêque-martyr furent célébrées à l'évêché, à l'autel de Marie, «Patronne de la Hongrie». Il fut enterré très discrètement dans la chapelle des Carmélites. Il était prévu de transférer ses restes mortels à la cathédrale après sa remise en état, en 1948 – le monument funéraire était achevé – , mais le gouvernement communiste l'interdit. C'est seulement en 1986 que la dépouille a pu y être transportée.

Le 20 août 2005, Benoît XVI disait: «Le monde a besoin de vies transparentes, d'âmes claires, d'intelligences simples, qui refusent d'être considérées comme des créatures objets de plaisir. Il est nécessaire de dire non à ces moyens de communication sociale qui tournent en ridicule la sainteté du mariage et la virginité avant le mariage. C'est précisément là que nous est donnée dans la Vierge Marie la meilleure défense contre les maux qui affligent la vie moderne; la dévotion mariale est la garantie certaine de protection maternelle et de tutelle à l'heure de la tentation».

Demandons à Dieu, par l'intercession de Marie, Mère toujours Vierge, et du bienheureux Vilmos Apor, la grâce d'estimer la vertu de chasteté, et d'être prêts à tous les sacrifices pour la défendre chez nous et chez les autres.

Dom Antoine Marie osb, abbé

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