Blason  Abbaye Saint-Joseph de Clairval

21150 Flavigny-sur-Ozerain

France


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19 mars 2002
Solennité de saint Joseph


Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

«Démuni de tout, sauf d'une grande confiance en Dieu»: le Pape Jean-Paul II résumait ainsi le portrait moral du frère André Bessette, lors de sa béatification, le 23 mai 1982. Le Saint-Père ajoutait: «Dieu s'est plu à doter d'un attrait et d'un pouvoir merveilleux cet homme simple, qui, lui-même, avait connu la misère d'être orphelin au milieu de dix frères et soeurs, était resté sans argent, sans instruction, avec une santé médiocre... Il n'est pas étonnant qu'il se soit senti tout proche de saint Joseph, le travailleur pauvre et exilé, si familier du Sauveur... En recourant à saint Joseph, et aussi devant le Saint-Sacrement, il pratiquait lui-même, longuement et avec ferveur, au nom des malades, la prière qu'il leur enseignait».

Alfred Bessette naît le 9 août 1845, à Saint-Grégoire d'Iberville près de Montréal (Canada). Enfant chétif, il survit grâce aux soins de sa mère. Ses parents sont des gens très simples, dépourvus des biens terrestres mais riches de vertus. M. Bessette, charpentier, est un travailleur acharné. Il meurt hélas bientôt, écrasé par un arbre qu'il abattait, et laisse une veuve et dix enfants, vivant dans une cabane en bois d'environ 7 mètres sur 5. Un moment effondrée, Madame Bessette ne se décourage pourtant pas; soutenue par ses frères et soeurs, elle s'adonne à l'éducation de ses enfants. L'âme d'Alfred s'épanouit au contact de cette mère aimante et dévouée, qui parle de Jésus, de Marie et de Joseph, avec tant de douceur et de foi. Mais, l'enfant n'a que douze ans lorsque sa maman, épuisée de veilles et de fatigues, et minée par la tuberculose, s'éteint à son tour. Alfred est recueilli par son oncle et sa tante Nadeau qui le considèrent bientôt comme leur propre fils. Il prouve sa reconnaissance par une attitude obéissante et dévouée. Le curé du lieu, l'abbé Provençal, remarque sa pureté de sentiments et sa charité peu commune; le prenant en spéciale affection, il le prépare soigneusement à la première communion, lui apprenant à invoquer saint Joseph, patron du Canada.

Mais le ménage Nadeau est pauvre et, pour gagner sa vie, Alfred s'embauche chez un cordonnier. Y ayant contracté une maladie d'estomac qu'il gardera toute sa vie, il entre au service d'un cultivateur, M. Ouimet. Là, il commence à s'imposer un règlement de vie spirituelle. Levé très tôt pour faire le chemin de croix et prier longuement, il récite plusieurs chapelets dans la journée et s'entretient souvent avec saint Joseph, lui confiant ses travaux, ses peines et ses joies. Il s'adonne aussi à la pénitence. À la mort de M. Ouimet, Alfred est reçu comme apprenti chez un forgeron. Malgré sa santé chétive, il devient fort habile dans ce métier. À l'âge de vingt ans, le jeune homme se rend aux États-Unis et trouve une place dans une filature. Occupé à son travail, serviable pour tous, il garde une conduite morale irréprochable malgré l'ambiance délétère de l'atelier. Mais le régime de l'industrie nuit à sa santé et il quitte la filature pour une ferme où il retrouve le travail au grand air. Cependant, après avoir recouvré ses forces, il s'engage à nouveau dans une filature.

«C'est décidé!»

Pendant ces années instables aux États-Unis, Alfred garde la nostalgie du pays natal et reste en rapport avec l'abbé Provençal. Au mois de juillet 1869, il reçoit de celui-ci une lettre qui le bouleverse: l'abbé lui propose d'entrer dans la vie religieuse, comme simple frère. Certes, la vie religieuse l'attire. Mais sa santé lui permettra-t-elle d'être accepté et de persévérer? Il n'a pu se stabiliser nulle part! Pendant six mois, il prie saint Joseph de l'éclairer. Enfin, un dimanche de décembre, le jeune homme rejoint Saint-Césaire et va droit au presbytère où son vieux Curé le reçoit à bras ouverts: «As-tu bien réfléchi Alfred? – Monsieur le Curé, c'est décidé, je serai Religieux». Tous deux vont adresser une ardente prière de reconnaissance à saint Joseph.

En automne 1870, Alfred se rend au Noviciat de la Congrégation de Sainte-Croix à Montréal. Cet Institut, alors tout récent, doit son origine à un prêtre du diocèse du Mans (France), l'abbé Moreau; il compte parmi ses membres des prêtres et des frères, missionnaires et enseignants. Alfred est accueilli avec une grande bonté par le Père Supérieur auquel l'abbé Provençal a écrit: «Je vous envoie un Saint pour votre communauté». Familiarisé avec toutes sortes de travaux, le jeune homme accomplit de gaieté de coeur les diverses tâches qui lui sont confiées, en union avec Jésus à Nazareth, sous le regard de saint Joseph. Le 27 décembre, il reçoit l'habit et prend le nom de frère André, en mémoire de l'abbé André Provençal. Le nouveau Frère est nommé portier du collège auprès duquel se trouve le Noviciat.

Mais sa santé apparaît bientôt si précaire que ses Supérieurs parlent de ne pas l'admettre à la Profession religieuse. Un jour où Mgr Bourget, évêque de Montréal, vient visiter le collège, frère André se jette à ses pieds, le suppliant d'intervenir pour qu'on l'admette à prononcer ses voeux. Avec simplicité, il révèle son désir de servir Dieu et ses frères dans les tâches obscures et fait part de sa dévotion spéciale à saint Joseph, en l'honneur de qui il rêve de construire un oratoire au sommet de la colline toute proche. Le prélat, qui a lui-même le secret désir d'édifier une église monumentale à saint Joseph, répond avec bonté: «Ne craignez rien, vous serez admis à la Profession». Ainsi, à l'étonnement de ses frères en religion, qui le considèrent comme un simplet, il fait profession le 28 décembre 1871.

Mis à la porte

Admis officiellement dans la Congrégation, frère André continue son service de portier au Collège Notre-Dame, près du Mont-Royal. À la fin de sa vie, il dira avec humour: «Au sortir du noviciat, les Supérieurs m'ont mis à la porte... J'y suis demeuré quarante ans, sans partir». Il passe la plus grande partie de ses journées dans une loge étroite, avec pour tout mobilier une table, quelques chaises et un banc. Il est là, attentif aux besoins de chacun, souriant, serviable. Sa tâche n'est pourtant pas facile. À tout moment, on sonne: le Frère reçoit les visiteurs, les introduit au parloir puis court dans l'établissement pour y chercher le religieux ou l'élève concerné. Parfois il se fait rabrouer car le religieux demandé n'est pas disponible. Il arrive ainsi que le visiteur parte en claquant la porte. De tels désagréments provoquent parfois chez frère André des impatiences dont il se repent ensuite amèrement. Dans la soirée, lorsque le va-et-vient cesse, il se livre au pénible travail, toujours à recommencer, de l'entretien du sol des parloirs et des corridors. Jusqu'à une heure tardive, il est à genoux, lavant, encaustiquant, cirant, à la lumière d'une bougie. Son travail terminé, il se faufile à la chapelle et tombe à genoux devant la statue de saint Joseph, puis, face à l'autel, il s'adonne à une longue oraison.

Frère André exerce aussi les charges de linger, d'infirmier et de coiffeur; il s'entretient amicalement avec les élèves, les aidant dans leur vie spirituelle. Lorsqu'il peut se faire remplacer à la porterie par un confrère, sa plus grande joie consiste à gravir à travers les ronces le sommet voisin du Mont-Royal. Là, dans une profonde prière, il s'adonne au fond de son coeur à un dialogue secret avec saint Joseph. Redescendant la colline, il reprend son travail avec une grande fidélité au devoir d'état, sans rien d'extraordinaire. Son humilité consiste à accepter d'être où Dieu l'a mis, accomplissant sa besogne toute commune, à l'imitation de saint Joseph.

«Saint Joseph, disait le Pape Paul VI, se présente à nous sous les apparences les plus inattendues. Nous aurions pu supposer en lui un homme puissant ou un prophète... Au contraire, il s'agit de tout ce que l'on peut imaginer de plus ordinaire, de plus modeste, de plus humble... Nous sommes sur le seuil d'une très pauvre boutique artisanale de Nazareth. Voici Joseph, qui appartient à la descendance de David, c'est vrai, mais sans que cela n'entraîne un titre ou un motif de gloire... Nous voyons, néanmoins, dans notre humble et modeste personnage une étonnante docilité, une promptitude exceptionnelle d'obéissance et d'exécution. Il ne discute pas, n'hésite pas, ne fait pas intervenir des droits ou des aspirations... Son rôle est d'éduquer le Messie au travail, aux expériences de la vie. Il le gardera et aura la prérogative sublime – rien de moins – de devoir, lui, guider, diriger, aider le Rédempteur du monde...

«Ainsi, les grands desseins de Dieu, les entreprises providentielles que le Seigneur propose aux destinées humaines peuvent coexister avec les conditions les plus communes de la vie et prendre appui sur elles. Nul n'est exclu de la possibilité d'accomplir, et à la perfection, le bon plaisir divin... Aucune vie n'est banale, mesquine, négligeable, oubliée. Par le fait même que nous respirons et que nous sommes en mouvement dans le monde, nous sommes des êtres prédestinés à quelque chose de grand: au Règne de Dieu, aux invitations de Dieu, à l'entretien, à la vie et à la sublimisation avec Lui, jusqu'à devenir «participants de la nature divine» (cf. 2 P. 1, 4)... Qui remplit bien les devoirs de son état, donne à toute son activité une grandeur incomparable» (19 mars 1968).

Vie ordinaire mais faveur extraordinaire

Sur terre, saint Joseph a eu une vie tout ordinaire. Désormais au Ciel, il obtient des grâces abondantes en faveur de ceux qui se confient en lui. Après environ quinze ans d'une vie religieuse obscure et laborieuse, le frère André reçoit du Père nourricier de Jésus la grâce d'opérer des miracles. Ainsi, la divine Sagesse se plaît-elle parfois à communiquer une part de sa puissance à un instrument humble et docile, pour le plus grand bien des hommes. Conscient de sa faiblesse, frère André, loin de tirer vanité du don reçu, répète sans cesse qu'il n'est que l'agent de saint Joseph, rien de plus. «Ce que je peux faire de prodigieux, dit-il, est une simple faveur que Dieu accorde pour ouvrir les yeux du monde. Hélas! Le monde continue à être aveugle!»

Une nuit, alors qu'il est au chevet d'un élève malade de diphtérie, frère André reçoit une inspiration: sans bruit, il descend à la chapelle, prend une médaille de saint Joseph et remonte. «Mon Frère, pourquoi m'avez-vous quitté? Je souffre beaucoup. – Tu ne vas plus souffrir», répond le religieux qui se met à frotter la gorge de l'enfant avec la médaille, tout en priant saint Joseph. Le malade s'assoupit. Au petit matin, il s'éveille et s'écrie: «Mon Frère, je suis guéri!» Effectivement, dans la matinée, on constate qu'il n'y a plus trace de maladie. Quelque temps après, frère André visite le procureur du collège qui lui dit: «Voici un mois que je porte à la jambe une blessure qui ne guérit pas. La plaie a mauvais aspect, et je m'inquiète à la pensée de tant de travaux qui m'attendent à mon bureau. – Faites une neuvaine au père adoptif du Divin Maître; neuf jours nous séparent justement de sa fête. – En somme, vous attendez de saint Joseph un miracle? – Mais certainement!» La fête de saint Joseph arrive et, ce jour-là, la plaie a complètement disparu; à la stupéfaction de tous, le procureur descend à la chapelle.

«Laissez-le faire!»

Le bruit des premiers miracles accomplis par frère André fait rapidement le tour de la ville et les malades commencent à se présenter dans l'espoir d'une guérison. Bientôt l'affluence devient telle que le Supérieur s'en émeut et assigne au frère André un local abandonné et misérable pour les recevoir. Mais, désirant faire cesser cet accueil des malades, il va trouver l'évêque de Montréal. Celui-ci lui demande: «Si vous disiez au frère André de ne plus recevoir les malades, le ferait-il? – Certainement! – Alors laissez-le faire. Si l'oeuvre qu'il accomplit vient de Dieu, elle se développera; dans le cas contraire, elle s'écroulera d'elle-même». Aussi le défilé des malades se poursuit-il. S'il guérit les corps, le frère a surtout souci du salut des âmes. À un malade qui vient le voir, il affirme: «Si vous voulez que saint Joseph vous guérisse, quittez la femme avec laquelle vous vivez dans la fornication et revenez ensuite me voir». À un autre, il dit: «Vous irez vous confesser et vous commencerez une neuvaine à saint Joseph. – Me confesser! Voilà vingt-cinq ans que je ne l'ai pas fait! Je vous promets de le faire!» Et la guérison intervient aussitôt.

Malgré des dons exceptionnels et une habituelle bonne humeur, frère André souffre d'un tempérament nerveux et irascible. Il lui arrive de s'emporter et d'éconduire des visiteurs par des propos aigres-doux, ou des remarques cinglantes, surtout si on le traite en Saint, ou bien à l'égard de malades irréligieux ou de mauvaises moeurs. Un soir, quelqu'un lui dit: «Saint Joseph reste sourd à nos prières! Vous, au moins, vous nous accordez toutes sortes de faveurs! – Comment pouvez-vous prononcer des paroles si offensantes à l'égard de saint Joseph?» réplique-t-il, fort mécontent; et dans l'excès de son indignation, il quitte les lieux et va aussitôt se coucher! Conscient de ses imperfections, il a coutume de demander à ses amis: «Priez pour ma conversion!» Les saints, en effet, ont à lutter sans cesse contre les infirmités de leur nature, et c'est précisément cette lutte de tous les instants qui caractérise la sainteté.

Le jeudi, frère André entraîne quelques élèves et même des professeurs sur le Mont-Royal. Peu à peu, le projet d'édifier un oratoire au flanc du Mont prend corps. En juillet 1896, le terrain est acheté et on place une statue de saint Joseph dans l'anfractuosité d'un rocher. Frère André y reçoit désormais les malades, durant la belle saison. Bientôt, une chapelle, «l'Oratoire», s'élève. À l'époque des vacances, le frère André ne la quitte guère; il y arrive de très bonne heure et n'en part qu'à la nuit, ses supérieurs lui laissant désormais une grande liberté d'action.

Un vil instrument

À partir de 1908, frère André demeure en permanence à l'Oratoire, installé dans les combles de la chapelle où on lui a aménagé une chambre et un bureau chauffés par un poêle. Il y reçoit toutes sortes de personnes, même de hauts dignitaires de l'Église, qui viennent lui demander des prières. «Je n'ai aucune puissance, leur dit l'humble frère. Rien de ce que je fais, dans les guérisons, ne vient de moi. Tout procède de saint Joseph, qui obtient de Dieu ces grâces extraordinaires. Je ne suis qu'un vil instrument, dont le Patron de l'Église se sert pour opérer des prodiges, pour provoquer des conversions et des élévations dans la perfection chrétienne». Le retentissement spirituel des miracles dans les âmes lui importe plus que les guérisons. Chaque jour, il est à l'affût pour arracher des pécheurs au démon. Celui-ci d'ailleurs ne se prive pas de lui faire sentir sa présence. Plus d'une fois, il trouble le Frère par des bruits de vaisselle cassée; il arrive également qu'on entende frère André, seul dans sa chambre, s'exprimer avec force contre un personnage mystérieux.

En 1912, certains pèlerinages rassemblant déjà plus de dix mille personnes, on décide d'agrandir la chapelle; bientôt l'archevêque de Montréal envisage la construction d'une basilique en l'honneur de saint Joseph. Frère André est rempli de joie. On construit tout d'abord une crypte spacieuse, auprès de laquelle est aménagé un couvent destiné aux religieux de «Sainte-Croix» qui assurent le service du sanctuaire. De vastes terrasses et des jardins permettent la réception des foules. Frère André prévoit un grand mouvement d'adoration de Dieu, et la conversion en masse des pécheurs. Mais, il reste à trouver les sommes considérables nécessaires pour la construction de la basilique. On crée dans ce but une revue, «Les Annales de saint Joseph», puis une «Confrérie de saint Joseph», qui réunit rapidement plus de trente mille adhérents; enfin des zélateurs se dévouent pour récolter des fonds aux États-Unis.

En 1924, les lourds piliers d'une basilique à l'architecture néoclassique commencent à s'élever. Jusque vers 1930, les travaux se poursuivent sans relâche. Mais le décès de l'architecte et le manque de fonds interrompent la construction pour plusieurs années, à la grande peine de frère André. Cependant la confiance ne fait pas défaut à l'humble frère. Tous les ans, il part lui-même en tournée de quête aux États-Unis. Ces voyages, où il doit paraître en public devant des foules enthousiastes, subir l'assaut des journalistes et des photographes, lui sont extrêmement pénibles. Mais il les entreprend pour la gloire de Dieu et le salut des âmes; la générosité des Américains l'émeut profondément. Les guérisons se multiplient. Frère André n'exige de ceux qui s'adressent à lui qu'une grande confiance en Dieu et une totale soumission à Sa volonté.

Ce vieillard extraordinaire de presque quatre-vingt-dix ans étonne par la jeunesse de son coeur. «Nous nous représentons la foi chrétienne comme fort vieille, affirme-t-il. C'est une erreur, elle est toute jeune!» En effet, pour Dieu et donc pour Notre-Seigneur, tout est présent. Cette vérité influence profondément l'oraison et la contemplation du frère André. Selon la recommandation de saint Ignace dans les contemplations des Exercices Spirituels, il se représente les scènes de la vie de Jésus, comme s'il s'y trouvait réellement. Ainsi, lorsqu'il fait son chemin de Croix, ce qui lui arrive fréquemment, il suit le Christ comme s'il assistait personnellement à la Passion, persuadé que ses élans d'amour allègent vraiment les souffrances du Sauveur. De même, quand il parle à saint Joseph, il se voit travailler à ses côtés dans l'atelier de Nazareth, ou près de la Sainte Vierge. Ces contemplations vivantes augmentent son amour de Dieu et sa charité à l'égard du prochain.

Mais la grande peine du frère André reste de voir les travaux de la basilique interrompus. Début novembre 1936, à la réunion du Conseil de la chapelle du Mont-Royal, il s'écrie: «Allons porter immédiatement la statue de saint Joseph dans l'abside de la basilique et notre saint Patron se chargera bien de la couvrir d'un dôme». Aussitôt dit, aussitôt fait. Peu de temps après, un emprunt est lancé, rapidement couvert par les dons. Les travaux reprennent. «La continuation des travaux est assurée, dit frère André. Je suis inutile maintenant, il est temps de m'en aller». Vénérable nonagénaire, usé par le travail, il sent ses forces l'abandonner et ne reçoit plus les malades que deux fois par semaine.

Si les gens aimaient le Bon Dieu!

Au soir de la fête de Noël, il dit à un ami: «Pour moi, c'est probablement le dernier Noël. – Mais l'Oratoire a encore besoin de vous! – Il n'est pas défendu de souhaiter mourir, lorsque c'est par désir de voir le Ciel... Quand quelqu'un fait du bien sur la terre, ce n'est rien en comparaison de ce qu'il pourra faire une fois rendu au Ciel». Peu après, atteint d'une gastrite aiguë, il est hospitalisé. L'achèvement de la basilique occupe sa pensée, car il a conscience du bien que saint Joseph accomplit sur le Mont-Royal: «Vous ne savez pas tout ce que le Bon Dieu réalise à l'Oratoire, dit-il à son Supérieur. Quels malheurs il y a dans le monde!... J'étais placé pour voir cela... Si les gens aimaient le Bon Dieu, jamais ils ne pécheraient: tout irait parfaitement s'ils aimaient le Bon Dieu comme Lui les aime». Le mercredi 6 janvier 1937, il rend son âme à Dieu et entre dans la vraie vie. Aussitôt, la nouvelle est diffusée au Canada et en Amérique. De partout arrivent des témoignages de sympathie. L'humble frère André connaît un véritable triomphe, pâle reflet cependant de sa gloire dans le Ciel, où, avec saint Joseph, il intercède puissamment pour l'Église et chacun des fidèles. Saint Joseph est, en effet, le «Protecteur de la Sainte Église». «N'est-il pas logique et nécessaire, disait Jean-Paul II, le 19 mars 1993, que celui auquel le Père éternel a confié son Fils, étende aussi sa protection sur le Corps du Christ, qui – selon l'enseignement de l'apôtre Paul – est l'Église. Aujourd'hui, la communauté des croyants, éparpillée dans le monde entier, se confie elle-même à saint Joseph et confie à son puissant patronage ses besoins dans le difficile moment actuel de l'histoire».

Apprenons de saint Joseph et du Bienheureux frère André l'amour de la prière. «La confiance du frère André dans la vertu de la prière n'est-elle pas une des indications les plus précieuses pour les hommes et les femmes de notre temps, tentés de résoudre leurs problèmes en se passant de Dieu?» demandait le Pape lors de la béatification du Frère. Que celui-ci nous obtienne la grâce de prier avec amour et confiance tous les jours de notre vie!

Dom Antoine Marie osb, abbé

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