Blason  Abbaye Saint-Joseph de Clairval

21150 Flavigny-sur-Ozerain

France


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15 mai 2005
Pentecôte


Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

«Il n'est pas possible de séparer le Christ de l'histoire de l'homme... Est-il possible de le séparer de l'histoire de l'Europe? De fait, c'est seulement en Lui que toutes les nations et toute l'humanité peuvent entrer dans l'espérance» (Jean-Paul II, Mémoire et identité, mars 2005). Chaque saint actualise la présence du Christ dans l'histoire. Touchée de la déchristianisation des ouvrières de Troyes, sainte Françoise de Sales Aviat s'est consacrée à les ramener au Christ dans leur vie et leur travail. Elle a été canonisée le 25 novembre 2001.

Léonie Aviat vient au monde le 16 septembre 1844 à Sézanne (Marne) et reçoit le baptême le lendemain. Son père tient un magasin à l'enseigne: «Graines, chanvre et lin, mercerie, épicerie: gros et détail». Une bonne clientèle permet à la famille de jouir d'une certaine aisance. Léonie a onze ans lorsque ses parents la conduisent au pensionnat de la Visitation de Troyes pour la confier à la supérieure, celle que tout le monde appelle «la Bonne Mère», Mère Marie de Sales Chappuis, dont un prêtre écrit: «Elle gouverne le monastère de Troyes avec une sagesse admirable et les plus abondantes bénédictions du Ciel».

Dès son arrivée, la jeune fille commence sa préparation à la première Communion. Sans attendre davantage, on lui propose le sacrement de Pénitence. Elle fait un sérieux examen de conscience, mais une fois au confessionnal, l'émotion la saisit et elle fond en sanglots. L'abbé Brisson, qui la connaît depuis un passage dans sa famille à Sézanne, lui dit: «Comment! la petite fille à qui j'ai donné autrefois des dragées a-t-elle donc peur de moi?» Il n'en faut pas plus pour la réconforter. Dès lors, ce prêtre devient son guide. La première Communion, aussitôt suivie de la Confirmation, a lieu le 2 juillet 1856.

Intelligente et vive, Léonie décide de réformer son tempérament fier selon les avis que donnait saint François de Sales. La Mère Chappuis, véritable «Maîtresse d'âmes», apprend aux jeunes filles à s'exercer dans les vertus qu'elles auront à pratiquer dans le monde. Elle sait quel peut être dans la société, dans l'Église, l'impact d'une jeune femme vraiment chrétienne, pleinement à sa responsabilité d'épouse et de mère. Sensible à la situation sociale des ouvrières dans les usines de la région, Léonie écrit: «J'éprouve plus de joie d'aller soulager ceux qui sont accablés par la douleur, de monter un petit escalier tortueux, que d'aller au milieu de ces fêtes magnifiques», organisées au profit des pauvres. En 1860, ses études au pensionnat de la Visitation s'achèvent. Avant de partir, elle s'ouvre à la Mère Chappuis de son désir de la vie religieuse: celle-ci lui conseille de temporiser.

Un revers qui libère

Le retour de Léonie à Sézanne est un enchantement pour ses parents: cultivée, initiée aux arts d'agrément, piano, peinture, elle ne dédaigne pas les tâches matérielles où se révèle son sens pratique. M. Aviat propose à sa fille un mariage avantageux. Mais un revers financier ruine M. Aviat, et le prétendant se volatilise. Léonie est libre, et elle décide d'entrer à la Visitation. «Attendez encore un peu: ce que le Bon Dieu vous destine n'est pas tout à fait prêt», lui affirme la Mère Chappuis.

À cette époque, elle pénètre, un peu intimidée, dans le grand atelier de la lunetterie de Sézanne, où s'affairent de jeunes ouvrières. Un sentiment indéfinissable l'envahit: l'espace d'un instant, elle s'imagine être au milieu de ces adolescentes, soeur aînée qui conseille, encourage, redresse ou console, ouvrière parmi les ouvrières, témoin de l'Amour... Le retour de l'employée qui lui apporte les lunettes de sa mère, réparées, la tire de son rêve, mais l'émotion demeure. Peu après, l'abbé Brisson juge le moment venu de lui dévoiler ce qu'il attend d'elle. Troyes est une ville industrielle. Environ 30 000 ouvrières y sont employées dans les ateliers, filatures, fabriques. La plupart d'entre elles sont éloignées de la foi et même du respect de la religion: quand les prêtres sont insultés dans les rues, c'est par des ouvrières. Dans des foyers d'accueil, l'abbé propose aux jeunes chrétiennes, et en priorité à celles que le monde du travail a prématurément intégrées, les moyens d'échapper au risque de vivre sans Dieu.

Au début du troisième millénaire, la situation reste semblable: il n'y a plus de place pour le Christ dans la culture d'aujourd'hui. On retrouve l'orgueil collectif de l'humanité construisant la tour de Babel et prétendant se passer de Dieu. L'homme contemporain est «tenté d'organiser sa vie, ici sur terre, comme si Dieu n'existait pas. Comme si Dieu, dans toute sa réalité transcendante, n'existait pas. Comme si son Amour pour le genre humain n'existait pas» (Jean-Paul II, à Czestochowa, le 15 août 1991). Dans le même sens, le Concile Vatican II affirmait: «Un grand nombre de nos contemporains semblent redouter un lien étroit entre l'activité concrète et la religion: ils y voient un danger pour l'autonomie des hommes, des sociétés et des sciences... Si, par «autonomie du temporel», on veut dire que les choses créées ne dépendent pas de Dieu et que l'homme peut en disposer sans référence au Créateur, la fausseté de tels propos ne peut échapper à quiconque reconnaît Dieu. En effet, la créature sans Créateur s'évanouit... Et même, l'oubli de Dieu rend opaque la créature elle-même» (Gaudium et Spes, 36).

Surtout pas elle!

L'abbé Brisson a créé, rue des Terrasses, une OEuvre qui offre aux jeunes ouvrières un patronage et une maison d'accueil. Pour encadrer ces jeunes filles, il faut trouver des monitrices à temps complet, et la tâche n'est pas aisée; des âmes consacrées à Dieu seraient nécessaires. Lorsque Léonie visite avec lui l'OEuvre des Terrasses, intérieurement éclairée, elle comprend que sa place est là, au milieu de ces jeunes, dont certaines semblent être encore des enfants. Elle s'ouvre à son Père spirituel de cet appel mystérieux et celui-ci en est émerveillé: voilà enfin la personne capable de servir de pierre fondamentale à l'institut qu'il désire établir! Mais deux épreuves attendent Léonie. Il lui faut d'abord laisser les siens et elle craint le refus de son père. Ensuite, l'abbé lui adjoint une compagne, Lucie Canuet, qui, malgré de réelles qualités, est d'un caractère tatillon, ombrageux et raisonneur à en épuiser son entourage. Léonie s'insurge: «Avec qui vous voudrez, monsieur l'abbé, mais pas avec elle!» Toutefois, après un entretien avec l'abbé, elle accepte pleinement cette compagne.

Le 18 avril 1866, à l'issue d'une retraite de huit jours, sous la direction de la Mère Chappuis, les deux fondatrices de la nouvelle congrégation s'installent rue des Terrasses, dans la «petite Maison de la Galerie», où se trouve l'OEuvre de l'abbé Brisson. Les plus jeunes ouvrières sont vite conquises par ces deux jeunes filles distinguées et pourtant simples comme des grandes soeurs. Les aînées, d'abord sur la réserve, se laissent gagner quand elles voient les deux directrices contentes de partager leur pauvreté et les travaux les plus humbles. L'abbé Brisson confie à Léonie l'organisation générale de l'OEuvre et de ses quatre patronages annexes.

Mère Marie de Sales Chappuis accueille souvent les deux pionnières au parloir de la Visitation et les forme à la vie religieuse. «Vous n'êtes pas appelées pour le moment à chanter l'Office, leur dit-elle; votre principale occupation est le travail, adonnez-vous-y le plus suavement possible... votre travail est pour vous une oraison continuelle». Lorsque le regard de foi sur Dieu devient habituel, il permet de Le voir à l'oeuvre dans le monde. «L'homme a alors une conscience permanente que Dieu est à l'oeuvre dans tout ce qui arrive. Si, dans le courant de la journée, l'homme pense sans cesse à ce mystère silencieux, vivant, délicat et en même temps puissant, ou s'il le sent présent, il fait une véritable prière, et il ne dépend que de lui de la prolonger et de l'étendre à tout. Il n'a pas besoin pour prier de s'évader de la vie et de ses activités quotidiennes, car la prière, au contraire, se confondra avec elles. Dans chaque événement, il voit un don de Dieu, et il oriente sa vie de telle sorte qu'elle ne fasse plus qu'un avec l'action de Dieu. Il a conscience de la sainteté de cette collaboration, et, d'heure en heure, il comprend mieux le sens de la vie. Ces pensées lui donnent un sentiment de sécurité qui ne l'empêche pas pour autant d'agir dans le monde. Voici donc que la vie elle-même devient prière» (R. Guardini, Initiation à la prière).

Pour moi? Pourquoi?

Soeur Léonie s'applique donc à rester en présence du Seigneur, même au milieu des journées les plus fébriles, et ce n'est pas si facile... Elle multiplie les oraisons jaculatoires, brefs élans du coeur qui entretiennent la flamme de l'amour. Un jour qu'elle apporte au livreur d'une usine des paquets de tricots réparés, sa prière lui échappe soudain et elle s'écrie, en tendant un ballot au brave homme qui n'y comprend rien: «Mon Dieu, c'est pour vous! – Pour moi... ça?... Pourquoi donc?» Au souvenir de cette anecdote, la fondatrice riait de bon coeur!

Le 30 octobre 1868, les deux premières Soeurs de la «Congrégation des Oblates de Saint-François de Sales», reçoivent l'habit religieux; Léonie devient soeur Françoise de Sales, et Lucie, soeur Jeanne-Marie. Ces commencements sont troublés par la guerre qui se déclenche le 19 juillet 1870 entre la France et la Prusse. Les usines cessent leurs activités et les ouvrières n'ont plus de travail. Soeur Françoise de Sales s'ingénie à trouver de l'occupation pour elles. Après la guerre, de nombreux immigrants alsaciens qui désirent conserver la nationalité française, déferlent à Troyes. Les Soeurs se dépensent pour les accueillir. Mais l'excès de travail épuise soeur Françoise de Sales et la fait entrer dans une période pénible. Elle se confie à saint François de Sales, son saint patron, qui la réconforte. La retraite préparatoire à sa profession religieuse se déroule dans une grande paix. «M'oublier entièrement», devient son idéal. Le 11 octobre, en compagnie de soeur Jeanne-Marie, elle prononce ses voeux devant Monseigneur de Ségur qui leur dit: «Mes chères enfants, vos rapports avec Dieu doivent être caractérisés par une grande délicatesse, votre amour pour Lui doit être plus délicat, plus noble, plus tendre que dans n'importe quel ordre religieux...» On procède ensuite à la vêture de quatre postulantes. L'abbé Brisson est radieux: l'avenir de la Congrégation est en bonne voie.

Le 20 septembre 1872, soeur Françoise de Sales est élue Supérieure Générale. Quatorze religieuses des Soeurs de Sainte-Marie de Lorette avaient été reçues peu auparavant par la Congrégation naissante; avant sa mort, en effet, leur aumônier avait exprimé le désir de cette union pour sortir ses Filles d'une situation difficile. L'abbé Brisson a accepté la fusion malgré les risques représentés par cet apport soudain d'un nombre important de religieuses déjà formées, et de leurs établissements. La nouvelle Mère Générale se trouve donc à la tête d'un essaim de 34 religieuses et elle prend en charge deux établissements supplémentaires, à Paris et à Morangis.

Une onction mystérieuse

Une cérémonie de vêture et de profession se prépare pour le 29 janvier 1873, fête de saint François de Sales. Or, une des postulantes est atteinte d'une carie à l'os du talon, qui la fait cruellement souffrir et l'empêche de recevoir l'habit. Une neuvaine au Saint est commencée. Le 9 février au soir, Mère Françoise de Sales applique sur le pied malade une relique secondaire de saint François de Sales. La douleur finit par s'apaiser et la jeune Soeur s'endort. Elle voit en songe un vénérable ecclésiastique qui lui fait une onction d'huile sur le pied. Elle se réveille tout impressionnée: elle est effectivement guérie...

L'arrivée de nombreuses vocations fait envisager de nouvelles fondations. Après s'être consacrée à la jeunesse ouvrière, l'OEuvre des Oblates va proposer la même éducation d'inspiration salésienne aux jeunes filles plus aisées, dans des pensionnats. De son côté, l'abbé Brisson a fondé la Congrégation des Pères Oblats de Saint-François de Sales, vouée à l'enseignement. On l'appellera désormais «Père». Les maisons des Pères Oblats se multiplient également et réclament la présence des Soeurs. En 1875, le Père Brisson obtient l'approbation de Rome pour les Oblats de Saint-François de Sales. Cette même année, la Mère Marie de Sales Chappuis, avant de mourir, a prédit au Père Brisson que l'incompréhension du nouvel évêque que la ville de Troyes accueillera bientôt, le fera beaucoup souffrir.

Le 8 octobre 1879, le mandat de la Fondatrice est achevé et l'ancienne Supérieure des Soeurs de Lorette est élue Générale. Soeur Françoise de Sales est tout heureuse de céder la place. Sans intention mauvaise, la nouvelle Supérieure manque d'égards envers celle qui l'a précédée. Les contemporaines de soeur Françoise de Sales y sont sensibles, mais elle-même, n'ayant pour ambition que la dernière place, ne se plaint pas et offre tout en silence. Toutefois, devant l'ampleur de la charge, la Supérieure donne sa démission dès 1881. Soeur Louise-Eugénie est alors élue; elle envoie soeur Françoise de Sales à Paris pour établir au pensionnat de la rue de Vaugirard les coutumes des Oblates, ainsi que pour relever cet établissement d'une situation financière compromise. L'arrachement aux OEuvres ouvrières auxquelles ont été consacrées quinze années de sa vie lui est difficile; cependant, elle obéit avec générosité pour l'amour de Dieu.

À Paris, l'accueil est plutôt froid. Que vient faire cette réformatrice? Le redressement des finances oblige à des restrictions qui suscitent mille oppositions. Les élèves elles-mêmes sont sur la défensive. Soeur Françoise de Sales prend en main ses armes préférées: la prière, la sérénité et la bonté... Bientôt les esprits s'apaisent; elle se révèle une éducatrice exceptionnelle. Son influence s'exerce d'abord sur les Soeurs, car elle est convaincue que la fécondité de l'apostolat découle de l'harmonie régnant dans la communauté. «La charité doit être comme une espérance active de ce que les autres peuvent devenir, avec l'aide de notre soutien fraternel» dira le Pape Paul VI (Evangelica testificatio, 29 juin 1971, n. 39). À l'égard des enfants, soeur Françoise de Sales conseille: «Agissez par la patience, la douce fermeté et la prière. Quand une enfant est gagnée du côté du coeur, on peut alors lui demander tout ce qu'on veut, elle le fera... Ne faire jamais des choses, même importantes et sérieuses, une affaire d'État». Toutefois, la Fondatrice met au premier plan l'éveil de la foi et la préparation à la première Communion.

Cependant, à Troyes, les relations du Père Brisson avec l'évêque se détériorent. Le prélat voudrait restreindre les deux Congrégations dans les limites du diocèse; il soumet les Soeurs à des interrogatoires qui ébranlent certaines vocations. Le Père se rend à Rome pour y défendre sa cause. Il faudra attendre 1888 pour voir la bonne harmonie renaître entre l'évêque et le Père.

Mon petit moyen

Le 15 septembre 1884, soeur Jeanne-Marie, la première compagne de soeur Françoise de Sales, est élue Supérieure Générale. Son attitude envers celle-ci est désagréable. Soeur Françoise de Sales lutte contre les tentations: «Obtenez-moi, demande-t-elle à la défunte Mère Marie de Sales Chappuis, la grâce de surmonter la difficulté que j'éprouve pour me confier à notre Mère Jeanne-Marie». Un jour, rencontrant une jeune soeur en difficulté, soeur Françoise de Sales lui dit: «Je vais vous faire profiter de ma petite expérience. Dieu a permis que nous ayons, ma soeur Jeanne-Marie et moi, les deux caractères les plus opposés qu'on pût imaginer. Et pourtant voilà bien des années que nous vivons en bonne intelligence, n'est-ce pas? Eh bien! si j'ai pu y arriver, c'est que j'ai pris l'habitude de ne jamais aborder le prochain sans jeter un regard sur Notre-Seigneur. Essayez mon petit moyen, je puis vous assurer qu'il est bon».

À la fin de l'année scolaire 1889, soeur Françoise de Sales est remplacée à la tête du pensionnat de la rue de Vaugirard. Le changement lui est pénible car on précipite son départ, et elle en souffre profondément. De retour à Troyes, elle reprend la direction des OEuvres: elle y trouve des esprits prévenus et y endure de nombreuses vexations dont elle ne se plaint à personne. «Oh! si vous saviez, dira-t-elle plus tard, combien il est heureux pour l'âme de souffrir seulement entre Dieu et soi!»

Un soir de septembre 1893, soeur Françoise de Sales, venue à Paris pour le Chapitre Général de la Congrégation, entend distinctement une voix qui lui murmure à l'oreille: «Tu seras Supérieure, car je veux tout gouverner!» Étonnée, elle se retourne: elle est seule dans la pièce... Le lendemain, les Soeurs l'élisent Supérieure Générale. Elle comprend: Jésus veut gouverner par elle... Dans la Congrégation, c'est une explosion de joie. Les Soeurs anciennes ne tarissent pas d'éloges pour cette fondatrice, grandie à leurs yeux par des années d'obscur dévouement. Celles qui ont fait souffrir la Mère sont entourées par elle de prévenances, si bien qu'une Soeur s'exclame: «Ma Mère, il suffit vraiment de vous offenser pour être désormais l'objet de votre affection et de vos soins particuliers!»

«Gagnez-les!»

Dans les années qui suivent, Mère Françoise de Sales voyage souvent pour juger de l'opportunité des fondations qui lui sont demandées un peu partout en Europe. Lorsque ses Filles lui parlent des difficultés soulevées par les enfants, elle leur dit: «Gagnez-les!» Ce qui signifie: aimez-les, supportez-les, priez pour elles. «La confiance, explique-t-elle, attire la confiance, mais elle ne se commande pas... Il faut une grande prudence, beaucoup de charité et de discrétion. Les enfants doivent sentir qu'on respecte leurs petits secrets». Mais la fondatrice est surtout Mère. Son coeur sensible ne sait pas se durcir. Elle devine, compatit, souffre avec celle qui souffre, se réjouit de la moindre victoire, surtout si c'est le fruit d'un dépassement de soi, ou la reconnaissance d'un tort.

Cependant, un vent de persécution souffle sur la France; les Congrégations sont supprimées. De 1901 à 1904, toutes les maisons des Oblates sont fermées. Mère Françoise de Sales décide de transférer la Maison-Mère à Pérouse, en Italie. Le 11 avril 1904, elle s'exile. À Pérouse, tout est pauvre, exigu. Ignorant la langue italienne, la Mère s'adonne beaucoup à la correspondance pour garder contact avec le Père Brisson et soutenir toutes les Soeurs. Elle cherche le moyen de faire racheter les maisons de France par des amis qui pourront ainsi les conserver en vue de temps meilleurs. Profitant de son séjour en Italie, elle engage auprès du Pape saint Pie X les démarches en vue de l'approbation définitive des Constitutions de son Institut. Celles-ci aboutiront en avril 1911. Entre-temps, le 2 février 1908, le Père Brisson rend paisiblement son âme à Dieu. Prévenue à temps, Mère Françoise de Sales a pu se rendre à son chevet. De retour à Pérouse, elle dit un jour à une Soeur: «Oh! Comme je voudrais devenir sainte, j'en ai un vif désir! Je vais commencer aujourd'hui!» Le 26 décembre 1913, fiévreuse, elle doit s'aliter. Son état s'aggrave, et le 9 janvier, elle reçoit l'Extrême-Onction puis la Sainte Communion. Le 10, un peu avant six heures, elle s'éteint doucement, entourée de ses Filles.

De nos jours, les Oblates de Saint-François de Sales accomplissent leur mission de charité dans leurs établissements scolaires, leurs foyers d'accueil, et aussi par divers services répondant aux attentes des diocèses et des paroisses (catéchèse, catéchuménat, liturgie, missions d'évangélisation...), l'aide aux personnes âgées, aux malades et aux prisonniers, l'animation de retraites... Elles ont 25 maisons en Europe, 15 en Afrique, 3 aux États-Unis et 11 en Amérique du Sud.

En canonisant Mère Françoise de Sales, le Pape Jean-Paul II a déclaré : «La résolution qui caractérise si bien sainte Françoise de Sales, «M'oublier entièrement», est aussi pour nous un appel à aller à contre-courant de l'égoïsme et des jouissances faciles, et à nous ouvrir aux nécessités sociales et spirituelles de notre époque». C'est la grâce que nous demandons pour nous tous à saint Joseph.

Dom Antoine Marie osb, abbé

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