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Lettre mensuelle |
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21 novembre 2002 Présentation de la Très Sainte Vierge |
Né le 21 février 1801, le jeune John Henry, fils d'un banquier de Londres, reçoit de sa mère, qui descend de protestants français, une éducation religieuse tout imprégnée de calvinisme. Plein de préventions contre le catholicisme, il croit fermement que le Pape est l'Antéchrist. Cependant, à quinze ans, tandis qu'il commence ses études dans la grande école d'Ealing, près de Londres, un changement sérieux s'opère dans son esprit, grâce à une lumière venue d'en haut. «Je ressentis pour la première fois, écrit-il, l'influence d'un credo déterminé, et j'eus conscience de ce qu'est un dogme, impression qui, grâce à Dieu, ne s'est jamais effacée ni obscurcie». De plus, une pensée en désaccord avec son protestantisme s'empare de lui: il se sent appelé par Dieu à vivre dans le célibat. C'est pourquoi, écartant toute pensée de mariage, il se résout à vivre célibataire et à embrasser la carrière ecclésiastique dans l'Église anglicane.
Premier vicaire du Christ
En 1820, le jeune étudiant obtient le grade de bachelier-ès-Arts, et deux ans plus tard, il est nommé fellow (distinction conférée à l'élite des diplômés de chaque collège) du collège d'Oriel, ce qui le fait entrer d'emblée dans la société la plus raffinée d'Oxford. En 1828, on lui confie un poste de tuteur, où il est chargé à la fois de l'enseignement littéraire et de l'éducation morale des étudiants. Au contact des autres fellows, le jeune Newman subit l'influence des idées de son époque: confiance excessive dans le monde et dans la liberté humaine au mépris de tout frein et de toute loi. Il écrira: «Je commençais à mettre la supériorité intellectuelle au-dessus de la supériorité morale; j'allais à la dérive». Sous la bonne influence d'un ami, Hurrel Froude, Newman se dégage de cette voie funeste. Ordonné diacre de l'Église anglicane dès 1824, il devient bientôt vicaire de l'église Saint-Clément d'Oxford, en attendant de devenir curé de Saint-Mary's, l'église de l'Université (1828).
L'Église dont il est membre est alors en pleine crise. Après environ trois siècles de persécution du catholicisme, la religion officielle de l'Angleterre est incontestée mais désormais languissante et sans vie. Le clergé, mû par des vues purement humaines, se préoccupe de cumuler de fructueux bénéfices, sans souci d'une direction spirituelle à donner, d'une action apostolique à exercer. Le culte n'a plus d'éclat, ni de dignité. L'Église anglicane paraît moins être la gardienne de la foi religieuse qui s'impose à la raison et éclaire la conscience, qu'un établissement lié étroitement à l'État, dont il a reçu des privilèges politiques et de grandes richesses.
La passion de l'antiquité
En 1830, M. Hugh Rose, de Cambridge, à la recherche de collaborateurs pour une Bibliothèque ecclésiastique, propose à Newman d'écrire une histoire des premiers Conciles. Pour réaliser ce travail, John Henry étudie de près les Pères de l'Église d'Alexandrie, en particulier saint Athanase et Origène; il en retire la conviction que la Providence, par l'entremise des Anges, a conduit les événements et les peuples, Juif et païens, vers la Révélation plénière de la vérité en Jésus-Christ. C'est seulement à la fin de 1833 que le fruit de cette étude sera publié sous le titre: Les Ariens du IVe siècle.
Tirer le signal d'alarme
Si, aux yeux de Newman, la position doctrinale de l'anglicanisme semble inattaquable, sa déchéance morale lui paraît liée à l'abandon de la Tradition patristique. Du contact avec les Pères, il espère un rajeunissement pour son Église. Persuadé que la doctrine de l'Église d'Angleterre repose essentiellement sur les Pères, il estime que le retour aux Pères est synonyme de retour aux théologiens anglicans du XVIe siècle. Newman se montre favorable à une via media, sorte de position intermédiaire entre le protestantisme et le catholicisme romain, d'après laquelle il maintient contre le premier l'autorité de la Tradition et des premiers Pères et rejette dans le second des doctrines qui lui apparaissent comme des innovations apparues au cours des siècles. D'autre part, il considère l'Église anglicane comme une branche de l'Église catholique, les deux autres étant représentées par l'Église grecque et l'Église romaine.
Mais, en 1839, en étudiant l'histoire des Monophysites (hérétiques du Ve siècle qui soutenaient qu'il n'y a qu'une seule nature en Jésus-Christ), il prend conscience de l'impossibilité de soutenir l'anglicanisme. C'est un coup de foudre, totalement inattendu. «Il m'était difficile, explique-t-il, de démontrer que les Monophysites étaient hérétiques sans admettre que les Protestants et les Anglicans l'étaient également; de trouver contre les Pères du Concile de Trente des arguments qui ne retombent pas sur ceux de Chalcédoine (Concile oecuménique de 451 contre les Monophysites); de condamner les Papes du XVIe siècle sans condamner en même temps ceux du Ve. De part et d'autre, le combat de l'erreur et de la vérité était absolument le même. Les principes et la conduite de l'Église actuelle étaient ceux de l'Église d'alors; les principes et la conduite des hérétiques d'alors étaient ceux de nos Protestants: voilà ce que je constatais, à mon grand regret».
Une théorie pulvérisée
Néanmoins, Newman ne renonce pas encore à sa défense de l'anglicanisme. S'il reconnaît que l'Église anglicane n'a ni l'unité ni l'universalité de l'Église du Christ, il veut s'efforcer de prouver qu'elle a du moins les autres notes de la véritable Église. Il rédige alors le «Tract 90» dans lequel il tente de démontrer que les 39 articles promulgués par la reine Élisabeth en 1571 (articles qui fondent le Credo anglican) sont compatibles avec les principes catholiques. Mais cet écrit met le feu aux poudres. Les chefs de l'université et la plupart des évêques anglicans le réprouvent violemment et regardent comme suspects tous les partisans du Tract. Le coup est terrible pour Newman; il y voit la preuve que son Église ne peut ni ne veut assimiler les éléments catholiques qu'il s'efforce d'y introduire.
«Que feraient les Pères à ma place?»
Dans sa retraite, une autre pensée se présente à l'esprit de Newman: ces «dogmes nouveaux», que les Anglicans reprochent à l'Église romaine d'avoir fabriqués, ne seraient-ils pas un développement homogène de la foi apostolique? Il entreprend donc d'écrire son Essai sur le développement du dogme chrétien. Cette étude lui permet de franchir le dernier obstacle qui le retient hors de l'Église romaine; celle-ci, en effet, n'a rien inventé; elle a seulement tiré du dépôt de la Révélation des doctrines de plus en plus précises, mais toujours dans le même sens. Le 6 octobre 1845, il interrompt subitement son travail, puis, deux jours après, fait venir à Littlemore un religieux catholique italien, le Père Dominique. À peine celui-ci arrivé, Newman se prosterne à ses pieds et lui demande d'entendre sa confession. Après une nuit de prières, Newman, avec deux disciples, fait sa profession de foi catholique et reçoit le baptême sous condition. Désormais, il appartient «par un effet de la miséricorde divine, à l'Église que le Christ a fondée et que dirigent les successeurs de Pierre et des autres Apôtres, entre les mains desquels demeurent entières et vivantes les institutions et la doctrine de la communauté apostolique primitive» (Déclaration Mysterium Ecclesiæ de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 24 juin 1973). S'il peut y avoir une légitime joie d'appartenir à l'Église catholique, il ne convient pas d'en concevoir de l'orgueil, mais plutôt d'en rendre humblement grâces. En effet, «tous les fils de l'Église doivent se souvenir que la grandeur de leur condition doit être rapportée non à leurs mérites, mais à une grâce spéciale du Christ; s'ils n'y correspondent pas par la pensée, la parole et l'action, ce n'est pas le salut qu'elle leur vaudra, mais un plus sévère jugement» (Concile Vatican II, Lumen gentium, 14).
L'amie la plus chère
L'Église est l'oeuvre de Jésus-Christ, «oeuvre par laquelle Il se prolonge, se réfléchit et par laquelle Il est toujours présent dans le monde. Elle est son épouse à laquelle Il s'est entièrement offert; Il l'a choisie pour Lui, Il l'a fondée et la maintient toujours vivante. De plus, Il a donné sa vie pour qu'elle vive... Frères, soyons bien conscients de cette vérité: Jésus-Christ a aimé l'Église... Si Dieu a aimé l'Église au point de lui sacrifier sa vie, cela signifie qu'elle est digne aussi de notre amour» (Jean-Paul II, homélie prononcée au Costa Rica, 3 mars 1983). Saint Augustin a pu écrire cette formule lapidaire: «C'est dans la mesure où quelqu'un aime l'Église qu'il possède l'Esprit-Saint». Là se trouve peut-être une des leçons les plus précieuses de la vie du Cardinal Newman. Ses écrits projettent une lumière très claire sur l'amour de l'Église en tant qu'effusion continuelle de l'amour de Dieu pour l'homme, à chaque étape de l'histoire. Le Cardinal avait une authentique vision surnaturelle, capable de percevoir toutes les faiblesses présentes dans le tissu humain de l'Église, mais également une sûre perception du mystère caché au-delà de notre regard humain. Nous pouvons faire nôtre l'ardente prière à Jésus-Christ qui jaillissait spontanément de son coeur: «Fais que je n'oublie jamais que Tu as établi sur terre un royaume qui est le Tien, que l'Église est Ton oeuvre, établie par Toi, Ton instrument; que nous sommes soumis à Tes règles, Tes lois, Ton regard que lorsque l'Église parle, c'est Toi qui parles. Fais que la connaissance intime de cette merveilleuse vérité ne me rende pas insensible à son égard fais que la faiblesse de tes représentants humains ne me fasse pas oublier que c'est Toi qui parles et agis à travers eux».
Le Pape Jean-Paul II disait aux jeunes réunis à Toronto au mois de juillet dernier: «Si vous aimez Jésus, aimez l'Église». Demandons à Marie notre Mère de vivre en vrais fils de la sainte Église catholique, afin d'être trouvés dignes de la vie éternelle.